Histoire globale

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L’histoire globale (regroupant ou recoupant d’autres approches historiques comme l’histoire internationale, transnationale ou encore connectée) est un courant d'étude historique qui se développe dans un premier temps aux États-Unis dans les années 80 et 90 avant de se répandre notamment en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas durant les années 90 mais surtout au début des années 2000[1]. Son ambition est de dépasser les compartimentages nationaux et de « rechercher les connexions, les interactions ou les bifurcations à différentes échelles », d’ainsi réaliser une histoire totale sans pour autant tomber dans l’universel ou le schématisme[2].

Un concept à nuancer[modifier | modifier le code]

Il est tout d’abord important de comprendre que même si à première vue les différentes appellations que sont l’histoire globale ou mondiale peuvent porter à confusion, la différence entre ces deux approches se fait en fonction de leur perspective de l’histoire. Une première confusion peut survenir à cause de l’emploi des termes world history ou global history en anglais. Certains historiens anglo-saxons considèrent la nuance entre les deux mots négligeables et utilisent donc les deux termes comme étant tout à fait équivalent[3]. Certains auteurs, comme Bruce Mazlish, souhaitent rester clair sur leurs différences tout en admettant un certain recouvrement. L’histoire mondiale se définit donc comme l’histoire des interactions entre des personnes participant à un processus de grande ampleur[4] ou encore des interactions entre des personnes de différentes cultures ou civilisations, selon William H. McNeill, souvent considéré comme une des premières grandes figures de l’histoire mondiale[5].

La définition de l’histoire globale se fait elle en deux parties selon B. Mazlish : cette histoire peut être celle de la globalisation; ce qui suppose un consensus sur son point de départ (ce qui n’est pas le cas), ou alors ce terme renvoie à des processus ou interactions (ex. : les flux commerciaux, le colonialisme/impérialisme, les migrations ou les débuts de la première révolution industrielle[6]) dont l’étude est plus révélatrice à un niveau global que local, national ou régional.

L’histoire globale a des méthodes d’approches et d’analyses proches de l'histoire connectée (ou connected history, selon l'expression de Sanjay Subrahmanyam), qui étudie les modes d’interaction et d’interdépendances entre les sociétés, par-delà les découpages étatiques et à des échelles diverses, ou encore de l'histoire croisée (shared history), qui étudie les transferts entre zones culturelles de manière « réflexive », croisant les objets d’étude mais aussi les points d’observations, les rapports entre l’observateur et l’objet, et enfin, de l'histoire comparée[7].

Une impulsion américaine[modifier | modifier le code]

Il est possible de faire remonter les racines de l’histoire globale à l’Antiquité par l’intermédiaire de deux autres courants historiques au sein desquelles elle puise ses origines : l’histoire comparé et l’histoire universelle[8]

En effet, dès l’Antiquité, la méthode comparative est attestée au sein d’ouvrages d’historiens tels qu’Hérodote ou Plutarque. Toutefois, elle n’est utilisée que de manière intuitive sans être théorisée[8]. Il faut attendre le XXe siècle pour que cette approche connaisse un véritable développement théorique et devienne un véritable courant de l’histoire[9].

Malgré son intérêt, cette approche reste très marginale faute d’une méthodologie bien établie et de la difficulté d’une telle pratique[10].

L’histoire universelle a pour vocation de proposer des études totalisantes qui couvrent de vaste période de l’histoire humaine. Si de nouveau, elle trouve ses origines dans l’Antiquité, elle s’est principalement développer au XIXe siècle pour connaitre un déclin à partir de la seconde moitié du XXe siècle[11]

Qu’est ce qui rapproche ces deux courants historiques de l’histoire globale ? Leur approche qui se veut totalisante autant au niveau de l’espace que du temps, elles prônent l’interdisciplinarité et elles encouragent à étudier des zones géographiques alors peu explorées par la discipline historique. 

