Occident

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L’Occident (en bleu foncé) d'après Samuel Huntington.

L'Occident, ou monde occidental, est un concept géopolitique qui s'appuie généralement sur l'idée d'une civilisation commune, héritière de la civilisation gréco-romaine dont est issue la société occidentale moderne. Son emploi sous-entend également une opposition avec, soit le reste du monde, soit une ou plusieurs autres zones d'influences du monde comme l'Orient, le monde arabe, le monde chinois ou encore la sphère d'influence russe.

La notion politique d'Occident apparaît en 285 avec la division de l'Empire romain qui crée progressivement l'Empire romain d'Occident autour de Rome qui utilise l'alphabet latin et l'Empire romain d'Orient autour de Constantinople qui utilise l'alphabet grec. Les invasions barbares entrainent la chute de l'Empire romain d'Occident mais permettent l'extension de l'influence de l'Église catholique romaine à l'Europe du Nord et à l'Europe centrale, tandis que l'Empire romain d'Orient propage le christianisme orthodoxe. L'avancée Omeyyade en Espagne rétablit l'unité militaire occidentale sous le commandement de Charles Martel, victorieux à Poitiers en 732. C'est dans ce contexte que Charlemagne prend le titre d'empereur d'Occident en l'an 800. Le XIe siècle est marqué par le début des Croisades durant lesquels les Occidentaux lancent des expéditions armées en « Terre sainte ». Le schisme de 1054 marque définitivement la rupture avec l'Orient orthodoxe et rend possible le détournement de la quatrième croisade par la République de Venise. Cet épisode se conclut par le sac de Constantinople par les croisés, affaiblissant définitivement l'Empire d'Orient et favorise l'amorce de la Renaissance en Occident. À partir du XVe siècle, Occident et Orient connaissent deux bouleversements majeurs : la réforme protestante qui modifie la structure du christianisme occidental et la prise de Constantinople par les Ottomans. Face à ce « verrou islamique », les états occidentaux abandonnent la route de la soie et commencent à chercher une nouvelle route vers les Indes : c'est le début des « Grandes découvertes » aboutissant à la conquête du « Nouveau Monde ». S'ensuit une période de grandes mutations avec l'établissement des Empires coloniaux, le « Siècle des Lumières » et la révolution industrielle. L'Empire russe s'occidentalise à partir du règne de Pierre le Grand, mais l'avènement de l'URSS marque une nouvelle rupture : la Guerre froide, donnant lieu à la création de l'OTAN.

Au début du XXIe siècle, on admet généralement que l'« Occident » regroupe au sens strict l'Europe occidentale (c'est-à-dire l'Union européenne et l'AELE), le Canada, les États-Unis[1],[2], l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Selon les conceptions, l'Amérique latine y est parfois incluse. Les citoyens de ces pays sont couramment appelés Occidentaux.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Aspect historique : La division de l'Empire romain entre empire d'Orient et d'Occident en 395 marque l'apparition de l’appellation Occident pour désigner l'entité politique occupant la partie ouest de l'ancien Empire romain unifié.

Le terme occident est emprunté au latin occidens, participe présent de occidere. Ce verbe est composé de la particule ob signifiant « objet » et de cadere qui signifie « tomber, choir », « tomber à terre », « succomber, périr »[3]. En parlant d’un astre (notamment du soleil), le terme signifie « se coucher » et peut se traduire littéralement par « soleil couchant »[4]. Ce terme s'oppose à l'orient (du latin oriri, naître, surgir) qui désigne l'endroit où le soleil se lève.

Les langues romanes ne possèdent qu'un seul terme pour désigner la notion d'« Occident ». Derrière ce terme sont concentrés tant des caractéristiques géographiques qu'historiques, mais également des traits culturels. À l'inverse, il existe trois termes en allemand, qui selon le sens, se réfèrent à trois racines différentes : Westen, Abendland, Okzident. Ceci permet davantage de nuances et de connotations. En Français, le terme ponant (opposé à levant) existe également mais il reste peu usité. L'anglais, propose lui, trois termes : West ou Western world ainsi qu’Occident, généralement réservé à un usage académique[5].

