Aurélien Barrau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Barrau.

Aurélien Barrau (né le à Neuilly-sur-Seine) est un astrophysicien français spécialisé en relativité générale, physique des trous noirs et cosmologie. Il travaille au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble (LPSC) sur le polygone scientifique. Il est également professeur à l'université Grenoble-Alpes.

Il a été invité en tant que visiteur à l'Institute for Advanced Study (IAS) de Princeton, à l'Institut des hautes études scientifiques (IHES) de Bures-sur-Yvette[1] et à l'Institut Périmètre (PI) de physique théorique au Canada[2].

Il a été membre du comité de direction du Centre de physique théorique de Grenoble-Alpes et du laboratoire d'excellence ENIGMASS, et responsable du master de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble. Il est membre nommé du Comité national de la recherche scientifique (CoNRS), section physique théorique.

Il travaille actuellement sur la gravitation quantique à boucles.

Études[modifier | modifier le code]

De 1990 à 1992, il étudie en Classe préparatoire aux grandes écoles au lycée Pasteur à (Neuilly-sur-Seine). Il obtient son diplôme d'ingénieur à l'École nationale supérieure de physique de Grenoble (aujourd'hui fondue dans Grenoble INP-Phelma) en 1995, en étant major de promotion. Il obtient ensuite un diplôme d'études approfondies (DEA) en physique de la matière et du rayonnement (filière physique subatomique) de l'université Joseph-Fourier (Grenoble-I) en 1995 en étant à nouveau major de promotion. Il réalise son doctorat en astrophysique à l'université Joseph-Fourier, obtenu en 1998, sur le sujet « Astrophysique gamma de très haute énergie, étude du noyau actif de galaxie mrk501 et implications cosmologiques », travail mené au LPNHE-Paris. Son habilitation à diriger des recherches (HDR) lui est délivrée en 2004. suite à son mémoire « À la lumière des trous noirs primordiaux ». Il réalise un autre doctorat, en philosophie à l'université Paris-Sorbonne, obtenu en 2016, portant sur « Anomies : une déconstruction de la dialectique de l’un et de l’ordre, entre Jacques Derrida et Nelson Goodman », d'après un travail qu'il mène aux archives Husserl de l'École normale supérieure.

Activité scientifique[modifier | modifier le code]

Aurélien Barrau travaille sur l'Univers primordial et la phénoménologie de la gravitation quantique.

Travaux de recherche[modifier | modifier le code]

à L'IHES en 2009

Les activités expérimentales d'Aurélien Barrau ont porté sur l’astronomie gamma : il a étudié l’émission à très haute énergie des quasars — ou noyaux actifs de galaxies — et utilisé ces résultats, avec Jean-Loup Puget (responsable de l’expérience Planck), pour une mesure originale du fond diffus infrarouge venant des premières galaxies. Il s’est ensuite tourné vers l’expérience de recherche d’antimatière et de matière noire AMS, actuellement en fonctionnement sur la Station Spatiale Internationale ; puis vers le très grand télescope LSST destiné à la compréhension de l’énergie noire, dont il est responsable de l’étalonnage de la caméra.

Ses activités théoriques se sont portées sur les couplages entre les champs quantiques et les trous noirs. Il a montré que l’évaporation de Hawking des trous noirs gardait l’empreinte de l’existence éventuelle de dimensions supplémentaires[3] ou d’une modification de la théorie gravitationnelle[4] et a proposé de nouvelles manières de rechercher des trous noirs primordiaux[5]. Il a également suggéré un scénario original de recherche d'effets de gravitation quantique « locale » avec les trous noirs[6]. Dans le domaine de la cosmologie quantique, il a étudié les conséquences observationnelles, dans le rayonnement cosmologique fossile, des effets qui pourraient avoir eu lieu proche du Big Bang[7]. Il a proposé — en particulier avec Martin Bojowald — un modèle de « Big Bounce », issu de la gravitation quantique à boucles, où le temps disparaîtrait à très haute densité et où la structure de l’espace-temps deviendrait euclidienne[8]. Il travaille également, avec Carlo Rovelli, sur la possibilité que les trous noirs soient en réalité des objets en rebonds ou « étoiles de Planck »[9].

Il a suggéré des moyens nouveaux pour observer des phénomènes qui auraient eu lieu avant le Big-Bang grâce aux ondes gravitationnelles[10]. Il a émis différentes hypothèses originales sur le rôle de la constante cosmologique[11], la nature de la matière noire[12] et l’interprétation de la mécanique quantique.

Il est membre — avec Roger Penrose et Lee Smolin — du conseil scientifique du centre Sami Maroun pour la gravitation quantique.

