Histoire de la République dominicaine

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Ancienne carte Hispaniola et Puerto Rico, autour de 1639.

La République dominicaine occupe les deux-tiers de l'est de l'île d'Hispaniola, dans les Grandes Antilles.

Des vagues successives des migrations de migrants Arawaks, venant du delta d'Orénoque en Amérique du Sud, colonisent les îles de la Caraïbe. Autour de 600 avant Jésus-Christ, les Taïnos arrivent sur l'île, déplaçant les habitants précédents. Les derniers migrants arawaks, les Caribes, commencent à investir les Petites Antilles vers 1100, et étaient en train d'attaquer les villages Taïnos sur la côte est lorsque les espagnols débarquent en 1492, marquant ainsi le point de départ d'une nouvelle phase historique.

L'Époque pré-colombienne[modifier | modifier le code]

Avant l'arrivée des Conquistadors, l'île, qui s'appelait à l'époque Quisqueya, était occupée par des tribus de pêcheurs et d'agriculteurs. Leur répartition géographique est aujourd'hui pratiquement impossible à déterminer du fait que ces tribus étaient très mobiles d'une part et qu'elles furent décimées très rapidement après l'arrivée des Européens, d'autre part. Très peu de preuves attestent encore de leur existence. On peut toutefois citer quatre grandes ethnies : les lucayos, les ciguayos, les tainos et les caraïbes.

L'arrivée des colons[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hispaniola.
Christophe Colomb débarquant à Hispaniola

Les Amérindiens accueillent Christophe Colomb comme s'il était un dieu lors de son premier voyage en 1492. Le découvreur baptise l'île « Hispaniola » (Île espagnole). Mais la colonisation est très violente et réduit la population locale en esclavage. Ainsi, en cinquante ans, celle-ci est exterminée par les répressions, le travail forcé dans les mines, les plantations et surtout par les épidémies. Sur les 400 000 Tainos vivant initialement sur l'île, 60 000 seraient toujours en vie en 1508 et seulement quelques douzaines en 1535. La résistance désespérée des Taínos face aux Espagnols et à l'esclavagisme s'est également traduite par de nombreux suicides collectifs.

Comme la population locale ne suffit plus pour l'extraction minière et le travail dans les plantations, les Espagnols capturent dès 1503 les esclaves en Afrique. L'arrivée massive d'Africains aura une influence considérable sur la culture, la politique et la composition ethnique de l'île.

Les Noirs de même ethnie seront séparés. Cela permet à terme, de leur imposer la langue espagnole. De même, ils recevront des noms espagnols et seront convertis au christianisme. Ainsi donc la traite des Noirs sera un ethnocide où les Africains vont perdre leurs cultures et leurs origines. Leur seule identité sera désormais basée sur la couleur de leur peau (qui peut varier selon l'ethnie). Par la suite les colons britanniques, portugais et français allaient eux aussi importer des esclaves africains. Dans les mentalités européennes, les Noirs seront vus comme un tout, un peuple unique. Cette perception sera renforcée par les théories raciales qui seront mises en place pour légitimer cet esclavage.

La première révolte d'esclaves des Amériques sera en 1522 à Saint Domingue, lorsque des wolofs travaillant dans une plantation de canne à sucre se soulèvent contre l'amiral Don Diego Colon, le fils de Christophe Colomb. De nombreux insurgés parviennent à s'échapper et trouvent refuge dans les montagnes où ils forment des communautés marronnes indépendantes.

La colonie[modifier | modifier le code]

Au siècle suivant, les colons français occupent l'ouest de l'île que l'Espagne cède à la France en 1697 par le traité de Ryswick.

La révolte des esclaves à Saint-Domingue et la domination française[modifier | modifier le code]

Gravure d'une bataille en 1802
Article détaillé : Révolution haïtienne.

