Les Protocoles des Sages de Sion

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Les Protocoles des Sages de Sion
Image illustrative de l'article Les Protocoles des Sages de Sion
Couverture d'une édition russe de 1912, réalisée par Sergueï Nilus

Auteur Matveï Golovinski
Genre Propagande, forgerie, imposture
Version originale
Titre original Протоколы сионских мудрецов ou Сионские протоколы
Langue originale russe
Pays d'origine Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Date de parution originale 1901
Version française

Les Protocoles des Sages de Sion[1] (le titre varie en fonction des éditions en langue française, dont certaines sont intitulées Protocoles des Sages de Sion, sans l'article Les[2], ou « Protocols » de Sages de Sion[3] ou Les Protocoles des Sages d'Israël[4]), en russe : Протоколы сионских мудрецов ou Сионские протоколы, est un faux qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les juifs et les francs-maçons.

Ce document fut rédigé à Paris en 1901[5], par un informateur de l'Okhrana, la police secrète de l'Empire russe, Mathieu Golovinski[6]. Il plagie le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly, pamphlet satirique décrivant un plan fictif de conquête du monde par Napoléon III, pour décrire un programme élaboré par un conseil de sages juifs afin d'anéantir la chrétienté et dominer le monde.

L'auteur et ses commanditaires voulaient convaincre le tsar et son gouvernement des méfaits d'une trop grande ouverture à l'égard des juifs de l'Empire, réputés comme les chantres inconditionnels de la vie moderne et intéressés au premier chef par un changement libéral de régime[7] depuis que leur statut avait été dégradé par les gouvernements réactionnaires comme celui d'Alexandre III[8]. Le tsar refusa de l'utiliser, estimant que ce texte décrédibilisait son action[9].

Le livre réunit les comptes-rendus d'une vingtaine de supposées réunions secrètes exposant un plan de domination du monde qui utiliserait violences, ruses, guerres, révolutions et s'appuierait sur la modernisation industrielle et le capitalisme pour installer un pouvoir juif mondial.

Adolf Hitler y fait référence dans Mein Kampf[10] comme argument justifiant à ses yeux la théorie du « complot juif » et en fait ensuite l'une des pièces maîtresses de la propagande du Troisième Reich[11]. Ce livre joue également un rôle clé dans la théorie du ZOG apparue dans les milieux suprémacistes blancs d'extrême droite aux États-Unis[12]. Il est devenu aujourd'hui tout à la fois une figure emblématique de l'antisémitisme et de la falsification.

Publication[modifier | modifier le code]

Les Protocoles des Sages de Sion, parfois surtitrés Programme juif de conquête du monde, sont parus en Russie en deux temps et deux versions. D'abord des extraits en 1903 dans le journal Znamia (Знамя) puis une version complète en 1905 éditée par le moine mystique Serge Nilus, et en 1906 par Gueorgui Boutmi, officier et écrivain nationaliste[13]. Dès avril 1902, ils avaient fait l'objet d'un article dans Novoyé Vriemia[14]. Il est possible qu'ils circulèrent d'abord sous forme manuscrite ou une impression très artisanale. Ils sont traduits en allemand en 1909 et lus en séance au Parlement de Vienne[15]. Avec la Révolution d'Octobre en 1917, et la fuite de Russes antirévolutionnaires vers l'Europe de l'Ouest, l'aire d'influence des Protocoles s'élargit[16]. Ils deviennent internationalement connus en 1920 lorsqu'ils paraissent en Allemagne (janvier) puis sont traduits en anglais (février) et en français[17].

Dans son édition du 8 mai 1920, The Times de Londres évoque ce « singulier petit livre » dans un éditorial titré « Le Péril juif, un pamphlet dérangeant. Demande d'enquête », qui tend à démontrer le caractère authentique du texte[18] en insistant sur sa nature de prophétie réalisée. Cet article est publié alors que les Russes blancs étaient en train de perdre la guerre civile et que les « durs » du parti conservateur voulaient discréditer les nouveaux maîtres du Kremlin en dénonçant une « Pax Hebraica »[19]. Un an plus tard, le 17 août 1921, le Times revient sur le sujet et publie la preuve du faux sous le titre La fin des Protocoles. Cependant, les thèmes des Protocoles seront repris au cours des années suivantes dans de nombreux ouvrages (pseudo-scientifiques, polémistes, ou de fiction) antisémites publiés à travers l'Europe[20],[21].