Vulgarisation[modifier | modifier le code]

Aurélien Barrau interagit également avec des artistes, écrivains et cinéastes, notamment Michelangelo Pistoletto (dans le cadre d’une rencontre au musée du Louvre)[13], Olafur Eliasson (dans le cadre du Palais d'hiver de Vienne), Hélène Cixous (dans le cadre de la Maison de la poésie) et Claire Denis (dans le cadre du long métrage High Life)[14].

Il est membre du comité de rédaction de la revue de poésie Hors sol[15], de la revue culturelle Diacritik[16], ainsi que président d’honneur de Formes élémentaires, association qui a pour but l'élaboration d'expositions d'art contemporain en dialogue avec les sciences[17].

Il donne régulièrement des conférences publiques de vulgarisation d'astronomie et cosmologie qui sont ensuite diffusées gratuitement sur les plateformes de partage vidéo telles que You Tube, par ex ici sur le BIG BANG https://www.youtube.com/watch?v=8foGd34PFiw [réf. souhaitée].

En septembre 2019, il prend part au numéro spécial « Espace & Cinéma » de la revue cinématographique La Septième Obsession, en définissant avec force de synthèse de nombreux termes scientifiques pour comprendre l'espace, pour un public pas nécessairement averti. Des mots comme « univers », « galaxie », « planète », « trou de ver », « trou noir », etc.[18]

Prix et distinctions scientifiques[modifier | modifier le code]

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Il est engagé dans la question écologique[23]. Il a notamment lancé avec l'actrice Juliette Binoche un appel intitulé Le Plus Grand Défi de l'histoire de l'Humanité signé par plus de 200 personnalités, dans le journal Le Monde en septembre 2018 à la suite de la démission du ministre de l'écologie Nicolas Hulot[24]. Cette tribune soutient qu'il faut une action politique ferme et immédiate face au changement climatique[25]. Aurélien Barrau poursuit son action en faveur de l'écologie en faisant le tour des plateaux de télévision, où il affirme que la « situation est dramatique » et parle de « crash du système planète Terre »[26].

Dans le cadre du festival Climax organisé à Bordeaux du 6 au 9 septembre 2018[27], lors de la conférence intitulée « Quel nouveau contrat social avec le vivant ? », Aurélien Barrau transforme son intervention en tribune politique « parce que face à l’urgence, on n’a plus le choix » et réitère son appel à un changement sociétal pour préserver la vie et la planète[28].

En mai 2019, il publie le livre Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité. Selon lui l'état d'urgence écologique qu'il décrit ne découle pas d'une prédiction sur l'avenir, mais s'appuie sur des phénomènes déjà en cours. Il cite des chiffres comme la baisse des populations d'animaux sauvages, 60% en moins depuis 40 ans, ou la diminution de 80% du nombre d'insectes en Allemagne. Il relie cela non seulement au réchauffement climatique, mais aussi aux pollutions et à l'expansionisme humain sur la planète. Il estime qu'il existe un gouffre entre les promesses des pouvoirs politiques et la réalité des mesures concrètes mises en route : « N’ayons pas l’impression qu’il faut accélérer l’effort. Non, non. Il faut le commencer. Nous n’avons rien fait pour le moment. Chaque année est pire que la précédente. Regardez, il y a quelques jours, le Président canadien a inscrit le droit environnemental au cœur de la constitution. Et le lendemain, il signe un accord pour qu’un pipeline puisse extraire plus de pétrole... C’est une dissonance cognitive absolument incroyable. » Il critique le fait que l'avenir de l'humanité puisse être évalué en fonction de la « croissance » du PIB, un indicateur qui est, selon lui, « directement proportionnel au désastre écologique en cours ». Il estime que beaucoup peut être fait à l'échelle personnelle, comme par exemple ne plus consommer de viande ou se déplacer moins[29].

Travail philosophique[modifier | modifier le code]

Titulaire d'un doctorat de philosophie, Aurélien Barrau a collaboré avec Jean-Luc Nancy sur le concept de mondes multiples : notre univers ne serait éventuellement qu'une fraction d'un vaste « multivers »[30]. Selon Aurélien Barrau, ce concept a traversé toute l’histoire de la philosophie mais « fait depuis peu effraction dans le champ de la physique théorique ». Il estime que différents univers avec des lois de la physique différentes sont envisageables. Il déclare par ailleurs : « c'est une idée vertigineuse de réinterpréter notre univers tout entier comme un îlot dérisoire dans un immense méta-monde indéfiniment vaste et diversifié. »[31]

Il a également travaillé sur la métaphysique de la vérité et publié une synthèse dans l'ouvrage Chaos Multiples.

Travail poétique[modifier | modifier le code]

Collaborant avec le poète Mathieu Brosseau, Aurélien Barrau a publié Variations sur l'animal central où il propose une vision poétique de l'animalité au sens large.

