Antoine Louis Albitte

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Antoine Louis Albitte
Fonctions
Député
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Dieppe
Date de décès (à 50 ans)
Lieu de décès Rossienie
Nationalité Française

Antoine Louis Albitte, né à Dieppe, le , mort à Rossienie, (Russie, actuellement en Lituanie), le , est un député de la Seine-Inférieure à l'Assemblée législative et à la Convention nationale, où il est appelé Albitte aîné pour le différencier de son frère Jean-Louis Albitte, suppléant admis à siéger en pluviôse an II.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de négociants dieppois, il est élève au collège des Oratoriens de Dieppe, puis étudie le droit à Rouen, où il devient avocat[1]. Installé à Dieppe[2], franc-maçon, il participe à la rédaction des cahiers de doléance du tiers état de Dieppe le 6 mars 1789 et à la création de la garde nationale de la ville le 25 juillet. Nommé électeur le 21 juin 1791[3], il est élu le 7 septembre député de Seine-Inférieure[2] - le seul de gauche[1] - à l’Assemblée législative, où il se fait remarquer par son zèle et entre au Comité militaire. Dans ce cadre, il s'attache particulièrement aux questions portant sur la réorganisation de l'armée : il présente un décret sur le mode de remplacement militaire le 31 octobre 1791, s'oppose au séjour de troupes militaires auprès de l'Assemblée le 17 novembre, demande que le ministre de la Guerre réponde sur sa tête des éléments d'information transmis sur la situation aux frontières le 27 décembre. En janvier 1792, il s'oppose à l'augmentation des effectifs de la gendarmerie, jugeant ce projet dangereux pour la liberté publique. Opposé aux ministres Bertrand de Molleville et Narbonne, il demande leur mise en accusation[2].

Membre du club des Jacobins, il demande l'amnistie pour les émeutiers accusés de la mort de Jacques Guillaume Simoneau, le maire d'Étampes[1]. Le 11 juillet 1792, il fait voter la démolition des fortifications des villes de l'intérieur, afin qu'elles ne puissent servir de point d'appui aux contre-révolutionnaires. Il participe aux évènements de la journée du 10 août 1792[2] et, le lendemain, propose le renversement des statues des rois[1] sur les places Louis XV et Vendôme[3] et leur remplacement par des statues de la liberté[2].

Élu secrétaire de la Législative le 21 août, il est nommé le 29 août[3], avec Lecointre-Puyraveau[2] commissaire dans l'Eure et la Seine-Inférieure pour y assurer la levée de volontaires. Le 9 septembre, il escorte 109 prêtre réfractaires à Rouen. Le 20 septembre, il est à Dieppe avec Lecointre pour l'enrôlement des volontaires[3].

L'Eure et la Seine-Inférieure l'ayant choisi pour les représenter à la Convention, il opte pour le second, qui l'a choisi le premier, le 6 septembre 1792[1]. Siégeant sur les bancs de la Montagne, il fait souvent office de conciliateur entre Montagnards et Girondins et retrouve le Comité de la guerre.

Lors du procès de Louis XVI, il vote pour la culpabilité du roi, contre la ratification du jugement du peuple, contre le sursis et pour la peine de mort[1]. Le 23 mars 1793, il fait décréter par la Convention que les émigrés capturés à l'étranger seront fusillés[3]. Le 13 avril, il vota contre la mise en accusation de Marat. Envoyé en mission, comme beaucoup de Montagnards à la même époque[1], à l’armée des Alpes avec Dubois-Crancé, Gauthier et Nioche par décret du 30 avril 1793[4], il reste éloigné de la capitale durant dix-mois[1], ne participant pas au scrutin relatif au rapport du décret qui avait cassé la Commission des Douze ni, plus tard, à la mise en accusation des Girondins. Présent à Grenoble quand les autorités départementales de l'Isère menacent de rejoindre Lyon dans la rébellion, il obtient leur soumission, avec Dubois-Crancé. Puis il accompagne le détachement chargé, sous les ordres de Carteaux, de mener le siège de Marseille. Le 12 septembre, il écrit au Comité de salut public pour lui suggérer des mesures d'apaisement. De retour à l'armée des Alpes, il critique de Lyon - où il ne s'occupe que de ravitailler l'armée de Toulon - les modalités de la loi 29 septembre sur le maximum général[1].