Les premières traductions françaises sont publiées en 1920 et 1922 par le prêtre catholique Ernest Jouin dans la Revue internationale des sociétés secrètes sous le titre Les Protocols de 1901, en 1921 par l'écrivain monarchiste Roger Lambelin[22], et en 1924 par le journaliste antisémite Urbain Gohier sous le titre Les Protocoles des sages d'Israël[23].

Un faux[modifier | modifier le code]

Article dans The Times du 16 août 1921 expliquant au public britannique que Les Protocoles est un faux.

L'examen attentif a mis en évidence le caractère fictif de ce texte : les Protocoles sont un plagiat du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, publié à Bruxelles en 1864 par Maurice Joly, où l'ombre de Nicolas Machiavel est le porte-parole de l'empereur Napoléon III qui explique son complot pour la domination du monde. La supercherie devient évidente par simple comparaison ligne à ligne des deux textes. Ce que fit Pierre Charles dans son étude critique et comparative[24]. Le discours de Machiavel dans le dialogue est transposé, l'internationale juive remplaçant l'empereur des Français.

La vérité sur son auteur n'a, quant à elle, été découverte qu'à la fin du XXe siècle par un historien en littérature russe : Mikhail Lépekhine grâce à l'ouverture des archives soviétiques à partir de 1992. Le faussaire était devenu compagnon de route des Soviétiques, qui détenaient les documents. Cependant, Henri Rollin, un membre du deuxième bureau français, a écrit et publié en 1939 un ouvrage intitulé L'Apocalypse de notre temps (réédité aux Éditions Allia en 2005) qui montre le processus de création puis d'utilisation de ce texte par les courants d'abord pro-tsaristes, puis fasciste et nazi. La découverte de 1992 ne vient donc que corroborer ces affirmations.

En Suisse, pendant le procès de Berne entre 1933 et 1935, la fausseté des Protocoles a été retenue par les juges.

Les historiens universitaires sont d'accords sur l'identification du faussaire, la structure du texte falsifié et l'analyse des causes de la falsification et il ne subsiste plus de doute sur ce document. Malgré tout, Les Protocoles des Sages de Sion sont encore mentionnés par des groupes antisémites, voire certains régimes, comme preuve de l'existence d'un complot juif international[25].

Histoire[modifier | modifier le code]

Mathieu Golovinski connaît bien les techniques de la propagande, ayant travaillé dans les années 1890 pour le Département de la presse à Saint-Pétersbourg dirigé par Michel Soloviev, un antisémite qui fait de Golovinski son protégé.

Exilé à Paris, il travaille au Figaro avec Charles Joly, le fils de Maurice Joly, et il exerce ses talents auprès de Pierre Ratchkovski pour la police politique russe (l'Okhrana) en France. La politique de discrimination à l'égard des juifs par le régime de Nicolas II y suscite des critiques. Des antisémites russes en exil veulent conforter l'empereur dans sa politique, voire l'inciter à la durcir.

En 1897, un cambriolage exécuté par l'Okhrana dans la villa suisse de l'exilé russe Élie de Cyon entraîne le vol d'un grand nombre de documents, dont un pamphlet politique contre le comte de Witte, rédigé par de Cyon à l'aide des Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Joly. Il s'agirait d'une source d'inspiration des Protocoles[26].

Ainsi, Ratchkovski commande les Protocoles, destiné à l'origine au tsar seulement. Le texte, « authentifié » par le ministère de l'Intérieur malgré la réticence du plus proche conseiller du tsar, le comte de Witte[27], se veut une preuve décisive d'un plan juif de domination du monde reposant sur la modernisation industrielle et financière.