En arabe, le Maghreb, (المغرب al-Maghrib), désigne littéralement « le couchant », « l'occident ». Historiquement, le Maghreb fut la partie sud de l'Empire Romain d'Occident. Le terme Roumi (de l'arabe rûm, littéralement romain) désigne couramment l'« occidental » et a également désigné le colon européen[6] dans les pays arabes.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Évolution historique[modifier | modifier le code]

Durant la période antique, l'Empire d’Occident était appelé l’ancien Empire romain. L’« Occident » se définissait déjà comme la partie ouest du continent européen. Par extension, « Occident » va désigner toute la portion ouest de la Terre dans une vision euro-centrée. Il sera dès lors orthographié avec une majuscule[7]. Au XVIe siècle, le mot « occident » est généralement utilisé dans son sens figuré, celui de « ruine, déclin », lié au verbe latin occidere[réf. nécessaire]. Mais il semble que les historiens modernistes aient nourri un discours quelque peu anachronique, appuyant les spécificités d'une culture occidentale (traditions gréco-romaine et judéo-chrétiennes : Athènes et la première expérience démocratique, Rome et l'invention du droit privé, apparition du Christ à Jérusalem et diffusion de la spiritualité biblique dans l'Empire romain)[8], du point de vue démographique, de l'organisation de la société, de l'économie adoptée par cette dernière ainsi que des mentalités. En ceci, l'« Occident » de l'époque moderne renvoie à la « vieille » Europe. Dans le dictionnaire de Furetière[9], le terme « Occident » renvoie premièrement à l'astronomie, mais se dit également de certaines nations selon leur position géographique par rapport à d'autres. Par exemple, les Amériques sont qualifiées d'Indes occidentales. Ce qui aujourd'hui est nommé « océan Atlantique », est appelé à cette époque oceanus occidentalis. Il faut noter que le terme s'emploie aussi dans un sens moral : être dans son occident signifie être dans sa décadence. De plus, la question des Amériques est importante. En effet, avec l'arrivée des Européens (Espagnols, Portugais, Français, Britanniques…) dans ce qu'on a longtemps appelé le « Nouveau monde », le territoire européen et donc occidental s'est en quelque sorte élargi par cette colonisation dite de « peuplement ».

Exemple de carte où apparaissent les situations géographiques « occidental » et « oriental », par rapport à l'Europe.

Au XIXe siècle, le terme est passé d’un usage purement pratique (qui est également représentable sur une carte car il n'est pas connoté) à des usages « idéologiques ». Selon Laurent Testot[10], la culture « occidentale » se base sur cinq aspects fondamentaux, cinq moments clés : loi humaine et non divine, droit grec (idée des individus citoyens et non sujets), sécularisation et affranchissement progressif vis-à-vis de l'Église (propriété privée...), création d'institutions démocratiques. L'Occident est donc défini par les territoires dotés de ces caractéristiques qui le composent.

Dans une définition politique du XXe siècle, le mot englobe les États membres de l'OTAN (1952). Cette signification, pour Occident et ses dérivés, a changé de sens avec la disparition et/ou l’évolution des régimes des pays d’Europe de l'Est (Europe orientale), en 1989-1990. Ce n'est que récemment que l'Amérique latine – parfois appelé Extrême-Occident – va souhaiter se démarquer de cet Occident, revendiquant des origines autochtones et donc non européennes.