En 1791 débute la révolte des Esclaves de la partie française de l'île menée par Toussaint Louverture qui franchit la frontière pour s'installer dans la partie espagnole ce qui aboutira le 4 septembre 1793 à l'abolition de l'esclavage dans cette partie de l'île, un peu plus tôt que le 2 février 1794 dans toutes les colonies françaises. Les esclaves étaient cependant peu nombreux dans la partie espagnole[1], moins riche en plantation, et où il suffisait de verser 300 pesos, une somme modeste, pour être affranchi[2], ce qui entraîne de nombreux métissages.

En 1795, à la suite de la guerre en Europe, dans le cadre du Traité de Bâle, l'Espagne cède la partie est de l'île à la France (l'actuelle République dominicaine); Saint-Domingue devient donc entièrement française, et la république confie à Toussaint Louverture le commandement dans les deux parties de l'île. Dans la partie ouest, alors la plus riche et la plus peuplée, les grands propriétaires français se sont alliés contre lui aux anglais, par le Traité de Whitehall. Toussaint Louverture réussit à faire la paix avec eux lors de l'Armistice du 30 mars 1798, puis signe avec eux et les américains la convention commerciale tripartite de 1799, qui a pour conséquence de relancer la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe.

En janvier 1802, Napoléon Bonaparte envoie 20 000 hommes à Saint-Domingue avec la volonté de rétablir l'esclavage. Cet épisode, connu sous le nom d'expédition de Saint-Domingue, aboutit à l'arrestation d'une partie des rebelles. Mais elle n'arrête pas le soulèvement qui devient une guerre d'indépendance et qui se solde par l'indépendance d'Haïti, première république noire libre du monde, le 1er janvier 1804.

L'occupation française depuis de 1804 à 1808[modifier | modifier le code]

Après la débâcle de l'expédition de Saint-Domingue en décembre 1803, les espagnols, pour ménager Napoléon Bonaparte ont toléré une présence française sur les terres espagnoles, pour les gouverner, sous les ordres du général Jean-Louis Ferrand et du général François-Marie Perichou de Kerversau, par ailleurs préfet colonial de la Guadeloupe, dans la partie est de l'île, aujourd'hui République Dominicaine. Le général Jean-Louis Ferrand est confronté au départ massif des espagnols depuis 1795 et à l'abandon des élevages, principale activité de la partie espagnole. Il décide alors le lancement de grandes plantations sucrières avec des maîtres français, qu'il autorise à aller capturer des noirs dans la partie occidentale, ce qui déclenche une expédition punitive de Dessalines[3].

Les meneurs d'une révolte populaire, Ciriaco Ramirez et Cristóbal Uber Franco, sont alors appuyés par le gouverneur de Porto Rico, le général Toribio Montes, face aux autorités créoles qui étaient au service de la France dans la région orientale. Le 17 septembre 1807, Juan Sánchez Ramírez profita de l'occasion d'un navire espagnol à Samaná pour écrire et demander de l'aide au gouverneur Montes. Les Français sont ensuite battus par les habitants hispanico-créoles, sous le commandement de Juan Sánchez Ramírez, à la bataille de Palo Hincado le 7 novembre 1808.

Restauration de la colonie espagnole[modifier | modifier le code]

La capitulation française a lieu à Saint-Domingue le 9 juillet 1809. Le pays se replace alors volontairement sous l'autorité de l'Espagne. La période entre 1809 et 1821 est connue comme celle de « La España Boba », littéralement de la stupide Espagne, puisque ce pays, se désintéressant d'une colonie aux ressources épuisées, n'y exerçait pratiquement aucun pouvoir.

L'occupation haïtienne[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Haïti espagnol et Histoire d'Haïti.

En 1821, face au mouvement de libération dans les colonies espagnoles d'Amérique, la population se soulève de nouveau et proclame l'indépendance le 1er décembre.

Profitant de l'occasion et de l’appel de certains insurgés, le président haïtien Jean Pierre Boyer envahit le pays neuf semaines après, entre à Santo Domingo le 9 février 1822 et réunifie alors l'ensemble de l'île.

