Henri-Pierre Jeudy

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Henri-Pierre Jeudy
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Henri-Pierre Jeudy, né le à Paris, est un philosophe, sociologue et écrivain français.Chercheur au CNRS, enseignant à l'école d'Architecture de Paris La Villette, membre de l'école doctorale "Pratique et Théorie du sens" de Paris VIII, enseignant à l'école des Hautes Etudes en Sciences Sociales, directeur de thèses à l'école doctorale de philosophie de Paris I.

Entre Philosophie et Sociologie[modifier | modifier le code]

Entre catastrophe et conservation patrimoniale[modifier | modifier le code]

Henri-Pierre Jeudy a étudié les phénomènes de déstructuration des liens sociaux et de recomposition de l'ordre social. En miroir de l'optimisation de la gestion des risques, il analyse comment s'est développé une victimisation généralisée à tout le "corps social" comme modèle prédominant de relation aux institutions, à l'Etat. Ayant effectué des recherches sur les phénomènes de peur, de panique, d'insécurité, il était conséquent qu'il aborde les modes de résistance, de sauvegarde, les modes de conservation des sociétés. Le traitement prospectif des patrimoines est aussi une manière d'analyser la construction des représentations du futur, d'autres formes de l'ordre social et culturel, ou les modes de gestion et de production du lien social. Cette pratique gestionnaire qui tente à produire ses propres formes de légitimation publique, il l'a retrouvée dans le traitement institutionnel des phénomènes de conservation et dans les mémoires collectives et les patrimoines sociaux. Les stratégies de la conservation se caractérisent par un processus de réflexivité qui leur donne sens et finalité. Le concept de patrimoine culturel tire sa signification contemporaine d'un redoublement muséographique du monde. Il faut, pour qu'il y ait du patrimoine reconnaissable, gérable, qu'une société se saisisse en miroir d'elle-même, qu'elle prenne ses lieux, ses objets, ses monuments comme des reflets intelligibles de son histoire, de sa culture. Il faut qu'une société opère un dédoublement spectaculaire qui lui permette de faire de ses objets et de ses territoires un moyen permanent de spéculation sur l'avenir. La conservation devient une affaire urgente et son accélération tend à faire du présent lui-même un patrimoine potentiel perçu dans la perspective de sa perte. Le gestion contemporaine des patrimoines est un moyen de conjurer cette menace qui pèse sur l'homme moderne : le risque de perdre le sens de sa propre continuité. Dans une atmosphère de résistance commune à l'oubli, ce travail de remémoration s'impose comme un devoir civique.

Critique de la Réflexivité[modifier | modifier le code]

Henri-Pierre Jeudy a tenté de montrer, plus particulièrement dans son livre intitulé "Sciences sociales et démocratie", combien l'approche des phénomènes de société fondée sur un processus spéculaire et spéculatif risquait d'introduire des disruptions entre la prétendue reconnaissance d'une réalité objective et le réel, comme ce qui advient. Le pouvoir de la réflexivité semble imposer une prédétermination conceptuelle aux phénomènes de société, ce qui entraine une perte de toute aventure de la construction théorique. Sa critique de la réflexivité vise l'idéalisme hégélien qui anime l'obsession de la gestion du sen, conduit désormais à accepter que le fait qu'une société puisse se saisir en miroir d'elle-même soit le meilleur moyen pour elle, de mieux se comprendre pour mieux se gérer. L'arme de la réflexivité use d'une symétrie des contradictions : les mesures énoncées pour maintenir une représentation de l'ordre, surtout à l'échelle mondiale, ne produisent pas, comme on voudrait le croire, des effets pervers ou des incongruités collatérales, elles imposent des effets contraires qui entraînent une incrédulité collective constante à l'égard de toute mesure affichée publiquement par les instances décisions.

La réflexivité gestionnaire implique de plus en plus une pratique nominaliste du langage. On invoque souvent la distorsion entre la réalité et le langage alors que le problème est celui de la production d'une certaine réalité par le langage. Seulement ce nominalisme n'est pas le propre des politiques ni celui de l'Etat, il est également utilisé par tous selon différentes modalités, ne serait-ce que pour revendiquer, négocier, ou changer le sens des normes imposées. Or, agir d'après une règle et d'après le vocabulaire qui la signifie, suppose souvent d'agir selon une interprétation de cette règle, et par conséquent selon des transformations de vocabulaire.

