Claude-François Malet

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Claude-François Malet
Image illustrative de l'article Claude-François Malet

Naissance 28 juin 1764
Dole (Jura)
Décès fusillé le 29 octobre 1812 (à 48 ans)
Paris
Origine Drapeau de la France France
Arme infanterie
Grade Général de brigade :19 octobre 1799

Claude-François Malet, né à Dole (Jura) le 28 juin 1764 et mort le 29 octobre 1812, est un général d’Empire, auteur du coup d'État de 1812 contre Napoléon, durant la retraite de Russie.

Pendant l'ancien régime[modifier | modifier le code]

Membre d'une famille noble et aristocratique de Franche-Comté, il s’engage à dix-sept ans comme mousquetaire gris, dans un régiment qui est dissous en 1775. Il revient dans sa famille après le licenciement de la maison du roi.

Révolution française[modifier | modifier le code]

S'étant prononcé en faveur des idées nouvelles, il est déshérité pour son soutien à la Révolution française. Chef de la garde nationale de Dole, il participe à la fête de la Fédération en 1790 à Paris. Un décret du Comité de Salut Public renvoie de l'armée tous les ex-officiers de la Maison du Roi. Malet, amer, s’engage alors dans l’armée, et sert comme capitaine au 50e régiment d'infanterie, dans l’armée du Rhin. Il est réformé en 1795 pour cause de surplus d'officiers.

Il reprend du service, est nommé chef d’état-major de la 6e division militaire en mars 1797, puis auprès du général Championnet à l’armée des Alpes en 1799. Il est nommé général le 19 octobre 1799, puis combat en Helvétie en 1801. Championnet et Masséna le citent honorablement dans plusieurs rapports.

Malet se montre hostile à Napoléon Bonaparte dès le Consulat.

Conspirateur républicain[modifier | modifier le code]

Distrait de l'armée active, envoyé à Bordeaux pour commander le département, il vote contre le Consulat à vie, puis contre l’Empire. On le relègue aux Sables-d'Olonne, où il fait éclater une opposition encore plus vive et prend l'habitude de rendre visite aux proscrits d'Oléron[1] . En vain, essaie-t-on de le gagner en lui envoyant le titre de commandeur de la Légion d'honneur[2].

Quelque temps après, Napoléon se fait proclamer Empereur[3]. Il envoie sa démission.

Il est mis en disponibilité puis en non-activité le 2 mars 1805. Il est nommé gouverneur de Pavie, puis de Rome en tant que surveillant des États pontificaux, il est chassé par le prince Eugène de Beauharnais pour propagande républicaine et vol (trafic avec des maisons de jeux, confiscation de bateaux de prise). Après enquête, il est mis en retraite avec pensions en 1805. Il est interné de 1807 à 1808.

Malet a su se constituer un réseau au point qu'une légende veut qu'il ait appartenu à la société des Philadelphes, une société secrète républicaine. Personnage procédurier et tatillon, il devient aigri pour avoir manqué un rôle national dans une carrière politique (par deux fois, il a échoué dans la mandature de député du Jura) ou militaire[1]. Il est au moins certain qu'il ourdit une conspiration en 1808 avec des sénateurs républicains prévoyant d'apposer 12 000 affiches dans Paris proclamant la déchéance de l'Empire, pendant que l'Empereur est en Espagne. Trahi par un de ses complices, il est arrêté, et 55 personnes avec lui ; mais au lieu de lui infliger la peine capitale, on se contenta de le retenir dans une prison d'État à la Force en 1809. Il conçoit une deuxième conspiration le 29 juin 1809 alors que l'Empereur se trouve à Schönbrunn mais un « mouton » à la prison de la Force dénonce Malet à la police. Il est transféré à la prison de Sainte-Pélagie, puis placé en résidence dans la maison médicale du docteur Dubuisson en 1810, où il met au point son coup d’État avec plusieurs autres détenus politiques, notamment des royalistes comme l'abbé Lafon (membre de La Congrégation), Jules de Polignac ou Ferdinand de Bertier[4], au point que certains historiens pensent que Malet a été manipulé par les partisans du retour des Bourbons sur le trône[1].

