Thomas Piketty

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Thomas Piketty

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Thomas Piketty lors d'une conférence en 2011.

Naissance (42 ans)
Champs économie publique
Institutions École d'économie de Paris - EHESS
Directeur de thèse Roger Guesnerie
Renommé pour Les hauts revenus en France au XXe siècle (2001)
Distinctions Prix du meilleur jeune économiste de France (2002)
Prix Yrjö Jahnsson (2013)

Thomas Piketty (né le à Clichy) est un économiste français. Ancien élève de l'École normale supérieure et docteur en économie, il est spécialiste de l'étude des inégalités économiques, en particulier dans une perspective historique et comparative. Il a reçu en 2002 le Prix du meilleur jeune économiste de France et en 2013 le Prix Yrjö Jahnsson. Il est proche du Parti socialiste.

Après avoir joué un rôle majeur dans la fondation de l'École d'économie de Paris, il y est aujourd'hui professeur. Il est également directeur d'études à l'EHESS.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation (1971-1993)[modifier | modifier le code]

Thomas Piketty naît à Clichy, dans la banlieue parisienne. Ses parents ont milité à Lutte ouvrière avant d'aller élever des chèvres dans l'Aude[1]. Très bon élève, après un baccalauréat C et un passage par les classes préparatoires de maths sup et spé, il intègre à dix-huit ans l'École normale supérieure.

Il s'oriente alors vers l'étude des sciences économiques. Il soutient à vingt-deux ans sa thèse de doctorat, préparée à l'ENS et à la London School of Economics sous la direction de Roger Guesnerie. Intitulée « Essais sur la théorie de la redistribution des richesses[2] », elle obtient le prix de la meilleure thèse de l'année 1993 décerné par l'Association française de sciences économiques[3].

Parcours (1993-…)[modifier | modifier le code]

Sa thèse achevée, il enseigne de 1993 à 1995 au Massachusetts Institute of Technology. En 1995, il entre au CNRS comme chargé de recherche. À partir de 2000, il devient directeur d'études à l'EHESS. Il publie l'année suivante une étude historique assez médiatisée, Les hauts revenus en France au XXe siècle. Inégalités et redistributions 1901-1998[4].

En 2005, Dominique de Villepin lui confie la création d'une nouvelle institution universitaire française « capable de rivaliser avec la London School of Economics »[5]. L'École d'économie de Paris dont il devient le premier directeur à partir de la fin de l'année 2006 regroupe l'ex-DELTA, le CERAS et le Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP)[6]. Au début de l'année 2007 il quitte ses fonctions du fait de son engagement en faveur de Ségolène Royal lors de la campagne électorale présidentielle de 2007. Il juge ce rôle incompatible avec le devoir de réserve traditionnellement associé à une fonction de direction et avait pris cette décision « de longue date[7] ». Il y est professeur depuis 2007.

En 2009, Aurélie Filippetti porte plainte contre Thomas Piketty pour violences conjugales. L'enquête est classée sans suite après qu'il a reconnu ses torts[8].

En 2012, le magazine anglo-saxon Foreign Policy le sélectionne parmi les cent intellectuels les plus influents[9].

Il est éditorialiste pour le journal Libération et a publié occasionnellement des tribunes dans Le Monde.

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Proche du Parti socialiste, sans en être membre, il a participé à la commission économique du Parti socialiste de 1995 à 1997[10] ; lors de la campagne présidentielle 2007, il s'est engagé en faveur de Ségolène Royal[11], dont il était conseiller économique. D'après la liste arrêtée au , il est membre du Comité d'orientation scientifique de l'association « À gauche en Europe » fondée par Michel Rocard et Dominique Strauss-Kahn.

Le il publie, avec d'autres économistes, un texte de soutien à François Hollande dans Le Monde[12].

Travaux[modifier | modifier le code]

Économiste reconnu, il est un spécialiste des inégalités économiques. Ses travaux dans ce domaine sont multiples : d'abord théoriques et normatifs[13], ils ont pris, à partir de la fin des années 1990, une perspective historique et statistique.

En décalage par rapport aux paradigmes dominants dans les sciences économiques, il en vient à revendiquer le statut de chercheur en sciences sociales plutôt qu'économiste[14].

