Histoire de Saint-Christophe-et-Niévès

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L’histoire de Saint-Christophe-et-Niévès commence aux IIIe millénaire av. J.-C. avec l’arrivée des premiers habitants. L'histoire européenne commence en 1493 quand Christophe Colomb les aperçut. Bien qu'étant situé à un peu plus de trois kilomètres l’une de l’autre, Saint-Christophe et Niévès étaient largement reconnues comme entité séparée jusqu'à ce que leur union soit forcée au XIXe siècle.

Les colons français nommèrent la grande île « Saint-Christophe » et les Anglais « Saint-Christopher » ou plus récemment sous le diminutif de « Saint-Kitts ». Les colons anglais nommèrent « Nevis » par phonétique à partir de son nom espagnol « Nieves », ce qui donne Niévès en français.

Période précolombienne (2900 av. JC - 800)[modifier | modifier le code]

Près de 3000 ans avant J.-C., des populations pré-agricoles et pré-céramiques migrent vers le sud depuis l'archipel de la Floride et arrivent sur les îles de Saint-Christophe et de Niévès. Ces chasseurs-cueilleurs ont été considérés à tort pendant des années comme étant les Ciboneys, une tribu amérindienne de Cuba, mais des preuves archéologiques ont prouvé qu'ils étaient en réalité un groupe tout simplement nommé "Archaïque". En quelques centaines d'années, cette population archaïque disparaît.

Autour de 1000 avant J.-C., les peuples saladoïdes, qui utilisent la céramique et pratiquent l'agriculture, colonisent les îles depuis les rives de l'Orénoque au Venezuela.

Période Igneri (800 - 1300)[modifier | modifier le code]

Les populations saladoïdes sont remplacés en 800 après J.-C. par les Igneri, membres de la tribu Arawak, qui ont suivi le même chemin depuis l'Orénoque.

Les Igneri sont un peuple épris de paix et très religieux. Ils peuplent densément les deux îles, culminant à une population estimée de 5000 personnes.

L'arrivée des guerriers kalinagos, autour de 1300, chasse rapidement les Igneri des deux îles en les forçant à migrer plus au nord, vers les Grandes Antilles.

Période Kalinago (1300 - 1626)[modifier | modifier le code]

Les Kalinago, ou peuple Caraïbe nomment les deux îles Liamuiga (île fertile) pour Saint-Christophe et Oualie (terre des belles eaux) pour Niévès. Les îles de Liamuiga et Oualie marquent l'avancée la plus septentrionale des Kalinago en termes de résidence permanente, et il est probable que ces derniers auraient réussi à occuper tout l'archipel des Petites Antilles sans l'arrivée des Européens. Les deux îles sont les principales bases utilisées par les Kalinago pour attaquer les populations Tainos orientales des îles Vierges et de Porto Rico et sont aussi d'une importance cruciale pour les routes commerciales kalinagos vers le Nord.

Arrivée des premiers Européens[modifier | modifier le code]

Les premiers Européens à découvrir les îles Liamuiga et Oualie sont les Espagnols en 1493, lors du second voyage de Christophe Colomb. Colomb nomme Liamuiga Sant-Jago (Saint-Jacques), cependant, une mauvaise interprétation des cartes par les explorateurs espagnols qui ont suivi lui ont finalement attribué le nom de San Cristobal (Saint-Christophe), un nom appliqué à l'origine à l'île de Saba située vingt miles au nord. Oualie est baptisée Nuestra Señora de las Nieves (« Notre-Dame des Neiges » en espagnol), parce que la couronne de nuages blancs qui couvre habituellement le sommet de son pic volcanique a rappelé aux Espagnols l'ancien miracle catholique de Notre-Dame-des-Neiges.

En 1538, des réfugiés huguenots[1] français de la ville de pêcheurs de Dieppe établissent une petite ville sur la côte du nord de l'île de Saint-Christophe, également appelée Dieppe. Il s'agit de la première tentative non-espagnole de colonisation des Antilles. Cependant, quelques mois après sa fondation, la ville est pillée par les Espagnols et tous les habitants sont expulsés. Les restes de l'un des bâtiments est maintenant le sous-sol de la maison principale dans le Golden Lemon Hôtel.

