Théories du complot sur la mort de Jean-Paul Ier

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Jean-Paul Ier, le 27 août 1978.
La tombe de Jean-Paul I dans la Nécropole papale de la basilique Saint-Pierre.

La mort subite du pape Jean-Paul Ier, Albino Luciani, le 28 septembre 1978, soit 33 jours après le début de son pontificat, a suscité de nombreuses théories du complot.

Explication[modifier | modifier le code]

Jean-Paul Ier a été élu au pontificat le 26 août 1978 à 65 ans et intronisé le 3 septembre 1978, il est décédé dans la nuit du 28 septembre 1978 au Vatican pour un pontificat d'1 mois et 2 jours, soit 33 jours et 6 heures. La version officielle attribue sa mort à un infarctus ou une crise d'urémie. Jean-Paul Ier repose dans la crypte de Saint-Pierre de Rome. Des rumeurs commencent à circuler dès l'annonce de sa mort, amplifiées par le fait que le corps du défunt pape ne sera pas autopsié et que le Vatican peinera à produire un certificat de décès.

Des interrogations répétées évoquent des doutes sur la découverte du corps du pape par la sœur Vincenza Taffarel[1], sur ce qu'il était en train de lire avant sa mort, quand et où et si l'autopsie fut pratiquée[2],[1], alimentant les théories complotistes, associées avec la banque du Vatican qui possédait de nombreuses parts du Banco Ambrosiano.

Théories du complot[modifier | modifier le code]

David Yallop[modifier | modifier le code]

Dans un ouvrage polémique (Au nom de Dieu, Bourgois, 1984), David Yallop conclut, au terme d'une longue enquête, que le pape aurait été empoisonné sur ordre du cardinal Villot et de Mgr Paul Marcinkus. On aurait retrouvé dans ses papiers le texte de la destitution de Villot, qui n'attendait que sa signature. Il implique également Roberto Calvi car Jean-Paul Ier préparait une réforme des finances du Vatican, en particulier l'Institut pour les œuvres de religion, connu sous le nom de Banque du Vatican, qui possédait de nombreuses parts du Banco Ambrosiano. La Banque du Vatican perdit environ 250 millions de dollars.

Des affaires réelles de corruption ont bien eu lieu au Vatican, impliquant Paul Marcinkus et Roberto Calvi du Banco Ambrosiano, qui était membre de la loge P2[3]. Calvi fut retrouvé pendu sous un pont à Londres ; il avait disparu juste avant que le scandale l'impliquant éclate. L'enquête a conclu au suicide. Sous demande de sa famille, une deuxième enquête est ouverte. Elle conclut à un verdict ouvert[4].

Après la publication de son livre, Yallop accepta de reverser les bénéfices de la vente de son livre à une œuvre de charité désignée par le Vatican, si le Saint-Siège acceptait d'enquêter sur son allégation principale, selon laquelle, lors de la découverte du corps du pape, ce dernier tenait un morceau de papier dans la main qui fut par la suite détruit car il nommait des membres hauts placés de la curie qui étaient franc-maçons et d'autres qui tenaient un rôle clé dans la corruption et le blanchiment de l'argent de la drogue, dont Paul Marcinkus, qui fut par la suite nommé par le pape Jean Paul II au poste de troisième personne la plus influente du Vatican, après le pape et le secrétaire d'État. Yallop révèle les numéros de loge maçonnique des membres de la curie ayant fait allégeance à la maçonnerie, bien qu'il soit interdit à un catholique d'être maçon[5].

John Cornwell[modifier | modifier le code]

L'historien et journaliste britannique John Cornwell, dans son livre de 1989 A Thief in The Night[6], examine et oppose certains points que soulève David Yallop. Il estime que les théories de Yallop requièrent que le corps du pape ait été trouvé à 4 h 30 ou 4 h 45 du matin, soit une heure avant que les rapports officiels ne l'estiment. Pour ce faire, il se fonde sur une version de radio Vatican et d'une agence de presse italienne, ANSA, qui auraient triché sur l'heure et mal représenté les appartements du pape. Yallop affirme avoir obtenu un témoignage de la sœur Vincenza Taffarel, la religieuse qui a découvert le corps du pape, mais il aurait refusé d'en montrer les transcriptions à Cornwell. Bien que Cornwell critique les prélats du Vatican, il conclut que le pape ne fut pas assassiné mais mourut d'une embolie pulmonaire, peut-être provoquée par du surmenage ou de la négligence.