Rentré à Paris, le 17 octobre 1793, il est aussitôt envoyé en mission, dès le 21 octobre, par arrêté du Comité de salut public, à Lyon, puis à Toulon. Le 7 brumaire an II, le Comité de salut public le rappelle à Lyon, rebaptisée Commune-Affranchie, pour y faire exécuter, avec Collot d'Herbois, Fouché et Laporte, les décrets pris par la Convention contre la ville - ses pouvoirs sont étendus aux départements voisins par décret du 20 brumaire. Le 19 nivôse an II, il est envoyé par le Comité de salut public en mission dans les départements de l’Ain et du Mont-Blanc, en remplacement de Gouly, afin d'y organiser le gouvernement révolutionnaire[4]. Cette mission a été utilisée durant la période thermidorienne pour lui donner une réputation de « forcené » - on lui attribue alors les surnoms de « Robespierre savoyard » et de « Tigre de l’Ain » -, en n'en retenant que les aspects déchristianisateurs : la remise des objets religieux, l'arasement des clochers[1] (à l’occasion de l’application du décret du 26 janvier 1794 dans l'Ain, près de 800 clochers sont détruits et 1 500 à 1 600 cloches portées à la fonderie), la signature d'une déclaration d’abdication, dit « serment d’Albitte », exigée aux prêtres constitutionnels le 21 pluviôse an II. Pour le reste, les mesures répressives, dans des départements tentés par le fédéralisme et la Contre-Révolution, sont assez modérées. De même, il met en œuvre des secours pour les indigents et le ravitaillement de régions pauvres, comme la Maurienne[1].

Puis il retourne, dès floréal an II, à l’armée des Alpes, où il est nommé par arrêté du comité de salut public le 15 prairial. Enfin, un arrêté du Comité de salut public du 13 thermidor l'envoie à l’armée d'Italie[4]. Il est donc absent, lors de la journée du 9 Thermidor an II, qui amène la chute de Robespierre.

Rappelé par le décret le 26 thermidor an II[4], qui limite la durée des missions[1], et par une lettre du Comité de salut public du 8 fructidor, il écrit de Cairo, dans le Piémont, le 2 vendémiaire an III, pour annoncer son retour à Paris[4]. Durant la Convention thermidorienne, il retourne aux Jacobins et siège parmi les Crêtois, restant fidèle à ses convictions montagnardes. Décrété d’arrestation et d’accusation les 1er et 2 prairial an III, il se cache, échappant ainsi à la commission militaire, jusqu'à l'amnistie de brumaire an IV[1]. En 1796, il est élu maire de Dieppe[5]. Exclu de la vie politique, il végète plusieurs années, jusqu'à ce que le Directoire lui ouvre une carrière militaire[1].

Le 18 germinal an IV, il est capitaine au 4e régiment de chasseurs à cheval. Le 4e jour complémentaire an IV, il est adjoint à l'adjudant général Margaron[3]. Adjudant général à Bâle[1] le 25 décembre 1798, grade auquel il est confirmé le 22 décembre 1801, il est nommé le 24 février 1800 chef de bataillon surnuméraire à l'armée d'observation[6] et devient sous-inspecteur aux revues de Mayence en l'an X[1]. Décoré de la Légion d'honneur le 10 octobre 1802, il est nommé le 4 mai 1809 dans le 3e corps de l'armée d'Allemagne commandé par le maréchal Davout[6]. Il trouve la mort lors de la retraite de Russie, en décembre 1812[1], après trois jours de souffrances, victime de la fatigue, du froid et de la faim[2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Biard, Missionnaires de la République, Éditions du CTHS,‎ 2002.
  • Michel Biard, « Jérôme Croyet, Albitte. Le Tigre de l'Ain », Annales historiques de la Révolution française, no 340,‎ 2005, p. 186-187 (lire en ligne).
  • André Boudier, « Albitte, député de la Seine-Inférieure à la Législative et à la Convention... », Bulletin des études locales dans l'enseignement public, Rouen, no 21-22,‎ 1929-1930, p. 65-106 et 38-108.
  • Françoise Brunel, « Albitte Antoine-Louis », dans Albert Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française, Presses universitaires de France, coll. « quadrige »,‎ 2005, p. 13-14.
  • Jérôme Croyet, Albitte : le tigre de l'Ain, Musnier-Gilbert,‎ 2004.
  • Jérôme Croyet, Dictionnaire des révolutionnaires de l'Ain, Société d'études historiques révolutionnaires et impériales,‎ décembre 2010 (lire en ligne).
  • Louis Meunier, « Albitte, conventionnel en mission », Annales historiques de la Révolution française,‎ 1946, p. 49-66 et 238-277.
  • Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, t. I, Paris, Edgar Bourloton,‎ 1889 (lire en ligne), p. 32-33.
  • Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 1998, p. 513.
  • Michel Vovelle, La Révolution contre L'Église. De la Raison à l'Être Suprême, Éditions Complexe,‎ 1998.
  • Archives parlementaires de 1787 à 1860 : recueil complet des débats législatifs et politiques des Chambres françaises. Première série, 1787 à 1799. Tome LXXI.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Françoise Brunel (2005), p. 13-14.
  2. a, b, c, d, e, f et g Adolphe Robert et Gaston Cougny (1889), p. 32-33.
  3. a, b, c, d, e et f Jérôme Croyet (2010).
  4. a, b, c, d et e Michel Biard (2002), p. 449
  5. Louis Meunier (1946), p. 58
  6. a et b Jérôme Croyet (2004), p. 305

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Jérôme Croyet, La Mission du représentant Albitte dans l'Ain, Université Lumière Lyon II, maîtrise d'histoire, 1996, sur Memoireonline.com.