L'antisémitisme du propos va de pair avec l'antimaçonnisme. Pierre-André Taguieff indique que le titre en russe d'une des deux premières éditions en 1905 était « Extraits des protocoles anciens et modernes des Sages de Sion de la société mondiale des francs-maçons[28] » et qu'il s'agissait de promouvoir l'image de « Sages de Sion, figures fictives du mythe anti-judéo-maçonnique[29] ». L'auteur des Protocoles fait en effet dire aux juifs : « La Loge maçonnique joue, inconsciemment, dans le monde entier, le rôle d'un masque qui cache notre but. »

Origines littéraires[modifier | modifier le code]

Le Protocole des Sages de Sion et de façon plus générale le mythe du complot juif, trouve son origine littéraire dans le roman-feuilleton français du XIXe siècle. Selon Umberto Eco, le protocole « révèle son origine romanesque car il est peu crédible, sauf dans l'œuvre de Sue, que les « méchants » expriment de façon si voyante et si éhontée leurs projets maléfiques [...] : « nous avons une ambition sans limites, une cupidité dévorante, nous sommes acharnés à une vengeance impitoyable et brûlante de haine »[30]. » Le modèle du pamphlet anti-bonapartiste de Maurice Joly, copié par Golovinsky, est le complot jésuite de Monsieur Rodin dans Le Juif errant et Les Mystères du peuple d'Eugène Sue.

Un autre modèle littéraire est la rencontre entre Cagliostro et les Illuminés pour ourdir le complot maçonnique de l'affaire du collier de la reine dans Joseph Balsamo (1849) d'Alexandre Dumas. En 1868, un auteur de libelles calomnieux, Hermann Goedsche publie sous le pseudonyme de sir John Retcliffe, un roman populaire Biarritz, où il plagie Dumas, en mettant en scène le Grand Rabbin annonçant son plan de conquête du monde aux représentants des douze tribus d'Israël réunis dans le cimetière juif de Prague. En 1873, le roman est repris par un pamphlet russe Les Juifs, maîtres du monde, présenté comme une vraie chronique. En 1881, Le Contemporain le publie comme venant d'un diplomate anglais, sir John Readcliff. En 1896, c'est le Grand Rabbin qui se nomme John Readcliff, dans Les Juifs, nos contemporains de François Bourmand. Le plan jésuite de Sue, mêlé à la réunion maçonnique de Dumas, attribué par Joly à Napoléon III, devient ainsi le complot juif, et sera repris sous diverses formes, avant le faux de Golovinski. Selon Jacques Halbronn, il conviendrait de rappeler que la fin des années 1880 est le théâtre d'une résurgence de l'antitalmudisme, du fait de la traduction en français des ouvrages d'August Rohling : les Protocoles constitueraient une tentative d'élaboration d'un Talmud laïc — d'où l'usage du mot Sages qui a une connotation talmudique — permettant d'inclure les juifs non religieux au sein du champ antijuif. À partir de ce faux Talmud pourrait dès lors se développer, par réaction, un nouvel antitalmudisme. Rohling serait donc directement ou indirectement une sources des Protocoles, son cadre, qu'il faudrait croiser avec celle du plagiat de Joly qui en constitue le contenu. Golowinski aurait été marqué par le contexte antitalmudique parisien tel qu'il régnait au début des années 1890, celles de la rédaction des Protocoles.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le Serpent symbolique du troisième protocole, dessin paru en France, environ 1920.

Au terme d'une de ses études sur les Protocoles, Pierre-André Taguieff propose cinq fonctions qu'ils peuvent remplir dans l'imaginaire — et dans la réalité, puisque la mise au jour d'un complot (n'existant que dans l'esprit de ses découvreurs) est souvent suivie de l'organisation bien réelle d'un contre-complot :

  1. aider à l'identification des forces occultes à l'origine du complot chimériques — et confirmer qu'elles sont impitoyables ;
  2. lutter contre ces forces en révélant les secrets qui les rendent puissantes ;
  3. justifier la contre-attaque contre l'ennemi désormais clairement identifié comme totalement néfaste ;
  4. mobiliser les foules (et/ou les autorités) pour la cause que les révélateurs du complot défendent ;
  5. recréer un monde enchanté, fût-il épouvantable et terrorisant[31].

Les Protocoles ont effectivement rempli ces fonctions à travers les décennies et bientôt les siècles, et leur utilisation sans cesse réactualisée démontre s'il le faut la recherche permanente d'explications pseudo-rationnelles à la marche du monde[32] : rédigés pour lutter contre les révolutionnaires anti-tsaristes, les Protocoles ont servi aux visées antisémites, antisionistes, antiaméricaines et, plus récemment, antimondialisations.