Abbé George de Nantes[modifier | modifier le code]

Le décès de Jean-Paul Ier après seulement 33 jours de pontificat, rapprochés des 33 grades maçonniques au rite écossais ancien et accepté (à droite), vus comme une signature d'assassinat

L'abbé traditionaliste Georges de Nantes consacra une partie de sa vie à rassembler des avis de gens qui côtoyaient le pape avant et après son élection. Il mentionne des prêtres, membres présumés de la franc-maçonnerie, qui auraient monté un complot maçonnique contre lui[7],[5].

Lucien Gregoire[modifier | modifier le code]

Lucien Gregoire a prétendu qu'il connaissait personnellement Albino Luciani, par le biais de son assistant personnel, durant la période où Luciani était évêque de Vittorio Veneto, sans qu'il n'ait jamais prouvé ses affirmations. Cet assistant aurait été mystérieusement tué dans un accident de la circulation avec délit de fuite, à l'extérieur de Saint-Pierre, quelques jours après la mort de Luciani. Les enquêtes de Grégoire prétendent continuer les travaux d'Avro Manhattan, dont il dit qu'il serait mort dans d'étranges conditions en visitant sa maison familiale à South Shields, à Tyne and Wear, au Royaume-Uni. Il affirme que sa mort s'inscrit parmi ceux qui auraient été proches ou supportant Jean-Paul Ier. Gregoire dresse une liste d'environ 30 décès suspects, incluant Paul VI, le primat de Belgique Léon-Joseph Suenens, le jeune métropolite de Léningrad Boris Gueorguievitch Rotov et de nombreux anciens membres de la garde suisse pontificale.

Autres théories[modifier | modifier le code]

Les services secrets ainsi que des organisations criminelles comme la Loge maçonnique P2 ou la mafia, sont également mis en cause par certaines rumeurs et théories[8],[9],[10].

Le livre de 1986 de Malachi Martin, Vatican: A Novel[11], est présenté comme un roman fondé sur l'histoire papale récente. Bien qu'il s'agisse officiellement d'une œuvre de fiction, Martin propose la théorie que le pape fut assassiné par l'Union soviétique car il souhaitait abandonner la politique bénigne de ces prédécesseurs, Jean XXIII et Paul VI, qui s'accommodaient du communisme, et voulait condamner une nouvelle fois le communisme comme étant une idéologie totalitaire et athée. Martin prétendait que la structure de l'Église était infiltrée depuis des décennies par la maçonnerie qui obtenait des positions d'influence, comme celle de Jean-Marie Villot, alors cardinal secrétaire d'État.

Certains théoriciens du complot relient la mort de Jean-Paul Ier à un propos du troisième secret de Fátima, l'« évêque vêtu de blanc » vu par Lúcia de Jesus dos Santos et ses cousins Jacinta Marto et Francisco Marto durant l'apparition mariale de 1917[12],[13]. Dans une lettre à un collègue, Jean Paul I affirma qu'il avait été profondément touché par sa rencontre avec Lucia et voulait consacrer la Russie, en accord avec cette vision[14].

Les survivantistes soutiennent que Paul VI est toujours vivant, séquestré depuis 1975 par les franc-maçons ; il aurait ensuite été remplacé par un sosie dont on s’est débarrassé lorsqu’il ne voulait plus obéir ; Jean-Paul Ier aurait alors été assassiné en découvrant la vérité[15].

Évocation dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans la chanson[modifier | modifier le code]

Le groupe britannique The Fall dans son album Bend Sinister (album) a sorti une chanson nommée Hey Luciani, accusant le Vatican d'avoir assassiné le pape Jean-Paul Ier (Luciani)[16]. Bernard Lavilliers fait référence à l'ensemble de cette affaire dans son titre Les Troisièmes couteaux.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Une première libre évocation cinématographique de cette théorie est tournée en 1982, Meurtre au Vatican de Marcello Aliprandi, avec Terence Stamp dans le rôle du pape fictif « Jean Clément Ier », empoisonné à peine quelques jours après son élection. Une version analogue apparaît également dans le film de 1990, Le Parrain III, dont une partie du scénario lie également la mort du pape en 1978 au scandale de la Banque Ambrosiano, présentant comme impliquée dans le crime organisé la Società Generale Immobiliare, la plus grande compagnie immobilière mondiale, dont l'actionnaire principal était le Vatican et la banque du Vatican. Dans le film de 1991, The Pope Must Die, dont le titre est pris d'un passage du livre de Yallop, un prêtre d'un pays pauvre devient un pape réformateur qui s'attaque à la corruption du Vatican dirigé par la Mafia, qui décide alors que "le pape doit mourir".