La question de l'opposition Islam-Occident est aussi épineuse. C'est souvent en termes antagonistes que ces notions sont instrumentalisées pour justifier par exemple un « choc » de civilisations, expliquant les clivages actuels sur la planète. Il s'agit là d'un système de pensée qui oppose d'un côté le monde occidental, démocratique et presque laïc à un autre un monde dont le caractère religieux serait la dimension centrale. Ceci fait référence à l'idée de Samuel Huntington qui partage le monde selon des civilisations différentes, point de vue qui fait grandement débat, en raison de sa dimension réductrice des rapports culturels. De plus, il est impossible aujourd'hui de concevoir l'Europe comme un tout unique et homogène ni même y inclure les États-Unis dans un grand ensemble unifié et constituant « un » Occident. De la même manière, considérer l'islam comme un tout homogène est faux, car la religion est vécue de façons très diverses au sein des pays où vivent des musulmans. C'est depuis le XIXe siècle seulement que la notion est investie de significations autres, liées à une idée de progrès, de hiérarchie parmi les sociétés, et renvoie donc à une forme de domination et de supériorité que l'Occident porterait. De nos jours, « Orient et Occident constituent deux axes fondamentaux de notre perception du monde » : ce sont des catégories qui nous permettent d'ordonner et de structurer le monde.

Critiques du terme[modifier | modifier le code]

Notions de système monde[modifier | modifier le code]

Pour certains auteurs, l’Occident est un terme utilisé pour accentuer les disparités culturelles, politiques voire économiques. C’est un mot fétiche issu de l’histoire et fort utile aujourd’hui pour ordonner le monde[11]. Il s’agit actuellement d’une notion favorisant une certaine vision du monde, une espèce de catégorie pour amener et penser un ordre du système monde dirigé en premier lieu par les États-Unis (et aussi d’autres forces dites justement « occidentales » comme l’Union européenne ou l’Australie) et qui dispute sa propre vision du monde, son propre système de pensée.

Georges Corm écrit : « La notion d’Occident, aujourd’hui plus qu’hier, lorsqu’elle suscitait des querelles entre Européens, n’est plus qu’un concept creux, exclusivement géopolitique, sans contenu enrichissant pour la vie de l’esprit et pour bâtir un avenir meilleur. C’est la culture politique américaine qui a repris la notion à son compte et en a fait un usage si intensif au temps de la Guerre froide qu’elle ne semble plus pouvoir l’abandonner. En Europe, les vieilles et redoutables querelles philosophiques, mystiques et nationalistes, qui s’étaient polarisées sur ce terme chargé d’émotion, désormais apaisées, c’est avec délectation que le concept est employé pour confirmer sa fonction mythologique d’une altérité unique par rapport à tout ce qui est hors d’Occident et d’un sentiment de supériorité morale à laquelle le reste du monde doit s’ajuster ». Bien que très critique et sceptique, cette idée de désuétude du terme permet de déconstruire une notion qui est constamment mobilisée. Elle permet d'aborder avec prudence et d'être conscient de ce qui cache derrière le mot « Occident ».

Définition de plusieurs Occidents[modifier | modifier le code]

L’Europe (et les États-Unis aujourd’hui[Quand ?]) se pensent en modèle et ce qui s’affiche continuellement dans les médias fait état d’un seul Occident, d’un seul monde occidental qui incarne cette base de références culturelles, politiques, économiques. Malgré la polysémie qui se cache derrière ce terme, c’est une notion qui dans son sens englobant oriente les recherches académiques, les réflexions politiques, les débats journalistiques. Il y aurait plusieurs Occidents si l’on accepte de remettre en question l’unité de ce monde des pays capitalistes développés de religion chrétienne et de tradition libérale[12].

