Histoire du Suriname

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Cet article présente les faits saillants de l'histoire du Suriname, un pays situé au nord de l'Amérique du Sud.

Période pré-colombienne[modifier | modifier le code]

Carte de Suriname et du Guyana par Janssonius (1636).

L’histoire du Suriname remonte à 3000 avant J.-C., avec l’arrivée des premiers Amérindiens. Les deux plus grande tribus étaient les Arawaks, des nomades vivant de chasse et de pêche sur la côte, suivi par les Caraïbes qui s’installèrent sur l’embouchure du Maroni. Plusieurs tribus habitaient la forêt tropicale à l’intérieur des terres, dont les Akurio, les Trió, les Wayarekule, les Warrau et les Wayana.

Occupation européenne[modifier | modifier le code]

Première colonisation néerlandaise[modifier | modifier le code]

Les premiers Européens débarqués au Suriname, dans la partie aujourd'hui occupée par le Guyana, furent les commerçants néerlandais qui fondèrent, tout au nord, la colonie d'Essequibo, d'abord appelée Pomeroon, détruite par les indiens et les espagnols en 1596. Menés par Joost van der Hooge, membre de la confrérie Bentvueghels, les commerçants zélandais s'installèrent en 1613[1], sur une île nommée "Kyk-over-al" dans l'estuaire, à 25 kilomètres de l'océan, sur la rivière Mazaruni juste avant le confluent avec la rivière Essequibo. Ce site facilitait le commerce avec la population locale et portait un nom latin, Nova Zeelandia, évoquant la Zélande, partie la plus au sud des Pays-Bas, à la frontière belge, celle qui reçut le plus de réfugiés, après Amsterdam, lors de la scission d'avec les Pays-Bas espagnols.

Van der Hooge a ensuite retrouvé un vieux fort portugais, sur le site duquel il construisit un nouveau fort plus proche de l'océan, sur une île appelée Fort Hoog, de 1616 à 1621, appelé aussi "Fort Kyk-over-al", qui devint en 1621 l'un des sièges de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Le fort devint en 1638 le siège de sa section zélandaise, et fut baptisé "Nouvelle-Zélande", tout comme la colonie, où l'on cultivait cacao, indigo et coton, avec des colons de Middelburg, Veere et Flessingue. En 1658 le cartographe Cornelis Goliath créa une carte de la colonie[2] et dessina les plans d'une ville nommée New Middelburg.

Adrian Groenewegen épousa la fille d'un chef caraïbe[3] pour contrebalancer l'influence des indiens Arawaks. Les rapports de Don Juan Tostado, en février 1614[4], l'un des riverains espagnols, s'inquiètent de l'arrivée des Hollandais indiquent qu'ils mettent à la disposition des amérindiens de grandes quantités de couteaux, haches et armes[4].

L'un de ses successeurs, Jan van der Goes, amena plus d'habitants de sa province de Zélande à Kykoveral en 1624, et reçut jusqu'en 1632 le soutien de la. Le commerçant Abraham van Pere s'installa lui sur la rivière Berbice en 1627, et bâtit Fort Nassau à 50 miles à l'intérieur des terres[3].

La colonie, habitée de façon permanente dès 1624, eut pour premiers gouverneurs Adrian Groenewegen (1616–1624) puis Jacob Conijn (1624–1627) et ensuite Jan van der Goes (1627–1638), suivis par Cornelis Pieterszoon Hose (1638–1641) et Andriaen van der Woestijne (1641–1644). La Bataille de la baie de Matanzas, gagnée en 1628 permit ensuite l'installation au Brésil et le début de l'histoire du Pernambouc, en 1630.

La colonie d'Essequibo fut abandonnée en 1657. Les esclaves n'arrivèrent qu'après, à Pomeroon-Supenaam, amenés par David Nassy, mais sans grande succès. Les implantations hollandaises du Guyana furent abandonnées en 1664 et n'avaient qu'un seul moulin à sucre[3].