Antisémitisme nazi[modifier | modifier le code]

Couverture d'une édition polonaise.

Ce texte servit par la suite d'instrument de propagande antisémite, aux nazis notamment[33]. Dans Mein Kampf, Adolf Hitler peut ainsi écrire[34] : « Les Protocoles des sages de Sion, que les juifs renient officiellement avec une telle violence, ont montré d'une façon incomparable combien toute l'existence de ce peuple repose sur un mensonge permanent. « Ce sont des faux », répète en gémissant la Gazette de Francfort et elle cherche à en persuader l'univers ; c'est là la meilleure preuve qu'ils sont authentiques. Ils exposent clairement et en connaissance de cause ce que beaucoup de juifs peuvent exécuter inconsciemment. C'est là l'important[35]. ».

Pendant de nombreuses années, Goebbels n'a pas utilisé les protocoles dans la propagande antisémite qu'il orchestrait. Ce n'est qu'après une lecture du texte et une discussion du 13 mai 1943 avec Hitler qu'il pense pouvoir les utiliser. Dans la recension qu'il fait de la discussion, Goebbels se dit « stupéfait » à la fois par la modernité du texte et par la rigueur dans l'exposition du projet juif de domination mondial[36].

En Union soviétique[modifier | modifier le code]

Les journaux soviétiques firent unanimement silence sur l'arrêt du procès de Berne. Pourtant les Izvestia avaient dépêché sur place Ilya Ehrenbourg qui avait été chargé de rendre compte du développement du nazisme et de l'antisémitisme, question spécialement débattue alors à la SDN. L'article d'Ehrenbourg, dûment écrit et transmis, ne parut pas[37].

Diffusion dans le monde arabe[modifier | modifier le code]

La première traduction des Protocoles des Sages de Sion en arabe (à partir d'une version française) fut publiée au Caire en 1925 puis à Jérusalem en 1926. Selon Gilbert Achcar, ils n'ont « néanmoins connu qu'une diffusion marginale dans les pays arabes avant 1948 » et il souligne qu'elle fut le fait de chrétiens et non de musulmans[38], à l'encontre des thèses sur le sujet défendues par Bernard Lewis.

Rachid Rida, que Gilbert Achcar décrit comme « le père spirituel de l'intégrisme islamique arabe moderne »[39] s'en inspire dans un texte, qui fait suite aux émeutes de 1929, dans lequel son « argumentaire anti-juif […] puis[e] à toutes les sources en combinant des arguments conformes à la tradition musulmane la plus hostile aux juifs »[40].

Une traduction de 1951 est diffusée dans le monde musulman après « l'intense exacerbation du conflit palestinien de 1948 » et de la Nakba (« catastrophe », exode palestinien)[38]. En 1967, les Presses islamiques de Beyrouth publient la version française de Roger Lambelin sous le titre Protocoles des Sages de Sion : texte complet conforme à l'original adopté par le congrès sioniste réuni à Bâle (Suisse) en 1897[41].

Pour Gilbert Achcar, les « insanités que contient ce pamphlet ont connu une diffusion beaucoup plus vaste que le pamphlet lui-même » et qu'elles ont largement contribué à la « diffusion de l'antisémitisme dans le monde arabe »[38]. Il insiste sur les différences de motivations des diffuseurs des Protocoles en Europe, qui n'avaient que des desseins antisémites, et celui des diffuseurs du pamphlet dans le monde arabe qui cherchaient à « excuser la défaite infamante […] des États arabes devant le mouvement sioniste et à expliquer pourquoi ce dernier avait pu gagner le soutien de l'ensemble des puissances du camp victorieux de la Seconde Guerre mondiale »[42].

