Charte du Hamas

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La Charte du Hamas, publiée en 1988, définit l’idéologie de l'organisation islamiste palestinienne Hamas. Cette charte identifie le Hamas comme étant une branche des Frères musulmans en Palestine et déclare que ses membres sont des musulmans qui « craignent Allah et élèvent la bannière du djihad face aux oppresseurs ». Elle souligne que « la lutte contre les Juifs est très importante et très sérieuse » et appelle à la création « d'un État islamique en Palestine à la place d'Israël et des Territoires palestiniens » [1] et à l’anéantissement et la disparition de l’État d'Israël [2],[3]. Elle précise que le Hamas est « humaniste », et qu'il « tolère les autres religions pour autant qu'elles n'entravent pas les efforts du Hamas » [4] et ajoute que « renoncer à une partie de la Palestine, c'est renoncer à une partie de la religion » : l'Islam[5].

En 2010, le leader du Hamas Khaled Mechaal déclara que la Charte est « un document historique qui n'est plus pertinent mais qu'il ne peut pas être changé pour des raisons internes »[6]. Selon Khaled Hroub, coordinateur du projet « Arab Media » de l'Université de Cambridge, le Hamas s'est également éloigné de sa charte depuis qu'il a décidé d'établir un bureau politique[7].

La Charte du Hamas[modifier | modifier le code]

Datée du 18 aout 1988, elle comprend 36 articles répartis en cinq chapitres[8].

Dénonciation de contenus antisémites[modifier | modifier le code]

Pour Gilles Paris dans Le Monde[9], la Charte du Hamas abonde en références antisémites, « particulièrement à l'article 22 qui indique que "les ennemis ont amassé d'énormes fortunes qu'ils consacrent à la réalisation de leurs objectifs. À travers l'argent, ils ont pris le contrôle des médias du monde entier (...), ils ont financé des révolutions dans le monde entier. (...) la révolution française, la révolution communiste (...) Ils ont établi des organisations clandestines (...) comme les Francs-Maçons, le Rotary club et le Lion's club, etc., pour détruire les sociétés et promouvoir les intérêts du sionisme" » ou à l'article 32 « qui assure que "le plan sioniste n'a aucune limite ; après la Palestine, ils veulent s'étendre du Nil jusqu'à l'Euphrate. Dès qu'ils ont occupé un espace, ils regardent vers un autre, conformément au plan qui apparaît dans les Protocoles des Sages de Sion", ce faux grossier, classique de l'antisémitisme ».

Le directeur de l'Anti-Defamation League, Abraham Foxman (en), estime dans une déclaration publiée sur le site de l'organisation[10] en 2006-2008 que « Le credo du Hamas n'est pas seulement anti-israélien, mais aussi profondément antisémite et raciste à sa base. La Charte du Hamas se lit comme un Mein Kampf moderne. »[10]

Pour François Thual et Frédéric Encel, géopolitologues français, la Charte exprime un « antisémitisme outrancier » où l'on « convoque plusieurs versets du Coran dans une interprétation assassine, l'objectif avoué du Hamas étant la liquidation d'Israël, l'expulsion ou le meurtre de Juifs (des singes ou des porcs) et l'instauration sur l'espace de l'ancienne Palestine mandataire britannique d'un état théocratique avec la sharia pour seule loi »[11].

Pour Benny Morris, historien israélien, la Charte est « ouvertement antisémite » : « la Charte impute aux Juifs les révolutions française et russe, ainsi que la Première Guerre mondiale (par laquelle ils avaient souhaité détruire le caliphat ottoman) et la Seconde Guerre mondiale. Ces derniers avaient par ailleurs "fondé le Conseil de sécurité et les Nations Unies afin de dominer le monde" »[12].

Selon Meir Litvak, chercheur à l'Institut Moshe Dayan[13] d'études des mondes arabe et islamique[14], la charte affirme que les Juifs méritent l'inimitié d'Allah et sa colère parce qu'ils ont reçu les Écritures et violé ses textes sacrés, rejeté les signes d'Allah et tuèrent leurs propres prophètes[15].

Pour Khaled Hroub de l'Université de Cambridge, la Charte du Hamas fait référence à des textes antisémites comme le Protocole des Sages de Sion mais ceci ne serait plus représentatif de ce qu'est le Hamas aujourd'hui. Selon lui « le discours du Hamas est devenu beaucoup plus subtil que celui de la Charte. »[16].

Dans son ouvrage Once upon a Country, a Palestinian Life, Sari Nusseibeh, ancien représentant de l'OLP à Jérusalem, dit de la charte du Hamas « qu'elle sonne comme si elle avait été copiée à partir des pages du magazine nazi Der Stürmer »[17].

Alan Johnson (political theorist) (en), professeur à l’université Edge Hill, écrit dans le Guardian en 2008 que « la charte du Hamas compte sur une transformation de la nature elle-même en une sorte de Einsatzgruppen, peloton de la mort biologique » et estime que la charte du Hamas contient un « antisémitisme très moderne, très politique, du type nazi » et qu'il s'agit de l'unique forme d'antisémitisme existante de nos jours ayant un caractère « meurtrier voire éliminationniste » . Il considère que son origine est due à « l'impact désastreux du nazisme tardif sur le début de l'islamisme au Moyen-Orient dans les années 1930 et 1940 »[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)http://www.mideastweb.org/hamas.htm,
  2. (en)http://www.fas.org/irp/world/para/docs/880818a.htm
  3. (en)The Palestinian Hamas: Vision, Violence & Coexistence By Shaul Mishal, Avraham Sela, page 45
  4. (en) « Hamas Covenant 1988 », sur Université Yale,‎ 2008
  5. (en)http://avalon.law.yale.edu/20th_century/hamas.asp
  6. Mazin Qumsiyeh on the History and Practice Of Nonviolent Palestinian Resistance, Washington Report on Middle East Affairs, mai-juin 2010, p. 40-42
  7. A "New Hamas" through Its New Documents, Journal of Palestine Studies
  8. Traduction française de la Charte par Jean-François Legrain, chercheur au CNRS
  9. Gilles Paris, « Depuis la Charte de 1987, le Hamas a modulé ses positions au gré des circonstances », sur Le Monde,‎ 28 décembre 2001
  10. a et b (en)« Antisemitism at core of Hamas Charter »
  11. François Thual et Frédéric Encel, Géopolitique d'Israël, Editions du seuil,‎ mars 2011 (ISBN 2021048845 et 9782021048841, lire en ligne)
  12. Benny Morris, Victimes - Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes,‎ 2003 (ISBN 2-87027-938-8, lire en ligne), p. 627
  13. http://www.dayan.org/meir-litvak
  14. http://www.dayan.org/research
  15. (en)The Anti-Semitism of Hamas by Meir Litvak in Islamophobia and anti-Semitism pg 87
  16. Olivier Danino, le Hamas et l'édification de l'État palestinien, Karthala,‎ 2009 (ISBN 978-2-8111-0242-5, lire en ligne), p. 94
  17. (en)Leon Wieseltier, « Sympathy for the Other », sur New-York Times,‎ 1er avril 2007
  18. (en)Alan Johnson, « Call Hamas to account », sur The Guardian,‎ 8 mai 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]