Beaucoup plus au sud, des juifs venus de Hollande et d'Italie[5],avant 1630, rejoignirent en 1639[6] l'ancienne capitale du Suriname, Torarica, fondée avant 1630[7], sur la rive gauche de la rivière Surinam, dans la savanne juive, approximativement 40 kilomètres au sud de Paramaribo, située elle dans l'embouchure, sur la côte.

Colonisation britannique[modifier | modifier le code]

Une autre colonie fut fondée en 1630 par des Britanniques sous le commandement du capitaine Marshall. Il tentèrent de cultiver du tabac, sans succès.

Jodensavanne, 1830.

En 1650, Anthony Rowse fuit l'île de la Barbade avec 100 planteurs et 2000 esclaves pour fonder un fort Willoughby et "Willoughbyland", le long des rivières au Suriname et Para après avoir négocié avec les chefs amérindiens. Cinq cent plantations de sucre où travaillaient 1000 blancs, rapidement rejoints par des juifs venus d’Europe et du Brésil sont assez vite mises en place (voir Histoire des Juifs aux Caraïbes). Mais le parlement rend cette transaction illégale[8]. Dès mai 1650, la flotte de l'amiral Georges Ayscue menace la Barbade, fief des royalistes catholiques avec 2000 hommes, renforcés par 850 autres de Virginie, face aux 5000 miliciens alignés par Lord Willoughby le gouverneur de l'île[9]. En 1661, à la restauration de la Monarchie, le roi Charles II invalide la loi de 1651 et donne une patente à la colonie britannique, nommée Willoughbyland et son fort (Fort Willoughby).

Des Néerlandais envahirent la colonie le 27 février 1667, sous le commandement d’Abraham Crijnssen, avec l'aide d'esclaves marrons cachés dans la jungle, particulièrement nombreux dans la région. Ils mirent la main sur Fort Willoughby et le renommèrent Fort Zeelandia. Le 31 juillet 1667, Britanniques et Néerlandais signèrent le traité de Breda, qui laissait l’ancienne colonie néerlandaise de la Nouvelle-Amsterdam (qui allait devenir New York) aux premiers, et le Suriname aux seconds. Willoughbyland prit le nom de Guyane néerlandaise. Le Traité de Westminster de 1674 entérina cette situation après la troisième Guerre anglo-néerlandaise qui vit la Grande-Bretagne reprendre puis perdre le Suriname et les Pays-Bas reprendre New Amsterdam en 1673.

En 1675, les Néerlandais votent des lois pour protéger les droits des amérindiens du Suriname, auxquels sont assimilés les marrons, le tout afin de pacifier le territoire[10]. En 1682, une société du Suriname remplace la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, elle est propriété commune de celle-ci mais aussi de Cornelis Aerssen et de la ville d'Amsterdam.

Le Suriname fut occupé à nouveau par la Grande-Bretagne en 1799, après que la France eut envahi les Pays-Bas et fondé la République batave. Il fut par la suite libéré en 1816 après la défaite de Napoléon Ier.

Abolition de l’esclavage[modifier | modifier le code]

Créoles sur le marché de Paramaribo.

L’agriculture se développa tout au long du XVIIIe siècle, essentiellement grâce au travail des esclaves. Nombre d’entre eux fuyaient les mauvais traitements subis sur les plantations et s’évadaient dans la jungle (ils étaient alors appelés noirs marrons, djukas ou bakabusi nengre), d’où ils revenaient fréquemment pour lancer des attaques. Leur territoire formait une sorte de tampon entre les colonies européennes, le long de la côte et des fleuves, et les tribus indigènes de l’intérieur des terres.

Les Pays-Bas abolirent l’esclavage en 1863 mais les esclaves ne furent libérés qu’en 1873. Entre temps, les planteurs avaient fait venir de nombreux travailleurs des Indes orientales néerlandaises, essentiellement des Chinois. Après 1873, on fit venir également des Indiens, jusqu’à ce que Mohandas Gandhi fasse mettre fin à cette vile pratique en 1916.

Indépendance[modifier | modifier le code]

Village marron, 1955.