L'occupation militaire dure 22 ans, jusqu'à la chute de Boyer, elle est généralement vue comme une période de brutalité, bien que la réalité soit plus complexe. Les vingt-deux ans permettent l'expropriation de grands propriétaires fonciers et des réformes avortées pour exporter les produits agricoles, pour rendre obligatoire le service militaire, restreindre l'utilisation de l'espagnol et éliminer les coutumes traditionnelles telles que les combats de coqs.

Mais cela renforce finalement le sentiment national des dominicains qui se démarquent des Haïtiens par leur langue, leur culture, leur religion et leurs coutumes. Cette période permet également la fin de l'esclavage dans la partie orientale de l'île.

L'indépendance[modifier | modifier le code]

Le 27 février 1844, malgré les attaques incessantes de la part des Haïtiens, la République dominicaine est de nouveau déclarée indépendante par les Pères de la Patrie, Ramón Matías Mella et Francisco del Rosario Sánchez, héros de la guerre d'indépendance, ainsi que Juan Pablo Duarte alors encore en exil. Mais les militaires conduits par le général Pedro Santana, après la prise de Santo Domingo prennent le pouvoir.

La première constitution est adoptée le 6 novembre 1844. Le gouvernement sera dirigé par un président avec de nombreuses tendances libérales, mais l'article 210, imposé par la force à l'assemblée constitutionnelle par Pedro Santana, donnait à ce dernier les mêmes privilèges qu'à un dictateur tant que la guerre d'indépendance ne serait pas finie. Ils lui ont servi à gagner la guerre, mais également à persécuter, exécuter et conduire à l'exil de ses adversaires politiques, parmi lesquels Duarte était le plus important.

En 1861, durant son mandat de président, Santana a dû rattacher la République dominicaine à l'Espagne en raison des pressions trop importantes d'Haïti. Ce rattachement est contesté et le 16 août 1863, la guerre de Restauration éclate. En 1865, grâce entre autres au général Gregorio Luperón qui combat Santana, l'indépendance est restaurée.

Le XXe siècle et l'instabilité politique[modifier | modifier le code]

À cause des difficultés économiques, de la peur de l'interventionnisme européen et du désordre interne, les États-Unis instaurent un protectorat sur le pays en 1906. En 1916, cette protection devient une occupation militaire qui se termine en 1924, avec la tenue de nouvelles élections qui voient la victoire de Horacio Vasquez. Les autorités militaires américaines introduisent certaines des réformes qui avaient été effectuées aux États-Unis durant l'ère progressiste, notamment la réforme de la fiscalité, des finances et de l'administration publique, le développement de l'instruction primaire, la création d'une police nationale et la construction d'un réseau routier qui comporte une autoroute entre Santiago et Santo Domingo.

À partir de 1930, Rafael Trujillo, un allié des Américains, règne en dictateur. Pendant sa dictature, marquée par une répression impitoyable et un culte de la personnalité sans réserve, l'ensemble de l'économie passe sous son contrôle. Il mène une politique de grands travaux et parvient à assainir la situation financière. Mais en août 1960, l'Organisation des États américains (OEA) impose des sanctions diplomatiques à son encontre pour sa complicité dans la tentative d'assassinat du président vénézuélien Rómulo Betancourt. Ces sanctions mènent à son assassinat le 30 mai 1961. En novembre 1961, la famille de Trujillo, forcée à l'exil, se retire en France.

Pendant l'Holocauste de la Seconde Guerre mondiale, la République dominicaine est le seul pays d'Amérique à ouvrir ses frontières aux Juifs d'Europe.

En janvier 1962, un Conseil d'État composé de membres modérés de l'opposition est créé avec des pouvoirs législatifs et exécutifs séparés. Les sanctions de l'OAS sont levées le 4 janvier, et après la démission du président Joaquín Balaguer Ricardo le 16 janvier, Rafael Bonnelly prend la tête du gouvernement dominicain. En 1963, Juan Bosch est proclamé président, mais un coup d'État militaire le renversera en septembre de cette même année.

