Jean Jouzel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Jean Jouzel
Image dans Infobox.
Jean Jouzel en 2019.
Fonctions
Président
Institut du développement durable et des relations internationales
-
Michel Eddi (d)
Membre du Conseil économique, social et environnemental
depuis
Président
Société météorologique de France
depuis
Président
Haut Conseil de la science et de la technologie
-
Serge Feneuille (d)
Vice-président
Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat
-
Directeur
Institut Pierre-Simon-Laplace
-
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (74 ans)
JanzéVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Membre de
Directeur de thèse
Distinctions

Jean Jouzel, né le à Janzé (Ille-et-Vilaine), est un paléoclimatologue français.

Il se fait connaître en 1987 lorsqu'il publie, avec Claude Lorius, la première étude établissant formellement le lien entre concentration de CO2 dans l'atmosphère et réchauffement climatique. En 1994, il est nommé membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), et assure de 2002 à 2015 la vice-présidence du groupe de travail sur les bases physiques du changement climatique au sein de cette institution. Il s'impose progressivement en France comme une figure médiatique de la lutte contre le réchauffement climatique.

Mondialement reconnu pour ses travaux de recherche sur l'évolution du climat, il est le lauréat de nombreuses distinctions scientifiques, parmi lesquelles la médaille d'or du CNRS (la plus haute distinction scientifique française) et le prix Vetlesen (considéré comme l'équivalent du prix Nobel pour les sciences de la Terre). Il est également membre des académies des sciences de France, d'Italie, d'Europe, des États-Unis et d'Australie.

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Né dans une famille d'agriculteurs bretons, Jean Jouzel est élève au collège Saint-Joseph à Janzé, puis au lycée de l'Assomption à Rennes, avant d'étudier en classes préparatoires Maths Sup et Maths spé au lycée Chateaubriand de Rennes[1].

Ingénieur diplômé de l'École supérieure de chimie industrielle de Lyon (ESCIL, promotion 1968), il devient docteur en sciences physiques en 1974 à l'issue d'une thèse sur la Complémentarité des mesures de deutérium et de tritium pour l'étude de la formation des grêlons proposée par son professeur Étienne Roth. L'année précédente, il soutient à la faculté d'Orsay une thèse de doctorat sur Les mesures du tritium dans de faibles quantités d'eau à la teneur naturelle[2].

Carrière[modifier | modifier le code]

Plutôt que de postuler pour devenir chercheur au CNRS, il préfère alors rentrer au CEA pour y travailler avec Claude Lorius[3]. Il est nommé ingénieur de recherche au laboratoire de géochimie isotopique au CEA de Saclay dont il devient coresponsable en 1986[4]. En 1989, il est nommé adjoint au directeur du laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement au CNRS - Grenoble puis, en 1991, adjoint au directeur du laboratoire de modélisation du climat et de l'environnement (actuel LSCE - Laboratoire des sciences du climat et l'environnement) au CEA et, enfin, directeur de recherches au CEA en 1995[4].

De 2001 à 2008, il dirige l'Institut Pierre-Simon-Laplace dont une des principales composantes est le LSCE qui dépend du commissariat à l'Énergie atomique, dont il est responsable du groupe climat de 1998 à 2000[4]. Il est également président du Conseil d'administration de l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor (IPEV). En 2009, il devient également président de l'association Méditerranée 2000 dont l'objectif est l'éducation à l'environnement du grand public[4], à l'occasion du 20e anniversaire de sa création.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Avec sa femme Brigitte qui était institutrice, il a deux enfants, dont Jean-Noël Jouzel, sociologue, chargé de recherche au CNRS[5].

Travaux sur le réchauffement climatique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, Jean Jouzel et Claude Lorius pensaient plutôt que la Terre était au début d'une nouvelle période de glaciation. Selon Jouzel, « Les trois précédentes périodes interglaciaires avaient duré environ 10 000 ans, la nôtre s’approchait de 12 000 ans, et comme il y avait eu une petite baisse dans les années 1960-1970, on envisageait le refroidissement. Lorius aussi, du reste »[3]. Mais les analyses des carottes de glace prélevées dans l'Antarctique par les Russes dans les années 1982-1983 sur leur base Vostok entraînent un changement complet de la vision des climatologues. C'est ce qu'ils vont démontrer dans une série d'articles retentissants parus en 1987 dans la revue Nature. Selon Jouzel, l'analyse des carottes de glace « démontre que pendant les périodes froides il y a moins de CO2 et que pendant les périodes chaudes il y en a davantage. Nous confirmons ainsi que ce qui préside aux grandes phases, c’est bien l’astronomie, la position de la Terre par rapport au Soleil, mais que, lors des réchauffements, le CO2 amplifie le phénomène »[3]. La démonstration du rôle du gaz carbonique, le CO2, va ainsi converger avec le travail des modélisateurs qui « avançaient ce lien et faisaient des prévisions d’augmentation des températures provoquées par les émissions de gaz à effet de serre. Mais c’était des modèles, auxquels s’ajoutaient quelques expériences de laboratoire et les études sur l’atmosphère des autres planètes. Là, grâce au retour dans le passé, nous apportons des résultats concrets, portant sur la Terre, avec des courbes faciles à comprendre par les politiques »[3].