Coup d’État de 1812[modifier | modifier le code]

Cette détention dure depuis quatre ans lorsqu’il conçoit son plan de coup d’État. Il prépare les décrets à faire prendre au Sénat. En vertu de ces décrets, le gouvernement impérial est aboli ; un gouvernement provisoire le remplace. Le général Malet, chargé du commandement militaire de Paris, se charge des mesures d'exécution.

Ce gouvernement provisoire est composé de Mathieu de Montmorency, d'Alexis de Noailles, du général Moreau, vice-président, de Carnot, président, du maréchal Augereau, de Bigonnet, ex-législateur, du comte Frochot, préfet de la Seine, de Florent-Guiot, ex-législateur, de Destutt de Tracy, de Malet lui-même, du vice-amiral Truguet, de Volney, sénateur, et de Garat, sénateur[5].

Malet prépare des instructions pour tous les hommes qui doivent être ses complices sans le savoir. Ce travail préparatoire est immense, puisqu'il faut remettre à chaque acteur un peu important, outre ses instructions particulières, des copies de sénatus-consulte et des proclamations. Dès qu'un rôle est complètement préparé, la dépêche est close, cachetée, numérotée et portée chez un prêtre espagnol qui demeure rue Saint-Gilles, près de la caserne de la 10e légion.

Dans la nuit du 22 au 23 octobre, échappant aux faibles consignes sous lesquelles il était détenu, Malet annonce la mort de Napoléon, pendant la campagne de Russie[6], avec l’abbé Lafon.

Revêtu de son uniforme de général de brigade, il se présente d'abord à la prison de la Force, et, par de faux ordres, en fait sortir les généraux Lahorie et Guidal ; il leur annonce que l'Empereur est mort le 7 octobre devant Moscou, que le Sénat a pris des mesures et qu'il faut marcher. Lahorie et Guidal le suivent.

Ils se transportent devant la caserne de Popincourt de la garde de Paris du commandant Soulier (qui est dissoute par la suite et forme le 134e régiment d’infanterie de ligne), qui obéit à ses ordres, suivie par la 10e cohorte de la garde nationale.

Un détachement commandé par Lahorie se dirige sur l'hôtel de Savary, duc de Rovigo, ministre de la police, en surprend l'entrée, enlève le ministre en chemise de nuit et le conduit à la prison de la Force ; un autre détachement s'empare du préfet de police et le met également en lieu de sûreté ; une troisième colonne marche sur l'hôtel de ville de Paris, et la troupe prend position sur la place de Grève, tandis que ses commandants se font remettre la clef du tocsin Saint-Jean, appellent le préfet Frochot et font préparer, par ses soins, la salle que le gouvernement provisoire doit venir occuper.

Malet se dirige ensuite sur le quartier général de la place Vendôme, qui lui offre toutes les facilités pour jouer son rôle de commandant, mais le général Hulin lui pose des questions avant d’accepter ses ordres. Voyant ses ouvertures mal reçues, Malet lui tire à bout portant un coup de pistolet qui lui fracasse la mâchoire. Malet se retrouve à l'État-major du colonel Doucet et son adjoint Laborde, chef de bataillon. Ceux-ci démasquent immédiatement l'imposteur, se jettent sur lui, le font ligoter et enfermer en prison[4].

Les généraux Malet, Guidal et Lahorie, traduits le 29 octobre 1812 devant un conseil de guerre, sont fusillés le jour même dans la plaine de Grenelle avec douze autres personnes, dont un Corse, libéré de la prison de la Force et qui avait accepté de devenir préfet de la Seine et le colonel Soulier, trop naïf commandant de la 10e cohorte. Plusieurs officiers que les chefs avaient entraînés sont condamnés avec eux[7].

Ce coup d’État provoque la colère de Napoléon Ier : aucun membre du gouvernement impérial n’avait eu l’idée de crier Napoléon est mort. Vive Napoléon II, remettant ainsi en cause la légitimité de son pouvoir (est-il vraiment une monarchie héréditaire ou est-il resté un régime révolutionnaire bien organisé ?)[8]. En outre, il déplore la rigueur et la promptitude avec laquelle on a exercé la répression[9].

