Plagiat

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Le plagiat est une faute morale, civile, commerciale et/ou pénale[Contradiction] consistant à copier un auteur ou créateur sans le dire, ou à fortement s'inspirer d'un modèle que l'on omet délibérément ou par négligence de désigner. Il est souvent assimilé à un vol immatériel.

Le « plagiaire » est celui qui s'approprie indument ou frauduleusement tout ou partie d'une œuvre littéraire, technique ou artistique (et certains étendent ceci - par extension - à un style, des idées, ou des faits).

Il convient de distinguer le plagiat, qui consiste à prétendre qu'on est l'auteur original de ce qui n'est qu'une copie, et la contrefaçon, qui consiste à prétendre que ce qui n'est qu'une copie est en réalité l’œuvre de l'auteur original[Contradiction] [pas clair]. Certains [1] opèrent également une distinction entre le plagiat, emprunt grossier, et le « démarquage », où le texte subit des modifications variées pour brouiller les pistes. De même les anglophones rapprochent parfois aussi du plagiat le Missquoting (sources manquantes ou insuffisantes), le Self Plagiarism (un auto-plagiat, nullement illégal voire impossible en tant qu'oxymorique, souvent utilisé par les artistes (Warhol en particulier, qui en a fait sa marque), mais parfois assimilé à une sorte de manquement à une nouvelle « norme morale » ou à une sorte de fraude par recyclage quand il n'est pas signalé), de même que pour le slice and dice plagerism (recomposition de ses propres écrits)[2]. Dans le domaine scientifique, l'auto-plagiat ou publication redondante est prohibé, voir [3] pour exemple.

Théories juridiques[modifier | modifier le code]

Le droit a varié dans l'espace et dans le temps face au constat ou à la suspicion de plagiat. Du Moyen Âge à l'invention de l'imprimerie par exemple, la copie précédait l'imprimerie et de nombreux textes ou œuvres artistiques n'étaient pas signés.

Aujourd'hui, le droit d'auteur protège la forme accomplie d'une œuvre, mais non l'idée qui l'a inspirée et le style qui l'a mise en forme, ainsi que les informations elles-mêmes, restent « de libre parcours ». Le droit français ne traite pas le plagiat en tant que tel[Contradiction][4], mais la propriété intellectuelle.

Cependant, la limite entre l'inspiration, l'imitation et la contrefaçon est parfois très difficile à déterminer. La meilleure façon de s’affranchir d’une accusation de plagiaire est de citer systématiquement les sources sur lesquelles son travail est fondé, ce qui est obligatoire quand on s’appuie sur le droit de citation.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premières attentions portées au plagiat, perçu comme un phénomène préjudiciable, sont issues du monde littéraire. En matière intellectuelle les idées sont de libre parcours : tout le monde peut les reprendre. Mais le plagiat va au-delà : le plagiaire tente d'usurper une gloire indue en s'appuyant sur l'œuvre d'un autre auteur. Il emprunte sans le dire la forme de l'expression.

Le terme plagiaire semble apparaître pour la première fois dans les épigrammes du poète satirique Martial, lequel se plaint à un ami que ses œuvres ont été appropriées par un autre et sont en servitude pénible, en rappelant quel est le véritable auteur : « tu ramèneras le plagiaire à la pudeur » (impones plagiario pudorem)[5]. Pourtant à cette époque, le plagiat est un jeu d'école qui légitime ce type d'emprunt souvent avoué ou connu[6]. Ainsi Sénèque engage les auteurs à « digérer » leurs prédecesseurs[7].

Au Moyen Âge, trouvères et troubadours ne cessent de se copier. La tradition orale est alors encore plus importante que la tradition écrite avec des œuvres qui ne sont pas signées. Avant la découverte de l'imprimerie, les copistes n'hésitent pas à faire commerce des écrits qu'ils ont copié pour leur compte. À la Renaissance, le ressurgissement des manuscrits grecs et romains favorise le plagiat alors que se développe progressivement la conception patrimoniale de l'œuvre littéraire et la diffusion du livre par la librairie. En France, l'ordonnance du 17 mars 1539 défend d'imprimer des livres nouveaux sans la permission du Parlement ou du roi. L'ordonnance de Moulins de février 1566 donne alors au libraire un droit d'exploitation, souvent sur 10 ans, l'auteur lui vendant son œuvre sans considération du nombre d'exemplaires vendus[8].