Depuis cette période, Jean Jouzel est reconnu mondialement pour ses analyses de la glace de l'Antarctique et du Groenland permettant de connaître le climat terrestre passé (paléoclimatologie)[6]. Il a publié en tant que coauteur près de 45 articles dans les prestigieuses revues scientifiques Nature et Science. En 2002, il est récompensé pour ses travaux en recevant la prestigieuse médaille d'or du CNRS, conjointement avec Claude Lorius[3].

Engagement[modifier | modifier le code]

Pour le climat[modifier | modifier le code]

Après la décision en 1988 de fonder le GIEC au sein de l'ONU, les contributions de Jean Jouzel en matière climatique deviennent plus militantes. En 2002, il est nommé vice-président du groupe scientifique[4]. Il gagne alors en notoriété auprès du grand public pour sa contribution au sujet du réchauffement climatique, notamment par son rôle d'expert du groupe scientifique, en s'exprimant régulièrement dans les médias[7],[8]. Il n'hésite pas à parler non seulement en qualité de scientifique expert en climatologie mais également pour commenter les projections économiques et les décisions politiques[9]. En 2007, sous la présidence de Rajendra Kumar Pachauri, le GIEC se voit décerner le prix Nobel de la paix, avec Al Gore, au titre de lanceur d’alerte sur l'urgence climatique[10].

Jean Jouzel en 2010.

En 2010, il est nommé membre du Conseil économique, social et environnemental[11]. En 2014, il est nommé membre du Conseil stratégique de la recherche[12].

En , il lance une campagne[13] visant à soutenir un traité européen destiné à trouver des financements pérennes de la transition énergétique, afin de lutter contre le réchauffement climatique. Auparavant en septembre 2017, la Cour des comptes européenne publie un rapport qui estime à 1115 milliards d’euros le montant total nécessaire à investir durant 10 ans, entre 2021 et 2030, pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre[14]. Il enchaîne ensuite les interventions publiques[15], ainsi que devant les représentants politiques[16], sociaux et environnementaux[17]. Il est à l'origine du collectif « Pacte Finance Climat »[18] signé depuis par plus de cent cinquante personnalités[19], et qui s'appuie sur le livre Pour éviter le chaos climatique et financier qu'il a cosigné avec Pierre Larrouturou.

Jean Jouzel annonce son soutien à l'entreprise Time for The Planet en .[20],[21]

Soutien politique[modifier | modifier le code]

Quittant le terrain scientifique pour des engagements plus politiques, il prend parti, comme il le déclare en 2019 au Monde « toujours à gauche. Et toujours pour de futurs perdants. Ségolène Royal, Nicolas Hulot, Pierre Larrouturou, Benoît Hamon… Cette année, j’ai préféré ne pas me prononcer pour que le pacte finance-climat, que j’ai lancé avec Pierre Larrouturou, lui-même candidat sur la liste PS-Place publique, reste un peu au-dessus de la mêlée »[3].

Après avoir soutenu Pierre Larrouturou pour la primaire citoyenne de 2017, lequel est finalement exclu du scrutin[22], il rejoint la campagne du candidat socialiste Benoît Hamon comme conseiller climat[23],[24].

Lors des élections municipales de 2020 à Paris, Jean Jouzel soutient la candidature d'Anne Hidalgo[25].

Image publique[modifier | modifier le code]

Il apparaît dans la bande dessinée Saison brune, parue en 2012[5].

En 2015, il intervient dans le web-documentaire Climat sous tension.

