Histoire globale

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L’histoire globale (appelée world history, global history ou transnational history en anglais) est un courant d'étude historique qui se développe, surtout aux États-Unis, et plus récemment en France, depuis le début des années 1990. Son ambition est de prendre en considération le passé commun de l’humanité en connectant les différentes histoires nationales, soulignant leurs convergences, leurs différences, et en mettant en perspective leurs relations, tant à l’échelle des individus que des empires.

Un concept à nuancer[modifier | modifier le code]

Alors que la world history est un courant historiographique anglo-saxon des années 1980-1990, qui compare les évolutions respectives des civilisations du monde entier, la global history se propose de mettre l'accent sur les interactions (commerce, art, guerre, migration, religion…) entre ces civilisations.

L’histoire globale a un mode d'approche et des catégories d'analyse proches de l'histoire connectée (ou connected history, selon l'expression de Sanjay Subrahmanyam), qui étudie les modes d’interaction et d’interdépendance entre les sociétés, par-delà les découpages étatiques, et à des échelles diverses, de l'histoire croisée (shared history), qui étudie les transferts entre zones culturelles de manière « réflexive », croisant les objets d’étude mais aussi les points d’observation, les rapports entre l’observateur et l’objet, et enfin, de l'histoire comparée[1].

Un récit décentralisé[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un courant de recherche, et d'enseignement, qui se focalise sur l'étude et la compréhension des phénomènes transnationaux non seulement politiques mais aussi économiques, culturels, scientifiques... L'accent est mis sur les processus de divergences et de convergences qui existent entre les diverses régions du globe. Il s'agit fréquemment d'une réaction aux études historiques nationales et/ou locales et d'une tentative de privilégier une approche globale sur des thématiques comparatives entre les nations, les peuples et les continents.

Il ne s'agit pas d'une approche si nouvelle que cela puisqu'un historien comme Fernand Braudel s'y est essayé avec son ouvrage Civilisation matérielle, économie et capitalisme (1979). Ce courant scientifique, cependant, prend de l'ampleur outre-atlantique et s'installe durablement dans l'historiographie contemporaine, notamment avec le lancement par Robert I. Moore, au début des années 1990, de la Blackwell History of the World, dont la démarche se fonde sur l'idée qu'"un monde dont le futur commun sera celui d'une transformation vertigineuse et potentiellement catastrophique a besoin d'une histoire commune, qui non seulement fournisse des descriptions solides et circonstanciées de large pans de l'évolution humaine, mais réponde aussi directement, et de façon parlante, aux préoccupations du présent"[2].

Certains ouvrages d'histoire globale sont devenus déjà des classiques. Ainsi le livre de Kenneth Pomeranz, The Great Divergence (2001), qui est une analyse comparative entre l'Europe du nord de la fin du XVIIIe siècle et la Chine de la même époque sur les raisons du décollage industriel de la première et non de la seconde. Ou encore le livre de Christopher Alan Bayly, The Birth of the Modern World, 1750-1914, paru en 2004 dans la collection dirigée par Robert I. Moore et traduit en français en 2006 sous le titre La naissance du monde moderne[3]. À noter, en France, le livre de Christian Grataloup L'invention des continents : comment l'Europe a découpé le monde (2009) qui développe le concept proche de géohistoire. En Amérique du Nord, Luc-Normand Tellier, dans son Urban World History (2009), propose une vision « anoéconomique » de l'histoire mondiale vue à travers l'urbanisation, vision issue de l'économie spatiale.

Ce qui caractérise la World history c'est l'attention toute particulière portée aux aires culturelles non occidentales. L'EHESS publia ainsi en France en 1988 une étude collective intitulée Marchands et hommes d'affaires dans l'océan Indien et la mer de Chine qui privilégie l'étude de cette période selon le point de vue des marchands asiatiques plutôt que de celui des grandes compagnies commerciales européennes.

La méthodologie initiée par cette approche privilégie un autre mode d'analyse basée sur l'étude d'un phénomène ou d'une période à travers le regard non des puissances dominantes mais celui des peuples, des catégories sociales dominées ou anciennement dominées. Ce concept, que l'historien Nathan Wachtel avait utilisé dès 1971 lors de la parution de son ouvrage sur les indiens du Pérou au XVIe siècle, La vision des vaincus, est désormais mise en œuvre de façon régulière. Dernièrement ce sont des études qui portent sur l'histoire environnementale, sur les différents modes de colonisation, y compris dans les empires non européens, qui ont été publiées.

Il est parfois reproché à ce concept un aspect trop globalisant qui rend difficile la mise en place de repères structurants. Cependant l'un des effets les plus perceptibles de cette histoire globale est la remise en cause, partielle, des découpages historiques classiques (les notions de Moyen Âge et d'époque moderne ont-elles grande signification pour l'Inde, la Chine ou l'Océanie ?) ainsi que des grandes aires culturelles. La World history favorise des thématiques focalisées sur des objets de recherche plutôt que des périodes ou des espaces. Elle est parfois perçue comme la mise en place, dans la recherche historique, d'un processus de mondialisation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Testot 2008, p. 34-37
  2. Présentation de la collection sur le site de R. I. Moore..
  3. Christopher A. Bayly, La naissance du monde moderne, 1780-1914, trad. fr. Michel Cordillot, Paris, Les éditions de l'atelier, 2006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Jean Baechler, Esquisse d'une histoire universelle, Fayard, 2002
  • Patrick Boucheron (dir.), Histoire du monde au XVe siècle, Fayard, 2009
  • Gérard Brun, Introduction à l'histoire totale, Économica, 2006
  • Vittorio Cotesta, Images du monde et société globale, Presses Université Laval, 2006
  • Christian Grataloup, L'invention des continents : comment l'Europe a découpé le monde, Paris, Larousse, 2009, 224 p.
  • Serge Gruzinski, Les quatre parties du monde - Histoire d'une mondialisation, La Martinière, 2004
  • Chloé Maurel, Manuel d'histoire globale, Paris, Armand Colin, collection U, 2014.
  • Chloé Maurel, « La World/Global History : questions et débats », revue Vingtième Siècle, Presses de Sciences-Po, n° 104 (octobre-décembre 2009), pp. 153-166.
  • (en) Robert I. Moore, "World History", dans Michael Bentley, éd., Companion to Historiography, Londres, Routledge, 1997, p. 941–959 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Robert I. Moore, "The Birth of Europe as a Eurasian Phenomenon", Modern Asian Studies 31/3, 1997, p. 583–601, repris dans V. Lieberman, éd., Beyond Binary Histories: Re-imagining Eurasia to c. 1830, Ann Arbor, 1999, p. 139-159.
  • (en) Robert I. Moore, "Treasures in Heaven. Defining the Eurasian Old Regime", Medieval Worlds, 6, 2017, p. 7-19.
  • Philippe Norel et Laurent Testot (dir.), Une histoire du monde global, Sciences Humaines, 2012.
  • Luc-Normand Tellier, Urban World History, PUQ, 2009.
  • Laurent Testot (dir.), Histoire globale : Un autre regard sur le monde, Auxerre, Éd. Sciences humaines, coll. « Ouvrages de synthèse », , 261 p. (ISBN 9782912601711 et 2912601711, OCLC 378002777, notice BnF no FRBNF15027166) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Immanuel Wallerstein, Comprendre le monde - Introduction à l'analyse des systèmes-monde, La Découverte, 2006

Liens externes[modifier | modifier le code]