Au XVIIe siècle, le plagiat est au centre de nombreuses controverses, notamment chez les grands auteurs qui commencent à pouvoir vivre de leur plume sans avoir besoin de mécène. À cette époque, un prétendu professeur enseigne à ses disciples « l'art de voler et de pallier finement leur larcin ». Antoine Gachet d'Artigny relate dans ses Nouveaux mémoires d'histoire, de critique et de littérature comment un certain Richesource crée une école de plagianisme[9].

Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que le droit d'auteur se forme dans sa conception moderne, et que le plagiat devient juridiquement distinct de la contrefaçon[Contradiction]. Diderot qualifie à cette époque le plagiat comme étant « le délit le plus grave qui puisse se trouver dans la République des Lettres »[10].

Le terme prend son sens au XIXe siècle, et désigne alors les œuvres dont le caractère original n’est pas jugé suffisant pour les faire entrer dans la littérature[réf. nécessaire]. Avec le temps et le développement de l’impression à grande échelle, le plagiat n’empiète plus seulement sur les terrains de l’originalité ou de la moralité, mais également sur celui de la propriété[8].

La copie à titre humoristique, et par exemple le pastiche, est en France exclus de l'application de la loi sur la propriété intellectuelle[11].

Plagiat et sciences[modifier | modifier le code]

Le plagiat se retrouve aussi dans le domaine des sciences exactes, où il constitue une partie des fraudes scientifiques[12].

Plagiat et fiction[modifier | modifier le code]

Le plagiat n'est pas seulement une pratique condamnable en littérature, mais aussi un thème régulièrement abordé dans les intrigues romanesques :

  • Le roman Mourir à Francfort de Hubert Monteilhet met en scène un écrivain amer plagiant une partie de l'œuvre immense, et pour la plus grande partie méconnue, de l'abbé Prévost, dans le but de ridiculiser son éditeur.
  • Tiré à part de Jean-Jacques Fiechter décrit une vengeance subtile dont l'arme est un plagiat.

« Plagiat par anticipation »[modifier | modifier le code]

La notion de « plagiat par anticipation » est humoristique. Elle consiste à rejeter l'accusation de plagiat sur un auteur antérieur. Elle a été proposée par François Le Lionnais, membre de l'Ouvroir de littérature potentielle et fondateur de l'Institut de Prothèse Littéraire, qui la justifie ainsi : « Il nous arrive parfois de découvrir qu'une structure que nous avions crue parfaitement inédite, avait déjà été découverte ou inventée dans un passé lointain. Nous nous faisons un devoir de reconnaître cet état de choses en qualifiant les textes en cause de plagiats par anticipation. »[13]. Il ne s'agit pas ici de copier, mais de faire un usage créatif du plagiat, en identifiant dans des textes du passé des possibilités que leurs auteurs n'avaient pas soupçonnées. Une telle pratique avait été explicitement revendiquée par Lautréamont[14]. Marcel Bénabou retrace l'origine de la notion à un vers d'Alexis Piron dans La métromanie : « Leurs écrits sont des vols qu'ils nous ont faits d'avance » (Acte III, scène 7)[15]. La notion de plagiat par anticipation sera ensuite actualisée et développée par Pierre Bayard dans son ouvrage de 2009.

Plagiat et éducation[modifier | modifier le code]

Il est souvent demandé aux étudiants de produire un texte sur un sujet. Par paresse, par ignorance, par volonté délibérée de tricher ou par crainte de ne pas faire assez bien, certains d'entre eux sont tentés de chercher un document (en général via un moteur de recherche) et de le rendre directement à l'enseignant sans citer la source. L'enseignant considère à juste titre ce comportement comme une faute assimilée à un plagiat. Un travail plagié peut entraîner une note nulle et la mention PL dans le bulletin. Comme un élève ne copie pas nécessairement l'intégralité d'un texte, il reste difficile de le sanctionner proportionnellement. Ce phénomène a d'ailleurs atteint de telles proportions qu'il a entraîné une prise de conscience et une volonté systématique de lutter contre cette pratique[16]. Une autre démarche consiste à partir de ce cas pour construire un cours sur l'usage des citations[17].

Outils pour lutter contre les plagiats[modifier | modifier le code]

Pour détecter un éventuel plagiat, la première solution consiste à chercher sur un moteur de recherche des mots ou des phrases clés du texte en question, afin de voir si l'on retrouve un texte potentiellement plagié.

Plusieurs logiciels facilitant la détection du plagiat sont en outre apparus ces dernières années.

