Marché de l'art

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Le marché de l'art, Honoré Daumier, seconde moitié du XIXe siècle.

Le marché de l'art est le marché sur lequel s'échangent les œuvres d'art.

Segmentation du marché[modifier | modifier le code]

La dénomination marché de l'art recouvre des réalités diverses et contradictoires, puisque les œuvres d'art sont vendues soit à travers des galeries[1] (transaction de gré à gré), marché privé dont le chiffre d'affaires n'est pas connu[2], soit à travers des ventes aux enchères dont les chiffres et résultats sont les seuls publiés donc connus.

Le marché est également divisé en catégories qui recouvrent des réalités de l'art différentes. Par secteurs artistiques: art classique, art moderne, art primitif, art chinois, art contemporain, objets d'art, etc. Par période répertoriée de création et de vente: art classique de 1600 à 1840, moderne de 1840 à 1940, contemporaine après 1945, etc.

Le marché est également segmenté par pays, puisque les réglementations fiscales, les définitions de l'œuvre d'art, les droits varient d'un pays l'autre, (France, Angleterre, États-Unis, Chine…).

Mais le marché est segmenté localement aussi à l'intérieur d'un pays; En France des marchés régionaux existent autour des capitales régionales, Lyon, Toulouse, etc.

En France, les œuvres d'art sont définies comme des biens mobiliers[3] ayant une fiscalité particulière. Certaines œuvres sont également interdites de vente comme les trésors nationaux.

Aussi, l'analyse des résultats des ventes publiques « exige une connaissance subtile du marché réservé aux habitués, pour ne pas dire aux initiés »[4].

Définition des œuvres d'art en droit français[modifier | modifier le code]

En droit français sont définis comme œuvre d'art : les tapis et tapisseries, exécutés d'après le carton de l'artiste et contrôlés par lui-même, les tableaux, peintures et dessins faits entièrement à la main par l'artiste, les gravures et estampes originales, statues et sculptures originales exécutées de la main de l'artiste, les céramiques et les émaux sur cuivre signés de la main de l'artiste, les photographies à tirage limité à moins de trente exemplaires, les installations et œuvres numériques à moins de douze exemplaires[5].

Les objets de collection tels que livres de collection, véhicules de collection, mobilier, objets décoratifs (s'ils ont plus de cent ans), suivent un régime analogue mais dont la TVA peut-être différente.

Un artiste effectuant une vente sans intermédiaire n'a pas à fournir de certificat d'authenticité. Le marché repose donc sur l'identification des œuvres et des artistes, leur expertise et l'état des œuvres.

Terminologie française[modifier | modifier le code]

Convention de langage en usage pour décrire les œuvres[6] distinguant celles dont l'origine est sûre de celles incertaines.

garantie[modifier | modifier le code]

  • "œuvre par… œuvre de… " --- garantie que l'auteur indiqué est l'auteur de l'œuvre --- exemple "œuvre du Titien"
  • "signé de… estampillé de…" --- garantie que l'auteur indiqué est l'auteur de l'œuvre, sauf réserves expresses ---- exemple "signé en bas à droite Eug. Delacroix"
  • "attribué à… " --- présomption que l'œuvre est bien de l'auteur indiqué --- exemple "attribué à Ghirlandaïo"
  • "atelier de… " --- œuvre exécutée dans l'atelier d'un maître et sous sa direction --- exemple "tableau de l'atelier du Greco"
  • "école de…" --- l'auteur est élève du maître cité --- exemple "Anonyme, école du Greco"
  • "époque… siècle…" --- indique que l'œuvre a été produite dans le temps indiqué --- exemple "Commode XVIIIe d'époque signé Reisener"

sans aucune garantie[modifier | modifier le code]

  • "dans le goût" - exemple "un trumeau dans le goût rococo"
  • "dans le style" - exemple "une commode de style Empire"
  • "manière de…" - exemple "un tableau XVIe siècle dans manière du Titien"
  • "genre de…" - exemple "dans le genre de Watteau"
  • "d'après…" - exemple "d'après Lebrun"
  • "façon… " - exemple "une chaise façon modern-style"

Au terme de l'article 1er du décret du 3 mars 1981, les vendeurs en vente publique ou privée d'œuvres d'art doivent délivrer une facture, une quittance ou un certificat spécifiant la nature de l'œuvre d'art suivant la terminologie.

