Deep Green Resistance

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Deep Green Resistance
Situation
Création 2011

Site web https://deepgreenresistance.fr/

Deep Green Resistance (DGR) est une analyse, une stratégie, et une organisation fondée par Derrick Jensen, Aric McBay et Lierre Keith (en) en 2011. Les deux principaux objectifs affichés du mouvement sont la restauration des écosystèmes et le démantèlement de la civilisation industrielle[1].

Face à l'urgence écologique, DGR propose de s'attaquer à la véritable cause plutôt que de perdre temps et énergie à lutter contre les symptômes. Cette cause est clairement identifiée par le mouvement comme étant la civilisation industrielle qui met en danger toute la vie sur la planète.

En ce sens, DGR se différencie et émet une vive critique des organisations écologistes traditionnelles qui promeuvent de fausses solutions[2],[3] et font usage de stratégies qui ne sont pas en capacité de mettre fin à la destruction globalisée des écosystèmes[4].

Analyse[modifier | modifier le code]

La civilisation...[modifier | modifier le code]

Dans le livre Deep Green Resistance, les auteurs affirment que la civilisation, en particulier la civilisation industrielle, est fondamentalement non durable et doit être démantelée de manière active (et urgente) afin de garantir un avenir viable à toutes les espèces de la planète[1]. La civilisation peut être définie comme le développement de l'agriculture et la croissance des villes. Deep Green Resistance soutient que l'agriculture nuit à la fertilité des terres et que les villes dépassent nécessairement la capacité de charge naturelle des terres sur lesquelles elles sont bâties[5]. Ce dépassement mène les villes, constituées hier en cités et aujourd'hui en États, à étendre leur périmètre de contrôle en menant des guerres pour les ressources, au détriment des peuples autochtones qui vivent sur ces terres. En ce sens, l'analyse de DGR rejoint les critiques du développement comme Arturo Escobar ou Vandana Shiva.

...industrielle[modifier | modifier le code]

Les problèmes que pose la civilisation se sont amplifié depuis la Révolution industrielle, période à laquelle les machines commencent à remplacer les humains dans les usines, et où les dégradations sur l'environnement s’amplifient, sans toutefois de comparaison possible avec la croissance exponentielle qui suivie la Seconde Guerre Mondiale. Selon DGR, ce développement matériel mondialisé trouve notamment son inspiration dans l'idéologie du « progrès technique »[6]. L'industrialisation forme un système technique composé d'infrastructures matérielles (ex: usines, réseaux, centres commerciaux...) et de dispositifs immatériels (organisation du travail, régime politique, système économique...) qui sont parfaitement indissociables[7]. La civilisation dépend fortement de l'industrie, qui utilise principalement des combustibles fossiles et des métaux en flux ouvert, non renouvelables et polluants[8], de la mine à la déchetterie[9]. En formulant cette critique, les membres de DGR se positionnent comme les héritiers d'une longue tradition de penseurs et d'écologistes anti-industriel, comme George Orwell, Aldous Huxley, Lewis Mumford, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Günther Anders, Ivan Illich, Olivier Rey, ainsi que les ouvrages de l'Encyclopédie des Nuisances, fondé par Jaime Semprum.

Écologie profonde et écologie superficielle[modifier | modifier le code]

Les principes de DGR découlent du concept d'écologie profonde et stipulent que toutes les espèces ont une valeur intrinsèque qui leur donne droit au respect et que, par conséquent, les êtres humains ne sont supérieurs à aucune autre forme de vie. L'écologie profonde attribue la crise environnementale actuelle à l'anthropocentrisme intégré aux perspectives occidentales. Le terme, utilisé pour la première fois par le philosophe norvégien Arne Næss, a été rapidement repris par une variété de groupes environnementaux radicaux.