Ceci souligne l'épineuse question des aires d'influence religieuse, qui participe, elle aussi, à la définition de la civilisation occidentale et de l'Occident. Il faut nuancer ces particularités trop généralisatrices du monde occidental, vu comme homogène. La situation tend à se compliquer dans le monde moderne, précisément parce que l'un des traits caractéristiques de la « civilisation occidentale » contemporaine est, surtout en Europe, l'athéisme, ou plus justement une forme croissante d'indifférence religieuse. De ce point de vue, la confrontation actuelle entre l'Occident et le monde musulman est moins un choc entre christianisme et islam, qu'un frottement entre une civilisation occidentale où la religion tend, comme l'a fait remarquer Marcel Gauchet (Le Monde, 13 mars 2006), à n'être plus envisagée que sur le mode de la croyance privée, voire de la dérision, et des sociétés où le religieux reste structurant à tous les niveaux de l'organisation sociale. Il ne faut pas oublier que les valeurs et les modes de vie véhiculés par l'Occident ne sont pas uniquement subversifs pour les sociétés de tradition musulmane, mais également pour l'Inde ou la Chine traditionnelles, qui, bien que semblant suivre à moyen terme l'exemple du Japon, voient des changements rapides dans leur structures familiales et sociales.

La recherche d'une définition exacte du mot continue de souligner son imprécision, comme, par exemple, la catégorie dans laquelle doit être classé le Japon. D'un point de vue géopolitique, économique et militaire, le Japon est souvent assimilé à l'Occident ; or sa population n'est pas liée aux populations originaires d'Europe occidentale. Néanmoins, c'est aussi un pays d'Extrême-Orient qui s'est développé sur le modèle occidental et en a adopté les valeurs et la vision du monde. L'affiliation du Japon à l'Occident n'est donc que la prise en compte de ce fait. A contrario, les pays d'Europe centrale et de l'Est, qui sont désormais considérés comme des pays occidentaux au sens propre étaient, il n'y a encore qu'une vingtaine d'années, dans la phraséologie de l'époque, les « pays de l'Est ».

La conception d’un Occident a un caractère mythique, car reposant sur une soi-disant homogénéité, elle nie les différences qui ont toujours structuré le continent européen. Il n’y a pas de continuité historique qui voit une Europe homogène et pacifique. Claude Prudhomme, historien, a soulevé que l’évolution du terme d’Occident va vers le triomphe d’une véritable « essentialisation » du terme géographique au profit de valeurs et de comportements[13]. On essaie de mettre avant un caractère mystifié d’un Occident dominant, pacifiste, homogène. S'en élèvent plusieurs risques : « Dérive ethniciste et raciste, qui attribue le succès de l’Occident à des données démographiques et biologiques ; dérive culturaliste qui affirme la supériorité du modèle par son fondement religieux (chrétien en l’occurrence) ou philosophique (l’avènement de la raison). (…) Le raisonnement tiré de l’analyse historique est alors effacé au profit de l’affirmation de vérités ontologiques qui attribuent à l’Occident le privilège d’avoir fait triompher la raison et la science et revêtu une signification et une valeur universelles ». Il faut alors se détacher de cette idéalisation de l’histoire du continent européen qui aurait trouvé une unité culturelle, philosophique, voire politique. L’existence et la mise en place du marché commun participe de cette volonté.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du monde occidental.

Le terme de monde occidental peut prêter à confusion car il recouvre des réalités différentes selon les époques et selon des considérations politiques, culturelles, idéologiques, religieuses ou philosophiques. Il est donc intéressant de l’étudier dans une perspective historique. Le monde occidental désigne, dans une vision classique, une aire culturelle héritière de la Grèce antique (pensée, science) et de la Rome antique (droit) et imprégnée plus tard de culture chrétienne catholique et protestante. Dans cette acception les racines de l'occident remontent à l'Antiquité. Elle trouve son origine dans l'établissement de colonies par les cités de la Grèce Antique qui diffusèrent peu à peu leur civilisation sur tout le pourtour méditerranéen. C'est sous cette influence que se développa progressivement la ville de Rome, jusqu'à former un vaste empire. En 296, Dioclétien divisa administrativement l'Empire romain en deux parties : l'Orient et l'Occident, instituant une première frontière, jusqu'à la chute de sa partie occidentale, en 476, lors de l'abdication de son dernier empereur, Romulus Augustule.

