Pierre Rosanvallon

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Pierre Rosanvallon
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Pierre Rosanvallon lors de la session des Semaines sociales de France à Villepinte, le .

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Pierre Rosanvallon, né à Blois en 1948, est un historien, sociologue et intellectuel français. Ses travaux portent principalement sur l'histoire de la démocratie, et du modèle politique français, et sur le rôle de l'État et la question de la justice sociale dans les sociétés contemporaines[1].

Il occupe depuis 2001 la chaire d'histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France[2] tout en demeurant directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Il a été l'un des principaux théoriciens de l'autogestion associée à la CFDT. Dans son livre, L'âge de l'autogestion, il défend un héritage philosophique savant, venu à la fois de Marx et de Tocqueville, et annonce une « réhabilitation du politique » par la voie de l'autogestion.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

Pierre Rosanvallon est diplômé de l'École des hautes études commerciales (HEC) en 1969. Il publie en 1979 une thèse de 3e cycle en histoire avec Claude Lefort : Le Capitalisme utopique. Histoire de l'idée de marché et prépare avec lui également un doctorat d’État en lettres et sciences humaines : Le Moment Guizot en 1985[3].

Carrière[modifier | modifier le code]

Au cours de son service militaire, il fait paraître sous le pseudonyme Pierre Ranval, Hierarchie des salaires et lutte des classes (1972).

De retour à la vie civile, il a été successivement permanent syndical de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), où il était conseiller économique de la confédération puis conseiller politique d'Edmond Maire, et rédacteur en chef de la CFDT Aujourd'hui. Il théorisa notamment, pour la CFDT recentrée, comment l'autogestion pouvait servir de concept-relais avec une forme de libéralisme [4]. Il fut ensuite membre du Parti socialiste unifié (PSU) puis du Parti socialiste.

Il est un temps chroniqueur économique à Libération[5]. Didier Eribon, sociologue engagé à gauche, avance pour sa part que « quand Libération recruta Pierre Rosanvallon comme chroniqueur puis comme responsable de sa rubrique "Idées" en 1982-1983, ce fut explicitement (j’insiste sur ce point) pour se débarrasser de l’influence des intellectuels critiques (Foucault et Bourdieu) et se donner les moyens d’être en phase avec le nouveau personnel politique qui occupait les ministères. »[6]

En 1982, il crée la Fondation Saint-Simon avec François Furet[7]. Pour la revue acrimed de gauche antilibérale, la Fondation Saint-Simon « joua un rôle central dans la conversion de la gauche de gouvernement au libéralisme. »[5]

Il soutient en 1995 la position de la CFDT à propos de la partie de la réforme de la Sécurité sociale portant sur l'assurance maladie et présentée par le gouvernement Juppé en 1995, signant notamment une pétition parue dans Le Monde en sa faveur[8].

Il est élu au Collège de France en 2001 et peu de temps ensuite devient "éditorialiste associé" au Monde[5].

Eric Zemmour le décrit comme un « mandarin » ayant eu son heure de gloire médiatique dans les années 1980 alors qu'avec la « République du centre », il réconciliait la droite libérale et une partie de la gauche en profitant de l'aura de François Furet auquel il devait une partie de sa carrière académique[9]. La commande du pamphlet de Daniel Lindenberg, Le Rappel à l'ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires aurait, selon Zemmour, eu pour but de l'exonérer de l'accusation d'être « réactionnaire »[9]. Il est présenté par Le Point comme « le commandeur de la « deuxième gauche », molle ou réformiste »[10]

Il est membre depuis 2002 du Conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France[11], depuis 2004 du Conseil scientifique de l'École normale supérieure[12], mais il a démissionné de la présidence en 2005 pour protester contre la nomination de Monique Canto-Sperber[13] à la direction de l'école de la rue d'Ulm[14].

