George Santayana

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George Santayana
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George Santayana

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George Santayana est un écrivain et philosophe américain[1], né à Madrid le 16 décembre 1863 et décédé le 26 septembre 1952 à Rome.

Biographie[modifier | modifier le code]

George Santayana est le fils de Josefina Sturgis et de son second époux Augustin Santayana (1812-1893) un diplomate espagnol. Sa mère née en Écosse est également la fille d'un diplomate espagnol. En première noce, elle a épousé un marchand de Boston, John Sturgis, dont elle a eu cinq enfants (seulement trois ont survécu). Son premier mari étant décédé en 1857, en 1861, elle épouse Augustin Santayana. De cette union naît le 16 décembre 1863,

L'exposé de sa vie sera réalisé en respectant le découpage que que Santayana utilise dans son autobiographie, Personnes et Place  : l'arrière-plan (1863-1886) , la période Harvard (1886-1912), la période où retraité, il parcourt l'Europe (1912-1952). [2].

L'arrière-plan (1863-1886)[modifier | modifier le code]

Santayana nait à Madrid en 1863 et passe ses huit premières années à Avila où demeure son père. Sa mère, dès 1869 est allée vivre à Boston pour y élever ses autres enfants selon la prmesse faite à son premier mari[2]. Son vrai prénom est Jorge, c'est lui qui s'est nommé George pour « américaniser sa signature ». En 1872, son père estimant que les perspectives d'avenir de son fils seraient meilleures à Boston qu'en Espagne, juge préférable de se rendre dans cette ville avec son fils. Ne pouvant se faire ni au climat ni à 'ambiance puritaine de Boston, il revient assez rapidement en Espagne. Le père et le fils s'écrivent de nombreuses lettres. Augustin Santayana ne revisite Boston que lorsque son fils termine sa première année à Harvard[2]. A Boston, la famille parle l'espagnol à la maison [2]. George Santayana apprend l'anglais au jardin d'enfant de Mrs Welchman'. Puis, il intègre Boston Latin School et l'université d'Harvard (1882-1889). Dans cette université il se montre comme un étudiant actif : il est notamment caricaturiste au Lampoon et membre fondateur du Harvard Monthly, un magazine littéraire actif de 1885 à 1917[3]. Même s'il a fréquenté des homosexuels et des bisexuels connus, Santayana n'a donné aucune indication précise sur sa sexualité. Les spécialistes, à la suite d'une phrase qu'il a un jour prononcée, ont tendance à le considérer comme un homosexuel latent. [3]

1886-1912 : Les années Harvard[modifier | modifier le code]

Hollis Hall: a four-story red brick building with white trim in a courtyard.
Santayana vivait à Hollis Hall quand il était étudiant à Harvard
Josiah Roycequi a dirigé la thèse de Santayana

A l'automne 1886, Santayana va en Allemagne. Il visite Göttingen, Dresde et étudie pendant deux semestres la philosophie à l'université de Berlin. Il suit un cours de Paulsen sur l'éthique grecque au premier semestre et sur Spinoza au second. Selon lui ces cours l'ont aidé à se faire une opinion correcte sur ces sujet. Dans Persons and Places, il note que « l'éthique grecque fournit merveilleusement ce qui est absent chez Spinoza, une vue virile, militaire, organique, une vue civilisée pour tout dire, permettant de garder l'imagination cosmique et religieuse de Spinoza à sa place morale propre »[4]. Malgré tout, il ne se sent pas à l'aise dans l'univers universitaire allemand et il préfère retourner à Harvard pour faire son doctorat.[5].