(Pour la distinction entre scupture "bronze original" et "bronze d'art" , on se reportera à l'article Bronze d'art - Réglementation Française.)

Le marché de l'art en France[modifier | modifier le code]

En France, la loi no 2000-642 du 10 juillet 2000 a mis fin au monopole des commissaires-priseurs et libéralisé dans une certaine mesure le marché des ventes publiques aux enchères. Les prix au marteau annoncés par les commissaires-priseurs dans la salle sont dits « hors frais ». Il faut y adjoindre les frais d'adjudication (taxes et les honoraires) pour trouver le prix payé par l'acheteur et y soustraire les taxes et les honoraires pour trouver le gain du vendeur. De plus aux honoraires du commissaire-priseur payés par le vendeur et par l'acheteur (environ 10 % de frais de commission pour le vendeur, 28 % pour l'acheteur) peuvent également s'ajouter le droit de suite 4 %, ou la taxe à l'importation de 5,5 %, si l'œuvre a été importée pour être vendue en France par le vendeur. Les honoraires sont soumis à la TVA (20,6 %) et la vente est soumis à l'impôt sur les plus-values, une taxe forfaitaire de 5 % pour le vendeur. Par ailleurs si la vente n'atteint pas le prix de réserve, le vendeur devra payer 3 % du prix atteint au Commissaire-Priseur, cette clause est appelée « le rachat ». Aussi certains commissaires -priseurs proposent au vendeur une garantie de l'estimation (et donc de la vente) contre 1,5 % du prix de l'adjudication en plus.

En fait le vendeur touche environ les deux tiers du prix de l'adjudication « hors frais », l'acheteur paye 28 % en plus du prix de l'adjudication « hors frais », le commissaire-priseur touche environ le tiers du prix de l'adjudication « hors frais », l'ensemble des taxes représentent environ 11 % du prix de l'adjudication « avec frais ».

Les entreprises peuvent acquérir des œuvres d'artistes vivants, dont la valeur d'achat est déductible de leur résultat imposable si les œuvres sont accessibles à leurs salariés et à leurs clients dans la limite de 5 ⁰/oo du chiffre d'affaires.

Le marché de l'art français bénéficie d'une fiscalité particulière : les œuvres d'art acquises ne sont pas par exemple incluses dans la base d'imposition de l'ISF en 2017.

La vente des œuvres d'art est soumise à l'autorité croisée du ministère de la Culture, des Finances et des Douanes : l'exportation des œuvres peut être interdite par le classement d'office[7], le Code du patrimoine; La dation permet à un héritier d'acquitter les droits de succession (et d'éventuelle ISF)[8] ou d'acquitter le droit de préemption de l'État[9].

Interdiction de vente[modifier | modifier le code]

Les biens spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale sont interdits de vente internationalement et doivent être restitués à leurs propriétaires ou ayants droit[10].

Également aux termes de la "Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé" de 1954[11]. En 2015, dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution 2199 qui interdit le commerce des biens « enlevés illégalement d'Irak depuis le 6 août 1990 et de Syrie depuis le 15 mars 2011 »[12], et la Commission européenne veut imposer un nouveau système de licence[13] depuis juillet 2017.

Les œuvres d'art ne sont pas « libres de circulation » dans l'espace européen et ne peuvent être exportés sans autorisation des douanes et de ministère de la Culture. Les objets volés – et déclarés comme tels – sur les bases de données de la police, gendarmerie, Interpol : Office central de lutte contre le trafic des biens culturels sont également interdits de vente.

Le recel d'œuvres d'art volées est sans prescription de temps depuis la loi du 30 novembre 1987[14].

Sont également interdits de vente et de transports, les objets d'art fabriqués à partir d'animaux en voie d'extinction suivant la Convention de Washington de 1973 dite CITES (Convention on International Trade of Endangered Species)[15].

Définition des œuvres d'art en droit allemand, anglais, américain, chinois, etc.[modifier | modifier le code]

Une vente chez Christie's à Londres en 1808.

Droit Anglo-Saxon[modifier | modifier le code]

Le Royaume-Uni est un pays de droit coutumier qui n'a pas de code du commerce régulant les ventes aux enchères publiques, aussi la définition des œuvres d'art est-elle plus simple.