Il crée en 2002, avec le soutien financier de grandes entreprises (Altadis, Lafarge, les AGF, EDF, Air France…), La République des idées, un « atelier intellectuel » qu'il préside[15]. Son ambition est de « refonder une nouvelle critique sociale », détachée de ce qu'il nomme l'« archéoradicalisme » ou l’« idéologie radicale-nostalgique »[16]. Ce groupe édite une revue, La Vie des idées ainsi qu'une collection de livres aux éditions du Seuil, et a organisé en 2006 le forum de Grenoble sur la « nouvelle critique sociale ».

À partir d'octobre 2007, il dirige le site Internet La Vie des idées, qui publie des chroniques et essais contribuant au débat d'idées dans de nombreuses disciplines.

En mai 2009, dans le cadre de la République des idées, il organise de nouveau un forum à la Maison de la Culture de Grenoble, "Réinventer la démocratie" [17].

Il est membre du club Le Siècle réunissant des représentants des milieux dirigeants de la France[18].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Pierre Rosanvallon est décoré Chevalier de la Légion d'honneur le 2 octobre 1998. Il est promu Officier de la Légion d'honneur le 13 juillet 2010[19].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les ouvrages de Pierre Rosanvallon ont été traduits en 22 langues (allemand, anglais, arabe, chinois, espagnol, finnois, grec, hongrois, italien, japonais, polonais, portugais, roumain, russe, slovène, suédois, turc, ukrainien) et édités dans 26 pays (Source : Catalogue de la Bibliothèque générale du Collège de France, 2014 ).

  • Hiérarchie des salaires et lutte des classes, Cerf, 1972. Publié sous le pseudonyme Pierre Ranval pour échapper à l'interdiction d'écriture pendant son service militaire[20].
  • L’Âge de l’autogestion, Le Seuil, coll. Points politique, 1976, 246 p.
  • Pour une nouvelle culture politique (avec Patrick Viveret), Le Seuil, coll. Intervention, 1977.
  • Le Capitalisme utopique. Histoire de l'idée de marché, Le Seuil, coll. Sociologie politique, 1979 ; coll. Points Politique, no 134, 1989 (sous le titre Le Libéralisme économique) ; nouvelle édition sous le titre initial, Points Essais, no 385, 1999.
  • La Crise de l’État-providence, Le Seuil, 1981 ; Coll. Points Politique, 1984 ; Points Essais, no 243, 1992.
  • Misère de l’économie, Le Seuil, 1983.
  • Le Moment Guizot, Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 1985.
  • La Question syndicale. Histoire et avenir d'une forme sociale, Calmann-Lévy, coll. Liberté de l'esprit, 1988 ; Nouvelle édition, coll. Pluriel, 1990 et 1998.
  • La République du centre. La fin de l’exception française, avec François Furet et Jacques Julliard, Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’esprit », 1988, 1994, 182 pp., ISBN 270211752X ; nouvelle édition, Hachette, « Pluriel », 1989, 224 pp., ISBN 978-2-01-015380-8.
  • L’État en France de 1789 à nos jours, Le Seuil, L'Univers historique, 1990 ; coll. Points Histoire, 1993 et 1998.
  • Le Sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1992 ; Folio-Histoire, 2001.
  • La Monarchie impossible. Histoire des Chartes de 1814 et 1830, Fayard, Histoire des constitutions de la France, 1994.
  • Le Nouvel Âge des inégalités (avec Jean-Paul Fitoussi), Le Seuil, 1996 ; Points Essais, no 376, 1998.
  • La nouvelle question sociale. Repenser l’État-providence, Le Seuil, 1995. Coll. Points essais, 1998 (2 éditions), ISBN 2-02-022030-X
  • Le Peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1998 ; Folio-Histoire, 2002.
  • La Démocratie inachevée. Histoire de la souveraineté du peuple en France, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 2000, Folio Histoire 2003
  • Pour une histoire conceptuelle du politique, Le Seuil, 2003
  • Le Modèle politique français. La société civile contre le jacobinisme de 1789 à nos jours, Le Seuil, 2004 ; Points-Histoire, no 354, 2006.
  • La contre-démocratie. La politique à l'âge de la défiance, Seuil, 2006 ; Points-Essais, no 598, 2008. ISBN 978-2-02-088443-3"
  • La Légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité, Le Seuil, 2008; Points Essais ISBN 978-2-7578-1788-9
  • La Société des égaux, Le Seuil, 2011.
  • Le Parlement des invisibles ( Manifeste pour "raconter la vie"), Le Seuil 2014, ISBN 2370210168
  • Le Bon Gouvernement, Le Seuil, 2015 (ISBN 978-2-02-122422-1)[5]