De la même façon, une approche semblable peut se retrouver dans des travaux datant de peu de temps avant la « naissance » du courant. Un historien comme Fernand Braudel s'y est essayé avec son ouvrage Civilisation matérielle, économie et capitalisme (1979). 

Brève histoire de la World history[modifier | modifier le code]

Même s’il ne s’agit pas du sujet de cette notice, il est impossible d’aborder l’histoire globale sans passer par la world history.

Il s’agit d’un courant historique américain profondément pacifiste qui plonge ses racines dans le climat intellectuel et idéologique des années succédant la seconde Guerre Mondiale. 

Ce courant s’inspire des travaux réalisés par les chercheurs travaillant pour les « Peace studies » et par les actions pionnière de l’UNESCO en matière d’histoire mondiale[12].

Plus fondamentalement, le concept de globalité, apparu aux États-Unis durant la seconde guerre mondiale, va être au fondement des conceptions de l’histoire mondiale (mais aussi de l’histoire globale). Il s’agit ni plus ni moins d’un changement dans la manière de voir le monde par les Américains causé par l’entrée en guerre de leur pays et par la naissance de l’aviation, rétrécissant le monde[13]

Dès lors, la world history va se développer en trois temps, trois générations qui vont faire évoluer cette façon d’aborder l’histoire.

La première, représentée par l’historien canadien William McNeill, va se constituer autour d’un dégoût pour la guerre et promouvoir une histoire qui se veut détacher du chauvinisme des histoires nationales. Pour eux, il est temps de penser l’histoire au plan international[14].

La seconde, principalement représentée par Immanuel Wallerstein, est essentiellement composée de sociologues de tendances marxistes à la fois professeurs et militants. L’apport principal de cette génération est le découpage du monde opéré par la théorie des « systèmes-monde » de Wallerstein[15].

La troisième se constitue dans les années 1980 et est représenté par l’Américain Jerry H. Bentley et l’Indien Sanjay Subrahmanyam. Moins militante que la seconde, elle a suivi un cursus plus traditionnel et est revenu à une approche plus classique[16].

La world history connait aussi un vif développement à partir des années 1980, et s’élargit au reste du monde Anglo-Saxon. Ce courant s’installe durablement durant les années suivantes dans l'historiographie contemporaine, notamment avec le lancement par Robert I. Moore, au début des années 1990, de la Blackwell History of the World, dont la démarche se fonde sur l'idée qu'« un monde dont le futur commun sera celui d'une transformation vertigineuse et potentiellement catastrophique a besoin d'une histoire commune, qui non seulement fournisse des descriptions solides et circonstanciées de large pans de l'évolution humaine, mais réponde aussi directement, et de façon parlante, aux préoccupations du présent ». Ces deux éléments contrastent avec la situation des années 70 où l’histoire locale se faisait toujours plus présente dans l’historiographie américaine.

Elle va rapidement s’institutionnaliser par la fondation à Hawaï de la World History Association en 1982 et par la création de cursus de world history dans plusieurs universités américaines.

Durant les quelques décennies suivantes, certains ouvrages sont devenus des classiques permettant le rayonnement du courant. Ainsi, en 2001, le livre de Kenneth Pomeranz, The Great Divergence, est une analyse comparative entre l'Europe du nord de la fin du XVIIIe siècle et la Chine de la même époque, sur les raisons du décollage industriel de la première et non de la seconde. À noter, en France, le livre de Christian Grataloup, L'invention des continents : comment l'Europe a découpé le monde (2009) qui développe le concept proche de géo-histoire. En Amérique du Nord, Luc-Normand Tellier, dans son Urban World History (2009), propose une vision « anoéconomique » de l'histoire mondiale vue à travers l'urbanisation, vision issue de l'économie spatiale.

Internet va également jouer un grand rôle dans son développement permettant aux chercheurs s’y intéressant de communiquer de manière dynamique et au courant de s’organiser en réseau grâce à des sites comme H-World et des revues en lignes comme World History connected créer en 1994[17]

De la World à la Global history[modifier | modifier le code]

L’histoire globale va s’affirmer dans les années 1980-1990 avec la New Global History Initiative. Conduit par l’historien Bruce Mazlish, ce groupe de chercheur va être rejoint par le Center for Global History dirigé par l’historien Wolf Schäfer. 