Santayana décroche son Ph.D en 1889 avec une thèse sur Rudolf Hermann Lotze. De sute après, il devient membre du corps enseignant d'Harvard. C'est un professeur apprécié de ses élèves qui devient rapidement une figure importante de ce qu'on appelle de nos jours la philosophie américaine classique dont les autres membres de premiers plans sont : Peirce, William James, Josiah Royce, John Dewey et Alfred North Whitehead[3]. En 1893, il fait l'expérience d'une métanoïa, un changement de perspective. L'étudiant actif fait place à un professeur tourné vers a célébration imaginative de la vie. Cette conversion, ce passage d'un état à un autre est lié à trois événements : la mort d'un de ses étudiants, celle de on père et le mariage de sa sœur Susana[6]. Dans Persons and Places, (427-28) , il décit ainsi comment il voit la vie aprés la métanoïa :

« Cultive l'imagination, aime la, donne lui sans fin de nouvelles formes, mais ne la laisse pas te décevoir. Apprécie le monde, parcourt le, étudie ses voies, mais ne te laisse pas posséder par lui...Posséder des biens et des choses en idées est le seul bien pur que l'on puisse obtenir; les posséder physiquement ou légalement est un fardeau et un piège[7] »

Dès cette période, comme ce sera toujours le cas par la suite, il se passionne pour la littérature, l'esthétique et la philosophie. Il écrit notamment The Sens of Beauty (1896), Lucifer:A theological Tragedy (1899), The Life of Reason (1905-1906) et Three Philosophical Poets : Lucretius, Dante and Goethe (1910) [8]. Selon Saatkamp et Coleman, « le pragmatisme, tel que développé par Peirce et James, est un sous-courant de son naturalisme, particulièrement comme approche de la façon de s'assurer de la connaissance »..Mais, « son naturalisme a ses racines historiques chez Aristote et Spinoza et son ancrage contemporain chez dans le pragmatisme de James et l'idéalisme de Royce[6] » (deux de ses collègues à Harvard).

En 1912, à quarante-huit ans, il quitte la vie universitaire malgré les efforts du Président d'Harvard pour le retenir. Cette décision s'explique par au moins trois raisons. D'une part, dés 1893, il a su qu'il voulait partir jeune à la retraite. Deuxièmement, s'il apprécie la vie universitaire, il goûte peu de devoir participer à des instances consultatives qui selon lui sont consacrées à résoudre de faux problèmes. Concernant la vie universitaire, l'évolution d'Harvard vers « vers la production d'intellectuels musclés capables de guider l'Amérique en qualité d'hommes d'Etat occupant des places clés dans le domaine du gouvernement ou des affaires », lui fait craindre que soit oublié le désir d'apprendre et la célébration de la vie. Enfin, ses livres se vendent bien et les éditeurs lui en réclament de nouveaux ce qui lui permet de voir le futur sereinement [6]

1912-1952 : une villégiature studieuse[modifier | modifier le code]

Vue de Cortina où Santayana passe ses étés durant sa viellesse

En 1912, sachant sa mère mourante, il fait en sorte que sa demi-sœur Josephine rejoigne à Avila son autre demi-sœur Susanne. Il confie la gestion de ses biens à son frère Robert. À partir de 1912, il va constamment résider en Europe. Il ne reviendra jamais aux États-Unis malgré les sollicitations d'Harvard qui lui propose en 1929 la chaire Norton de Poésie et des conférences sur William James. De manière générale, il décline toutes les offres de poste universitaires qui lui sont également faites par Oxford et Cambridge [9]. De 1912 à la fin de la première guerre mondiale, il réside en Angleterre, d'abord à Londres, puis à Oxford et Cambridge. Après-guerre, il voyage beaucoup entre Paris, Madrid, Avila (où résident ses deux sœurs), la Côte d'Azur, Florence et Rome. À la fin des années vingt, il se fixe à Rome qu'il quitte l'été pour Cortina d'Ampezzo. [9].