La vente aux enchères est un contrat de droit commun qui s'établit entre l'acheteur, l'auctionneer (le commissaire-priseur) et le vendeur sur la qualité de l'objet vendu.

Les commissaires-priseurs sont regroupés dans deux syndicats professionnels. La profession est libre sans formation particulière. Les frais de commission sont équivalents, de 10 à 20 %. De plus la garantie décennale n'existe pas, la contestation de la qualité de l'objet doit être faite à la réception de l'objet. Cependant Christie's ou Sotheby's offre une garantie de 5 ans si l'objet est un faux. Par ailleurs le vendeur sera taxé sur la différence entre 6 000 £ et le prix de vente, suivant un barème de 10 %, 20 % ou 40 %. Depuis le 1er janvier 2010, les artistes résidents en Angleterre bénéficient du « droit de suite »[16].

Par ailleurs, les salles de ventes aux États-Unis et en Angleterre peuvent garantir les prix à la vente au vendeur et la rentabilité de l'achat à l'acheteur sur x années, pour se faire prêter ou organiser le prêt d'une partie du prix de l'achat en garantissant ainsi le placement effectué. Les sociétés d'auctionneers peuvent avoir ainsi une activité bancaire. Elles peuvent être également cotées en bourse. Aux États-Unis, les musées peuvent vendre ou revendre tout ou partie de leurs collections pour faire vivre leurs musées. Seuls les œuvres déclarés « inaliénables » des musées nationaux sont invendables et elles sont rares. Le passage par l'auctionneer et la vente aux enchères permet alors d'optimiser le flux financier créé, tant pour le vendeur que pour l'acheteur, puisque dans ce cas l'achat et la vente sont défiscalisés.

Loi sur le patrimoine et le marché de l'art en Allemagne[modifier | modifier le code]

En juillet 2015, le gouvernement allemand propose de « plafonner » le marché de l'art avec une interdiction de sortie du territoire (soumise à condition) pour les œuvres de plus de 50 ans ou de plus de 150 000 euros[17]. Cette proposition crée le scandale, les peintres Georg Baselitz et Gerhard Richter retirant leurs toiles en dépôt dans les musées allemands et disant vouloir émigrer.
En juillet 2016, la loi sur le patrimoine est adoptée avec des modifications. Elle établit « des seuils pour l’exportation des œuvres d’art vers l’Europe, et conditionne la sortie de biens culturels à l’obtention d’un passeport. Un bien archéologique ne peut être vendu que s’il est accompagné d’un certificat d’exportation du pays d’origine. »[18], en plus du passeport allemand. Bien qu'il y ait eu une grande manifestation le 4 juillet 2016 avec plus de 48000 personnes défendant le droit à la collection privée, la loi est adoptée avec une interdiction de sortie de territoire pour toutes les œuvres de plus de 75 ans et pour toutes celles de plus de 300 000 euros.

La TVA sur les œuvres d'art est mise à 19 % et la taxe sociale, payée par les marchands pour financer la sécurité sociale des artistes, est fixée à 5,2 % depuis 2014[19].

Droit de l'art en Suisse[modifier | modifier le code]

La photographie n'est pas considérée comme œuvre d'art pour le droit Suisse[20].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le marché de l'art a longtemps été un marché éclaté en quelques pôles en raison du faible nombre d'acheteurs potentiels. Avec la diffusion de la richesse après la deuxième révolution industrielle, suivant le protocole bourgeois et pendant la période de la constitution des musées du XVIIIe siècle, il s'est progressivement démocratisé dans l'ensemble des pays occidentaux. Cependant il est très divisé en fonction des produits et des styles. Son type de reconnaissance conventionnel (académique) ou non est lié à l'existence des Beaux-Arts reconnus comme tels.

L'histoire du marché de l'art est liée aux grandes collections des « grands collectionneurs » d'antiquités et de peintures de la Renaissance. Évoluant au cours des siècles, traversant des âges d'or, en Hollande au XVIIe siècle, Paris XXe siècle, ou des périodes de diète, la notion de marché de l'art a été et est largement commentée en philosophie qui considère que l'art est d'un acte politique et une représentation politique[21], en sociologie[22], en histoire de l'art[23].