Des personnalités arabes firent référence aux Protocoles dans des rencontres officielles ou dans des écrits. Par exemple, en 1929, suite à sa comparution devant la Commission Shaw chargée d'étudier les causes des émeutes de 1929 en Palestine mandataire, le mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini se référa aux Protocoles pour démontrer que les sionistes avaient attaqué les Arabes[43]. Tom Segev rapporte le cas d'un notable palestinien qui, bien que conscient du discrédit qui pèse sur les Protocoles, ne pouvait expliquer la défaite arabe dans la guerre de 1948 sans une collusion entre le sionisme et le communisme dans le cadre d'un plan visant à la domination du monde[44]. En septembre 1958, le président égyptien Gamal Abdel Nasser, qui n'était pas antisémite, demanda cependant à un journaliste lors d'un interview s'il connaissait les Protocoles et lui en conseilla la lecture car ils démontreraient que « 300 sionistes, dont chacun connaît tous les autres, gouvernent le destin du continent européen et élisent leurs successeurs parmi leur entourage »[45].

En 2003, la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie inaugure son musée de manuscrits où figure une traduction en arabe des Protocoles à côté de manuscrits de la Torah. Le directeur le justifie en déclarant : «Il se peut que le livre des Protocoles des Sages de Sion soit plus important pour les juifs que la Torah, puisqu'ils gèrent leur vie selon ses principes»[46].

Usages et références actuels[modifier | modifier le code]

La Charte du Hamas fait également référence aux Protocoles et à d'autres poncifs antisémites[47]. L'article 32 y indique que « le plan sioniste (...), après la Palestine (...) ambitionne[] de s'étendre du Nil à l'Euphrate (...) [comme stipulé] dans « Les Protocoles des Sages de Sion » »[48].

Gilbert Achcar rapporte cependant que la charte serait en cours d'amendement en se référençant à Azzam Tamimi, un proche du Hamas qui, « sensible au dommage causé à l'image du mouvement palestinien [par l'antisémitisme de la charte] » a déclaré dans le Jerusalem Post en février 2006 que : « Toutes ces absurdités sur Les Protocoles des Sages de Sion et les théories du complot - toutes ces bêtises - seront éliminées » dans la version amendée[49].

Il est également popularisé par divers feuilletons télévisés :

  • un feuilleton télévisé égyptien, repris par de nombreuses télévisions arabes, Cavalier sans monture, qui évoque de façon centrale dans l'intrigue les Protocoles des Sages de Sion présenté comme un livre tenu secret par des juifs mais supposé authentique[50] ;
  • le feuilleton Diaspora, diffusé par Al-Manar, la télévision du Hezbollah ;
  • une série télévisée Al-Sameri wa Al-Saher, sur Al-Alam Télévision, la télévision iranienne, comprenant non seulement une dénonciation du supposé pouvoir des juifs sur le monde, mais un négationnisme ouvertement exprimé à l'égard des crimes commis envers les juifs.

Les Protocoles des Sages de Sion aujourd'hui[modifier | modifier le code]

De nombreux auteurs, dont Pierre-André Taguieff et Catherine Nicault, ont mis en évidence les multiples utilisations des Protocoles à travers l’histoire, qu’il s’agisse de la dénonciation de soi-disant complots judéo-bolchévique et judéo-capitaliste ou de la propagande nazie[51].

Le texte est encore diffusé, en particulier dans les milieux antisémites et/ou antisioniste et dans le monde arabo-musulman[réf. nécessaire]. Alain Goldschläger écrit en 1989 que bien que leur fausseté soit reconnue, les Protocoles n’en demeurent pas moins une « vérité intrinsèque » pour certains[Qui ?] et un outil de propagande[52].

Dans le droit international[modifier | modifier le code]

En termes de droit international, il faut mentionner l’article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques[53] qui interdit :

  1. toute propagande en faveur de la guerre ;
  2. tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence.

Une diffusion des Protocoles afin de promouvoir la haine envers la communauté juive est donc contraire au Pacte.

Droit européen[modifier | modifier le code]

Si les articles 10 et 11 de la Convention européenne des droits de l’homme défendent le droit d'expression et d'association, son article 17 précise que ces droits ne peuvent être utilisés pour les limiter. La Cour européenne des droits de l’homme estime que le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, le nationalisme agressif, la discrimination à l’égard des minorités et des immigrés sont contraires à la Convention[54].