Dans la bande dessinée[modifier | modifier le code]

Dans la série de bande dessinées Warrior Nun Areala, on trouve une rétroaction sur le pontificat de Jean Paul Ier. Peu après avoir été élu au pontificat, il découvre un complot maçonnique de franc-maçons satanistes adorateurs du démon au sein du Vatican, et s'emploie à les éliminer. Découverts, les maçons le tuent afin de poursuivre leur œuvre de destruction de l'Église catholique. Durant son agonie, les Warrior Nuns s'emploient à le venger.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Dans le roman The Company: A Novel of the CIA par Robert Littell[17], le pape est assassiné par un tueur à gages payé par le KGB. Dans le thriller Le Dernier pape de Édouard Brasey[18], le pape rencontre Lucie, la voyante de Fatima qui lui confie le contenu du troisième secret conservé par l’Église, avant d'être assassiné avec l'aide de la mafia par un prêtre du Vatican qui deviendra secrétaire général du Vatican inféodé à des puissances financières mondiales occultes.

À la télévision[modifier | modifier le code]

Le 22e épisode de Brad Meltzer's Decoded, "Vatican", évoque des théories et des enquêtes sur la mort du pape.

Au théâtre[modifier | modifier le code]

Le comédien australien Shaun Micallef est l'auteur d'une pièce de théâtre en un acte intitulée "The Death of Pope John Paul I": le pape est retrouvé raide sur son lit et deux cardinaux tentent de tester ses réflexes à l'aide d'un marteau médical, puis avec un marteau de menuisier, constituant une atteinte à sa vie.

Roger Crane a écrit la pièce dramatique The Last Confession qui décrit les événements, les manœuvres politiques et les intrigues qui entourent de la mort du pape. La pièce était en tournée au Royaume-Uni en 2007 avant d'être jouée au Theatre Royal, Haymarket et diffusée à la radio sur BBC Radio 4 le 4 octobre 2008.

Liens et références externes[modifier | modifier le code]

Source de traduction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Bishop tells story of pope John Paul I's death he debunks conspiracy theory, buts says Vatican altered some details », St. Louis Dispatch,‎ 11 oct. 1998 (lire en ligne)
  2. (en) « Evidence of foul play in Pope death claimed », Chicago Tribune,‎ 7 oct. 1978 (lire en ligne)
  3. Calvi murder: The mystery of God's banker, The Independent, June 7, 2007
  4. http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/2537853.stm
  5. a et b Declaration on Masonic Associations, Vatican website, in English.
  6. John Cornwell, A Thief in the Night: The Mysterious Death of Pope John Paul I, (1989)
  7. John Paul I at Catholic Counter-Reformation, Abbé de Nantes' website, in English.
  8. Lo strano caso della morte di Albino Luciani"
  9. La Banca Vaticana e la Loggia P2
  10. InStoria - I 33 giorni di Papa Luciani
  11. Malachi Martin, Vatican: A Novel, Harper & Row, New York, 1986 ISBN 0-06-015478-0
  12. John Paul I at Catholic Counter-Reformation
  13. Chapter 4 of Whole Truth about Fátima, sections 7, 8 and 9, webpage found 2010-04-29.
  14. Quoted in Camillo Bassotto's book My Heart Is Still in Venice, a biography of John Paul I (Krinon, 1990).
  15. http://www.slate.fr/story/68637/sedevacantistes-pape-imposteur
  16. http://www.sing365.com/music/lyric.nsf/HEY-LUCIANI-lyrics-The-Fall/4D7D7B2390376C7748256AA80025D3F1
  17. Robert Littell, (en) The Company: A Novel of the CIA, New York, Penguin Books,‎ 2003, 894 p. (ISBN 0142002623, lien LCCN?)
  18. Édouard Brasey, Le Dernier pape, Éditions Télémaque 2013