Hacienda

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Jaral de Berrios, l'une des plus importantes haciendas du temps de la colonisation du Mexique. Elle se trouve dans l'État de Guanajuato au Mexique.
La hacienda de Xcanchakan (gravure de Frederick Catherwood, 1843)

Une hacienda est une exploitation agricole d'Amérique latine, de grandes dimensions, entourant des locaux d'habitation présentant fréquemment un grand intérêt architectural. Ce terme, d'origine hispanique, correspond à une exploitation de type latifundium créée en Amérique lors de la colonisation espagnole des Amériques. On en trouvait également dans les États hispaniques des États-Unis (la Californie par exemple).

Le système des haciendas concerne le Mexique, l'Argentine, le Chili, ainsi que la « Nouvelle-Grenade », c'est-à-dire la Colombie et une partie du Venezuela. On trouve également des haciendas dans certaines parties du Brésil, sous le nom de fazendas.

Ce sont les grandes propriétés agricoles (souvent centrées sur la culture de l'olivier, de la vigne et l'élevage du bétail), telles qu'elles existaient en Andalousie lors de la colonisation espagnole des Amériques, qui ont influencé l'organisation et l'architecture des haciendas du Nouveau Monde.

Dans l'Amérique hispanique, le propriétaire d'une hacienda était appelé hacendado ou patrón.

Hacienda andalouse[modifier | modifier le code]

Maquette de la hacienda « La Laguna », à Baeza, Jaén. On note la disposition des bâtiments autour des cours, avec la Demeure Seigneuriale à l'écart.

Origine[modifier | modifier le code]

La hacienda andalouse s'impose à partir de l'occupation de la vallée du Guadalquivir par les Castillans, entre le XIVe siècle et le XVIe siècle, influencée par l'idée de la nostalgie de la campagne propre à la transition vers la Renaissance[1].

La hacienda forme au bout du compte une puissante exploitation agricole, qui produit non seulement de l'huile, mais aussi du vin, des céréales, du bétail, productions qui se complètent mutuellement. C'est aussi le lieu de résidence d'une classe sociale opulente, qui en fait un lieu de loisirs et d'ostentation sociale, car la hacienda est l'expression d'un pouvoir et d'un statut social[2],[3].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Fernando Olmedo définit ainsi les grands traits caractéristiques de la hacienda :

« On distingue plusieurs modèles. En Basse Andalousie, à l'intérieur d'un triangle qui va des environs de Séville jusqu'à l'ouest de Huelva et au nord de Cadix, on trouve les haciendas qui sont de grandes exploitations agricoles tournant essentiellement autour de l'huile, mais presque toujours en association avec d'autres productions agricoles comme la vigne ou le bétail. En Haute Andalousie, le terme d’hacienda concerne quelques domaines d'une étendue exceptionnelle, mais pas forcément en rapport avec l'olivier. Une proportion importante de ces haciendas montrent une architecture d'une exubérance et d'une complexité assez rare. Au noyau central de la hacienda, la partie résidentielle, s'ajoutent les lieux d'habitation des ouvriers agricoles ainsi que toutes les annexes liées à l'exploitation agricole, telles que granges, greniers, caves pour le vin, etc., organisés autour des cours intérieures de la hacienda (Fernando Olmedo Granados, La arquitectura agraria en Andalucía)[4] »

Introduction en Amérique[modifier | modifier le code]

Hacienda Torre de Doña María, Dos Hermanas, Séville.

Les exploitations construites en Amérique témoignent d'une influence marquée des haciendas andalouses, tant au niveau de leur disposition générale que des bâtiments qui les composent[5]. D'ailleurs, dans un certain nombre de cas, les haciendas andalouses sont elles-mêmes en contact avec le Nouveau Monde, qu'elles approvisionnent en produits divers.