Publications[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Institut des Hautes Etudes Scientifiques, « Rapport d'activité de l'IHES », sur http://www.ihes.fr/jsp/site/Portal.jsp
  2. (en) Institut Perimeter, « Page A. Barrau à Institut Perimeter », sur https://www.perimeterinstitute.ca/fr
  3. (en) Phys. Lett. B, « Gauss-Bonnet Black Holes at the LHC », sur sciencedirect.com.
  4. (en) Phys. Rev. Lett., « Probing Loop Quantum Gravity with Evaporating Black Holes », sur journals.aps.org
  5. (en) Astronon. Astrophys., « Antiprotons from Primordial Black Holes », sur aanda.org
  6. (en) Phys. Rev. Lett., « Evaporation Spectrum of Black Holes from a Local Quantum Gravity Perspective », sur https://journals.aps.org/prl/
  7. (en) Phys. Rev. Lett., « Cosmological Footprints of Loop Quantum Gravity », sur http://journals.aps.org/prl
  8. (en) JCAP, « Anomaly-free cosmological perturbations in effective canonical quantum gravity », sur http://jcap.sissa.it
  9. (en) Phys. Lett. B, « Planck star phenomenology », sur sciencedirect.com.
  10. (en) Aurélien Barrau, Killian Martineau et Flora Moulin, « Seeing through the cosmological bounce: Footprints of the contracting phase and luminosity distance in bouncing models », Physical Review D, vol. 96,‎ , p. 123520 (DOI 10.1103/PhysRevD.96.123520, arXiv 1711.05301)
  11. (en) Aurélien Barrau et Linda Linsefors, « Our Universe from the cosmological constant », Journal of Cosmology and Astroparticle Physics, vol. 2014,‎ (DOI 10.1088/1475-7516/2014/12/037, arXiv 1406.3706)
  12. (en) Aurélien Barrau, David Blais, Gaëlle Boudoul et David Polarski, « Peculiar relics from primordial black holes », Annalen der Physik, vol. 13, no 3,‎ , p. 115-123 (DOI 10.1002/andp.200310067, arXiv astro-ph/0303330)
  13. Musée du Louvre, « Un monde meilleur », sur louvre.fr.
  14. Les Inrocks, « Le prochain film de Claire Denis », sur lesinrocks.com/.
  15. Hors Sol, « Ours Hors Sol », sur http://hors-sol.net/revue/.
  16. Diacritik, « Ours Diacritik », sur https://diacritik.com.
  17. « Association Formes élémentaires », sur formeselementaires.com.
  18. Thomas Aïdan - Propos de Aurélien Barrau, « Lexique de l'espace », La Septième Obsession,‎ , p. 20-21-22-23-24-25 (ISSN 2431-1731)
  19. Université Joseph-Fourier - Grenoble 1, « Aurélien Barrau lauréat 2012 du prix Thibaud », sur ujf-grenoble.fr.
  20. (en) « Bogoliubov prize goes to Barrau for black-hole research », CERN Courier, vol. 47, no 2,‎ , p. 39 (lire en ligne [PDF], consulté le 8 septembre 2018).
  21. Institut universitaire de France, « Présentation d'Aurélien Barrau », sur iuf.amue.fr.
  22. (en) « Academy of Lyon presents the 2012 Prix Thibaud », CERN Courier, vol. 53, no 2,‎ , p. 34 (lire en ligne [PDF], consulté le 8 septembre 2018).
  23. « Aurélien Barrau, le scientifique qui défend l’écologie », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 14 septembre 2018).
  24. « “Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité” : l’appel de 200 personnalités pour sauver la planète », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 14 septembre 2018).
  25. « Le changement climatique : la révolution est nécessaire », sur La Première, (consulté le 12 janvier 2020)
  26. « "Il n'y a rien de traditionnel chez lui" : Aurélien Barrau, l'astrophysicien philosophe qui défend l'écologie », sur Franceinfo, (consulté le 14 janvier 2020)
  27. « Aurélien Barrau - Astrophysicien - Climax Festival ».
  28. Adrien Le Norcy, « Conférence Climax Aurelien Barrau: Harceler le politique face aux catastrophes », .
  29. « Le changement climatique : la révolution est nécessaire », sur La Première, (consulté le 15 janvier 2020)
  30. « Des univers multiples : à l'aube d'une nouvelle cosmologie », sur France Culture (consulté le 4 janvier 2020)
  31. « Les univers multiples, dernière contribution de Stephen Hawking à la science », sur Sciences et Avenir, (consulté le 4 janvier 2020)
  32. Lila Meghraoua, « Description High Life », sur usbeketrica.com

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]