Le marché de l'art aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Portrait d'Adele Bloch-Bauer I par Gustav Klimt, vendu 135 millions de dollars en 2006

Le marché de l'art moderne et contemporain entre 2000 et 2007[modifier | modifier le code]

À l'échelle mondiale, le marché de l'art est désormais très concentré sur quelques pays. Les États-Unis représentaient ainsi en 2000 49,8 % du marché, contre 28,75 % pour le Royaume-Uni et 5,6 % pour la France[2]. C'est au total un marché que la Commission européenne évalue à 8 milliards d'euros tandis que le sénateur Yann Gaillard l'évalue lui à 2,29 milliards d'euros pour les peintures et dessins[24]

Selon les chiffres d'Artprice de 2004, les États-Unis représentent des flux de 46,3 % du marché total, le Royaume-Uni 26,9 %, la France 7,2 %, l'Italie 3,7 %, l'Allemagne 2,9 % et Hong Kong 1,9 %[25]. Cette même année 2004, les records de vente aux enchères ont été atteints par Pablo Picasso avec le Garçon à la pipe, vendu le 5 mai pour 93 millions de dollars, Paul Gauguin pour Maternité (II) vendu le 4 novembre pour 35 millions de dollars et Amedeo Modigliani pour Jeanne Hébuterne devant une porte vendu le 4 novembre pour 28 millions de dollars.

En 2006, les dix artistes dont la vente des œuvres avaient atteint les plus fortes valeurs étaient en chiffre d'affaires :

Fin 2007, le marché de l'art a connu quelques turbulences, qu'Artprice a liées à la crise des subprimes[27]. Les ventes suivantes ont cependant confirmé les prix élevés observés depuis plusieurs années sur le marché de l'art contemporain[28].

En 2007, la peinture la plus chère du monde serait N°5, 1948 de Jackson Pollock, vendue 140 M$, battant le précédent record de 135 M$ pour Portrait d'Adele Bloch-Bauer I de Gustav Klimt [29].

Depuis 2010[modifier | modifier le code]

En 2010, selon Artprice, la Chine (avec Hong-Kong) représente 33 % du marché des ventes aux enchères, les États-Unis 30 %, le Royaume-Uni 19 % et la France 5 %. L'artiste ayant réalisé le chiffre d'affaires le plus important en vente publique étant Qi Baishi, devant Zhang Daqian, Xu Beihong et Fu Baoshi. Dans le classement du top 10 des artistes contemporains ayant eu les enchères les plus importantes, 6 sont des artistes chinois : Zeng Fanzhi, Chen Yifei, Wang Yidong, Zhang Xiaogang, Liu Xiaodong et Liu Ye contre trois américains : Jean-Michel Basquiat, Jeff Koons, et Richard Prince [30].

Toujours en 2010, les artistes ayant atteint les 10 enchères les plus importantes sont :

  • Pablo Picasso - 95 M$ ;
  • Alberto Giacometti - 92,5 M$ ;
  • Amedeo Modigliani - 61,5 M$ ;
  • Andy Warhol - 56,5 M$ ;
  • Wen Zong - 44,8 M$ ;
  • Henri Matisse - 43,5 M$ ;
  • Joseph M.William Turner - 40,2 M$ ;
  • Gustav Klimt - 38,2 M$ ;
  • Roy Lichtenstein - 38 M$ ;
  • Lawrence Alma-Tadema - 32 MS.

En 2014, les artistes ayant les transactions les plus importantes sont[31] :

  • Pablo Picasso - 345,8 M$ ;
  • Andy Wahrol - 299,2 M$ ;
  • Francis Bacon - 236,5 M$ ;
  • Claude Monet - 176,6 M$ ;
  • Qi Bashi - 168,9 M$ ;
  • Gerhardt Richter - 159,2 M$ ;
  • Mark Rothko - 146,4 M$ ;
  • Jean-Michel Basquiat - 131,9 M$ ;
  • Alberto Giacometti - 116,7 M$ ;
  • Zhang Daqian - 118,5 M$.