Sur Rosanvallon, son itinéraire et sa démarche intellectuelle[modifier | modifier le code]

  • Itinéraires intellectuels des années 1970 : Pierre Rosanvallon, Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, no 2, 1995.
  • Faire l’histoire du politique (Entretien avec Pierre Rosanvallon), Esprit, no 209, février 1995, p. 25-42.
  • Sur quelques chemins de traverse de la pensée du politique en France, Entretien avec Pierre Rosanvallon, Raisons Politiques, no 1, février–avril 2001, p. 50.
  • Geneviève Verdo, Pierre Rosanvallon, archéologue de la démocratie, Revue historique, no 623, 2002, p. 693-720.
  • Jean-Claude Monod, Les recompositions du modèle politique français. Le jacobinisme amendé selon Pierre Rosanvallon, Esprit, juillet 2004.
  • Christophe Gaubert, Révolution culturelle et production d’un "intellectuel de proposition" (Pierre Rosanvallon), dans Sylvie Tissot (sous la dir. de), Reconversions militantes, Presses universitaires de Limoges, 2005.
  • (en) Intellectual History and Democracy (entretien avec Pierre Rosanvallon par Javier Fernández Sebastián), Journal of the History of Ideas, vol. 68, no 4, 2007.
  • Démocratie ou contre-démocratie ? (Deux lectures de Pierre Rosanvallon par Nadia Urbinati et Thierry Ménissier), Critique, no 731, avril 2008.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sa notice sur le site de la BNF: La notice
  2. Décret du 5 décembre 2001 portant nomination et titularisation
  3. « Biographie de Pierre Rosanvallon », sur Le Collège de France (consulté le 5 janvier 2014)
  4. CFDT, l’identité en question - Frank Georgi, par le laboratoire d'Histoire Sociale CHS, page web et film
  5. a, b, c et d Pierre Rosanvallon, un évangéliste du marché omniprésent dans les médias, Denis Souchon, acrimed.org, 6 octobre 2015
  6. Didier Eribon, D’une révolution conservatrice, Léo Scheer, 2007, p.69.
  7. « Ces architectes en France du social-libéralisme », Manière de voir, no 72, « Le nouveau capitalisme », décembre 2003 - janvier 2004.
  8. Voir Le décembre des intellectuels français, Raisons d'agir, Paris, 1997.
  9. a et b Eric Zemmour, Le suicide français, Albin Michel 2014, p.465-470
  10. Pierre Rosanvallon : "La réponse conservatrice est dominante", lepoint.fr, 13 décembre 2015
  11. Arrêté du 11 janvier 2002 portant nomination au conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France
  12. Arrêté du 17 septembre 2004 portant nomination au conseil scientifique de l'Ecole normale supérieure
  13. Monique Canto-Sperber doit partir, par un collectif, lemonde.fr, 19 janvier 2007
  14. La femme à abattre, Monique Canto-Sperber, lemonde.fr, 5 février 2007
  15. L’Expansion, 1er décembre 2002.
  16. Cité in Le Monde, 21 novembre 2005.
  17. « Réinventer la démocratie », Cahier du « Monde » n˚19987, 29 avril 2009, 8 pp.
  18. Michéa face à la stratégie Godwin, Jean-Claude Michéa, marianne.net, 4 janvier 2014
  19. Décret du 13 juillet 2010 portant promotion et nomination
  20. Entretien radiophonique aux Matins de France Culture, le 15 mai 2013, à 1 h 15 min 50 s

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]