Le corps et le mythe de la création artistique[modifier | modifier le code]

Pourquoi le corps est-il "pris pour un objet d'art" ? Hormis les déterminismes indubitables, et par conséquent repérables de bon nombre de celles-ci, le corps reste insaisissable et rend inépuisables le jeu de son interprétation. Alors pourquoi cette analogie avec l'objet d'art ? Le corps comme "objet-miroir" se vit au fil du temps dans un combat esthétique jusqu'à l'apparition des vestiges de sa décrépitude quand nous n'osons plus recommencer l'ultime expérience du miroir de peur de voir les premières apparitions de notre cadavre. Les myriades d'images du corps qui s'engendrent les unes les autres se soutiennent du jeu imperceptible des analogies esthétiques comme si l'image faisait toujours écho à une autre image. Selon Henri-Pierre Jeudy dans Le corps comme objet d'art. (Armand Colin, Paris, 1998), ce combat esthétique que nous menons, non pour résoudre l'énigme des images du corps, mais au contraire pour l'entretenir en chassant les signes de son épuisement, ce combat-là aussi insensé puisse-t-il paraître, fait du corps un objet sacré même s'ils est destiné à devenir poussière.

Dans son ouvrage Le Mythe de la vie d'artiste (Circé, 2011) Henri-Pierre Jeudy montre comment la création artistique se présente aussi comme une alternative à la néantisation du monde et des choses. Dans les quartiers bobo des grandes villes, des artistes, les plus souvent inconnus pratiquent autant le "in situ" que le "in vitro", utilisant autant l'espace public que leurs ateliers, devenus des cabinets de curiosité, pour rendre contagieux cet écart de perception comme source de jouissance esthétique. Ainsi s'impose une esthétisation de la vie quotidienne quand l'existence elle-même s'affiche comme objet d'art. C'est dire combien triomphe l'illusion de partager un territoire en marge des circuits commerciaux habituels - ce que prouverait l'existence de tous ces artistes qui ne vendent rien sur le marché de l'art. - C'est dire aussi qu'il n'est pas difficile de s'imaginer qu'on participe à la survie d'une certaine avant-garde bien que celle-ci ait disparu. La prolifération des "pratiques artistiques" se sépare de la sphère de l'art contemporain en ce sens où elle exalte le répétition de tous les modèles passés de l'histoire de l'art. Ce qui est nouveau, c'est l'hystérie de la visibilité.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Textes philosophiques et sociologiques[modifier | modifier le code]