Au cours des années 2000 et 2010, les prix du marché de l'art (et de la peinture en particulier) n'ont cessé de monter. Une conjonction de facteurs l'explique : l'augmentation du nombre de milliardaires (il y en a 2325 en 2014 plus 7 % sur l'année) ; le rétrécissement de l'offre (les œuvres acquises par les musées disparaissent du marché, généralement de façon définitive) alors que la demande explose avec l'industrie muséale qui est devenue un véritable secteur économique (multiplication du nombre de musées et de centres d'art, publics ou privés dans le monde)[32] ; la garantie des ventes par les maisons d'enchères (quitte à payer de leur poche la différence) ; le rôle de valeur refuge de l'art dans un monde financier incertain[33].

En 2015, les records ont à nouveau été battus ; ils sont désormais les suivants[34] :

  • en vente publique : 179 M$ (avec les frais) pour Les Femmes d'Alger, version « O », de Pablo Picasso (Christies, New York, mai 2015) ;
  • de gré à gré : 300 M$ pour Nafea Faa Ipoipo ? de Paul Gauguin (acquis par les musées du Qatar, février 2015).

Le marché de l'art en ligne[modifier | modifier le code]

Depuis la fin des années 2000 et le début des années 2010, le marché de l'art en ligne a connu une très forte croissance. En 2013, il représentait 1,37 milliard de dollars, en 2014, 2,64 milliards de dollars ; il est estimé qu'il atteindra 6,3 milliards en 2019[35].

Il existe plusieurs types d'initiatives[36],[37]:

  • des places de marché comme Artsy ou Auction After Sale, où les vendeurs sont des galeries d'art ou des maisons de vente ;
  • des sites de vente aux enchères comme Auctionata, Christie's Live ou encore Drouot Live ;
  • des sites d'expertise en ligne comme Expertissim ;
  • des sites de vente de gré à gré comme Artviatic ;
  • des galeries en ligne comme Carré d'artistes, KAZoART, YellowKorner, Curioos ou Chall ;
  • des sites pour artistes.

L'Observatoire du Web social dans l'art contemporain a publié en 2016 une étude intitulée "Le Marché de l'art et Web social en 2016" faisant état du retard de la France dans l'art contemporain sur les réseaux sociaux[38].

Disparition du marché parisien[modifier | modifier le code]

La place de Paris représentait en 1950, 80 % du marché de l'art, en 1990 elle présentait encore 40 %, en 2010, elle en représente moins de 5 % environ, en 2016 3%[39]. Cette « décadence » peut s'analyser de deux manières : soit par la perte d'influence de la place de Paris sur les artistes dans leur créativité, soit par la globalisation du marché de n'importe quel art au niveau mondial, avec la réapparition d'acteurs qui avaient quitté la scène, les Chinois en particulier en 1939, ou le retour de la place de Londres avec la transformation du statut des ventes en 1978, le chiffre d'affaires de la place de Paris étant en constante croissance depuis cinquante ans…

Rentabilité du marché de l'art[modifier | modifier le code]

Depuis plus de trente ans, des études diverses ont tenté de démontrer la rentabilité du marché de l'art. Suivant les configurations choisies la rentabilité serait inférieure au rendement des actions (avec moins de 1 % de rentabilité), d'autres études démontrent le contraire avec 6 à 7 % environ. Un pôle d'attraction de l'art comme une valeur refuge patrimoniale a été établi lors de l'éclatement de bulles spéculatives.

Les indices comme le Art Sale Index excluent en général de leurs calculs les résultats des ventes inférieures à deux mille euros. En France en 2010, l'enchère moyenne se situe autour de cent euros[40], alors que l'enchère haut de gamme se situe dans une fourchette moyenne de onze mille euros[41] à 33 500 euros[42].

Dans le rapport du Sénat français consacré au marché de l'art[43], conduit par Yann Gaillard sur la spéculation sur les œuvres d'art dans les années 1980 et 1990, il est analysé les conditions « mythiques » des prix élevés du marché de l'art, records largement répercutés par les médias qui se fondent sur une « sélection des peintres les plus connus du monde, dont on comprend intuitivement qu'elle consiste à ne retenir pour calculer le rendement du pari sur les courses que les chevaux placés à l'arrivée ». Il y est également souligné le rôle sous-évalué des marchands et intermédiaires. « L'investissement en œuvres d'art est une loterie, dont on ne peut se contenter de calculer la rentabilité en ne prenant en compte que les billets gagnants : citer le cas d'une œuvre de David Hockney achetée 200 dollars en 1961 et vendue 2,5 millions de dollars en 1995, n'a guère plus de signification que d'évoquer le cas d'un joueur qui a gagné le tiercé ; ce qu'il faudrait prendre en considération, c'est l'ensemble des dépenses faites par le gagnant - le coût de tous les tickets achetés par l'ensemble des parieurs »[44].