Étude des inégalités économiques[modifier | modifier le code]

Part du revenu des 10 % des Français les plus riches dans le revenu total (1919-2005) (données de Thomas Piketty jusqu'en 1998 puis de Camille Landais).

Thomas Piketty engage, en effet, une recherche sur les hauts revenus en France, qui va notamment conduire à la publication de l'ouvrage : Les hauts revenus en France au XXe siècle (Grasset, 2001). Cette étude est fondée sur la création de séries statistiques couvrant la totalité du XXe siècle, constituées à partir des données de l'administration fiscale (en particulier des déclarations de l'impôt sur le revenu).

L'évolution des inégalités en France[modifier | modifier le code]

Ces travaux ont permis de faire ressortir un ensemble de faits importants. En particulier, Thomas Piketty montre que les inégalités de revenus ont fortement baissé au XXe siècle en France, essentiellement après la Seconde Guerre mondiale. Cette baisse des inégalités est, pour une large part, due à la diminution des inégalités de patrimoine, tandis que les inégalités salariales restaient stables. Pour Thomas Piketty, cette baisse résulte de l'effet de la création de l'impôt sur le revenu, et du fort accroissement de sa progressivité après la guerre, qui a entravé la dynamique de l'accumulation patrimoniale, en diminuant l'épargne disponible pour les plus grandes fortunes. Thomas Piketty est, pour cette raison, très défavorable aux baisses de la fiscalité intervenues depuis les années 1990[réf. nécessaire], car celles-ci auront pour lui comme conséquence probable la reconstitution de ces grandes fortunes, souvent rentières. Or, en supprimant la classe des rentiers, peu active économiquement, qui dominait la hiérarchie des revenus, et en la remplaçant par des actifs obtenant leurs revenus de leur travail, cette diminution des inégalités a, selon Thomas Piketty, permis de dynamiser la croissance économique. Dans une étude statistique, il s'est par ailleurs efforcé de montrer que l'« effet Laffer », voulant que des taux marginaux d'imposition élevés sur les hauts revenus poussent ceux-ci à moins travailler, était probablement nul ou faible dans le cas de la France[15].

Un travail comparatiste[modifier | modifier le code]

Évolution de la part du revenu des 10 % les plus riches dans le revenu total aux États-Unis. Données de Emmanuel Saez et Thomas Piketty.

Thomas Piketty s'est, par la suite, engagé dans un travail comparatif sur la dynamique des inégalités dans les pays développés. Il a, à cette fin, constitué des séries statistiques construites sur une méthodologie semblable à celle de ses travaux portant sur la France, en travaillant en collaboration avec d'autres économistes, en particulier Emmanuel Saez. Ces travaux ont notamment débouché sur la publication d'articles sur l'évolution des inégalités aux États-Unis[16] et sur la comparaison des dynamiques des pays anglo-saxons et des pays d'Europe continentale[17]. Ces études ont permis de faire ressortir que les pays anglo-saxons, après avoir connu la même baisse des inégalités économiques que les pays d'Europe continentale, se sont engagés dans une dynamique de reconstitution de très fortes inégalités depuis 30 ans.

Il publie en 2013 Le Capital au XXIe siècle, un ouvrage de près de 1 000 pages sur le retour en force des inégalités, avec en particulier une étude de répartition des richesses à travers différentes époques[18], qui fait apparaître des inégalités de patrimoine presque aussi fortes que durant les années 1900, quand Paris assurait un vaste financement boursier pour les sociétés étrangères.

Une critique de la courbe de Kuznets[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Courbe de Kuznets.

Les analyses de Thomas Piketty constituent en partie un prolongement critique des travaux pionniers de Simon Kuznets dans les années 1950[19]. Pour Kuznets, l'évolution des inégalités de revenu devait prendre, sur une longue période, la forme d'une courbe en cloche (la « courbe de Kuznets »), en s'accroissant au commencement de la révolution industrielle pour diminuer par la suite, en raison de tendances économiques lourdes, en particulier de la réallocation de la main d'œuvre de secteurs à faible productivité (agriculture) vers des secteurs à plus forte productivité (industrie). Pour Thomas Piketty la tendance qu'a pu observer Kuznets au début des années 1950 ne constitue pas le produit nécessaire de forces économiques profondes (déversement sectoriel, effet du progrès technique) : ce sont les inégalités de patrimoine qui ont diminué, plutôt que les inégalités salariales, et elles l'ont fait selon des causalités contingentes et réversibles, en particulier la création de l'impôt sur le revenu. Il estime ainsi que rien ne garantit que la diminution des inégalités se poursuive : de fait, les inégalités ont fortement augmenté aux États-Unis depuis 30 ans, retrouvant leur niveau des années 1930[réf. souhaitée].