Le mouvement se distingue de l'environnementalisme mainstream, ou écologie superficielle, caractérisé par une focalisation sur les solutions personnelles, technologiques, gouvernementales et d'entreprise, en ce qu'il considère ces solutions comme inadéquates[10]. DGR estime que les changements de mode de vie, tel que les douches plus courtes[11], sont trop localisés et inefficace pour résoudre les problèmes environnementaux à grande échelle auxquels le monde est confronté. Il indique également que la récente montée en puissance de l’environnementalisme est la conséquence d'une volonté commercial et communicationnelle des entreprises privées. Le mouvement affirme que les déchets industriels produits par habitant sont de plusieurs ordres de grandeur supérieurs aux déchets personnels produits; par conséquent, il faut mettre fin à l'industrialisme et, avec cela, les changements de mode de vie suivront.

Origines et partisans[modifier | modifier le code]

Le terme a été créé pour une conférence intitulée "Deep Green Resistance. Confronting Industrial Culture" en avril 2007 à Deerfield, Massachusetts. Lierre Keith était l'organisatrice principale. La théorie Deep Green s'appuie sur des éléments d'anthropologie, de phénoménologie, d'écologie profonde et d'écoféminisme.

Derrick Jensen est un membre éminent du conseil consultatif de Deep Green Resistance. En plus d’être un activiste radical, il est également écrivain, philosophe et enseignant. Lierre Keith, un autre membre du conseil, est une activiste féministe, écrivain et petite agricultrice. Stephanie McMillan et Jack D. Forbes sont également des influences importantes pour le mouvement.

Tactiques de résistance[modifier | modifier le code]

La perspective Deep Green soutient que la culture dominante, un terme qui englobe toutes les cultures de la civilisation mondialisée, ne subira pas de transformation volontaire vers des modes de vie durable[12]. Cela inclut le rejet d'un éventuel succès d'un changement lent et progressif vers la durabilité. Les membres du mouvement Deep Green croient que la civilisation industrielle s'effondrera inévitablement. Cette notion repose sur des exemples historiques de l'effondrement de grandes civilisations telles que Rome ou la civilisation maya[13], ainsi que sur des statistiques relatives à la non-durabilité du système actuel[14]. DGR affirme que les êtres humains doivent agir de manière décisive avant l'effondrement afin de garantir une Terre qui reste habitable pour tous les organismes et qu'ils construisent une société structurée de manière plus durable après l'effondrement. Deep Green Resistance soutient un mouvement de résistance actif dans le but d'accélérer l'effondrement de la civilisation industrielle.

Dans la théorie Deep Green, les changements de mode de vie ou personnels ne sont pas considérés comme des méthodes efficaces pour créer un changement significatif[15]. Le mouvement environnemental traditionnel est perçu comme étant distrait par son accent mis sur les changements de style de vie individuels et les solutions technologiques au lieu de se confronter aux systèmes de pouvoir et de demander des comptes aux individus, aux industries et aux institutions. Les fondateurs du mouvement Deep Green estiment que les solutions technologiques, aussi bien intentionnées soient-elles, ne sont pas satisfaisantes et préviennent qu'elles pourraient même conduire à une destruction écologique accélérée.

Plaidoyer pour une résistance militante[modifier | modifier le code]

Les partisans de la résistance encouragent les stratégies comportant des tactiques allant de la violence à la non violence[16]. La stratégie décrite par Jensen, McBay et Keith est principalement axée sur le sabotage d’infrastructures, tel que le démantèlement d’un barrage, plutôt que sur toute forme de violence personnelle.

Deep Green Resistance est un mouvement strictement à ciel ouvert, cependant, comme Keith et McBay, ses membres débattent et défendent également de la nécessité d’une organisation clandestine qui pourrait cibler stratégiquement les infrastructures de l’industrialisation. Dans cette stratégie, DGR fournit le cadre théorique et extérieur permettant d’appuyer une telle action. Le livre de l'organisation cite des exemples historiques de mouvements de résistance qui s'appuyaient sur une interdépendance des réseaux souterrains et aériens afin de réaliser des objectifs communs.