Le Suriname obtint son autonomie en 1954, à l’exception des domaines de la défense et des affaires étrangères dont les Pays-Bas conservèrent le contrôle. En 1973, le gouvernement local entama des négociations avec le gouvernement néerlandais en vue de l’indépendance, qui fut officielle le 25 novembre 1975. Johan Ferrier fut le premier président du Suriname indépendant, avec Henck Arron, du Parti national du Suriname, comme Premier ministre. Les Pays-Bas mirent en place un programme d’entraide doté d’1,5 milliard de dollars qui devait durer jusqu’en 1985. Un tiers de la population quitta le Suriname pour les Pays-Bas.

Post-indépendance[modifier | modifier le code]

Dictature et conflit armé[modifier | modifier le code]

En 1980, le gouvernement Arron fut renversé par un coup d’État militaire mené par le sergent-major Desi Bouterse. Ferrier refusa de reconnaître le nouveau gouvernement et nomma Henk Chin A Sen, du Parti national républicain, à la place. Un second coup d’État suivit cinq mois plus tard, à l’occasion duquel l’armée remplaça Ferrier par Chin A Sen. La population civile accueillit favorablement ces changements-là. Elle espérait ainsi voir un terme à la corruption et une amélioration du niveau de vie en dépit de l’interdiction des partis d’opposition par le nouveau régime. Il devint en effet de plus en plus dictatorial. Les Pays-Bas reconnurent le nouveau gouvernement mais les relations diplomatiques entre les deux pays prirent fin lorsque 15 membres de l’opposition furent exécutés par l’armée le 8 décembre 1982 à Fort Zeelandia. Les États-Unis et les Pays-Bas cessèrent leur aide au Suriname.

L’interdiction des partis politiques fut levée en 1985. De là, les citoyens du Suriname s’attelèrent à la rédaction d’une nouvelle Constitution. L’année suivante vit l’éclosion d’un mouvement rebelle des descendants des noirs marrons. Menés par Ronnie Brunswijk, ils se faisaient appeler le commando de la jungle ou Jungle Commando. Le gouvernement Bouterse réprima brutalement cette insurrection en saccageant et en brûlant des villages. C'est laguerre civile du Suriname. De nombreux marrons fuirent alors vers la Guyane.

Des élections eurent lieu en novembre 1987, qui virent le Front pour la démocratie et le développement, coalition anti-Bouterse, remporter 40 puis 51 sièges. Les Pays-Bas reprirent leur aide financière l’année suivante. Des tensions apparurent cependant rapidement entre Bouterse et le président de l’Assemblée, Ramsewak Shankar. Ce dernier fut renversé par un coup d'État mené par Bouterse le 24 décembre 1990. Un nouveau gouvernement soutenu par l’armée prit alors le pouvoir, avec Johan Kraag comme président.

De nouvelles élections eurent lieu le 25 mai 1991. La coalition de Ronald Venetiaan remporta trente sièges, le parti de Bouterse, douze sièges et l’Alternative démocratique, neuf. Venetiaan fut désigné président et l’année suivante, un traité de paix conclu avec le commando de la jungle mit fin à la rébellion marron.

Histoire contemporaine[modifier | modifier le code]

Pendant ce temps, l’économie rencontrait de sérieuses difficultés accentuées par la chute des prix de l’aluminium. Un programme structurel d’ajustement fut mis en place en 1992, suivi par un programme en 1994. Mais la situation ne s’améliora pas malgré l’introduction des taux d’intérêts variables et une limitation des importations. De nombreuses grèves éclatèrent en 1999 et aboutirent à la destitution de Wijdenbosch, élu président par l’Assemblée en 1996. Les élections anticipées du 25 mai 2000 permirent à Venetiaan de revenir à la présidence et les relations avec les Pays-Bas s’améliorèrent. En août 2001, la Banque de développement des Pays-Bas accorda un prêt de 125 millions de dollars sur dix ans, destiné à consolider les finances gouvernementales. Trente deux millions servirent à rembourser les emprunts contractés par le gouvernement Wijdenbosch et les 93 millions restants à payer les dettes à la Banque centrale du Suriname.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ellen-Rose Kambel, The rights of indigenous peoples and Maroons in Suriname

Liens externes[modifier | modifier le code]