Histoire contemporaine du Japon

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Le nom d'histoire contemporaine du Japon désigne la période ayant suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale (soit depuis le 2 septembre 1945). La Constitution d'après-guerre a été modifiée, le nouveau texte entrant en application en 1947. Cette période est appelée l'après-guerre (戦後, Sengo?) ou le Japon d'après-guerre (戦後日本, Sengo-Nihon?).

Après la défaite dans la Seconde Guerre mondiale, le Japon est devenu un état de la démocratie parlementaire. Mais, cette période d'après-guerre se caractérise par l'Alliance américano-japonaise comme le Japon États-Unis Forces.

Préparation de la victoire du côté Allié[modifier | modifier le code]

Les Américains et les Alliés savaient qu'ils allaient gagner la guerre plusieurs mois avant la défaite allemande. Ils ont donc organisé plusieurs conférences, pour fixer le sort des Japonais et autres ennemis :

Chronologie[modifier | modifier le code]

La défaite japonaise[modifier | modifier le code]

L'Empire du Japon est le seul pays à ce jour à avoir été frappé par une bombe nucléaire lors d'une guerre. C'est le président américain Harry Truman qui décida d'en faire usage après que le premier ministre Kantaro Suzuki eut annoncé en conférence de presse que le Japon entendait "ignorer" l'ultimatum de Potsdam.

Les bombes ont explosé sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. Le 14 août 1945, après avoir considéré l'impact conjugué des bombes et de l'invasion soviétique au Manchukuo, l'empereur Shōwa (Hirohito) annonçait la reddition de ses forces militaires.

Article détaillé : Reddition du Japon.

Après la capitulation officielle, le 2 septembre 1945, le général américain Douglas Mac Arthur fut chargé de l'occupation. Il insista pour qu'on n'assigne pas l'Empereur Shōwa et les membres de sa famille devant le Tribunal de Tokyo. Celui-ci avait accepté les demandes américaines incluses dans la déclaration de Potsdam émise lors de la Conférence de Potsdam, à la condition que soient préservées les prérogatives de Sa Majesté à titre de souverain.

L'occupation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Occupation du Japon.
Quartier général du SCAP, dans les locaux de la compagnie d'assurance Dai-ichi Seimei à Tokyo, vers 1950.

Deux généraux américains vont se succéder en tant que Commandant suprême des forces alliées (en anglais Supreme Commander of the Allied Powers ou SCAP) durant l'occupation (1945-1952). Le premier étant Douglas MacArthur (1945-11 avril 1951), le second Matthew Ridgway (1951-1952). On subdivise généralement cette période en deux phases séparée par le début de la guerre de Corée. Elle organise une réforme en profondeur du Japon sur le plan politique (démocratisation et purge), social (abolition du système aristocratique) et économique (tentative de décartellisation avec le démantèlement des zaibatsu) afin de rompre avec le régime nationaliste et militariste Shōwa, basée sur la démocratisation.

L'occupation américaine entraina une série de réformes, en particulier l'adoption d'une constitution sur le modèle des démocraties occidentales qui impliquait notamment la révision du rôle de l'empereur qui perdit le statut de commandant suprême des forces armées dont il était titulaire lors de l'expansionnisme du Japon Showa ainsi que tout rôle politique pour ne devenir que le symbole de l'unité nationale. Le rejet total et définitif de la guerre est également inscrit dans cette constitution, tandis que l'armée impériale est démantelée. L'essentiel du pouvoir revient au parlement, la Diète composée de deux chambres toutes deux civiles (l'ancienne Chambre des pairs aristocratique est remplacée par une Chambre des conseillers entièrement élue), le droit de vote est accordé aux femmes, la liberté de la presse est instaurée, l'ancienne police politique (le Tokkō) est supprimée, la kazoku (la noblesse japonaise) abolie (à l'exception de la famille impériale qui est limitée aux seuls descendants en ligne masculine de l'empereur Taishō Tennō, père de Hirohito, tandis que ses membres sont exonérés de toute poursuite pour leur rôle éventuel dans la guerre).