En 2014, le chiffre d'affaires des enchères d'œuvres d'art est en hausse de 26 % sur un an à 15,2 milliards de dollars, dont 1679 enchères supérieures à 1 million de dollars[45]. Selon Artprice, ce marché offre en 2015 des rendements annuels de +10 à 15 % pour les œuvres d'art supérieures à 100 000 dollars[46].

Des critiques s'élèvent pour dénoncer des dérives que ce soit des ventes fictives ou montées pour fausser les cotations, pratiques interdites ou tolérées suivant les États, aussi bien que le non-paiement d'une œuvre sur trois par exemple en Chine[47],[48].

En 2016, le marché de l'art marque le pas avec une baisse de 50 % ! [49].

Port franc[modifier | modifier le code]

Pour pouvoir conserver les œuvres et les objets de collections sans avoir à les déclarer (au fisc, au douane) et ainsi d'éviter de payer les taxes à l'importation, TVA, etc. à chaque transaction ou déplacement, certains grands collectionneurs utilisent les « ports francs », comme celui de Genève, de Luxembourg ou de Singapour.

En 2015, un scandale[50] éclate dans le port-franc de Genève, créé il y a 125 ans, entre un collectionneur russe et le propriétaire du port franc faisant fonction de transitaire à propos de la vente d'œuvres de Léonard de Vinci, Salvator Mundi, d'une de Modigliani (Nu sur un coussin bleu) et d'un Rothko[51]. Il y aurait un million d'œuvres d'art dans le port franc de Genève[52].

Scandales liés au marché de l'art[modifier | modifier le code]

Panama papers[modifier | modifier le code]

En avril 2016, les révélations de la presse dite « The Panama Papers » démontrent l'utilisation de sociétés opaques et offshore au Panama par différents acteurs du monde l'art (collectionneurs, héritiers, galeries et maison de ventes)[53],[54]

Ces révélations sur des transactions frauduleuses concernent entre autres, la spoliation et le recel d'œuvres volés[55] ainsi que différents records.

Affaires dites « des faux meubles XVIIIe » et « des designers »[modifier | modifier le code]

En 2016, une vaste escroquerie dite « aux faux meubles XVIIIe siècle »[56] de Marie-Antoinette est découverte en France. Il s'agit d'une affaire où différents experts, maison de ventes aux enchères, galeries, antiquaires et conservateurs de musées sont impliqués[57]. Les techniques d'analyse (dendrochronologie) des fabrications et de l'âge des bois utilisés en ébénisterie ayant fait des progrès, de nombreux meubles sont déclassés. En Suisse un laboratoire scientifique affirme même, et ce depuis 2014, que 70 à 90 % des œuvres qu'il doit analyser sont des faux[58] et que la moitié du marché de l'art concerne des faux ! [59]. À ces différents scandales s'adjoigent les rumeurs sur des faux meubles de designers modernes des années 1930 et 1950, fabriqués en 2000[60],[61] et encore l'affaire "du faux tableau Cranach"[62].

Système de Ponzi[modifier | modifier le code]

voir article détaillé : affaire Aristophil.

Régulièrement des placements financiers en œuvres d'art, photographies ou en manuscrits avec des promesses de rendements mirobolants s'avèrent être des Systèmes de Ponzi faisant de nombreuses victimes : affaire Aristophil, Artecosa[63] ...

Affaires des « cols rouges » de Drouot[modifier | modifier le code]

Le 6 septembre 2016, l'Union des commissionnaires de l'Hôtel des ventes de l'Hôtel Drouot à Paris est jugée et condamnée pour vol et recel en bande organisée. Les « cols rouges » suivant le surnom donné à ces manutentionnaires avaient pris l'habitude de mettre de côté des objets et des lots qu'ils vendaient dans leur propre intérêt avec la complicité de certains commissaires-priseurs.