Aux limites du champ du plagiat[modifier | modifier le code]

De nombreux cas particuliers existent, parfois aux limites du plagiat :

  • formes assumées et plus ou moins admises de contrefaçons comiques ou de plagiats à vocation caricaturale, de jeux ou exercices littéraires (L'Oulipo[13]) artistiques ou humoristiques ;
  • cas des personnalités qui prononcent des discours entièrement écrits par un tiers (très rarement cité), ou de certains auteurs éditant des travaux d'étudiants, d'un nègre littéraire ou autre « prête-plume » en les présentant (mensonge par omission) comme leurs ; pratiques considérées comme admises à certaines époques ou tolérées dans certains contextes ;
  • cas plausibles de plagiats involontaires ou inconscients. Ils peuvent être difficilement différentiables de vrais plagiats.
  • cas particuliers parfois complexes de plagiats en cascade (plagiat d'un plagiaire) ;
  • cas de reprise de travaux personnels antérieurement édités sous un pseudonyme ou anonymement ;
  • cas de reprise d'éléments d'un travail collaboratif à plusieurs auteurs dont certains anonymes (une source anonyme peut cependant être citée en tant que telle, mais peut dans certains contextes être jugée sans valeur, dans le cas d'une "communication personnelle" sans tiers témoins par exemple);
  • et éventuellement, cas du brevetage du vivant à visées commerciales, qui pourrait être considéré comme une forme de plagiat, dans la mesure où il y aurait appropriation indue par exemple de caractères de variétés végétales sélectionnées par des générations de paysans, puis brevetées et privatisées.[réf. nécessaire]


Plagiaires et défenses[modifier | modifier le code]