Il est un personnage récurrent dans la pièce de théâtre de David Lescot sur la COP21, Les Glaciers grondants[26],[27].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Prix et médailles[modifier | modifier le code]

Jean Jouzel est titulaire de nombreux prix et médailles scientifiques, parmi lesquels[30] :

Collèges scientifiques[modifier | modifier le code]

Publications de vulgarisation scientifique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tugdual Denis, « Jean Jouzel : blues de chauffe », sur bretons-mag.com, .
  2. Jean Jouzel, Claude Lorius et Dominique Raynaud, Planète blanche : Les glaces, le climat et l'environnement, Odile Jacob, (lire en ligne), p. 98.
  3. a b c d e et f Nathaniel Herzberg, « Jean Jouzel : « L’effondrement n’est pas imminent. Je nous vois griller à petit feu » », lemonde.fr,‎ (lire en ligne)
  4. a b c d et e Romain Georges, « Jean Jouzel : biographie », Overblog,‎ (lire en ligne)
  5. a et b Aurélie Luneau, « Jean Jouzel brise la glace ! (rediffusion de l'émission du 3 octobre 2013) », sur franceculture.fr, .
  6. Christiane Galus, « Jean Jouzel, sentinelle du climat », sur lemonde.fr, .
  7. « Le scientifique Jean Jouzel », sur rfi.fr, .
  8. « Jean Jouzel, infatigable lanceur d’alerte », sur franceculture.fr, .
  9. [1], Réseau Action climat, 21 juillet 2004
  10. « Les craintes de Jean Jouzel, prix Nobel de la Paix ».
  11. « Conseil économique social et environnemental »
  12. Décret du 3 février 2014 portant nomination au Conseil stratégique de la recherche.
  13. « Nous n’acceptons pas que l’humanité se dirige, sans réagir, vers le chaos climatique », sur Le Monde.fr (consulté le 8 juillet 2018)
  14. « La Cour des comptes fustige l’inefficacité de la politique climat de l’UE », (lien de téléchargement du rapport de la CCE, 104 p.), sur euractiv.fr, (consulté le 6 octobre 2020)
  15. « "Pour éviter le chaos climatique et financier" - Jean Jouzel et Pierre Larrouturou » [vidéo], sur YouTube (consulté le 9 septembre 2020).
  16. « Commissions du développement durable et affaires européennes : MM. Pierre Larrouturou et Jean Jouzel - Mercredi 6 juin 2018 », sur videos.assemblee-nationale.fr (consulté le 8 juillet 2018)
  17. Frédérick Moulin, « CESE/Débat sur le Pacte Finance-Climat avec Jean Jouzel, Pierre Larrouturou et le Commissaire Cañete », (consulté le 8 juillet 2018)
  18. « Site du Pacte Finance-Climat par Agir pour le climat », sur pacte-climat.eu (consulté le 6 octobre 2020)
  19. « Les Premiers signataires | Pacte Finance Climat », sur climat-2020.eu (consulté le 8 juillet 2018)
  20. Par Yves Leroy Le 26 janvier 2021 à 17h29, « Lutte contre le réchauffement : comment Time for the planet veut lever un milliard d’euros », sur leparisien.fr, (consulté le 22 juin 2021)
  21. « Time for the Planet, le fonds citoyen qui vise le milliard d'euros pour sauver le climat », sur Les Echos Start, (consulté le 22 juin 2021)
  22. Mathieu Dejean, « Présidentielle 2017 : jusqu’où ira Pierre Larrouturou ? », lesinrocks.com, 12 décembre 2016.
  23. Marie-Pierre Haddad, « Présidentielle 2017 : ce que traduit le nouvel organigramme de l'équipe de Hamon », rtl.fr, 26 février 2017.
  24. Organigramme de campagne de Benoît Hamon
  25. « Municipales à Paris : Hidalgo enrôle le climatologue Jean Jouzel dans sa campagne », sur leparisien.fr, (consulté le 6 octobre 2020)
  26. « Les Glaciers grondants : Le climat serait-il aussi à l’intérieur de nous ? », sur Kaizen (consulté le 11 avril 2019)
  27. « «Glaciers grondants», retour de flamme », sur Libération.fr, (consulté le 11 avril 2019)
  28. Décret du 13 juillet 2018 portant promotion
  29. Décret du 20 novembre 2015 portant promotion et nomination
  30. « Qui est Jean Jouzel, le nouveau « Nobel » français que les médias ignorent ? ».
  31. (en) « Milutin Milankovitch Medal 1997 - Jean Jouzel », sur egu.eu (consulté le 18 décembre 2020).
  32. CNRS, « Liste des médaillés d'or du CNRS », sur http://www.cnrs.fr (consulté le 11 février 2014).
  33. « Médaille d'OR de l'Académie d'Agriculture de France ».
  34. « Selby Fellowship », sur science.org.au (consulté le 17 décembre 2020).
  35. (en) « Member Profile - Prof. Jean Jouzel », sur eurasc.org (consulté le 17 décembre 2020).
  36. « Jean Jouzel », sur academie-agriculture.fr (consulté le 18 décembre 2020).
  37. « Jean Jouzel », sur nasonline.org (consulté le 17 décembre 2020).
  38. « Jean Jouzel », sur academie-sciences.fr (consulté le 17 décembre 2020).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :