Écopsychologie

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Ne doit pas être confondu avec Psychologie environnementale.

L'écopsychologie étudie la relation entre les êtres humains et la nature par le biais de principes d'écologie et de psychologie.

L'écopsychologie cherche à comprendre et développer le lien émotionnel entre les individus et le monde naturel, aidant ainsi les gens à développer des modes de vie durables et à remédier à leur aliénation de la nature.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'invention du terme est attribuée à Theodore Roszak, dans son livre de 1992, The Voice of the Earth[1], auquel le sous-titre An Exploration of Ecopsychology est ajouté à une édition ultérieure[2]. Roszak est aussi le co-éditeur avec Mary Gomes et Allen Kanner d'un ouvrage collectif, Ecopsychology: Restoring the Earth, Healing the Mind, publié en 1995[3] et qui fait suite à des échanges ayant eu lieu à Esalen en Californie[2]. Un groupe de psychologues et d'environnementalistes de Berkeley, dont Mary Gomes et Allen Kanner, auraient utilisé le terme indépendamment en même temps [source?].

Le domaine de l'écopsychologie s'étend au-delà du domaine conventionnel de la psychologie, qui avait traditionnellement considéré le psychisme comme une question qui ne concernait que les humains. L'écopsychologie examine les raisons pour lesquelles les gens continuent d'adopter des comportements nuisibles à l'environnement et de développer des méthodes de motivation positive pour l'adoption de pratiques durables[4].

La notion centrale de l'écopsychologie proposée par Roszak est celle d'« âme du monde » (anima mundi). Roszak reprend le concept d'inconscient collectif développé par Carl Gustav Jung pour le généraliser à l'ensemble du vivant sous la forme d'un « inconscient écologique ». Il existerait ainsi une psyché universelle, l'âme du monde, à laquelle tous les êtres de tous les temps participeraient en interdépendance[1]. Cette perspective holiste et moniste peut être rapprochée de l'hypothèse Gaïa de James Lovelock et Lynn Margulis, ainsi que de l'écologie profonde proposée par Arne Naess, même si elle s'en différencie sur de nombreux points[2].

Écopsychologie pratique: le « Travail qui relie »[modifier | modifier le code]

Joanna Macy, auteure de Écopsychologie pratique et rituels pour la terre (avec Molly Young Brown)[5] et L'espérance en mouvement (avec Chris Johnstone)[6], est une référence du domaine. Elle a initié les premiers ateliers du «  Travail qui relie  »[7]. Ces ateliers vise à faire prendre conscience aux participants, par des exposés théoriques ainsi que de manière expérientielle par des exercices et des rituels, de l'interdépendance de tous les êtres et de l'interrelation entre soi et la Terre. La souffrance ressentie par les participants et partagée au cours du « rituel clé » du « Mandala de nos vérités » doit être comprise comme l'expression d'une souffrance de la Terre elle-même[2]. « Soigner l'esprit » revient ainsi à « guérir la Terre »[8]. L'atelier vise alors à « changer de perspective », c'est-à-dire à réinsérer l'humain à sa juste place au sein de la « toile de la vie » et du « temps profond » (deep time) afin de « changer de cap » et « d'aller de l'avant » en favorisant des initiatives et des projets s'inscrivant dans une perspective écocentrique[2]. Le « Travail qui relie » (TQR) est ainsi une pratique centrale de l'écopsychologie, même si celle-ci ne se réduit pas à celle-là.

Dans l'espace francophone européen, les ateliers de Travail qui relie sont organisés principalement par les associations Terr'Eveille en Belgique, Roseaux dansants en France et le Réseau Romand d'écopsychologie en Suisse romande. L'ethnographie menée par Jean Chamel montre que ces ateliers intéressent particulièrement les personnes de revendiquant de la « transition intérieure » au sein du mouvement des Villes en transition, et qu'ils sont aussi prisés des initiateurs de la collapsologie, lesquels trouvent dans cette « apocalyptique écologique expérientielle » une manière de s'armer spirituellement face à l'effondrement et de fonder des « réseaux de temps difficiles »[9]. Selon lui, le TQR peut être approprié de différentes manières: « chacun peut trouver dans l’écopsychologie ce qu’il cherche, et en donner des interprétations différentes. J’ai constaté que certains en attendaient la résolution de leurs propres problèmes, d’autres étaient dans une démarche plus politique »[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Roszak, Theodore, 1933-2011., The voice of the earth : an exploration of ecopsychology, Phanes, (ISBN 1890482803, 9781890482800 et 1890482811, OCLC 51395992, lire en ligne)
  2. a b c d et e Jean Chamel, « Tout est lié ». Ethnographie d’un réseau d’intellectuels engagés de l’écologie (France-Suisse) : de l’effondrement systémique à l’écospiritualité holiste et moniste, Lausanne, Université de Lausanne, , 471 p. (lire en ligne)
  3. Roszak, Theodore, 1933-2011., Gomes, Mary E., 1962- et Kanner, Allen D., 1952-, Ecopsychology--restoring the earth, healing the mind, Sierra Club Books, (ISBN 0871564998, 9780871564993 et 0871564068, OCLC 31078884, lire en ligne)
  4. Philippe Le Bé, « « Le climat se réchauffe car nos cœurs sont trop froids » », Le temps,‎ (lire en ligne, consulté le 5 avril 2019).
  5. Macy, Joanna, 1929- ... et Impr. Vasti-Dumas), Écopsychologie pratique et rituels pour la Terre : retrouver un lien vivant avec la nature, Éd. le Souffle d'or, dl 2008 (ISBN 9782840583493 et 2840583496, OCLC 470617232, lire en ligne)
  6. Macy, Joanna (1929-....)., Egger, Michel Maxime (1958-....)., Carré, Claire. et Ferrand, Françoise., L'espérance en mouvement : comment faire face au triste état de notre monde sans devenir fous (ISBN 9782830916577 et 2830916573, OCLC 1041152584, lire en ligne)
  7. Lila Erard, « L'écopsychologie, à la racine de l'inaction », Le temps,‎ , p. 28.
  8. Egger, Michel Maxime, (1958- ...)., Soigner l'esprit, guérir la terre : introduction à l'écopsychologie, Labor et Fides, impr. 2015, cop. 2015 (ISBN 9782830915693 et 2830915690, OCLC 910875915, lire en ligne)
  9. Jean Chamel, « Faire le deuil d'un monde qui meurt. Quand la collapsologie rencontre l'écospiritualité », Terrain,‎ n° 71 / printemps 2019, p. 68-85 (lire en ligne)
  10. « L'écopsychologie veut renouer le lien entre les humains et la nature », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie (consulté le 26 avril 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]