  • La mort du sens, Mame, Paris, 1973.
  • La publicité et son enjeu social, P.U.F, Collection « le sociologue », Paris.
  • La peur et les médias, P.U.F Collection « Politique éclatée ». Paris 1980.
  • La panique, Galilée, Paris, 1981.
  • Imaginaires de l'insécurité, (en collaboration avec R. Dulong et W. Ackermann). Librairie des Méridiens. Collection Réponses Sociologiques. Paris 1983
  • Parodies de l'auto-destruction, Librairie des Méridiens, Paris, 1985
  • Mémoires du social, P.U.F., Collect « Sociologie d'aujourd'hui », Paris, 1986.
  • Les ruses de la communication, Plon, 1989, Réédition Circé/poche
  • Patrimoines en folie, M.S.H., 1990
  • Le désir de catastrophe, Aubier, 1990
  • La société du trop-plein, Eshel, 1991, Collection « Virulences ».
  • Éloge de l'arbitraire, P.U.F, 1993, disponible sur Gallica
  • La communication sans objet, La lettre volée, Paris, 1994
  • L'ironie de la communication, La lettre volée, Paris, 1995
  • Sciences sociales et démocratie, Circé/poche, 1997
  • Courir la ville, Editions de la Villette, 1997
  • Le corps comme objet d'art, Armand Colin, Paris, 1998
  • L'irreprésentable, Sens et Tonka, Paris, 1999
  • Les usages sociaux de l'art, Circé, Paris, 1999
  • La machinerie patrimoniale, Sens et Tonka, Paris, 2001
  • Le corps et ses stéréotypes, Circé, Paris, 2001
  • Le deuil impossible, en collaboration avec Patrick Baudry, Eshel, Paris, 2001
  • Critique de l’esthétique urbaine, Sens et Tonka, Paris, 2003
  • Fictions théoriques, Léo Scheer, Paris, 2003
  • La Chronique dans tous ses états, [direction de l’ouvrage], Sens et Tonka, Paris, 2004
  • L’art de ne pas être grand-père, Circé, Paris, 2005
  • La culture en trompe-l’œil, La Lettre volée, Paris, 2006
  • La Reine Eupraxie, avec Emmanuel Tugny, La Lettre volée, Paris, 2006
  • Un sociologue à la dérive, Sens et Tonka, Paris, 2006
  • L’absence de l’intimité, Circé, Paris, 2007
  • L'exposition des sentiments, Circé, Paris, 2008
  • Le Petit Traité de Scissiparité, avec Maria Claudia Galera, Al Dante, 2010
  • Le Mythe de la vie d'artiste avec Maria Claudia Galera, Circe, 2011
  • Le temps de cuisson, Châtelet-Voltaire, 2012
  • Imaginaire contemporain de la grande guerre 14-18, avec Maria Claudia Galera, Châtelet Voltaire, 2013
  • La farandole des illusions. Sens & Tonka, Paris, 2018.

Textes Littéraires[modifier | modifier le code]

  • Les sortilèges du gisant. Klincksieck, Paris, 1989.
  • Conte de la mère morte. La lettre volée, Bruxelles, 2003.
  • Aligato. La lettre vollée, Bruxelles, 1999.
  • Même les fantômes. La lettre volée, Bruxelles, 2002.
  • Addiction. Max Milo, Paris, 2006.
  • Le nouveau discours amoureux suivi d'un dialogue avec René Major, Léo Scheer, 2008
  • La zigzagure. La lettre volée, Bruxelles, 2016.
  • Le chapeau fossilisé, Gwen Catala, 2017.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Collaboration régulière à la revue "Musique en Jeu" (Le Seuil), jusqu'à la fin de la revue en 1979. Articles sur la sociologie de l'art, sur la sociologie de la musique. Confection et responsabilité d'un numéro spécial : la ville, la musique et les bruits (printemps 1976)
  • Collaboration à la revue "L'homme et la Société" (Anthropos). Dans les années 73-75 : l'art les systèmes de communication, essais de néologie.
  • Collaboration à la revue "Traverses" (Minuit), depuis 1976 jusqu'à la fin de la revue en 1991 : une vingtaine d'articles sur le design, le fonctionnalisme, la voix, la bestialité, le hasard, le secret, la peur, l'épidémie...
  • Préparation du numéro sur l'épidémie pour la revue TRAVERSES : un texte de documentation et de réflexion publié sous le titre "DIAGONALES" présente un historique des phénomènes de contagion et des images sociales qu'ils suggèrent. Traverse n°32. . pp. 1O8-129
  • Participation à la revue "Actions et Recherches Sociales" (Editions Erés, sous la direction de M.Beauchard) : le post-social, pour une critique de la gestion des risques, le corps armé, mythes et idéologie sécuritaire
  • Revue des Cahiers Internationaux de Sociologie : l'échange à blanc (essai sur les sigles) 1977.
  • Revue Temps Libre (Editions Economica): l'insécurité équivoque, le propre et le sale, la marge. L'ensemble des articles publiés dans cette revue correspond à des séances du séminaire "Crise de l'urbain, futur de la ville".
  • Revue Ethnologie Française, confection du numéro "le vertige des traces" ().
  • Revue Lignes, collaboration à plusieurs numéros.
  • Contribution : Utopia 3 - La question de l'art au 3e millénaire, Germs, sous la dir. de Ciro Giordano Bruni, 2012

Décorations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]