Décorations[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

La bande dessinée Malet de Nicolas Juncker s’inspire de ce coup d’État.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Thierry Lentz, La conspiration du général Malet : 23 octobre 1812, premier ébranlement du trône de Napoléon, Perrin,‎ 2012, 340 p. (ISBN 9782262032388)
  2. il répond à M. de Lacépède, grand chancelier de l'Ordre : « Citoyen, j'ai reçu la lettre par laquelle vous m'annoncez la marque de confiance que m'a donnée le grand Conseil de la Légion d'honneur. C'est un encouragement à me rendre de plus en plus digne d'une association fondée sur l'amour de la patrie et de la liberté. »
  3. Voici la lettre de félicitations que lui adressa Malet :« Citoyen premier Consul, nous réunissons nos vœux à ceux des Français qui désirent voir leur patrie heureuse et libre. Si un empire héréditaire est le seul refuge contre les factions, soyez empereur, mais employez toute l'autorité que votre suprême magistrature vous donne pour que cette nouvelle forme de gouvernement soit constituée de manière à nous préserver de l'incapacité ou de la tyrannie de vos successeurs, et qu'en cédant une portion si précieuse de notre liberté, nous n'encourions pas un jour de la part de nos enfants, le reproche d'avoir sacrifié la leur. » En même temps, il écrit au général de division Gobert : « J'ai pensé que, lorsqu'on était forcé par des circonstances impérieuses de donner une telle adhésion, il fallait y mettre de la dignité et ne pas trop ressembler aux grenouilles qui demandent un roi. ».
  4. a et b Malet, le Dolois qui défia l'Empire
  5. Il s'agit de la liste établie par le faux sénatus-consulte rédigé par Malet, ce dernier ne s'étant pas assuré au préalable de l'adhésion de chacune de ces personnalités à la conspiration
  6. Le grand éloignement de Napoléon, son expédition au fond de la Russie, l'irrégularité et l'interruption fréquente des courriers avaient préparé les esprits
  7. Interrogé par le conseil de guerre sur l'existence de complices, Malet aurait répondu (d'après Galtier-Boissière, op. cit, p. 153), « Des complices , assurément ! La France entière… et vous-même, monsieur le Président, si j'avais réussi ! ».
  8. « La célèbre affaire de Malet était, en petit, mon retour de l'île d'Elbe, ma caricature. Cette extravagance ne fut, au-fond, qu'une véritable mystification : c'était un prisonnier d'État, homme obscur qui s'échappe pour emprisonner à son tour le préfet, le ministre de la police, ces gardiens de cachots, ces flaireurs de conspirations, lesquels se laissent moutonnement garrotter. C'est un préfet de Paris, le répondant né de son département, très-dévoué d'ailleurs, mais qui se prête, sans la moindre opposition, aux arrangements de réunion d'un nouveau gouvernement qui n'existe pas. Ce sont des ministres nommés par les conspirateurs, occupés de bonne foi à ordonner leur costume, et faisant leur tournée de visites, quand ceux qui les avaient nommés étaient déjà rentrés dans les cachots ; c'est enfin toute une capitale, apprenant au réveil l'espèce de débauche politique de la nuit, sans en avoir éprouvé le moindre inconvénient. Une telle extravagance ne pouvait avoir absolument aucun résultat. La chose eût-elle en tout réussi, elle serait tombée d'elle-même quelques heures après ; et les conspirateurs victorieux n'eussent eu d'autre embarras que de trouver à se cacher au sein du succès. » (Napoléon à Sainte-Hélène.)
  9. « C'est une fusillade, c'est du sang », s'écria-t-il à la nouvelle du jugement, « quelle impression cela va faire en France ». Ce fut à la hauteur de Mikalewka, et le 6 novembre, qu'une estafette, la première qu'on eût reçue depuis dix jours, vint apporter la nouvelle de cette étrange conspiration. À peine arrivé à Paris, Napoléon fit venir Jean-Jacques-Régis de Cambacérès l'archichancelier, et dès qu'il l'aperçut, il courut à lui l'œil enflammé de colère : « Ah ! vous voilà, lui dit-il d'une voix tonnante ; qui vous a permis de faire fusiller mes officiers ? Pourquoi m'avez-vous privé du plus beau droit du souverain, celui de faire grâce ; vous êtes bien coupable ! »

Source partielle[modifier | modifier le code]

« Claude-François Malet », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]

Bibliographie[modifier | modifier le code]