Il faut attendre 1607 pour voir à nouveau un Européen aborder ces îles, lorsque le capitaine John Smith, en route pour fonder la première colonie réussie en Virginie, s'arrête à Niévès pendant cinq jours . Smith documente les nombreuses sources chaudes de l'île, dont les eaux avaient des capacités curatives remarquables contre les affections de la peau et la mauvaise santé.

Au début du XVIIe siècle, un capitaine de la marine anglaise, Sir Thomas Warner, met les voiles avec un équipage en vue de fonder une colonie sur la côte de Guyane. Sa colonie étant un échec du fait de la maladie qui ravage son équipage, des conditions météorologiques inhabituelles, et des raids des Caraïbes, un ami de Warner lui suggère d'essayer de coloniser l'une des îles des Petites Antilles à cause de leurs conditions plus favorables. En 1623, Warner abandonne donc son poste en Guyane et navigue vers le nord à travers l'archipel des Petites Antilles. Après vérification de chaque île, il décide que Saint-Christophe se révèle être le site le mieux adapté pour établir une colonie anglaise, en raison de sa position centrale stratégique idéale pour l'expansion, la présence d'une population indigène sympathique, un sol fertile, de l'eau douce en abondance, et d'importants gisements de sel. Il débarque sur l'île avec sa famille et fait la paix avec les populations kalinagos locales, dont le chef est Ouboutou Tegremante. Warner retourne ensuite en Angleterre pour recueillir davantage d'hommes afin d'établir officiellement une colonie sur l'île.

Période coloniale anglo-française (1624 à 1713)[modifier | modifier le code]

En 1624, Thomas Warner revient sur l'île et établit la colonie de Saint-Christopher, la première colonie anglaise dans les Caraïbes. Les colons fondent une ville portuaire à Old Road, juste en dessous du village-capitale du chef kalinago Tegremante.

En 1625, le flibustier normand Pierre Belain d'Esnambuc quitte la France dans l'espoir d'établir une colonie sur une île des Antilles, après avoir entendu parler du succès des Anglais sur Saint-Christophe. Lancé à la poursuite d’un galion espagnol de forces supérieures, sa flotte est détruite dans un affrontement avec la marine espagnole qui le laisse avec seulement son navire amiral. Il se voit dans l'obligation de se retirer à Saint-Christophe pour réparer. Warner a pitié des colons français et leur permet de s'installer sur l'île, faisant de Saint-Christophe le site de la première colonie française permanente dans les Caraïbes. Les colons français se logent dans les ruines de la ville abandonnée de Dieppe qu'ils reconstruisent. Warner accepte également volontiers les Français dans une tentative de repousser les Kalinago locaux, qu'il suspecte de plus en plus.

Belain d'Esnambuc prend possession de l'île et un traité de partition de l'île est ratifié avant qu'il ne retourne en France afin de solliciter l'attention de la monarchie française. L'île est divisée en trois : les deux extrémités sont françaises alors que la section au milieu est anglaise. Pendant l'occupation binationale de l'île, les uns les autres doivent constamment passer d'un quartier à l'autre pour se déplacer puisque le milieu, montagneux et couvert d'une dense forêt tropicale est inaccessible. Saint-Christophe devient le berceau de la colonisation des Antilles par la France et l'Angleterre et sa possession est contestée entre les Français et les Anglais pour plus d'un siècle.

Débarquement des Espagnols menés par de Don Fadrique de Toledo à Saint-Christophe en 1629.

Le 8 septembre 1629, une flotte espagnole attaque les établissements français et anglais de l'île de Saint-Christophe et s'emparent des établissements le 18 septembre. Ils déportent 120 colons français et 600 anglais, mais ils ne sont pas en position pour occuper l'île. Le capitaine français Giron débarque à Saint-Christophe quelque temps après, dans l'Anse-aux-Papillons et découvre qu'une partie des colons anglais — qui s'étaient réfugiés dans les bois environnant pendant l'attaque espagnole — étaient revenus et s'étaient emparés des biens des colons français. Les actions diplomatiques auprès des colons anglais visant à rendre leurs biens aux Français ne donnant pas les résultats escomptés, une escadre de six navires sous les ordres de François de Rotondy, sieur de Cahuzac, engage un combat contre trois navires anglais fin septembre 1629 lors de la bataille de l'Anse-aux-Papillons et contraint ces derniers à rendre leurs terres à 350 colons français.