S'il pense d'abord que Mussolini peut avoir une certaine action positive, il déchante vite. Il sest arrêté à la frontière suisse alors qu'il tente de quitter l'Italie. Sa situation vis-à-vis des autorités italienne sera tpujours un peu complexe. En effet, Santayana est un citoyen espagnol vivant en Italie dont les revenus proviennnent d'Angleterre et des Etats-Unis, deux pays où il est connu. Dans les années trente, il aide financièrement le philosophe Bertrand Russell en lui versant la majorité des droits d'auteurs de son célèbre roman The Last Puritain (1935). En 1941, il entre dans une maison de retraite hôpital gère par des sœurs La Clinica della Piccola Compagna di Maria où il restera jusqu'à sa mort en septembre 1952 [9]. A sa mort, il ne veut se faire enterrer dans une terre consacrée ce qui rend son enterrement problématique en Italie. finalement, le consulat d'Espagne à Rome accepte qu'il soit enterré au Panteon de la Obra Pia espanola au cimetière du Campo Verano [10].

L'œuvre littéraire et poétique[modifier | modifier le code]

Ralph Waldo Emerson un écrivain et philosophe qui a influencé Santayana

George Santayana est avec Ralph Waldo Emerson un des meilleurs écrivains de la tradion classique américaine [11] ce qui conduit souvent à le faire considérer plus comme un écrivain que comme un philosophe. Il est un de ceux qui ont brisés les canons des poètes du coin du feu (Henry Longfellow James Russell Lowell, Oliver Wendell Holmes) [12].Les réflexions sur les relations entre littérature, art, religion et philosophie, constituent le thème dominant de ses écrits [12].

The Last Puritan (1936) (le dernier puritain)[modifier | modifier le code]

C'est son œuvre la plus populaire. En 1936, aux États-Unis, il fut le second livre le plus lu plus lu après Autant en emporte le vent. Le livre trouve sa genèse dans une série d'histoires sur la vie universitaire écrits par Santayana dans les années 1890[13]. L'histoire se passe dans le village de fiction appelé Great Falls ( Connecticut), à Boston et en Angleterre, autour d'Oxford. Elle conte la vie d' Oliver Alden, le descendant d'une vieille famille de Boston. Santayana a écrit de ce roman qu'il « donne les émotions de mes expériences et non mes pensées ou mes expériences elles-mêmes »"[14]. Dans le prologue, Santayana explque que chez Olivier Alden « le puritanisme œuvre hors de sa fin logique. Il est convaincu, sur des bases puritaines qu'il a tort d'être puritain ». L'aspect tragique est que malgré ce qu'il sait, il garde la personnalité qui correspond à son héritage culturel[15].

Santayana hésite d'abord à publier son livre. En effet, il contient des scènes explicites d'usage de drogues de perversions sexuelles et d'athéisme qui à l'époque pouvait choquer. En plus ses personnages sont inspirés par certains de ses collègues et il pouvait craindre leur réaction. En fait sa peur d'avoir écrit un livre controversé se relève vite, vaine. Dans une lettre il écrit : « les aspects dangereux du livre... semblent avoir été oubliés ou gentiment ignorés par les critiques »[16]. Parlant de son personnage principal et de son roman, il écrit : « aucune grande et évidente tragédie ne survient, seulement la présence d'une faille secrète au milieu du succès. Mais Oliver est un merveilleux et noble garçon, j'aimerais que le lecteur s'en aperçoive » [17].

Sa philosophie[modifier | modifier le code]

Quelques mots-clés de la philosophie de Santayana[modifier | modifier le code]

Termes Définitions et/où signification des termes
Foi animale C'est la base arationnelle de toute prétention à la connaissance. C'est le monde inférieur d'ordre biologique qui opère à travers notre être physique générant de façon inconsciente nos croyances "radicalement impossible à justifier[18]
Raison Chez lui, la raison opère dans un monde à bien des égards irrationnel. La raison peut discerner certaines régularités, certaines habitudes fiables dans le monde nature. Assagie par ces connaissances, elle peut imposer son propre construit d'idées sur les domaines de la nature sensible soumis au contrôle humain[19]
Matière C'est le principe de l'existence. Le mot désigne toutes les choses avec leur potentialité et les conditions dans lesquelles elles peuvent être excellentes[20]. C'est la réalité fondamentale dans notre espace-temps. C'est le nom de l'ordre de la nature[21]
Essence Pour Santayana ce mot signifie à la fois concept et signification. Il reprend ce concept d'Aristote en lui enlevant toute capacité à produire seule des effets[20]
Esprit L'esprit entendue comme conscience survient quand un corps animal atteint un certain degré de complexité. Santayana perçoit la conscience comme un don gratuit de la nature.[22]
Vie Spirituelle A la suite d'Aristote, il voit la vie spirituelle comme le point culminant d'une expérience survenant suite à un travail satisfaisant[23]
Vérité Tout ce que l'être humain peut faire c'est croire en la vérité de ce qui provoque le succès d'une action et permet d'atteindre des moments de joie et de bonheur[20]