Droit français[modifier | modifier le code]

Les Protocoles furent interdits de diffusion pendant une dizaine d’années suite à l’arrêté du 25 mai 1990 du ministre de l’intérieur Pierre Joxe, « considérant que la mise en circulation en France de cet ouvrage est de nature à causer des dangers pour l’ordre public en raison de son caractère antisémite »[55]. Cet arrêté n’est plus en vigueur puisqu’il se basait sur l’article 14 de la Loi du 29 juillet 1881 relatif au contrôle de la presse étrangère, lequel article, après avoir été modifié à plusieurs reprises, notamment par le décret-loi du 6 mai 1939, fut définitivement abrogé suite à l'avis n° 380.902 du Conseil d’État rendu le 10 janvier 2008[56]. Cet avis faisait suite à la décision n° 243634 du Conseil d’État en date du 7 février 2003, selon laquelle le décret-loi du 6 mai 1939, qui modifiait l'article 14 de la Loi du 29 juillet 1881, était abrogé par l'article 1er du décret n° 2004-1044 du 4 octobre 2004[57]. En droit français, la diffusion des Protocoles des Sages de Sion est donc légale, ce qui explique d’ailleurs l’édition de 2010, présentée par Philippe Randa[58].

Droit américain[modifier | modifier le code]

Le Premier amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique ne met pas de limite au droit d'expression. Les États-Unis ont toutefois ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et doivent donc le respecter pour l’interdiction d’incitation à la discrimination, l’hostilité ou la violence. La Cour Suprême a affirmé à plusieurs reprises qu’un individu ne peut être puni pour avoir tenu des propos contredisant la norme sociale[59]. Les États ne peuvent donc ni punir les citoyens antisémites, ni les empêcher de recevoir des analyses défendant ces idées. Ils peuvent cependant punir les incitations à la violence, la discrimination, l’obscénité, le harcèlement, l’incitation à l’émeute (fighting words), les menaces, les crimes et les diffamations[60].

Il n’existe donc aucune interdiction concernant la diffusion des Protocoles des Sages de Sion aux États-Unis.