Après le coup d'État, un triumvirat prend le pouvoir et la dictature réapparaît le 24 avril 1965. Mais un nouveau coup d'État militaire éclate peu après, et les militaires commencent alors à se combattre, préparant ainsi le retour de Bosch. Le 28 avril, par suite de la crainte de voir le pays tomber sous contrôle communiste, les militaires américains interviennent officiellement pour protéger les ressortissants étrangers et les évacuer. L'armée des États-Unis reste sur le territoire jusqu'en septembre 1966 et passe le relais à la Inter American Peace Force, une force d'Amérique Latine conduit par le Brésil qui sera démantelée en 1967.

En juin 1966, le président Balaguer, chef du Parti Réformiste (qui s'appelle de nos jours Parti réformiste social chrétien (PRSC), est élu en mai 1970 et en mai 1974. Les deux fois, la plupart des partis de l'opposition doivent retirer leurs candidatures à cause des pressions et de la violence des militants pro-gouvernementaux. Balaguer mène des réformes économiques visant à ouvrir le pays aux investisseurs étrangers tout en protégeant les industries d'état et certains intérêts privés. Ce modèle de développement économique ambigu produit des résultats mitigés. Le taux de croissance reste soutenu au cours des neuf ans de pouvoir de Balaguer (taux de croissance annuel moyen de 9,4 % entre 1970 et 1975). Les investissements étrangers (principalement américains) ainsi que l'aide étrangère se développent alors que les devises tirées des exportations de sucre atteignent un niveau élevé grâce au cours élevé de cette denrée sur le marché international. Cependant ces bonnes performances macroéconomiques ne s'accompagnent pas d'une distribution équitable des richesses créées. Aux élections de mai 1978, Balaguer est défait par Antonio Guzmán du Parti révolutionnaire dominicain (PRD). La prise de fonction de Guzmán le 16 août est le premier transfert de pouvoir à se passer dans le calme.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le candidat du PRD à la présidence, Salvador Jorge Blanco, gagne les élections de 1982, et le PRD a obtenu une majorité dans les deux assemblées du congrès. Afin de relancer l'économie, le gouvernement met en place des mesures drastiques d'austérité recommandées par le Fonds monétaire international (FMI). En avril 1984, les prix des produits de première nécessité étant en hausse, les émeutes se sont multipliées et auraient entraîné la mort de centaines de personnes par le biais des forces de l'ordre.

Balaguer retourne au palais présidentiel avec ses victoire en 1986 et 1990. Afin de relancer l'économie, il a initié une série de grands travaux publics. Néanmoins en 1988, le pays glisse dans une dépression économique caractérisée par l'inflation et la dévaluation de la monnaie. Les difficultés économiques, couplées aux problèmes d'accès aux services élémentaires (électricité, eau, transports) ont suscité un mécontentement populaire qui est la cause de manifestations, parfois de violences, mais surtout d'une grève générale qui paralyse le pays en juin 1989.

En 1990, Balaguer instaure le second plan de réformes économiques. Après avoir signé un accord avec le FMI, équilibrant le budget et diminuant l'inflation, la République dominicaine connaît une période de croissance économique marquée par une inflation modérée, un certain équilibre entre importation et exportation, ainsi qu'un PIB en constante hausse.

Les élections de 1986 et 1990 ont été généralement perçues comme légales, mais une fraude électorale certaine a entaché les deux victoires ; les élections de 1994 sont aussi l'occasion de fraudes. Les opposants réclamant une réforme constitutionnelle et électorale, un compromis est trouvé, et le président Balaguer assume le poste pour une durée abrégée. En juin 1996, Leonel Fernández est élu président pour un mandat de quatre ans, désormais la durée officielle du mandat. En mai 2000 Hipólito Mejía Domínguez est élu président et en mai 2004, Leonel Fernández est ré-investi président, le transfert de pouvoir a lieu le 16 août 2004.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]