L'influence architecturale exercée sur l'architecture des haciendas de l'Amérique latine est marquée tout d'abord par les constructions mudejar et de la Renaissance espagnole. Mais c'est surtout à partir du XVIIe siècle, pendant la période baroque, que l'influence est la plus nette[6].

Cette forte influence andalouse se voit particulièrement dans l'utilisation du patio, de cours intérieures, comme constante architecturale[7].

Hacienda mexicaine[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Après la conquête de Tenochtitlán, la demande croissante, tant interne qu'externe, de produits agricoles et de bétail créé une expansion économique et territoriale qui se traduit par l'apparition des haciendas[8]. Les vice-rois concèdent des terres et du bétail[9], selon un mécanisme analogue à la création des latifundia.

Le terme hacienda lui-même a été utilisé pour la première fois en Nouvelle-Espagne[N 1], au cours de la seconde moitié du XVIe siècle, sur les plans d'un certain nombre de propriétaires de telles exploitations[10].

Les exploitations agricoles dites haciendas ont été abolies par la constitution mexicaine de 1917, elles furent démembrées à partir de cette date, leurs propriétaires pour la plupart indemnisés, les terres gagnés furent nationalisées, puis reparties en petites propriétés nommées ejido.

Typologie[modifier | modifier le code]

Hacienda San Gabriel, à Guanajuato

On distingue fondamentalement trois types de hacienda[11] :

a) Les haciendas dont les différentes constructions forment un tout, c'est-à-dire qui sont intégrés les unes par rapport aux autres. Elles sont généralement regroupées autour d'un patio, d'une cour intérieure, sur laquelle donnent la demeure principale, ainsi que les bâtiments administratifs. Il y a en général aussi une chapelle qui donne directement sur cette cour. Les logements des ouvriers agricoles sont construits à l'extérieur de cet ensemble.

b) Les haciendas formées d'édifices séparés, épars. Il est alors fréquent que tout le périmètre soit entouré d'un mur, avec une entrée permettant de contrôler les entrées et les sorties.

c) Les haciendas de type mixte. Dans ce cas, elles comprennent un groupe de bâtiments principaux, et, par ailleurs, quelques bâtiments distincts et isolés.

Les casas patronales du Chili[modifier | modifier le code]

Une des variantes de l’hacienda andalouse en Amérique espagnole est ce qu'on appelle les casas patronales (les « maisons patronales ») du Chili. Il s'agit de constructions complexes, malgré leur simplicité et leur sobriété. Ces nouvelles haciendas virent le jour à la suite de la distribution de terres autorisée par les gouverneurs espagnols. Les premières casas patronales commencèrent à s'édifier vers 1650. Dans ces vastes constructions pouvaient demeurer des centaines de personnes, sous l'autorité des propriétaires, des employés, des contremaîtres (capataces), des locataires, et même des esclaves[12]. C'est entre 1750 et 1900 que ces demeures acquirent un certain prestige et se convertirent en véritables ensembles architecturaux sur le modèle des haciendas, dans lesquelles la demeure du maître prenait parfois des allures de palais.

Les casas de hacienda de Nouvelle-Grenade[modifier | modifier le code]

Les caractéristiques agricoles et économiques des régions qui composaient la Nouvelle-Grenade — c'est-à-dire la Colombie et, dans une large mesure, le Venezuela — sont très limitées en comparaison de la Nouvelle-Espagne ou du Pérou. Ces caractéristiques ont influencé l'architecture des haciendas, du fait de l'existence de formes d'exploitation agricoles (les aparcerías, qui sont une forme de métayage), ou encore de travailleurs agricoles métissés.

Si l'influence andalouse reste forte, la dimension des exploitations, comparées aux modèles andalous ou mexicains, est considérablement réduite, et les plus grandes haciendas de Nouvelle-Grenade seraient à peine dignes d'être des annexes de leurs homologues d'Andalousie ou du Mexique[13].