Les acteurs du marché de l'art[modifier | modifier le code]

À l'échelle mondiale, les acteurs du marché de l'art sont variés :

En France, les professions d'antiquaires et de brocanteurs sont des professions libres déclarées auprès des autorités préfectorales, et le titre d'expert en art n'est pas réglementé[65]. On ne doit pas le confondre avec l'expert judiciaire en objets d'art auprès des cours d'appel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 50 % des galeries dans le monde auraient fermé après la crise économique de 2007
  2. a et b En 1990, au plus haut du marché parisien, l’économiste Philippe Simonnot estimait le marché des ventes aux enchères à 7,6 milliards d'euros et les ventes privées à 9 fois plus Le marché de l'art sur le site du ministère des affaires étrangères
  3. Lors d'une succession les droits de succession sont établis sur une base forfaitaire de 5 % de l'actif successoral sauf si ce sont des collections placées dans des galeries, musées…
  4. in le Marché de l'art, Mondialisation et nouvelles technologies, Raymonde Moulin, p. 9, Flammarion, 2000.
  5. Décret du 17 février 1995.
  6. Décret du 3 mars 1981
  7. Loi du 31 décembre 1913
  8. art 2 de la loi no 68-1251 du 31 décembre 1968
  9. art 37 de la loi de finances du 31 décembre 1921 et art. 24 de la loi du 23 juillet 1987
  10. suivant la Conférence de Washington DC du 3 décembre 1998 voir http://www.culture.gouv.fr/documentation/mnr/TJ/TJ-1998-12-Washington-fr.pdf
  11. Premier protocole de 1954 et deuxième de 1999,voir le portail de l' UNESCO.
  12. Juillete Bénabent, Télérama, le 28/06/2015.
  13. L'UE s'attaque au trafic d'œuvre d'art, site chalenges
  14. Mirelle Ballestrazzi, Direction centrale de la police judiciaire, Paris, Le vol et le recel des œuvres et objets d'art, site doc.ocim.fr.
  15. Voir sur le sujet l'article en ligne de la gazette Drouot.
  16. Voir l'article de la Gazette Drouot.
  17. Un texte de loi met l'art allemand en émoi, site letemps.ch.
  18. L’Allemagne adopte la loi controversée de protection du patrimoine, site lequotidiendelart.com.
  19. Une nouvelle loi affecte le marché de l'art allemand, site blog.artsper.com.
  20. Photographies vos papiers svp, site letemps.ch.
  21. Max Weber, Histoire du capitalisme.
  22. Pierre Bourdieu.
  23. Le marché de l'art à Paris, INHA.
  24. Yann Gaillard : le Marché de l’art français aux enchères, Paris, éditions Economica, 2000.
  25. Artprice Global Index 2004
  26. Après une frayeur, les prix de l'art s'envolent, Le Figaro Économie, 19 novembre 2007
  27. Van Gogh victime de la crise subprime ?, site Boursier.com, 15 novembre 2007
  28. L´art contemporain à New-York - La confiance règne..., Artprice.com, novembre 2007.
  29. Site productionmyart
  30. site artpressagency.worldpress
  31. Selon le rapport de Artnet du 24 juillet 2014.
  32. « Le marché de l'art dopé par la multiplication des musées », sur culturebox.francetvinfo.fr,
  33. Catherine Cochard, Pourquoi les prix de l’art flambent, letemps.ch, 9 avril 2015.
  34. Michel Santi, Picasso : le prix de tout, latribune.fr, 31 août 2015.
  35. Site hiscox.fr.
  36. Site letemps.ch.
  37. Le filon de l'art en ligne, site jdd.fr.
  38. Les réseaux sociaux un levier mal exploité face au déclin sur le marché de l'art, site huffingtonpost.fr.
  39. Le marché de l'art français en demi teinte, site lemonde.fr.
  40. Selon le Figaro du 20 décembre 2010, in Le marché de l'art retrouve le sourire de Béatrice de Rochebouet, l'enchère moyenne des deux millions d'objets vendus par les 580 commissaire-priseurs français est de cent euros, alors que l'achat sur internet ne dépasserait pas cinquante euros.