Une purge est organisée : les criminels de guerre sont jugés par le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient, ou tribunal de Tokyo, créé le 19 janvier 1946, et les anciens membres de l'administration civile ou hommes politiques de l'avant-guerre ayant collaboré (ou ayant entretenu de quelconques liens avec le gouvernement militaire Shōwa durant le conflit) sont écartés du pouvoir (avant d'être finalement amnistié au début des années 1950, le plus célèbre d'entre eux, Ichirō Hatoyama, étant Premier ministre de 1954 à 1956).

Pour ce qui est de l'économie, si les occupants américains tentent de démanteler les zaibatsu ayant participé au complexe militaro-industriel japonais durant la guerre, et font en sorte que l'industrie japonaise ne soit plus mobilisée par ces grands cartels industrialo-financiers, les plus puissants d'entre eux perdurent et se restructurent sous une nouvelle forme de conglomérats, les keiretsu.

Enfin, la période d'occupation américaine est également le point de départ d'un important changement culturel, né tant des apports des soldats américains (importation de nouveaux styles et influences musicaux tels que le rock 'n' roll, dans l'alimentation, l'habillement voire l'apparence physique, la mode féminine du débridage des yeux restant populaire jusque dans les années 1970) que du traumatisme de la défaite et en particulier les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, dans une société ayant perdu une bonne partie de ses repères. Ce mal-être se retrouvera durant les décennies suivantes à travers le cinéma (les critiques sociales de la nouvelle vague japonaise ou la recherche d'un âge d'or dans le Japon médiéval d'Akira Kurosawa) ou la littérature (surtout l'œuvre de Nobuo Kojima ou des écrivains nationalistes Yukio Mishima et Shintarō Ishihara.

Les années 1950[modifier | modifier le code]

Le 8 septembre 1951 est signé le traité de San Francisco, mettant un terme légal à la Guerre du Pacifique et organisant la paix entre le Japon et la plupart des Alliés (à l'exception notable de la République populaire de Chine, de l'URSS ou de l'Inde). Il met fin à l'occupation du Japon, à l'exception de la préfecture d'Okinawa qui reste sous « administration résiduelle » des États-Unis, et cela jusqu'en 1972. Il est couplé à un autre traité qui place le pays sous la totale dépendance des Américains en matière de sécurité (avec le maintien d'importantes bases militaires notamment, outre celle d'Okinawa Hontō, à Yokosuka, Misawa ou Kadena) tandis que Washington peut décider unilatéralement, sans consulter le gouvernement japonais, d'augmenter ou de diminuer la taille de ses troupes présentes dans l'archipel. La guerre de Corée vient toutefois rapidement bouleverser cette tutelle militaire de fait : le Japon devient alors un atout stratégique dans la Guerre froide, et la concentration des militaires américains dans l'effort de guerre pousse Tokyo, avec l'aval des États-Unis, à se doter de Forces d'autodéfense afin d'assurer les missions de sécurité nationale à l'intérieur du territoire nippon. Le Traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les États-Unis et le Japon du 19 janvier 1960, redéfinissant celui de 1951, permet d'établir un rapport de force plus équilibré entre les deux pays, les États-Unis se voyant contraints de consulter le gouvernement japonais pour utiliser leurs bases, ou pour introduire des armes nucléaires dans le territoire. Il constitue également l'un des piliers de la diplomatie japonaise de l'après-guerre, à savoir le maintien de relations privilégiées entre Tokyo et Washington.

Le traité de San Francisco est complété dans les années suivantes par le rétablissement de relations bilatérales avec plusieurs autres pays de la région Asie-Pacifique : la République de Chine (Taïwan) avec la signature d'un traité de paix le 27 avril 1952, et le dialogue est rétabli avec Moscou sous l'impulsion d'Ichirō Hatoyama en 1956 (même si le différend territorial concernant l'archipel des Kouriles, en particulier les quatre îles les plus méridionales rattachées à l'Union soviétique en 1945 mais toujours revendiquées par le Japon, empêche, et cela jusqu'à ce jour, la signature d'un traité de paix entre les deux pays). Consécration du retour du Japon sur la scène diplomatique internationale : son entrée à l'ONU le 18 décembre 1956.