Esthétisme[modifier | modifier le code]

Santayana[24] écrit : « Mes affinités réelles se portaient sur trois ou quatre dames âgées » dont Isabella Stewart Gardner,

Son livre le plus important sur la question est The Sense of Beauty[25] publié en 1896 . Le livre est tiré d'une série de conférences données par Santayana à Harvard entre 1892 et 1894[26]. D'après ce qu'il a déclaré au critique d'art Arthur Danto en 1950, il a écrit ce livre en partie parce que ses collègues « lui ont fait savoir par l'intermédiaire de leurs femmes qu'il ferait bien d'écrire un livre ...sur l'art »[27]

Le livre est divisé en quatre parties : La nature de la beauté, les matériaux de la beauté, la forme et l'expression.[26]. La beauté est définie par Santayana comme un « plaisir objectifié »[25]. Son origine ne se trouve pas dans une inspiration divine comme le soutiennent les philosophes mais dans une psychologie naturelle. [28]. Si Santayana a des objections à attribuer un rôle métaphysique à dieu dans l'esthétisme, il accepte d'utiliser le nom de dieu comme une métaphore.[25]. Si sa thèse selon laquelle la beauté est une expérience humaine basée sur les sens est devenue influence dans le champ de l'esthétisme[28], Santayana rejettera cette approche plus tard la qualifiant de psychologisme de contournement[25].

Selon Santayana, la beauté est liée au plaisir, et constitueun élément fondamental de l'expérience et des desseins de l'homme.[28]. La beauté ne trouve pas son origine dans une expérience plaisante en elle-même,[29] ou dans des objects qui apportent du plaisir[30],mais exige que l'expérience et le plaisir émotionnel se mêlent aux qualités de l'objet.[30] La beauté est une « manifestation de la perfection »[31] et pour lui « la sentiment de la beauté a plus d'importance dans la vie que la théorie esthétique n'en a jamais eu en philosophie. »[25]

Les œuvres philosophiques majeures de Santayana[modifier | modifier le code]

Santayana expose ses vues philosophiques de façon systématique dans trois ouvrages : The Life of Reason (1905-06), Scepticism and Animal Faith (1923) et the Realms of Being (1927-1940). Le premier livre cité expose son éthique et sa philosophie de la culture, tandis que le dernier expose davantage sa théorie de la connaissance et de la réalité. Le livre de 1923 est souvent perçu comme une introduction à son dernier ouvrage majeur The Realms of Being [32].

The Life of Reason (La vie de la raison)[modifier | modifier le code]

Edition de 1920 du livre The Life of Reason publié entre 1905 et 1906.

Ce livre est à la fois une histoire de la rationalité et une analyse de la vie rationnelle[33]. L'ouvrage comprend cinq livres ou parties : Reason in Common Sense, Reason in Society, Reason in Religion; Reason in Art et Reason in Science. Santayana cherche à comprendre comment notre rationalité et nos standards peuvent avoir émergé à partir des expériences que l'homme primitif a du affronter. Pour ce faire, la première partie de l'ouvrage retrace quelques étapes marquantes du développement de la raison dont l'étape finale est la bonne vie, dite aussi, vie rationnelle, qui suit le perfectionnement du pouvoir et des institutions humaines. Santayana insiste sur l'importance de la beauté. Pour lui, l'art comme la religion la science ou n'importe quelle activité humaine concourt à la vie rationnelle[33]. Mais, « l'éthique chez Santayana ne peut être comprise sans tenir compte de sa théorie de la connaissance et sa sa cosmologie. En effet, Santayana croit que l'homme ne peut connaître ce qui lui est bon sans comprendre la réalité qui l'a généré et et qui l'environne, pour lui la vie rationnelle est impossible sans une vue rationnelle du cosmos »[33].