Après une période de relatif déclin durant le Haut Moyen Âge[14], l'occident fut associé après le Grand Schisme à l'aire d'influence du catholicisme face à l'église orthodoxe de Empire byzantin. Avec la Renaissance, ses Grandes découvertes, et les premiers empirent coloniaux espagnols et portugais, l'occident s'est plus fortement développé que le reste du monde [15]. Puis l'ascension des empires britanniques, néerlandais, et français a permis d'augmenter l'expansion des institutions du monde occidental autour du monde. Ces empires et cette colonisation, induit une conquête missionnaire, commerciale, militaire ou institutionnelle par les Européens du monde qui façonnent alors l'idée de la notion de supériorité de la civilisation occidentale et y diffusent leurs technologies et le christianisme[8].

« Exportation » de l'Occident outre-mer : une reconstitution grandeur nature du Parthénon à Nashville (États-Unis).

La perte d'influence de l'Église au XVIIIe siècle via les Lumières, ainsi que l'émergence de l'État nation via la Révolution française, conduisirent à la perte de la notion d'Occident chrétien.

Puis la révolution industrielle démarrant au Royaume-Uni et les révolutions politiques du XIXe et du XXe siècle, ont permis à ces institutions politiques et économique de parvenir à influencer la plupart des nations du monde.

Situation de l'alignement des pays dans les deux « blocs ». Les guérillas liées à la Guerre froide sont aussi mentionnées. Visuellement, la démarcation Occident-Orient est relativement claire.

Durant la Guerre froide, l'occident fut associé au capitalisme du « monde libre », composé des membres de l'OTAN et d'autre pays alignés ou neutres, face au bloc de l'Est communiste, dans la sphère d'influence de l'Union Soviétique, mais incluant également la Yougoslavie et la République populaire de Chine[16]. La notion de tiers monde émerge alors, via les pays non-alignés, composés notamment de l'Inde, de l'Indonésie et des pays africains. La chute de l'URSS a permis durant les années 1990 à 2000, l'extension de l'Union européenne et de l'OTAN, qui ont symboliquement inclus la plupart des PECO dans la notion d'Occident.

Délimitations au début du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Depuis la chute de l'Union soviétique, la délimitation des « pays occidentaux » en tant qu'espace de culture commune s'est élargie, mais elle reste mouvante selon les circonstances et les points de vue. Les pays ou les régions qui constituent à l'heure actuelle l'Occident ne peuvent pas être identifiés de manière arrêtée et fixe : ceci en raison du fait que la notion même d'Occident renvoie à des dimensions culturelles, idéologiques, politiques, économiques et sociales diverses. Cependant certains pays sont fréquemment associés à la notion d'Occident : l'Europe de l'Ouest et l'Europe centrale, mais aussi les anciennes colonies d'Outre-mer majoritairement peuplées d'Européens (Amérique du Nord, Australie et Nouvelle-Zélande)

Certains autres pays révèlent certaines tensions ou hésitations quant à leur inclusion ou exclusion au monde occidental/oriental, comme c'est le cas de la Turquie ou de la Russie, qui ont depuis longtemps eu des relations culturelles et politiques étroites (par exemple, Henri Ier de France épousa Anne de Kiev en 1051) avec l'Europe de l'Ouest. Le Japon est lui aussi un exemple de nation difficilement assimilable exclusivement à l'une ou l'autre de ces deux catégories. L'Occident peut aussi inclure l'Amérique latine, où l'on pratique le christianisme et où l'on parle des langues européennes (espagnol et portugais surtout); certains de ces pays sont même essentiellement peuplés de descendants d'Européens (Argentine, Brésil, Chili, Uruguay…).

