Charte du Hamas

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La Charte du Hamas, publiée le 18 août 1988, définit l’idéologie de l'organisation islamiste palestinienne Hamas. Elle comprend 36 articles répartis en cinq chapitres[1]. L'interprétation à donner à son caractère antisémite marqué est sujet à controverses.

Caractère antisémite de la charte[modifier | modifier le code]

La charte identifie le Hamas comme étant une branche des Frères musulmans en Palestine et déclare que ses membres sont des musulmans qui « craignent Allah et élèvent la bannière du djihad face aux oppresseurs ». Elle souligne que « la lutte contre les Juifs est très importante et très sérieuse » et appelle à la création « d'un État islamique en Palestine à la place d'Israël et des Territoires palestiniens occupés » et à l’anéantissement et la disparition de l’État d'Israël[2].

La Charte du Hamas abonde également en références antisémites. Gilles Paris dans Le Monde souligne par exemple l'article 22 qui indique que "les ennemis ont amassé d'énormes fortunes qu'ils consacrent à la réalisation de leurs objectifs. À travers l'argent, ils ont pris le contrôle des médias du monde entier (...), ils ont financé des révolutions dans le monde entier (...), pour détruire les sociétés et promouvoir les intérêts du sionisme" » ou l'article 32 « qui assure que "le plan sioniste n'a aucune limite ; après la Palestine, ils veulent s'étendre du Nil jusqu'à l'Euphrate. Dès qu'ils ont occupé un espace, ils regardent vers un autre, conformément au plan qui apparaît dans les Protocoles des Sages de Sion", ce faux grossier, classique de l'antisémitisme »[3].

Les politologues François Thual et Frédéric Encel notent que la Charte exprime un « antisémitisme outrancier » où l'on « convoque plusieurs versets du Coran dans une interprétation assassine. » Ils rapportent que « l’objectif avoué du Hamas [est] la liquidation d’Israël, l’expulsion ou le meurtre de Juifs (« des singes ou des porcs ») et l’instauration sur toute la Palestine d'un État théocratique avec la sharia pour seule loi »[4]. Des universitaires israéliens comme Meir Litvak ou Benny Morris[5],[6] mettent également l'accent sur le caractère « ouvertement antisémite » de la charte du Hamas.

Pour les universitaires arabes Khaled Hroub[7] et Gilbert Achcar[8], si la Charte du Hamas fait effectivement référence à des textes antisémites comme le Protocole des Sages de Sion, elle ne serait plus représentative de ce qu'est le Hamas aujourd'hui et de leur point de vue, « le discours du Hamas est devenu beaucoup plus subtil que celui de la Charte »[7]. En 2010, le leader du Hamas Khaled Mechaal déclare en effet que la Charte est « un document historique qui n'est plus pertinent mais qu'il ne peut pas être changé pour des raisons internes »[9]. Selon Khaled Hroub, le Hamas s'est également éloigné de sa charte depuis qu'il a décidé d'établir un bureau politique[10]. L'universitaire américain Jeffrey Herf insiste sur l'« antisémitisme radical [de la charte] et sa dette intellectuelle envers l'idéologie nazie ». Il estime au contraire qu'elle reflète les intentions et les motivations du Hamas et qu'on devrait lui accorder plus d'importance quand on analyse les actions du mouvement islamiste, comme par exemple lors des différentes confrontations à Gaza entre 2006 et 2014[11].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Traduction française de la Charte par Jean-François Legrain, chercheur au CNRS
  2. (en)The Palestinian Hamas: Vision, Violence & Coexistence By Shaul Mishal, Avraham Sela, page 45
  3. Gilles Paris, « Depuis la Charte de 1987, le Hamas a modulé ses positions au gré des circonstances », sur Le Monde,‎ 28 décembre 2001
  4. François Thual et Frédéric Encel, Géopolitique d'Israël, Paris, éd. Points, coll. « Points. Essais »,‎ 17 mars 2011, EPUB, 508 p. (lire en ligne)
    Le code ISBN est celui de la réédition électronique au format EPUB.
  5. (en)The Anti-Semitism of Hamas by Meir Litvak in Islamophobia and anti-Semitism pg 87
  6. Benny Morris, Victimes - Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes,‎ 2003 (ISBN 2-87027-938-8), p. 627
  7. a et b Olivier Danino, le Hamas et l'édification de l'État palestinien, Karthala, 2009, p. 94.
  8. Gilbert Achcar, The Arabs and the Holocaust: The Arab-Israeli War of Narratives, Picador, 2009, p.253.
  9. Mazin Qumsiyeh on the History and Practice Of Nonviolent Palestinian Resistance, Washington Report on Middle East Affairs, mai-juin 2010, p. 40-42
  10. A "New Hamas" through Its New Documents, Journal of Palestine Studies
  11. Jeffrey Herf , Why the fight ? Hamas too little known fascist charter., the American Interest, 1 août 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]