Dns ce livre, Santyana relie les idéaux ou perfections à leur racine naturelle. Pour lui, « La Nature est un jardin parfait pour les idéaux, et les passions, un sol perpétuellement fertile pour la poésie, les mythes et la spéculation.. Car en quoi consiste un idéal ? qu'est-ce qui le réalise ? si ce n'est une existence naturelle et des passions naturelles »[34]

Scepticism and Animal Faith[modifier | modifier le code]

Pour Santayana, le « scepticisme est la chasteté de l'intellect et il est honteux de la perdre trop tôt, au premier coin de rue ou avec le premier venu: il y a de la noblesse à la préserver tranquillement et prudemment durant une longue jeunesse, jusqu'au moins, que dans la maturité et la discrétion elle puisse être surement échangée pour de la fidélité et du bonheur » [35][36]. Il accuse Descartes et Hume d'avoir trop vite renoncé au scepticisme. Pour lui, aucune proposition n'est en elle-même évidente. La vérité et l'existence ne sont pas données par une simple expérience mais élaborées à partir d'un ensemble de croyances et de références qui transcendent ce qui est perçu[36]. L'intention est ce qui donne à l'essence une existence matérielle et l'intention dépend de la psyché c'est-à-dire des préférences qui font l'individualité d'un organisme.[37]. Pour Santayana,

« la connaissance est une croyance médiatisée par des symboles[38][39]. »

Le symbole étant un précurseur d'une essence, qui avertit un animal intelligent d'un risque matériel [39]. Pour Santayana, seule l'intuition pure peut vaincre le scepticisme. C'est-à-dire que seule la contemplation d'une essence permet de vaincre le scepticisme[37].

Santayana et la philosophie Américaine[modifier | modifier le code]

Le débat sur l'inclusion ou non de Santayana dans la philosophie américaine[modifier | modifier le code]

Max H.Fisch dans un ouvrage de 1951 intitulé Classic American Philosophers réédité au moins quatre fois, le considère sans la moindre hésitation comme une philosophe américain classique. En 1968, John E.Smith dans son livre The Spirit of American Philosophy l'en exclut. Il écrit :

« Je ne l'ai pas évoqué dans cette étude, car il me semble que malgré sa présence durant l'âge d'or de la philosophie américaine,sa pensée n'est pas représentative de la façon de voir américaine. L'esprit américain, comme Santayana l'a vu est volontariste, pas contemplatif; il est moral et moraliste plutôt qu'esthétique; il préfère évacuer la religion plutôt que la considérer comme simple poésie; il n'accepte pas une théorie de la réalité selon laquelle le soi est soit apparence soit évanescent. En bref, l'esprit américain est tout sauf ce que Santayana est et soutient[40]. »

Pour Gross, si ce point de vue résume les vues de plusieurs historiens et reprend pour beaucoup les déclarations de Santayana lui-même qui insistait sur son caractère latin et ses liens avec le catholicisme et la tradition littéraire européenne[41] il est aussi trompeur. En effet, selon lui, si l'on regarde de plus près l'œuvre, des points communs avec le courant pragmatistes apparaissent notamment en ce qui concerne e traitement de la vérité et l'accent mis sur la nature biologique de l'intelligence [42]. Cette proximité entre Santayna et le pragmatisme sera étudiée plus en profondeur en 1992 par Henry Samuel Levinson dans le livre intitulé Santayana, Pragmatisme, and the spiritual Life,

Santayana et le pragmatisme[modifier | modifier le code]

Henry David Thoreau dont Santayana est proche sur la question du nécessaire détachement ar rapport à la société

Dans son livre intitulé Santayana, Pragmatisme, and the spiritual Life, Henry Samuel Levinson[43] voit Santayana comme un pragmatique individualiste à la William James. La marginalisation de Santayana dans le courant pragmatique à la Dewey s'expliquerait par six différences majeures opposant ses deux philosophes.