Questions de genre[modifier | modifier le code]

L'organisation indique sur son site internet que "Deep Green Resistance est une organisation radicalement féministe. Les hommes forment une classe qui mène une guerre contre les femmes. Viols, violences physiques, incestes, prostitution, pornographie, pauvreté, et génocides forment l’ensemble des armes dans cette guerre et sont les conditions qui créent la classe sexuelle féminine. Le genre n’est pas naturel, n’est pas un choix, et n’est pas un sentiment: c’est une structure permettant l’oppression menée par les hommes. Les tentatives pour créer plus de choix à l’intérieur du système de classification sexuelle servent uniquement à renforcer les réalités brutales du pouvoir masculin. En tant que radicaux, nous avons l’intention de démanteler le genre et tout le système patriarcal qu’il incarne. La liberté des femmes - en tant que classe - ne peut être dissociée de la résistance à l’ensemble de la culture dominante."[17].

Littérature et références[modifier | modifier le code]

Outre la littérature anglo-saxonne davantage étoffée, sont parus en langue française plusieurs ouvrages proche de la théorie de DGR :

  • Vandana Shiva, Derrick Jensen, Stephanie McMillan, Lierre Keith et Aric McBay, Murray Bookchin, Chris Hedges, Armand Farrachi, Josh Headley (textes et discours de). Écologie en résistance : Stratégies pour une Terre en péril vol. 1 et vol.2, éditions LIBRE, 2016.
  • Derrick Jensen. ZOOS : Le cauchemar de la vie en captivité, éditions LIBRE, 2016.
  • Peter Gelderloos . Comment la non-violence protège l’État : Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux, éditions LIBRE, 2018.
  • Derrick Jensen, Lierre Keith et Aric McBay. Deep Green Resistance : Un mouvement pour sauver la planète, éditions LIBRE, 2018.
  • Daniel Quinn. Ishmael, éditions LIBRE, 2018.
  • Earth First!. Manuel d’action directe, éditions LIBRE, 2018.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Derrick Jensen, Lierre Keith et Aric McBay, Deep Green Resistance : Un mouvement pour sauver la planète, Éditions LIBRE, , 350 p. (lire en ligne)
  2. Nicolas Casaux, « L'écologie du spectacle et ses illusions vertes (espoir, « progrès » & énergies « renouvelables ») », Le Partage,‎
  3. Nicolas Casaux, « 350.org et les énergies "renouvelables" : le greenwashing de la colonisation », Le Partage,‎
  4. George Monbiot, « La consom'action, un moyen pour les puissants d'égarer la résistance », Le Partage,‎
  5. Jared Diamond et Clive Dennis, « L'agriculture ou la pire erreur de l'histoire de l'humanité », Le Partage,‎
  6. Nicolas Casaux, « Le mythe du progrès et la toxicité de la monoculture mondialisée », Le Partage,‎
  7. Jacques Ellul, Le Système technicien, Calmann-Lévy, , 334 p.
  8. Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares, La face cachée de la transition énergétique et numérique, Les Liens qui Libèrent,
  9. Philippe Bihouix, L'Âge des low tech, Seuil, , 336 p.
  10. Nicolas Casaux, « Cyril Dion, bonimenteur de l'écologisme médiatique et subventionné », Le Partage,‎
  11. Derrick Jensen, « Oubliez les douches courtes », Le Partage,‎
  12. « Vingt prémisses à lire », sur deepgreenresistance.fr, non daté (consulté le 19 octobre 2018)
  13. Jared Diamond, Effondrement: Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Folio,
  14. Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s'effondrer, Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations, Seuil, , 304 p.
  15. Derrick Jensen, Lierre Keith et Aric McBay, Deep Green Resistance : Un mouvement pour sauver la planète, Éditions LIBRE, , 350 p.
  16. Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l’État : Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux, Éditions LIBRE,
  17. « Les principes directeurs de Deep Green Resistance », sur deepgreenresistance.fr, non daté (consulté le 19 octobre 2018)