Ethnogenèse

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Le mot ethnogenèse se rapporte à la naissance d'un peuple.

La naissance d'un nouveau peuple doté d'une culture propre, d'une langue, d'une mythologie et d'une conscience propres peut découler de l'isolement d'un groupe humain sur une longue période. Des influences importantes coïncidant (géographie, climat, flore, faune, d'autres cultures), une communauté de destin et/ou d'histoire d'un certain groupe d'hommes sont une autre possibilité d'explication de la naissance d'un peuple.

Il existe lors de l'ethnogenèse d'un peuple d'autres aspects sociaux marquants, comme les caractéristiques ethniques, linguistiques et culturelles, ou les spécificités du nouveau peuple.

Un nouveau peuple peut aussi naître de la fusion de plusieurs peuples.

Illustration de l'arrivée du peuple Croate sur les côtes de la mer Adriatique, pendant une époque tardive des Grandes migrations.

L'ethnographie romaine et la confrontation de l'espace méditerranéen avec les barbares[modifier | modifier le code]

Le domaine de l'ethnogenèse s'est développé dans les années 1980 en Europe et en Amérique à propos de la migration des peuples et de la transformation du monde romain à la fin de l'Antiquité et au début du Moyen Âge.

La migration des peuples doit tout d'abord être considérée du point de vue romain, la notion d'ethnicité, objective, étant inconnue dans l'Antiquité. Cependant le peuple romain (populus Romanus) possédait une certaine expérience issue de ses rencontre avec de nombreux peuples (gentes).

Patrick Geary définit à l'aide de la terminologie des sources antiques deux modèles de peuples : les peuples par hérédité (comme les Goths et les Vandales) et les peuples par constitution (comme les citoyens de la Rome Antique ou les membres agrégés à l'Empire hunnique). Ceci pose une dualité entre gens (aspect biologique) et populus (aspect juridique).

Le nord de l'Europe était appelé par Jordanes (byzantin du VIe siècle) la vagina gentium ou matrice des peuples. Les Barbares, très vigoureux et résistant au froid, y auraient été très fertiles et se seraient multipliés de façon incroyable. Cependant les érudits romains ont nié la capacité de ces peuples à développer des cultures, des villes et des civilisations, voyant ce monde comme un chaos permanent et sans passé remarquable, les considérant même comme des masses innombrables de sauvages. Synesius de Cyrène rapporta à son empereur Arcadius qu'aucun nouveau peuple n'avait été rencontré au nord de la Mer Noire ; on se contentait à l'époque de renommer convenablement les peuples pour tromper les Romains et refouler leurs craintes.

En effet l'ethnonymie antique ne désignait pas des peuples à proprement parler mais plus des régions peuplées : César ne reconnaissait pas chez les Francs et les Alémans des modes de vie germaniques mais les nommait Celtes en tant que résidant à l'Est du Rhin ; de même les Vandales, Goths et Huns étaient regroupés sous le nom de Scythes.

Un millénaire d'ethnographie aura apporté des méthodes et des savoirs dont on a pu se servir à la fin de l'Antiquité pour classifier les événements socio-historiques. Les érudits comme Ammanius Marcellinus (fin du IVe siècle), Zosimos (début du VIe siècle) ou encore les fonctionnaires lettrés byzantins comme Priscos (milieu du Ve siècle) et Procope (milieu du VIe siècle) se sont approprié ces connaissances et ont retranscrit les plus importantes sources, dont on dispose donc aujourd'hui, permettant de comprendre le processus ethnique de l'époque.

Qu'est-ce qu'un peuple ?[modifier | modifier le code]

Qu'est-ce alors qu'un peuple au sens où l'entendaient les auteurs de la fin de l'Antiquité et du début du Moyen Âge ? Un savant du XIXe siècle a donné une réponse un peu rapide : un peuple serait un groupe d'hommes partageant une ascendance, une langue et une culture, qu'on reconnaît aux vêtements et à l'armement et plus profondément liés par le droit et la tradition.

Avec une vision presque similaire, Isidore de Séville (VIIe siècle) faisait en revanche descendre les peuples des fils de Noé, suivant donc le modèle biblique de la Table des peuples (Genèse 10). On se servit ainsi de cette interprétation pour justifier l'apparition d'un royaume polonais et la formation d'un État suédois au XIVe siècle. Les humanistes français, allemands et italiens ont mené aussi des argumentations semblables pour expliquer les dimensions des territoires et la respectabilité de leurs royaumes respectifs.

La théorie de l'ethnogenèse[modifier | modifier le code]

Les peuples se forment uniquement à partir d'autres peuples plus anciens et n'apparaissent jamais "ex nihilo".