Tout d'abord, alors qu'avec Dewey, les pragmatiques vont s'orienter vers l'action sociale, Santayana se focalise davantage sur l'aspect spirituel. Les institutions sociales ne l'intéressent qu'autant qu'elles peuvent permettre un enrichissement spirituel et du plaisir [43]. En lien avec ce premier point, Santayana prône à la manière d'Henry David Thoreau une distance d'avec la société, ainsi qu'un certain sens de l'humour, et une certaine capacité d'oubli afin de faire face de façon plaisante à la tragédie de la vie. Troisième différence, les pragmatistes à la Dewey ont foi dans les capacités de la raison pour résoudre les problèmes. Santayama, au contraire, a une confiance plus limitée en la raison[43]. Quatrième point, les deux auteurs ont des vues différentes quant aux buts de la philosophie. Pour Dewey, la philosophie doit participer à la formation de bons citoyens et d'une bonne société. Pour Santayana, la philosophie doit nous permettre de nous dégager des maux sociaux et même des valeurs qui forment notre moi profond. Elle doit célébrer l'imagination et l'esprit[43]. Cinquième différence, alors que les pragmatistes à la Dewey accordent peu d'intérêt à l'histoire et aux institutions religieuses, pour Santayana, les religions sont des forces culturelles qui permettent de transcender la banalité de la vie ordinaire[44]. Enfin, dernier point, Santayana ne partage pas la foi de Dewey dans la démocratie[44] .

Selon Levinson, ces tensions entre un pragmatisme social et un pragmatisme individualiste viendrait de Ralph Waldo Emerson. Il note « Santayan proclame que le transcendantalisme d'Emerson rompu la vieille hiérarchie de la pensée occidentale, réitérée par les philosophes des lumières, qui subordonne l'imagination humaine, comme la poésie, à la science ou à la compréhension humaine et à la raison...Dans le lecture qu'en fait Santayana, Emerson voit la culture comme un moyen de redonner à la poésie son statut de source de chaque sorte de discours et de pratiques distinctement humaines »[44].

Santayana et la philosophie analytique[modifier | modifier le code]

L'importance croissante prise par la philosophie analytique dés l'entre-deux-guerres a contribué à marginaliser Santayana qul avait de fortes objections à son égard. Tout d'abord, il est en désaccord avec le projet épistémologique de la philosophie analytique qu'il trouve trop étroit, négligeant en particilier l'aspect moral. Par ailleurs, il perçoit le projet analytique comme inhumain et scientiste. Enfin, il estime que ce projet éloigne la philosophie de ce qu'il pense être son vrai but à savoir : l'étude critique basée sur le contexte ainsi que la création de fictions capables de nous insuffler les valeurs nécesaires à la vie[45] .

Postérité[modifier | modifier le code]

Santayana a influencé ceux qui l'entouraient, y compris Bertrand Russell qui dans un essai critique reconnait que c'est lui qui a contribué à l'éloigner de l'éthique de G. E. Moore[46]. Santayana a aussi influencé nombre de personnes éminentes ayant suivi une scolarité à Harvard. Parmi les plus connues, il est possible de citer T. S. Eliot, Robert Frost, Gertrude Stein, Horace Kallen, Walter Lippmann, W. E. B. Du Bois, Conrad Aiken, Van Wyck Brooks, le juge à la Cour Suprême des États-Unis Felix Frankfurter, Max Eastman ou encore le poète Wallace Stevens. Ce dernier, très influencé par l'esthétique de Santayana, est devenu par la suite son ami, bien qu'il n'ait jamais été un de ses étudiants à Harvard[47],[48],[49].