Ce nouveau groupe entend constituer une alternative à l’histoire mondiale (world history) traditionnelle[18]. En effet, le terme « global » leur apparait plus porteur de sens que le terme « mondial ». Le premier met l’accent sur l’accroissement des phénomènes d’interdépendance et des processus d’intégration à l’échelle de la planète alors que le second n’apparait que comme un synonyme d’international. Le terme de « global » semble plus proche encore du concept de globalisation/mondialisation que le terme « mondial »[19].  

Durant les années 2000, l’histoire globale va rapidement se développer et obtenir trois caractéristiques qui la différencie de l’histoire mondiale.

La première, en lien avec le courant de la Big history (courant historique cherchant à réaliser une histoire de l’homme dans l’univers, du Big Bang au XXIe siècle), se caractérise par une forte interdisciplinarité. L’histoire globale s’aide ainsi de science allant de la géographie à la biologie[20].

La seconde, est un jeu d’échelle effectué dans les recherches propres à ce courant. La global history ne se limite pas uniquement à de vastes recherches englobant l’ensemble de l’humanité. Elle encourage les historiens à réaliser des recherches à plusieurs niveaux, à changer d’échelles de la plus grandes à la plus petites et qu’elles soient temporelles ou spatiale. L’histoire globale opère ainsi un vas-et-viens entre le local et le global qui permet une meilleure vue des analogies et des parallélismes et permet d’identifier des connexions que l’histoire traditionnelle n’aurait pas décelé[21].

Comme troisième caractéristique, l’histoire globale tend à se détacher d’une vision trop occidentale. Elle réalise cette transition grâce aux travaux d’historiens étrangers venant d’Afrique ou d’Asie, ainsi que par l’intermédiaire des « Cultural studies », « Postcolonial studies » et « subaltern studies »[22].

Il est cependant parfois reproché à ce type d’approche de l’histoire un aspect trop globalisant qui rend difficile la mise en place de repères structurants. L'un des effets les plus perceptibles de cette histoire globale reste quand même la remise en cause, partielle, des découpages historiques classiques (les notions de Moyen Âge et d'époque moderne ont-elles une grande signification pour l'Inde, la Chine ou l'Océanie ?) ainsi que des grandes aires culturelles.    

Enfin, il est important de noter que l’histoire globale a connu une dernière évolution, une fragmentation en plusieurs branches apportant chacune leur propre façon d’aborder l’histoire globale. Parmi ces groupes se retrouve l’histoire connectée, l’histoire transnationale et l’histoire croisée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Testot 2008, p. 162.
  2. Testot 2008, p. 171.
  3. Testot 2008, p. 163.
  4. (en) Mazlish, B., « Comparing Global History to World History », Journal of Interdisciplinary History, vol. 28, no 3,‎ , p. 385.
  5. (en) Mazlish, B., « Comparing Global to World History », Journal of Interdisciplinary History, vol. 28, no 3,‎ , p. 386.
  6. Testot 2008, p. 165-166.
  7. Testot 2008, p. 34-37.
  8. a et b Maurel 2014, p. 7.
  9. Maurel 2014, p. 10-11.
  10. Maurel 2014, p. 15-16.
  11. Maurel 2014, p. 16-18.
  12. Maurel 2014, p. 19-20.
  13. Maurel 2014, p. 24-25.
  14. Maurel 2014, p. 26.
  15. Maurel 2014, p. 32-33.
  16. Maurel 2014, p. 39-40.
  17. Maurel 2014, p. 45-46.
  18. Maurel 2014, p. 49-50.
  19. Maurel 2014, p. 51.
  20. Maurel 2014, p. 54.
  21. Maurel 2014, p. 61-62.
  22. Maurel 2014, p. 63-78.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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