  • Henri Troyat et les éditions Flammarion ont été condamnés en 2003 pour plagiat (« contrefaçon partielle ») concernant sa biographie de Juliette Drouet, la maîtresse de Victor Hugo, publiée en 1997. La cour d'appel de Paris les a condamnés à verser 45 000 euros de dommages-intérêts à Gérard Pouchain et Robert Sabourin, auteurs du livre Juliette Drouet ou la dépaysée (éd. Fayard, 1992). Henri Troyat s'est pourvu en cassation, puis s'est désisté. L'Académie française, contrairement à ses statuts (article 13), n'a pas pris de sanction contre son Immortel, âgé de 85 ans au moment du plagiat.
  • Calixthe Beyala : en 1995, Le Canard enchaîné relève des emprunts au roman Fantasia chez les ploucs de Charles Williams. Par la suite, Pierre Assouline, de la revue Lire, identifie des emprunts pour une trentaine de passages auprès de quatre auteurs différents[18]. En se fondant sur ce travail de comparaison effectué par Pierre Assouline, le site web du magazine Télérama de juillet 2008 qualifie Calixthe Beyala de « récidiviste de la kleptomanie littéraire »[19]. Selon le Monde, Calixthe Beyala se défend en novembre 1996 des accusations de Pierre Assouline, en se déclarant victime de « persécution[s] » et de la « haine raciale » des « journalistes de gauche[20] ». Elle accuse aussi Ben Okri d'avoir plagié son premier roman, après que le traducteur allemand de celui-ci eut signalé des coïncidences troublantes entre les deux romans[18].En mai 1996, le tribunal de grande instance de Paris juge que son roman Le Petit Prince de Belleville est une « contrefaçon partielle »
  • Patrick Poivre d'Arvor : le journaliste Jérôme Dupuis établit des similitudes entre Hemingway, la vie jusqu'à l'excès publié au nom de Patrick Poivre d'Arvor, et une biographie d'Hemingway par Peter Griffin[21]. Quelques jours après cette révélation une nouvelle édition allégée est publiée.
  • Montaigne plagiant Plutarque et Molière plagiant Plaute : il s'agit d'un « emprunt » assumé, d'une « intertextualité » avec clin d'œil aux lecteurs ayant reconnu la prose de leur auteur.
  • Jean-Luc Hennig, qui avait été accusé d'avoir copié de longs passages de L'Horoscope cruel (1996) dans un ouvrage de Jacques-André Bertrand, se défend avec humour et élégance[22] dans Apologie du plagiat (1997), en montrant tout ce que la littérature a toujours dû au plagiat, et écrit : « La littérature n'est qu'un travail de couture, de bouturage. Le véritable artiste ne craint pas d'être pillé ! »
  • Marie Darrieussecq : Camille Laurens (écrivain) (Philippe, P.O.L, 1995) accuse Marie Darrieussecq de « plagiat psychique » (Tom est mort, 2007).
  • Alain Minc : pour son ouvrage intitulé Spinoza, un roman juif, contrefaçon partielle de l’ouvrage Spinoza, le masque de la sagesse de Patrick Rödel[23].
  • Joseph Macé-Scaron : pour son roman Ticket d'entrée (Grasset, 2011) qui reprend mot pour mot des extraits d'un livre de l'Américain Bill Bryson (American rigolos : chroniques d'un grand pays, 2003).
  • Rama Yade : emprunts à une quinzaine d'auteurs relevés dans Plaidoyer pour une instruction publique (Grasset, 2011).
  • Karl-Theodor zu Guttenberg : ministre allemand de la défense, poussé à la démission en mars 2011 et déchu de son titre doctoral pour plagiat dans la rédaction de sa thèse de doctorat. Une analyse a montré que 95 % des pages de sa thèse contiennent des lignes plagiées (attention cependant à la subjectivité de ce chiffre, qui traite imparfaitement les références juridiques)[24].
  • Esther Silvana Koch-Mehrin : eurodéputée allemande, vice-présidente du parlement européen, à qui le titre de docteur fut retiré le 15 juin 2011 pour plagiat.
  • Pál Schmitt : le Président de la République hongroise avait copié 200 des 215 pages de sa thèse d'histoire sur un autre ouvrage[25].
  • Gilles Bernheim, le grand rabbin de France, finit par reconnaître en avril 2013 que son livre Quarante méditations juives (éd. Stock, septembre 2011) contient un plagiat d’un écrit de Jean-François Lyotard[26], mais rejette la faute sur le nègre qu'il a employé pour rédiger le livre[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. par exemple R. de Chaudenay, introduction.
  2. Self Plagiarism: An Oxymoron or Ethics Violation? 2011-01-12
  3. [1] 2012-03-08
  4. Aucun résultat donné par Légifrance pour une recherche sur le mot plagiat ou plagiaire (au 2012-01-07)
  5. Martial, épigrammes, Livre I, LII.
  6. Daniel Vallat, Onomastique, culture et société dans les Épigrammes de Martial, Latomus,‎ 2008, p. 396
  7. Jacques Soulillou, L'Auteur. Mode d'emploi, Éditions L'Harmattan,‎ 1999, p. 70
  8. a et b Isabelle Diu, Elisabeth Parinet, Histoire des auteurs, Editis,‎ 2013, p. 400
  9. Charles Coustille, « Une histoire du plagiat universitaire » , 19 novembre 2011
  10. Roger Kaffo Fokou, Guide de la littérature au lycée: Parcours littéraire, Éditions L'Harmattan,‎ 2009, p. 61
  11. Plagiat sur le site portaildulivre.com
  12. M. Blanc, Georges Chapouthier et Antoine Danchin, Dossier : Les Fraudes scientifiques. La Recherche, juillet-août l980, no 113, p. 858-868
  13. a et b Oulipo, La littérature potentielle, Gallimard, 1973, p. 21.
  14. Poésies, p. 2
  15. Marcel Bénabou, « Les ruses du plagiaire » dans Le Plagiat, sous la direction de Christian Vandendorpe, Les Presses de l'Université d'Ottawa, 1992, p. 17-30. ISBN 9782760303454
  16. Lutte contre le plagiat, un site de l'UQAM
  17. Plagiat et Internet, un cours du CTPIC, J. P. Blanc et F. Lo.
  18. a et b « En 1996 le scandale du plagiat », France-Soir, 10 décembre 1998, p. 5
  19. Christine Ferniot écrit ainsi : « En devenant une récidiviste de la kleptomanie littéraire, Calixthe Beyala se ridiculisait aux yeux des lecteurs avant même d'être condamnée pour « contrefaçon partielle » » (« Vols de plumes dans l'édition », Télérama, no 305425, juillet 2008.
  20. Jean-Luc Douin, « L'écrivain Calixthe Beyala est de nouveau soupçonnée de plagiat », Le Monde, 26 novembre 1996.
  21. L'Express, no 3105, semaine du 5 au 11 janvier 2011, p. 78-80.
  22. Olivier Le Naire, « Au plaisir du plagiaire », L'Express, 20 novembre 1997, p. 118.
  23. Emmanuel Lemieux, « Dévastatrices, les rumeurs de plagiat », L'Express,‎ 11 novembre 2002 (lire en ligne)
  24. (de) Analyse de la thèse de Karl-Theodor zu Guttenberg
  25. « Accusé de plagiat, le président hongrois démissionne », Le Figaro, 2 avril 2012.
  26. http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/04/03/plagiat-gilles-bernheim-reconnait-terrible-erreur-241107 Plagiat : Gilles Bernheim reconnaît « une terrible erreur »
  27. « Le Grand Rabbin reconnaît le plagiat », Le Figaro, 3 avril 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]