Aujourd'hui[Quand ?] donc, les limites géographiques de l'Occident sont très floues et dépendent de ce que la personne qui l'emploie lui donne comme signification. Cette dernière varie donc grandement d'un auteur à l'autre, d'un journaliste à l'autre, d'un politicien à l'autre. Il faut également être conscient de la tendance actuelle à calquer la vision contemporaine de l'Occident à des périodes plus anciennes, ce qui est une erreur. Claude Prudhomme[17] cite notamment l'exemple de Charlemagne, à qui certains auteurs donnent le titre d'Empereur d'Occident au lieu du titre utilisé à son époque, qui était empereur des Romains. De même, on parle dans les années 1960 de civilisation occidentale ou d'Occident médiéval à propos du Moyen Âge, ce qui a le net avantage de faire référence à un territoire doté de traits sociaux et politiques relativement homogènes à l'époque. Cependant, il est nécessaire de remettre en question ce postulat d'un Occident dont on pourrait suivre l'histoire qui serait continuelle et harmonieuse à travers les âges. Les délimitations actuelles de l'Occident ne sont donc pas claires et dépendent de l'usage commun, des débats et enjeux liés à ce terme.

Toutefois, on peut distinguer plusieurs caractéristiques communes aux nations occidentales :

  • une langue et une culture européenne ;
  • des institutions politiques démocratiques (élections tenues régulièrement, stabilité des institutions...) ;
  • un système juridique basé sur l'État de droit (présomption d'innocence, plaidoirie ou non de culpabilité, jugement par un juge et/ou un jury, etc.) où la jurisprudence est très importante ;
  • une séparation de l'Église et de l'État (principe de laïcité) ;
  • une organisation économique capitaliste.

Actuellement[modifier | modifier le code]

Outil fort mobilisé pour penser la mondialisation, le terme « Occident » dans son utilisation courante est souvent marqué d'une majuscule. Avec la minuscule celui-ci renvoie à une situation géographique, d’un positionnement à l’ouest par rapport à une autre région, un autre emplacement. C’est donc souvent son dérivé occidental qui est employé dans ce cas, comme pour désigner un humain. L’exemple de l’Empire romain d'Occident illustre non seulement un positionnement géographique, mais déjà une notion politique. Cette dimension politique est celle qui prévaut aujourd’hui dans le langage courant. L’usage du mot continue à s’imposer dans le discours politique, les sciences politiques, l’histoire et la géographie. L’utilisation de Occident avec majuscule renvoie à l’Europe ainsi qu'à l'Amérique du Nord et plus généralement aux membres de l’Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). C’est donc un point de vue politique et aussi culturel. Occident est, comme Orient, ce que Georges Corm, un économiste et historien du Proche-Orient, appelle une méga-identité[18]. Souvent utilisée dans les médias et les discours politiques pour l’opposer par exemple au pays en voie de développement, à l’Islam ou aux pays du Moyen-Orient, la notion d’Occident décrit donc l’Europe de l’Union européenne et les États-Unis, présentés dans ce cas comme un monde occidental homogène, démocratique, développé et chrétien dans sa majorité. C’est une construction géopolitique et culturelle.

L'entrée « occident » semble manquer dans plusieurs ouvrages de référence, notamment historiques ou géographiques. Parmi d'autres, citons quelques principaux: le Dictionnaire de géographie et de l'espace des sociétés[19], l'ouvrage Les Concepts de la géographie humaine[20] ou le Dictionnaire de l'histoire, le Petit Mourre[21]. Est-ce par simple lacune académique, par souci de clarté à propos d'un terme qui ne détient pas qu'une seule signification ? Peut-être est-ce parce qu'il s'agit d'une notion galvaudée et qui est trop utilisée pour en défendre la définition ? Quoi qu'il en soit, il paraît intéressant à relever cette lacune à propos d'un terme qui est sans cesse mobilisé aujourd'hui.