Ichirō Hatoyama, premier président du Parti libéral-démocrate (PLD), et les dirigeants du parti en 1955

Sur le plan politique, après une décennie de redéfinition sur le plan idéologique et de lutte intestine au sein de la droite conservatrice entre ses deux figures tutélaires d'après-guerre, Shigeru Yoshida et Ichirō Hatoyama, le Japon entre dans une phase de longue stabilité avec la création le 15 novembre 1955 par la fusion de ces deux tendances du Parti libéral-démocrate (PLD), mouvement qui dominera quasiment sans partage le pouvoir de 1955 à 1993 et de 1994 à 2009.

Au début des années 1950, la balance commerciale était négative (-407 millions de dollars en 1953 et -794 millions de dollars en 1954). Mais là encore la guerre de Corée permet de changer la donne. En effet, l'armée américaine réalise de nombreuses commandes aux entreprises japonaises, entraînant d'importantes entrées de devises étrangères (le montant des réserves d'or et de devises étrangères s'élèvent à 1,32 milliard de dollars à la fin de l'année 1959). Grâce à cela, la balance commerciale n'est plus déficitaire en 1959 que de 140 millions de dollars américains (l'année 1959 a vu notamment les exportations retrouver pour la première fois depuis 1945 leur niveau d'avant-guerre, avec une croissance de 20 % par rapport à 1958 tandis qu'en comparaison et pour la même période, le volume de l'exportation mondiale n'a cru que de 6 %). La balance des paiements quant à elle est excédentaire (+ 480 millions de dollars). Pour autant, la part des exportations japonaises en textile, métaux ou machines dans le commerce mondial de ces marchandises reste pratiquement deux fois moins importante que son niveau d'avant-guerre à la fin des années 1950[1].

Timbre de 1959 commémorant le mariage du Prince héritier Akihito et de Michiko Shōda

Symbole fort de la décennie et de l'évolution du Japon, le fils ainé de l'empereur et prince héritier Akihito épouse le 10 avril 1959, lors d'une cérémonie traditionnelle shintō, et cela malgré l'opposition des fonctionnaires conservateurs de l'Agence impériale, une jeune fille issue du peuple (n'ayant pas d'ascendance aristocratique, bien que fille d'un riche industriel) et d'origine catholique, Michiko Shōda. Ayant acquis un large soutien du public, qui le voit comme le symbole de la modernisation et de la démocratisation du Japon (les médias parlent alors d'un « Micchi boom », reprenant le surnom de Michiko Shōda, Micchi), ainsi que celui de la classe politique dirigeant le pays, le jeune couple fut suivi après le mariage dans les rues de Tokyo par une foule de plus de 500 000 personnes s'étalant sur les 8,8 km du parcours, tandis que les parties de la noce retransmises à la télévision (faisant de cette noce princière la première à être médiatisée au Japon) furent regardées par 15 millions de spectateurs environ[2].

Les années 1960[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Boom Izanagi.

Le Traité nippo - sud-coréen du 22 juin 1965 a normalisé les relations avec la Corée du Sud, anciennement colonisée par le Japon. Le gouvernement Satô a ainsi cherché à améliorer ses relations avec ses voisins, dans un contexte marqué par la montée des tensions en Asie avec l'embourbement américain au Viêt Nam et l'accession de la Chine au rang de puissance nucléaire militaire en 1964.

C'est aussi le début du miracle économique japonais, avec la période du Boom Izanagi (1965-1970) pendant laquelle la croissance annuelle du PNB est d'environ 11,5 %. En 1968, le PNB du Japon atteint 150 milliards de dollars et dépassa ainsi celui de la RFA.