Santayana est cité par le sociologue Erving Goffman comme ayant eu une influence centrale sur la thèse de son fameux livre The Presentation of Self in Everyday Life (1959). L'historien des religions Jerome A. Stone crédite Santayana d'avoir contribué au développement du naturalisme religieux [50]. Le mathématicien et philosophe Alfred North Whitehead cite amplement Santayana dans son magnum opus Process and Reality[51].

Chuck Jones utilise la description de Santayana du fanatisme comme « redoublement de ses efforts après avoir oublié son but » pour décrire ses cartoons mettant en scène Bip Bip et Coyote[52].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1894. Sonnets And Other Verses.
  • 1896. The Sense of Beauty: Being the Outline of Aesthetic Theory.
  • 1899. Lucifer: A Theological Tragedy.
  • 1900. Interpretations of Poetry and Religion.
  • 1901. A Hermit of Carmel And Other Poems.
  • 1905–1906. The Life of Reason: or the Phases of Human Progress, 5 vols.
  • 1910. Three Philosophical Poets: Lucretius, Dante, and Goethe.
  • 1913. Winds of Doctrine: Studies in Contemporary Opinion.
  • 1915. Egotism in German Philosophy.
  • 1920. Character and Opinion in the United States: With Reminiscences of William James and Josiah Royce and Academic Life in America.
  • 1920. Little Essays, Drawn From the Writings of George Santayana. by Logan Pearsall Smith, With the Collaboration of the Author.
  • 1922. Soliloquies in England and Later Soliloquies.
  • 1922. Poems.
  • 1923. Scepticism and Animal Faith: Introduction to a System of Philosophy.éd. Courier Dover Publications, 1955, (ISBN 0-486-20236-4), (ISBN 978-0-486-20236-5)*1926. Dialogues in Limbo
  • 1927. Platonism and the Spiritual Life.
  • 1927–40. The Realms of Being, 4 vols.
  • 1931. The Genteel Tradition at Bay.
  • 1933. Some Turns of Thought in Modern Philosophy: Five Essayséd. Charles Scribner's Sons, 1933, lire en ligne, disponible dans le Projet Gutenberg.
  • 1935. The Last Puritan|The Last Puritan: A Memoir in the Form of a Novel.
  • 1936. Obiter Scripta: Lectures, Essays and Reviews. Justus Buchler and Benjamin Schwartz, eds.
  • 1944. (en) Persons and Places, The Background of My Life, éd. Charles Scribner's Sons, 1944, [lire en ligne]
  • 1945 (en) Persons and Places Vol II, The Middle Span, éd. Charles Scribner's Sons, 1945, [lire en ligne]'Persons and Places.
  • 1946. The Idea of Christ in the Gospels; or, God in Man: A Critical Essay.
  • 1948. Dialogues in Limbo, With Three New Dialogues.éd. Constable, 1925, (OCLC 1719645)
  • 1951. Dominations and Powers: Reflections on Liberty, Society, and Government.
  • 1953. Person and Places Vol III, My Host The World

Œuvres éditées à titre posthume et/ou œuvres choisies

  • 1955. The Letters of George Santayana. Daniel Cory, ed. Charles Scribner's Sons. New York. (296 letters)
  • 1956. Essays in Literary Criticism of George Santayana. Irving Singer, ed.
  • 1957. The Idler and His Works, and Other Essays. Daniel Cory, ed.
  • 1967. The Genteel Tradition: Nine Essays by George Santayana. Douglas L. Wilson, ed.
  • 1967. George Santayana's America: Essays on Literature and Culture. James Ballowe, ed.
  • 1967. Animal Faith and Spiritual Life: Previously Unpublished and Uncollected Writings by George Santayana With Critical Essays on His Thought. John Lachs, ed.
  • 1968. Santayana on America: Essays, Notes, and Letters on American Life, Literature, and Philosophy. Richard Colton Lyon, ed.
  • 1968. Selected Critical Writings of George Santayana, 2 vols. Norman Henfrey, ed.
  • 1969. Physical Order and Moral Liberty: Previously Unpublished Essays of George Santayana. John and Shirley Lachs, eds.
  • 1979. The Complete Poems of George Santayana: A Critical Edition. Edited, with an introduction, by W. G. Holzberger. Bucknell University Press.
  • 1995. The Birth of Reason and Other Essays. Daniel Cory, ed., with an Introduction by Herman J. Saatkamp, Jr. Columbia Univ. Press.
  • 2009. The Essential Santayana. Selected Writings Edited by the Santayana Edition, Compiled and with an introduction by Martin A. Coleman. Bloomington: Indiana University Press.