Les Protocoles dans la littérature[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de Sion est souvent pris comme symbole de Jérusalem.
  2. Version française de l'édition par l'« Organisation de propagation islamique », Téhéran, 1981
  3. Édition chez Grasset, Paris, 1921.
  4. édition de la « Vieille France » due à Urbain Gohier, pour la version de 1924 et celle, revue, de 1925.
  5. La langue de l'original, russe ou français, est incertaine. Voir Cesare De Michelis [1997] et Pierre-André Taguieff [2004], chapitre II, «1.2. Alexandre du Chayla».
  6. (en) Binjamin W. Segel, A Lie and a Libel: The History of the Protocols of the Elders of Zion, University of Nebraska Press (ISBN 0-8032-9245-7) p. 97.
  7. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial. Aspects d'un mythe moderne, éd. Mille et une nuits, 2006, p. 118-119.
  8. Léon Poliakov, Mémoires, éd. Grancher, 1999, pp. 21-22.
  9. Pierre-André Taguieff, Les protocoles des sages de Sion, histoire d'un faux.
  10. Adolf Hitler, Mein Kampf, p.160 consultable sur fr.calemeo.com
  11. Norman Cohn, Warrant for Genocide: The Myth of the Jewish World-Conspiracy and the Protocols of the Elder of Zion (New York: Harper & Row Publishers, 1966), pp. 32–36.
  12. Deborah Lipstadt, « The Protocols of the Elders of Zion on the Contemporary American Scene », dans Richard Allen Landes (dir.), Steven T. Katz (dir.), The Paranoid Apocalypse: A Hundred-year Retrospective on the Protocols of the Elders of Zion, NYU Press, 2012, 264 p. (ISBN 978-0814748923), p. 181.
  13. Pour la généalogie et les différences entre versions, voir Cesare G. de Michelis, Les Protocoles des sages de Sion, philologie et histoire, 1997, en bibliographie.
  14. Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France. Formation et fortune, thèse d'État, université Paris X, 1999.
  15. Jacques Halbronn, Le Sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Ramkat, 2003[réf. incomplète].
  16. P.-A. Taguieff [2006], p. 120-121.
  17. sur la réception des Protocoles en Allemagne, France et pays anglo-saxons, voir Jacques Halbronn, Aspects du processus de traduction des Protocoles, 2002.
  18. P.-A. Taguieff [2006], p. 123.
  19. Léon Poliakov, De Moscou à Beyrouth. Essai sur la désinformation, Calmann-Lévy, 1983, p. 27. (ISBN 2-7021-1240-4)
  20. P.-A. Taguieff, op. cit., p. 123 ; et L. Poliakov, De Moscou à Beyrouth, op. cit., p. 27.
  21. Cependant, à en croire Les Protocoles des sages de Sion : Faux et usages d'un faux de Pierre-André Taguieff, (Fayard, 2004), Jacques Bainville dans l'Action française avait reconnu le plagiat (P.A.T. ne donne pas la date mais il semble d'après le contexte que ce soit dès 1921).
  22. Édition Grasset, Paris, 1921
  23. Édition de la Vieille France.
  24. Pierre Charles: Les protocoles des sages de Sion, dans Nouvelle Revue théologique, vol. 65, 1938, pp.56-78, 966-969, 1083-1084.
  25. Tristan Mendès France, Michaël Prazan, Une tradition de la haine: Figures autour de l'extrême-droite, Paris-Méditerranée, 1998, 153 p. (ISBN 9782842720544) p. 14.
  26. texte en ligne Forms of hatred: the troubled imagination in modern philosophy and literature, par Leonidas Donskis, p.46
  27. Vladimir Fédorovski, De Raspoutine à Poutine, éd. Tempus, p. 26.
  28. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial, Mille et une nuits, coll. Les petits libres n° 63, 2006, p. 114.
  29. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial, Mille et une nuits, coll. Les petits Libres n° 63, 2006, p. 116.
  30. Umberto Eco De la Littérature Grasset 2003, p.367-370
  31. P.-A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial, p. 192-193.
  32. P.-A. Taguieff, op. cit.
  33. Norman Cohn, Warrant for Genocide: The Myth of the Jewish World-Conspiracy and the Protocols of the Elder of Zion, New York, Harper & Row Publishers, 1966, pp. 32–36.
  34. Adolf Hitler, Mein Kampf, p.160 consultable sur sur fr.calemeo.com
  35. Adolf Hitler, Mein Kampf, chap. XI, p. 307, Nouvelles Éditions latines.
  36. Jeffrey Herf, L'Ennemi juif, p. 194
  37. Arkadi Vaksberg, Staline et les juifs- L'antisémitisme russe : une continuité du tsarisme au communisme, Robert Laffon, 2003, p.76
  38. a, b et c Gilbert Achcar [2009], p. 183-184.
  39. Gilbert Achcar [2009], p. 179
  40. Gilbert Achcar [2009], p. 185.
  41. Pierre-André Taguieff, L'imaginaire du complot mondial: aspects d'un mythe moderne, Mille et une nuits, 2006, p. 143.
  42. Gilbert Achcar [2009], p. 320.
  43. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes, 1999, p. 134.
  44. Tom Segev, One Palestine. Complete, Holt Paperbacks, 1999, pp. 508-511.
  45. Selon Gilbert Achcar ([2009], pp. 313-323), Nasser n'était pas antisémite et cette référence aux Protocoles marque plus un manque de culture que du racisme. Il resitue les mesures antijuives prises par Nasser dans le contexte du conflit israélo-arabe. Citation p. 319.