  41. cf. prix moyen chez Drouot
  42. prix moyen chez Sotheby's-France
  43. Yann Gaillard, Procès-verbal du rapport d'information consacré au Marché de l'Art, 1999
  44. Rapport du Sénat.
  45. Le marché de l'art en plein boom en 2014, Challenges, 26 février 2015.
  46. Guillaume Hamonic, « Picasso et Giacometti : double record de vente chez Christie's », sur lefigaro.fr,
  47. Blanchiement la part d'ombre du marché de l'art, site lesechos.fr.
  48. Marché de l'art, enchères et en hausse, site libération.fr.
  49. Harry Bellet, le marché de l'art tombe de son socle,, site lemonde.fr.
  50. Les ports franc de Genève, l'autre coffre-fort suisse, site lepoint.fr.
  51. Yves Bouvier, l'homme d'affaires suisse qui jouait sur tous les tableaux, site lemonde.fr.
  52. « Il y aurait entre 900000 et 1000000 d'œuvres d'art des plus grands peintres au monde » selon Yves Bouvier, directeur du PortFranc de Genève, interviewé le 22 mars 2015, par la télévision Suisse Romande dans l'émission "Mise au point". 
  53. Panama-papers dans l'art, maisons de vente, héritiers et galeristes collectionnent les comptes offshores, site lemonde.fr.
  54. (en) Art secrecy offshore, site panamapapers.icij.org.
  55. Panama-papers, le Modigliani était bien caché, site lemonde.fr.
  56. Scandale du faux mobilier XVIIIe siècle, site connaissance des arts.com.
  57. Emmanuel Fensten, les fausses chaises qui valaient trois millions, site liberation.fr, 2 septembre 2016.
  58. Suisse: des limiers scientifiques traquent les faux tableaux, site ladepeche.fr.
  59. La moitié des œuvres d'art sur le marché seraient des faux, site artmediaagency.com.
  60. Clariise Fabre, Six personnes interpellées pour avoir fabriqué du "faux" mobilier de maîtres, Le Monde, 2008 
  61. Une avocate vendait de faux objets d'art, site ladepeche.fr.
  62. Biennale des antiquaires Parfum de scandale, site lefigaro.fr.
  63. « Le nombre de victimes s'élèveraient à 35000 » in Marie Potard, Placements Financiers, Une nouvelle affaire dans le marché des manuscrits, Artecosa, dans le sillage d’Aristophil, Le Journal des Arts n° 488, le 3 novembre 2017.
  64. (en) art as exotic asset class, Financial Times, 15 juin 2007.
  65. Antiquités-brocante, site advalorem-expertise.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Georgina Adam, Big Bucks: The Explosion of the Art Market in the Twenty-First Century, Lund Humphries Publishers Ltd, 2014, (ISBN 9781848221383), 280 p.
  • Anne-Laure Bandle, L'art a-t-il un prix ? The Art of Pricing the Priceless, Éditions Schulthess, 2014, (ISBN 9783725570485), 160 p.
  • Francis Haskell : Mécènes et peintres, Gallimard, 1991 (édition originale de 1963 Patrons and painters).
  • Emmanuel Hoog et Michel Hoog, Le Marché de l'Art (« Que sais-je ? », no 2630), PUF, 1995.
  • Yann Kerlau, Chercheurs d'art : les marchands d'arts hier et aujourd'hui, Flammarion, 2014.
  • Henri Mahé de Boislandelle (Mahé Henry) : « Le marché des antiquités en France », 1973, Presses Universitaires de France, Paris.
  • Henri Mahé de Boislandelle : Marché de l'art et gestion de patrimoine, 2005, Economica, Paris, 431p, (ISBN 2717849661), EAN 978-2717849660
  • Raymonde Moulin, Le marché de l'art : mondialisation et nouvelles technologies, Flammarion, 2003.
  • Alain Quemin, Le rôle des pays prescripteurs sur le marché et dans le monde de l'art contemporain, Rapport au ministère des Affaires étrangères, juin 2001.
  • Alain Quemin, Les commissaires-priseurs. La mutation d'une profession, Anthropos/Economica, 1997.
  • Dominique Sagot-Duvauroux et Nathalie Moureau, Le marché de l'art contemporain, La Découverte, 2006.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]