Sources de l'article[modifier | modifier le code]

  • George Santayana, Persons and Place, MIT Press, coll. « Trade edition », , 621 p.
  • (en) Herman Saatkamp et Martin Coleman, « George Santayana », dans Stanford Encyclopedia of Philosophy, (lire en ligne)
  • (en) Philip Blair Rice, « George Santayana », dans Classic American Philosophers, Fordham University Press,
  • (en) Matthew Caleb Flamm, « George Santayana », dans IEP, (lire en ligne)
  • (en) Henry Samuel Levinson, Santayana, Santayana, pragmatisme, and the spiritual life, University of North Carolina Press, , 348 p.
  • (en) Anthony Graybosch, « Book review : Santayana, Pragmatism and the Spiritual Life », Metaphilosophy, Blackwell Publishers, no 3, Vol 26,‎

Sur Santayana[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopaedia Universalis
  2. a, b, c et d Saatkamp 2014, p. 3.
  3. a, b et c Saatkamp 2014, p. 4.
  4. Santayana 1987, p. 257.
  5. Santayana 1987, p. 260.
  6. a, b et c Saatkamp 2014, p. 5.
  7. Traduit depuis Saatkamp (2014) p.5
  8. Saatkamp 2014, p. 6.
  9. a, b et c Saatkamp 2014, p. 8.
  10. Saatkamp 2014, p. 9.
  11. Flamm 2016, p. 3.
  12. a et b Saatkamp 2014, p. 10.
  13. Saatkamp 2014, p. 13.
  14. Santayana, George. The Letters of George Santayana. New York: Charles Scribner's Sons, 1955. p. 282
  15. George Santayana, ""The Last Puritan"". Cambridge: MIT Press, 1994, 5.
  16. Santayana, George. The Letters of George Santayana. New York: Charles Scribner's Sons, 1955. p. 309
  17. Santayana, George. The Letters of George Santayana. New York: Charles Scribner's Sons, 1955. p. 271
  18. Saattkamp 2014, p. 20.
  19. Rice 2004, p. 263.
  20. a, b et c Saattkamp 2014, p. 22.
  21. Rice 2004, p. 261.
  22. Rice 2004, p. 262.
  23. Saattkamp 2014, p. 23.
  24. Santayana 1987, p. 363.
  25. a, b, c, d et e (en) Stephen Davies, Kathleen Marie Higgins, Robert Hopkins, Robert Stecker et David E. Cooper, A Companion to Aesthetics, John Wiley & Sons, , 511–512 p. (ISBN 978-1-4051-6922-6, lire en ligne)
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  49. Saatkamp, Herman, "George Santayana", The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Fall 2010 Edition), Edward N. Zalta (ed.), URL = <http://plato.stanford.edu/archives/fall2010/entries/santayana/>
  50. Religious Naturalism Today, page 44–52
  51. Whitehead, A.N. (1929). Process and Reality. An Essay in Cosmology. Gifford Lectures Delivered in the University of Edinburgh During the Session 1927–1928, Macmillan, New York, Cambridge University Press, Cambridge UK.
  52. See the sixth paragraph, That's Not All, Folks! Of course you know this means war. Who said it?, by Terry Teachout, The Wall Street Journal, November 25, 2003, (Archived at WebCite).

Liens externes[modifier | modifier le code]