Afin de commercer avec les colons français et anglais qui cultivent le tabac, les Zélandais jettent les bases d'une colonie-entrepôt sur l'île voisine de Saint-Eustache. Les Néerlandais monopolisent ainsi le commerce des Antilles françaises jusque dans les années 1660-1670.

En 1671, la colonie anglaise de Saint-Christopher et l'île de Niévès sont intégrés avec les Îles Vierges britanniques et Anguilla à la colonie des Îles-sous-le-Vent britanniques.

Période coloniale britannique (1713 à 1983)[modifier | modifier le code]

Bataille navale de Saint-Christophe, le 26 janvier 1782. De Grasse affronte Hood après avoir mis à terre les troupes du marquis de Bouillé qui s'empare de l'île le 12 février. (Tableau de Thomas Maynard, 1783.)

La France cède Saint-Christophe à la Grande-Bretagne par le traité d'Utrecht en 1713 qui met fin à la guerre de Succession d'Espagne.

En janvier 1782, dans le cadre de la guerre d'indépendance des États-Unis qui oppose la Royal Navy à la flotte royale française, l'île de Saint-Christophe est attaquée par les Français lors de la bataille de Saint-Christophe. L'escadre de l'Amiral de Grasse débarque une forte troupe commandée par le marquis de Bouillé qui contraint la garnison anglaise à la capitulation malgré une contre-attaque de la Royal Navy menée par Hood. Bouillé s'empare des îles de Saint-Christophe, Niévès et Montserrat le 12 février. Ces îles sont restituées au Royaume-Uni lors du traité de Versailles de 1783.

La colonie des Îles-sous-le-Vent britanniques est dissoute en 1816, puis recrée en 1830. En 1871, elle s'appelle Colonie fédérale des Îles-sous-le-Vent pour changer de nom en 1956 pour celui de Territoire des Îles-sous-le-Vent. Le 3 janvier 1958, la plupart des îles qui la composent rejoignent la Fédération des Indes occidentales à laquelle le Royaume-Uni souhaite accorder l'indépendance. La fédération est dissoute le 31 mai 1962 et laisse la place à la colonie britannique de Saint Christopher-Nevis-Anguilla.

Le 27 février 1967, le Royaume-Uni accorde un statut d'autonomie à l'État associé de Saint Christopher, Nieves et Anguilla. Les trois îles Saint-Christophe, Niévès et Anguilla forment un État associé à la couronne britannique avec une totale autonomie interne. Le 16 juin, Anguilla se rebelle et se retire unilatéralement de l'État associé. Cette situation est entériné par la Grande-Bretagne en 1971, cependant, l'État associé de Saint Christopher, Nieves et Anguilla existe de jure jusqu'en 1983.

Indépendance[modifier | modifier le code]

Le 19 septembre 1983, Saint-Christophe, conjointement avec Niévès, obtient l'indépendance et un siège à l'ONU en tant que fédération de Saint-Christophe-et-Niévès.

Lorsque Saint-Christophe-et-Niévès accède à l'indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni en 1983, le pays se constitue en fédération et Niévès est doté d'un gouvernement autonome.

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Bertrand Van Ruymbeke, Memory and Identity, The Huguenots in France and the Atlantic Diaspora, University of South Carolina Press,‎ February 28, 2003 (ISBN 978-1-57003-484-8)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred Martineau, Trois siècles d'histoire antillaise : Martinique et Guadeloupe de 1635 à nos jours, Paris, Société de l'histoire des Colonies françaises,‎ 1935, 282 p. (lire en ligne), p. 15 à 33

Compléments[modifier | modifier le code]

Lectures approfondies[modifier | modifier le code]

  • Jedidiah Morse, « Bahama Islands », dans The American Gazetteer, Boston (Massachusetts), S. Hall, and Thomas & Andrews,‎ 1797 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]