  46. Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion, faux et usages d'un faux, 2004, chapitre «Chronologie».
  47. Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, p.374.
  48. Traduction française de la Charte du Mouvement de la Résistance Islamique - Palestine (Hamâs) publiée dans Jean-François Legrain, Les voix du soulèvement palestinien 1987-1988, Le Caire, Centre d'Études et de Documentation Économique, Juridique et Sociale (CEDEJ), 1991.
  49. Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009, pp. 374-380.
  50. Plot Summary: Horseman Without A Horse
  51. Pierre-André Taguieff, « Les Protocoles des Sages de Sion, ou le plus célèbre des faux anti-juifs », Le Point Hors-Série, 21 (janvier-février 2009), pp. 88-89 ; Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usages d’un faux, Paris, Berg International/Fayard, 2004 (1ère éd. 1992) ; Catherine Nicault, « Le procès des protocoles des sages de sion, une tentative de riposte juive à l’antisémitisme dans les années 1930 », Vingtième Siècle, 53 (janvier-mars 1997), pp. 68-84.
  52. Alain Goldschläger, « Lecture d’un faux ou l’endurance d’un mythe : les Protocoles des Sages de Sion », Cahiers de recherche sociologique, 12, 1989, pp. 91-101.
  53. Le texte original du Pacte international relatif aux droits civils et politiques est disponible à l’adresse suivante : http://ec.europa.eu/justice/policies/privacy/docs/un-art17_fr.pdf
  54. http://www.echr.coe.int/Documents/FS_Hate_speech_FRA.pdf
  55. Arrêté du 25 mai 1990 interdisant la circulation, la distribution et la mise en vente d’un ouvrage. NOR: INTD9000211A (JORF n°121 du 26 mai 1990), voir en ligne.
  56. Voir le résumé des modifications concernant l’article 14 de la Loi du 29 juillet 1881 sur la page suivante : [1].
  57. Décret n°2004-1044 du 4 octobre 2004 portant abrogation du décret-loi du 6 mai 1939 relatif au contrôle de la presse étrangère. NOR: INTD0400141D. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=188B4E1B590668B475E05EECD900F94A.tpdjo12v_2?cidTexte=JORFTEXT000000807025&dateTexte=20041005
  58. Philippe Randa (éd.), Protocoles des Sages de Sion. Un paradoxe politique, théorique et pratique, Paris, Déterna, 2010.
  59. Lyrissa B. Lidsky, « Where’s the Harm?: Free Speech and the regulation of Lies », Washington and Lee Law Review, 65 (2008), p. 1094.
  60. Lyrissa B. Lidsky, « Where’s the Harm?: Free Speech and the regulation of Lies », Washington and Lee Law Review, 65 (2008), pp. 1094-1095.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Sindbad, 2009
  • Norman Cohn, Histoire d'un mythe, éd. Gallimard, coll. «Folio Histoire», 1967 (ISBN 2-07-032692-6)
  • Will Eisner, Le Complot : l'histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion (bande dessinée), préface d'Umberto Eco, Éd. Grasset & Fasquelle, 2005 (ISBN 2-246-68601-6)
  • (en) Philip Graves, « The Truth about the Protocols: A Literary Forgery », dans The Times of London, 16-18 août 1921, [lire en ligne]
  • Jacques Halbronn, «Aspects du processus de traduction des Protocoles», in Le texte prophétique en France. Formation et fortune, thèse d'État, Paris X, 1999, Presses universitaires du Septentrion, 2002, extrait en ligne
  • Jacques Halbronn, Le Sionisme et ses avatars au tournant du XX e siècle, Ramkat, 2002
  • Jeffrey Herf, L'Ennemi juif - La propagande nazie, 1939-1945, traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Calmann-Levy, Paris, 2011 (ISBN 978-2-7021-4220-2)
  • Renée Neher-Bernheim, Le best-seller actuel de la littérature antisémite : les «Protocoles des Sages de Sion», éd. Pardès, 8, 1988
  • Cesare G. De Michelis (en), « Les Protocoles des sages de Sion », Cahiers du monde russe, no 38-3, 1997 [lire en ligne]
  • Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme (de Voltaire à Wagner), Paris, éd. Calmann-Lévy, 1968
  • Léon Poliakov, La Causalité diabolique, Paris, éd. Calmann-Lévy, 1980
  • Philippe Randa (éd.), Protocoles des Sages de Sion. Un paradoxe politique, théorique et pratique, Paris, Déterna, 2010
  • Henri Rollin, L'Apocalypse de notre temps, éd. Allia, 1991 (1re édition 1939)
  • Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion, Paris, Berg International, 1992
    • Tome I : Un Faux et ses usages dans le siècle, 408 p. (2e édition revue et augmentée, Fayard, 2004 (ISBN 2-213-62148-9))
    • Tome II : Études et documents, 816 p. (ISBN 2-911289-57-9)
  • Pierre-André Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial. Aspects d'un mythe moderne, Mille et une nuits, coll. Les petits libres, no 63, 2006 (ISBN 2-84205-980-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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