Vu d’ailleurs[modifier | modifier le code]

Bien que ce soit l’Europe qui, dans sa construction historique, a principalement participé à entretenir cette étiquette d’Occident moderne et avancé, par rapport à d’autres régions qui s’en démarquaient du point de vue culturel, idéologique, politique, confessionnel, les pays non compris dans cette aire géographique participent à cette catégorisation. À l’heure où l’histoire a montré le rôle d’une Europe occidentale puissante et moderne dans la dynamique des interventions militaires, scientifiques et religieuses dans de nombreuses régions de la planète, il faut constater que Occident devient aussi une catégorie (ré)utilisée par les pays qui ne s’y incluent pas, afin de s’en démarquer, afin de revendiquer certains droits ou dénoncer des pratiques occidentales qui les menacent. Notamment dans les régions colonisées où l’homme occidental, perçu comme barbare et étranger s’impose avec des valeurs et des pratiques différentes et exerce inévitablement une influence sur les populations partagées entre le rejet et l’attirance. C’est parfois en tant que victimes que les personnes concernées par le clivage Occident - reste du monde discutent de cette partie du globe située à l'Ouest de manière générale. C’est donc un processus qui va dans les deux sens et qui participe de ce besoin de s’identifier en s’opposant à un autre monde, à une autre vision du monde. Dans ce sens, il faut souligner l'idée d'Edward Saïd qui affirme que l'Orient est lui-même une pure construction issue du monde occidental[22]. Prudhomme note aussi que lorsque l’Occident prétend ne plus savoir ce qu’il est, les autres viennent lui rappeler ce qu’il représente pour eux[23].

De plus, historiquement, les Chinois par exemple, grâce au contact de quelques-uns de leurs lettrés, ont changé leur représentation de la terre pour inscrire l’Empire du milieu dans une cartographie du monde[24].

Influence dans le monde[modifier | modifier le code]

L'Occident conserve une influence considérable dans le monde actuel. Sur les dix premières puissances économiques mondiales en 2010, six sont des pays occidentaux voire huit si l'on compte le Brésil et la Russie[25]. À eux deux, les États-Unis et l'Union européenne représentent la moitié du PIB mondial.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire Hachette, édition 2006, entrée occident : «... 3 (avec une majuscule) Ensemble des pays d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord »
  2. Dictionnaire Petit Robert, édition 1993, entrée occident : «... 3 POLIT L’Europe de l'Ouest, les États-Unis et, plus généralement, les membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). La défense de l'Occident (autrefois opposé à Est, pays de l'Est) »
  3. Cette étymologie est utilisée par le philosophe Oswald Spengler dans son œuvre de synthèse historique Le Déclin de l'Occident qui contribue à assimiler occident et civilisation.
  4. Hakim Karki, Edgar Radelet, Et Dieu créa l'occident : la place de la religion dans la conceptualisation de la notion d'Occident, L'Harmattan,‎ 2001 (lire en ligne), p. 182
  5. Prudhomme, Claude, « Occident », in Christin, Olivier (dir), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Éditions Métailié, Paris, 2010, p. 360
  6. Ambroise Queffélec, Le français en Algérie : lexique et dynamique des langues, De Boeck Supérieur,‎ 2002 (lire en ligne), p. 491
  7. Prudhomme, Claude, « Occident », in Christin, Olivier (dir.), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Éditions Métailié, Paris, 2010, p. 357
  8. a et b Jean-Christophe Victor, « Occident, l'Empire du soleil couchant ? », Le Dessous des cartes, mars 2011
  9. Bayle, Pierre (préface), Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois, tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts, Rotterdam, 1690, (posthume)
  10. Testot, Laurent, "Comprendre l'hégémonie occidentale", in "L'ascension de l'Occident. Un débat historique", Sciences humaines, coll. Les Grands Dossiers no 12, 2008
  11. Corm, Georges, L’Europe et le mythe de l’Occident – la construction d’une histoire, La Découverte, Paris, 2008, p. 17
  12. Brunet, R., Ferras, R., Théry, H., Les Mots de la géographie – dictionnaire critique, Reclus – La Documentation française, Paris, 1993, p. 356 ?
  13. Prudhomme, Claude, « Occident », in Christin, Olivier (dir), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Éditions Métailié, Paris, 2010, p. 350. Il s’inspire aussi d’écrits de Weber
  14. Histoire de la civilisation occidentale - La période médiévale (476-1492)
  15. La Civilisation de la Renaissance
  16. À noter que dans le cas de la Guerre froide, il est plus courant d'utiliser l'opposition Est-Ouest plutôt qu'Orient-Occident. Est-ce dû aux limites linguistiques du français par rapport aux langues germaniques ou est-ce du fait que le bloc communiste ne correspond pas à la définition stéréotypée d'Orient ?
  17. Prudhomme, Claude, « Occident », in Christin, Olivier (dir), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Éditions Métailié, Paris, 2010, p. 353
  18. Corm, Georges, L’Europe et le mythe de l’Occident – la construction d’une histoire, La Découverte, Paris, 2008
  19. Lévy, Jacques, Lussault, Michel, Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés, Belin, Paris, 2003
  20. Bailly, Antoine (Dir), Les Concepts de la géographie humaine, Armand Colin, Paris, 2005
  21. Mourre, Michel, Dictionnaire de l'histoire. Le Petit Mourre, Larousse, Paris, 2001
  22. Saïd, Edward, L'Orientalisme. L’Orient créé par l'Occident, Éditions du Seuil, Paris, 1978
  23. Prudhomme, Claude, « Occident », in Christin, Olivier (dir), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Éditions Métailié, Paris, 2010
  24. Prudhomme, Claude, "Occident", in Christin, Olivier (dir), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Éditions Métailié, Paris, 2010, p. 357. Il cite Lévy, 1986
  25. (en) IMF - World Economic Outlook Databases