De fait, le terme de hacienda s'appliquait en Colombie à toute exploitation agricole qui dépassait 20 hectares. Le style des haciendas qui existent encore aujourd'hui date de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Nouvelle-Espagne, ou Vieux Mexique, regroupait le Mexique actuel, l'Amérique centrale, et une partie importante des États-Unis (Texas, Californie, Nouveau-Mexique, Arizona...)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Abarca et Povedano 2003, p. 58. "La arquitectura agraria en la provincia de Granada"
  2. Gemma Florido Trujillo, Poblamiento y hábitat rural: Caracterización, evolución y situación total
  3. López Ontiveros 2003, p. 343
  4. Cortijos, haciendas y lagares. Arquitectura de las grandes explotaciones agrarias en Andalucía. Provincia de Almería, pages 18-19. Consejería de Obras Públicas y Transportes, Dirección General de Arquitectura y Vivienda, 2004. (ISBN 84-8095-366-7)
  5. Víctor Pérez Escolano, Sobre la arquitectura del renacimiento en Andalucía, dans Andalucía Americana, Junta de Andalucía, Seville, 1989, page 88, (ISBN 84-404-4877-5)
  6. Benavides, Sartor et Terán Bonilla 1990, p. 11 et suivantes. Mario Sartor : "La vivienda mediterránea y la tipología de la casa colonial americana"
  7. Benavides, Sartor et Terán Bonilla 1990, p. 45. Juán Benavides : "La casa patronal del Fundo chileno"
  8. Von Wobeser 1983, p. 66
  9. Ponce Alocer, Mª Eugenia: Las haciendas de Mazaquiahuac, Universidad Iberoamericana, Mexico, 1981. Il cite le cas de la concession d'une hacienda par le vice-roi Antonio de Mendoza, en 1549.
  10. Von Wobeser 1983, p. 50
  11. Benavides, Sartor et Terán Bonilla 1990, p. 23. Jose Antonio Terán Bonilla : "Arquitectura rural en México. Las haciendas de una región"
  12. Benavides, Sartor et Terán Bonilla 1990, p. 40. Juán Benavides : "La casa patronal del Fundo chileno"
  13. Benavides, Sartor et Terán Bonilla 1990, p. 53. Germán Téllez : "Las casas de Hacienda coloniales en Colombia"

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Nicolás Torices Abarca et Eduardo Zurita Povedano, Cortijos, Haciendas y Lagares en la provincia de Granada, Séville, Consejería de Obras Públicas,‎ 2003.
  • (es) Juán Benavides, Sartor et Jose Antonio Terán Bonilla (dir.), Estudios sobre arquitectura iberoamericana, Seville, Junta de Andalucía,‎ 1990 (ISBN 978-84-87004-10-0).
  • François Chevalier, La formation des grands domaines au Mexique : terre et société, XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, Karthala,‎ 2006, 59-XXVII-536 p. (ISBN 978-2-84586-777-2) (Texte remanié de thèse de doctorat, Paris, 1949).
  • Claire Lemoine et Aurélien Lemoine (photogr. Éric Sander), Le temps perdu des haciendas : belles demeures du Yucatán, Mexique, Paris, Tana,‎ 2004, 215 p. (ISBN 2-8456-7218-7).
  • (es) Antonio López Ontiveros, Geografía de Andalucía, Barcelone, Ed. Ariel Geografía,‎ 2003, 1e éd. (ISBN 978-84-344-3476-9, lien LCCN?).
  • Alejandro Constantino Tortolero Villaseñor, Les Haciendas et l'innovation : activités agricoles et changements techniques dans la région centrale du Mexique : (district de Chalco et État de Morelos), 1880-1914, Paris, EHESS,‎ 1990 (thèse de doctorat).
  • (es) Gisela Von Wobeser, La formación de la hacienda en la época colonial. : El uso del agua y la tierra, Mexico, Instituto de Investigaciones Históricas, UNAM,‎ 1983.

Articles connexes[modifier | modifier le code]