Le débat français sur les retraites et la réforme fiscale[modifier | modifier le code]

Parallèlement à ces études, qui forment le cœur de son travail, Thomas Piketty a publié dans d'autres domaines, souvent en lien avec la question des inégalités économiques. Il fait partie des économistes qui ont analysé les conséquences macro-économiques des nouvelles stratégies boursières sacrifiant l'emploi à la rentabilité et montré comment est devenu inopérant le Théorème de Schmidt.

Il s'est également intéressé aux inégalités scolaires, dans lesquelles il voit une cause importante de la persistance des inégalités salariales, et donc économiques. Il a, en particulier, mené une étude faisant ressortir l'impact important du nombre d'élèves par classe sur la réussite scolaire[20].

En 2008, il a publié un court ouvrage sur l'avenir du système de retraite par répartition, où il prône la mise en place d'un système de points à la Suédoise[21].

En janvier 2011, dans la perspective de l'élection présidentielle française de 2012, il publie avec Camille Landais et Emmanuel Saez Pour une révolution fiscale dans laquelle il préconise la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG en un nouvel impôt sur le revenu, qui serait selon lui plus compréhensible par le citoyen et qui permettrait de taxer davantage les revenus du capital sans pour autant augmenter l'ensemble des impôts et des prélèvements sociaux évalués à 49 % du revenu national fin 2010[22]. Cette « CSG élargie », prélevée à la source, atteindrait ainsi 10 % pour un revenu mensuel de 2 200 euros et 60 % pour un revenu mensuel supérieur à 100 000 euros[23]. Un aspect original du livre[24] est de prendre en compte dans les revenus, comme au début du XXe siècle, le loyer fictif des propriétaires de leur résidence principale[25].

Néanmoins, le postulat de Landais, Piketty et Saez, à savoir que le système fiscal français ne serait plus progressif, est contesté. Bernard Zimmern, de l'iFrap, un think tank, et François Saint-Cast, docteur en économie, estiment dans Les Échos qu'il s'agit de « contre-vérités », affichée à coup d'« artifices » comptables. Selon eux, en intégrant chômeurs et très riches, ainsi que les revenus liés à la redistribution, le système fiscal est clairement progressif[26],[27].

Dès sa sortie, l'ouvrage collectif bénéficie d'une importante couverture médiatique et Thomas Piketty en est généralement le porte-parole ; les critiques sont élogieuses de la part de Libération qui lui consacre sa une, mais mitigées de la part de L'Humanité. Mathieu Laine des Échos conteste le fait qu'une telle réforme ne conduise pas à une évasion fiscale[28]. Le Figaro fait d'abord un accueil méfiant à ce « petit livre rouge » en raison du « penchant à gauche de ses trois coauteurs », mais considère que « ce serait une erreur de refermer l’ouvrage avant de l’avoir lu » et en donne finalement une image plutôt positive : « ce livre a le mérite de nourrir le débat d’idées »[29]. Mais, quelques jours plus tard, il ouvre ses colonnes à Philippe Nemo, qui décrie un « totalitarisme fiscal »[30].

Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE, a lui aussi critiqué la « révolution fiscale » de Landais, Saez et Piketty parce qu'elle vise à individualiser l'impôt, ce qui, selon lui, affecterait nécessairement les familles[31]. Il critique en particulier l'idée de supprimer le quotient familial pour le remplacer par un « crédit d'impôt » forfaitaire, idée que certains socialistes voudraient appliquer[32].