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bailly, Antoine (Dir), Les Concepts de la géographie humaine, Armand Colin, Paris, 2005
  • Bayle, Pierre (préface), Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois, tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts, Rotterdam, 1690, (posthume)
  • Bessis, Sophie, L'Occident et les autres. Histoire d'une suprématie, éd. La Découverte, Paris, 2003 (ISBN 9782707142559)
  • Boia, Lucian, L’Occident. Une interprétation historique., éd. Les belles lettres, 2007
  • Brunet, R., Ferras, R., Théry, H., Les Mots de la géographie – dictionnaire critique, Reclus – La Documentation française, Paris, 1993
  • Corm, Georges, L'Europe et le mythe de l'Occident - la construction d'une histoire, La Découverte, Paris, 2008
  • De Dainville, François, Le Langage des géographes, Éditions A&J Picard, Paris, 1964
  • Mourre, Michel, Dictionnaire de l'histoire. Le Petit Mourre, Larousse, Paris, 2001
  • Nemo, Philippe : Qu'est-ce que l'Occident ?, PUF, 2004, 155p., (ISBN 978-2-13-054628-3)
  • Prudhomme, Claude, « Occident », in Olivier, Christin (dir), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Éditions Métailié, Paris, 2010
  • Rey, Alain (dir), Le Robert Dictionnaire historique de la langue française, Robert, Paris, 1998
  • Rosaye, Jean-Paul, Les Sens de l’Occident, Arras, Artois Presses Université, 2006
  • Testot, Laurent, "Comprendre l'hégémonie occidentale", in "L'ascension de l'Occident. Un débat historique", Sciences humaines, coll. Les Grands Dossiers no 12, 2008
  • Zard, Philippe, La Fiction de l'Occident, Paris, PUF, 1999. Texte intégral : http://atelier-albert-cohen.org/images/stories/Documents/ouvragezard.pdf
  • « L'Occident est-il fini ? », Courrier international, hors-série, février-mars-avril 2011.
  • Farandjis, Stelio, "L'Occident entre mythe et réalités. Le poids de l'histoire, le défi de l'avenir", in "Regards croisés sur l'Occident", Eurorient, no 31, 2011, l'Harmattan, sous la direction de : Assadi, Djamchid et d'Angelo, Mario, (ISBN 978-2-296-54307-2).

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