Catherine Radziwill

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La princesse Radziwiłł, huile sur toile de Giovanni Boldini (1842-1931).

La princesse Catherine Radziwiłł, née Katarzyna (Ekaterina en russe) Adamovna Rzewuska le 30 mars 1858 à Saint-Pétersbourg, morte le 12 mai 1941 aux États-Unis, est une aristocrate polonaise, une aventurière et une faussaire. Elle est la nièce de Mme Hanska, étant la fille de son frère cadet, le comte Adam Rzewuski.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle épouse à quinze ans le prince prusso-polonais Guillaume (Wilhelm) Adam Radziwiłł, dont elle a quatre enfants[1]. Elle s'installe ensuite à Berlin, où elle écrit sous le pseudonyme de Paul Vasili un recueil de potins sur la cour de l'empereur Guillaume II d'Allemagne.

Elle quitte son mari en 1899 pour une vie aventureuse qui la conduit successivement en Angleterre, puis en Afrique du Sud, où elle demande à Cecil Rhodes, fondateur de la compagnie de diamants De Beers, de l'épouser. Celui-ci s'y étant refusé, elle profite de son départ en voyage pour forger sa signature sur un chèque de 29 000 livres sterling qu'elle réussit à encaisser. Poursuivie pour faux, elle part en 1902 aux États-Unis pour éviter la prison. Le prince Guillaume Radziwiłł obtient finalement le divorce en 1906[2].

En 1921, lors d'une conférence à l'hôtel Astor de New York, elle intervient dans la controverse sur Protocole des sages de Sion, expliquant qu'il s'agissait d'un faux forgé par la police secrète pour tromper le tsar Nicolas II et qu'elle l'avait vu à Paris en 1904 dans les mains de son auteur[3]. Même si elle a raison sur le fond, les détails chronologiques qu'elle donne sur sa rencontre avec les auteurs de ce faux ne correspondent pas à la réalité, car le Protocole avait déjà été publié un an plus tôt.

La même année, après avoir publié plusieurs articles dans lesquels elle se présente comme possédant des souvenirs personnels sur sa tante Mme Hanska, elle entre en contact avec Juanita H. Floyd, qui vient de faire une thèse de doctorat sur les femmes dans la vie de Balzac. Elle rédige l'introduction du livre issu de cette thèse, Women in the life of Balzac[4]. Se réclamant de ses origines et de sa parenté avec Mme Hanska, donc avec Honoré de Balzac, elle affirme alors détenir 17 lettres que Mme Hanska aurait écrites à son frère cadet et dans lesquelles la comtesse faisait des confidences très précises sur Balzac[2]. Elle traduit en français l'ouvrage de Floyd et le fait publier chez Plon à Paris en 1926[5]. Le texte, préfacé et annoté par Catherine Radziwiłł comporte en appendice les dix-sept lettres en question.

Dès 1924, elle avait publié onze de ces lettres dans La Revue hebdomadaire en les accompagnant d'une introduction dans laquelle elle affirme vouloir « rendre justice à cette pauvre étrangère qui a été si faussement et si cruellement jugée » et « lui rendre sa vraie place dans la vie d'une des plus grandes gloires littéraires de la France »[6].

L'affaire fait grand bruit dans le milieu balzacien, qui demande à voir les originaux, mais ceux-ci sont inaccessibles, selon la princesse, à cause de l’arrivée au pouvoir des Soviets. Très vite, cependant, la Revue politique et littéraire, plus connue sous le nom de Revue Bleue, trouve cette correspondance suspecte[7] et Sophie de Korwin-Piotrowska, qui connaissait bien la famille Rzewuski, affirme que Mme Hanska n’avait aucune relation avec son frère cadet et qu’elle n’aurait eu aucune raison de lui parler d'un littérateur français qu’il désapprouvait. En outre, Catherine Radziwiłł se présentait comme ayant passé son enfance sous le toit de Mme de Balzac, ce qui est impossible compte tenu de sa date de naissance (1858). Enfin on découvre dans le Gotha que la dernière adresse de la princesse Radziwiłł était en 1929 à Léningrad au 63, Ligowka, et qu’elle n’était donc pas victime des Soviets comme elle l’avait affirmé pour être mieux accueillie en Amérique[2].

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

  • 1904 : Mes souvenirs
  • 1918 : Cecil Rhodes, un faiseur d'empire
  • 1918 : Grandeur et décadence de la Russie
  • 1918 : Raspoutine et la révolution russe
  • 1919 : L'Authentique Histoire des bolchéviques
  • 1920 : Le Secret des royautés renversées
  • 1926 : Introduction et annexe à la thèse : Les femmes dans la vie de Balzac, de Juanita Helm Floyd
  • 1928 : Vie intime de la dernière tsarine
  • 1931 : Nicolas II, le dernier tsar
  • 1932 : Mon autobiographie

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dont Nicolas (1880-1914) qui épouse la comtesse Krasinska, veuve de vingt ans de plus que lui, ce qui fait scandale
  2. a, b et c André Maurois, Prométhée ou la vie de Balzac, Paris, Hachette,‎ 1965, p. 617-622
  3. (en) The New York Times, 4 mars 1921
  4. (en) Texte en ligne
  5. Juanita Helm Floyd, Les Femmes dans la vie de Balzac : Traduction et introduction de la Princesse Catherine Radziwill. Avec 17 lettres inédites de Madame Hanska et trois portraits hors texte [« Women in the Life of Balzac »], Paris, Plon,‎ 1926
  6. « Lettres de Madame de Balzac au comte Adam Rzewuski », La Revue hebdomadaire, décembre 1924, p. 259-289, en ligne
  7. Revue Bleue, 6 octobre 1928