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mai 68 : la parole aux enfants », Le Journal du dimanche, 6 avril 2008 ; mis à jour le 1er novembre 2009.
  2. Curriculum vitæ de T. Piketty.
  3. « Thomas Piketty », Alternatives économiques poche, no 21, novembre 2005.
  4. Thomas Piketty, Alternatives économiques no 21, novembre 2005.
  5. Michel Turin, Le Grand Divorce – Pourquoi les français haïssent leur économie, Calmann-Lévy, 2006.
  6. « Les « French economists » font école », Le Monde, 22 février 2007.
  7. « Pourquoi Thomas Piketty quitte la direction de l’École d’économie de Paris », Observatoire Boivigny, 3 avril 2007.
  8. « Violences conjugales : classement sans suite de l'enquête visant Thomas Piketty après une plainte d'Aurélie Filippetti », sur leparisien.fr, Le Parisien,‎ 24 septembre 2009.
  9. (en) Th FP 100 Global Thinkers.
  10. Virginie Malingre, « Un scrutateur des inégalités », Le Monde, 7 septembre 2001.
  11. « Avant qu’il ne soit trop tard », Le Nouvel Observateur, 27 février 2007 ; modifié le 13 mars 2007.
  12. « Nous, économistes, soutenons François Hollande », sur lemonde.fr.
  13. Voir, en particulier, son Introduction à la théorie de la redistribution des richesses, Economica, 1994.
  14. Laurent Mauduit, Les imposteurs de l'économie – Enquête sur ces experts médiatiques au service de la finance, Paris, JC Gawsewitch, p. 229.
  15. « Les Hauts revenus face aux modifications des taux marginaux supérieurs de l'impôt sur le revenu en France, 1970-1996 », Économie et prévision, no 138-139, 1999.
  16. (en) T. Piketty et E. Saez, « Income inequality in the United States, 1913-1998 », Quarterly journal of economics, vol. 118, no 1, 2003.
  17. Voir en particulier, (en) T. Piketty et E. Saez, « The evolution of top incomes : a historical and international perspectives », American Economic Review, vol. 96, no 2, 2006 et (en) T. Atkinston et T. Piketty (éd.), Top incomes over the twentieth century: a contrast between continental European and English-speaking countries, Oxford University Press, 2007.
  18. Marianne, no 855 du 7 septembre 2013, p. 80-81.
  19. Voir en particulier, (en) « The Kuznets' curve, yesterday and tomorrow », in A.Banerjee, R.Benabou et D.Mookerhee (éd.), Understanding poverty, Oxford university press, 2005.
  20. T. Piketty et M. Valdenaire, L'impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français - Estimations à partir du panel primaire 1997 et du panel secondaire 1995, Ministère de l'éducation nationale, 2006.
  21. A. Bozio et T. Piketty, Pour un nouveau système de retraite : des comptes individuels de cotisations financés par répartition, Éditions de l'ENS rue d'Ulm, collection du CEPREMAP no 14, 2008.
  22. Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez, Pour une révolution fiscale, janvier 2011, La République des idées/ Seuil (ISBN 9782021039412) avec le site qui accompagne et prolonge son propos.
  23. Pour une révolution fiscale, p. 95.
  24. Christophe Alix, « Tous les lobbies se déchaînent pour tenter de défendre leur boutique », Libération, 28 janvier 2011.
  25. Pour une révolution fiscale, p. 73.
  26. « Fiscalité : l’erreur de M. Piketty », Les Échos, 31 mai 2011.
  27. Aymeric Pontier, « Comment Thomas Piketty a manipulé ses chiffres », contrepoints.org, 16 juin 2011.
  28. L'inquiétante « révolution fiscale » de Thomas Piketty et des siens », Les Échos, 8 février 2011.
  29. Crouzel, Cécile « Bibliothèque des essais », Le Figaro, 27 janvier 2011.
  30. Philippe Nemo, « Contre le totalitarisme fiscal », Le Figaro, 3 février 2011.
  31. Henri Sterdyniak Une lecture critique de l’ouvrage : « Pour une révolution fiscale », trois désaccords et certaines convergences, Document de travail no 2012-02, OFCE, janvier 2012, i + 26 p.
  32. Henri Sterdyniak Pour défendre le quotient familial, blog de l'OFCE, 11 janvier 2012.
  33. (en) « Yrjö Jahnsson Award in Economics », sur yjs.fi (consulté le 28 mars 2013).
  34. « Merci Thomas Piketty de remettre l'économie dans l'Histoire! » par Pierre-Yves Cossé, 26 novembre 2013.
  35. « Le triomphe américain d’un économiste français » par Marc-Olivier Bherer, 14 avril 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]