Les années 1970[modifier | modifier le code]

Le yen était ancré depuis le 25 avril 1949 au dollar (un dollar = 360 yens), mais la monnaie devint flottante en 1971 en raison de la fin de l'étalon or qui constitua l'un des chocs Nixon. Le yen s'apprécia alors de manière importante. Le gouvernement Nixon se mit aussi à favoriser la République populaire de Chine, alors que Washington et Tôkyô avait jusqu'alors entretenu des relations privilégiés avec Taïwan. Ce changement de politique fut ressenti comme un choc, car Nixon avait pris cette décision sans consulter au préalable les Japonais. Nixon augmenta aussi les taxes sur les importations de textiles en provenance du Japon et avait menacé de réduire les exportations de soja vers l'Archipel.

La fin de la guerre du Viêt Nam, permit au Japon de renforcer ses relations diplomatiques et commerciales avec l'Asie du Sud-Est.

Le premier choc pétrolier causa un ralentissement économique, car 73 % de l'énergie utilisée par le Japon était sous forme de pétrole. La crise pétrolière incita le Japon a réduire la consommation énergétique des entreprises, abandonner les industries très gourmandes en énergie et à développer des relations diplomatiques avec le Proche-Orient.

Le contrôle des îles Ryūkyū, auxquelles appartient l'archipel Okinawa, fut rendu par les États-Unis aux Japonais en 1972.

En 1972, la République populaire de Chine et le Japon firent une déclaration qui mettait fin à l'état de guerre. (La Chine n'avait pas signé le Traité de San Francisco en 1952.

En 1976, un grave scandale de corruption financière impliquant le gouvernement et l'ancien premier ministre Kakuei Tanaka ébranla durablement la confiance du peuple envers ses dirigeants.

Le premier ministre Fukuda Takeo rendit visite à plusieurs pays d'Asie, notamment en Birmanie, l'Indonésie et la Malaisie.

Le 12 août 1978, la République populaire de Chine et le Japon signèrent un traité de paix et d'amitié.

Les années 1980[modifier | modifier le code]

Cette décennie est marquée dès 1980 par l'exportation massive vers les États-Unis de produits à haute valeur ajoutée (télévision, automobile, appareil photo, magnétoscope). Ce succès économique spectaculaire est principalement dû au faible coût de production (bas prix, forte productivité, bas salaires), mais aussi à une stratégie industrielle visant à imiter les produits concurrents afin de limiter les investissements et les délais liés à la recherche. En réponse à ces pratiques, les États-Unis imposent des quotas d'importation aux copies japonaises et menacent le Japon de sanctions économiques, ce qui a pour effet la dégradation des relations commerciales entre les deux nations.

Les années 1990[modifier | modifier le code]

Le début des années 1990 marque le commencement des "vingt années perdues". Cette période voit se produire le séisme de Hanshin-Awaji, communément appelé Séisme de Kobe, survenu en l'an 1995 et fait s’effondrer le mythe de la sécurité japonaise.

Les années 2000[modifier | modifier le code]

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, le Japon a pris part à des guerres contre le terrorisme.

Les années 2010[modifier | modifier le code]

Le 11 mars 2011, le plus grand séisme du Japon oriental, suivi d'un tsunami, frappe ce pays, faisant des milliers de victimes. La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi est touchée, provoquant un catastrophe nucléaire de Fukushima. La population autour du site est évacuée à cause de la forte radioactivité. Certaines personnes appellent "après le séisme de Japon oriental" ou "après la catastrophe nucléaire de Fukushima" comme après-catastrophe (災後, Saigo?)[3],[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eric Seizelet, Monarchie et démocratie dans le Japon d'après-guerre, Maisonneneuve Larose,‎ 1995
  • Dufourmont Eddy, Histoire politique du Japon (1853-2011), Presses universitaires de Bordeaux,‎ 2012
  • Guthmann Thierry, Shintô et politique dans le japon contemporain, L’Harmattan,‎ 2010
  • Le Japon contemporain, sous la direction de Jean-Marie Bouissou, Fayard, 2007
  • Jobin Paul, Maladies industrielles et renouveau syndical au Japon, Éditions de l’EHESS,‎ 2006