Hourya Bentouhami

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Hourya Bentouhami
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Hourya Bentouhami, ou Hourya Bentouhami-Molino, est philosophe, spécialiste de philosophie politique et enseignante-chercheure à l'université Toulouse-Jean-Jaurès. Ses travaux portent sur la non-violence dans une perspective féministe et postcoloniale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Hourya Bentouhami est ancienne élève de l'École normale supérieure de Lyon. Agrégée de philosophie, elle soutient une thèse de doctorat en philosophie politique sous la direction d'Étienne Tassin. Depuis 2013, elle est maître de conférence en philosophie, à l'université Toulouse-Jean-Jaurès[1],[2].

Travaux et prises de positions publiques[modifier | modifier le code]

Elle a participé en 2007 à l'ouvrage collectif L'Autre campagne, 80 propositions à débattre d'urgence, dirigé par Georges Debrégeas et Thomas Lacoste[3].

En 2009, dans son livre Races, cultures et identités[4], elle ajoute une démarche féministe à la démarche postcoloniale, qui donne un regard rétrospectif sur l'Histoire mais aussi décrit l'héritage historique et la recomposition des rapports sociaux à l'aune de cet héritage[5], et décrit dans une perspective politique et économique les fondements historiques de la production de la race et du racisme. Elle explique comment le genre participe à la production de la race par accentuation des stéréotypes racistes, en montrant comment certaines femmes servent de vecteurs idéologiques de domination alors qu'elles sont elles-mêmes dominées[6]. Ces thèmes ont aussi été explorés par Achille Mbembe et Elsa Dorlin. Dans Slate, Karim Piriou estime que l’approche théorique de l’ouvrage est caractéristique des études postcoloniales, et que l'ouvrage est « une synthèse stimulante de la pensée postcoloniale qui examine les productions épistémologiques des catégories qui servent la domination que sont la race, la culture, l’identité, mais aussi le genre ou l’orientation sexuelle. » D'après Michela Villani, cet ouvrage qui décrit les mécanismes de production des savoirs et montre l’imbrication des pouvoirs dans les rapports de genre est « synthétique et vivifiant »[7].

Elle participe en 2012 au film documentaire Notre monde, de Thomas Lacoste, dans lequel elle évoque le travail des femmes d'origine étrangère, qui est selon elle déconsidéré et invisibilisé par le pouvoir politique[8],[9].

En 2015, son livre Race, cultures, identités : une approche féministe et postcoloniale[10], elle explique la production du concept de race dans les sociétés contemporaines post-coloniales. Ryoa Chung décrit comment l'ouvrage contribue sa façon originale à éclairer le phénomène du racisme par l'approche philosophique[11].

Elle prend position sur la question du voile islamique en 2016, s'élevant contre l'idée « prétendument féministe » selon elle, que le voile signifie la soumission des femmes, alors que, d'après elle, il « revêt de multiples significations : signe de piété, affirmation identitaire, respect de la tradition »[12].

Elle explore ce qu'elle appelle les troubles de l'identité postcoloniale et les mécanismes de racisation. Elle estime notamment que le concept biologique de race a été disqualifié alors que le racisme s'est recomposé dans le domaine culturel[5].

Elle considère notamment que l'adoption par l'Assemblée nationale le de la suppression du mot race de l'article premier de la constitution[13],[14] est en fait « dangereux pour la lutte contre les discriminations raciales » : « c’est la réalité du racisme qui rend nécessaire l’usage du terme "race" dans des politiques anti-racistes ». Elle exprime ainsi que « maintenant que le terme "race" a été éliminé de la Constitution, on ne pourra plus juger de la constitutionnalité d’une loi à l’aune de cette interdiction de la discrimination raciale. (...) Ce dont on se prive désormais c’est de la possibilité de juger du caractère raciste d’une loi […] à l’heure de la montée au pouvoir des populismes de droite dans plusieurs pays européens. » Partageant en cela l'opinion d'autres chercheurs en sciences sociales, notamment Françoise Vergès, elle estime qu'il aurait suffit d'ajouter l'adjectif "prétendue" « pour bien signifier que l’usage du terme ne vaut pas adhésion à son contenu »[15],[16].

Elle est décrite comme militante anti-raciste, féministe et queer[15].

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Adapté de:Hourya Bentouhami, Le dépôt des armes : la non-violence et la désobéissance civile comme déconstruction et reconstruction politique (Thèse de doctorat en Sciences juridiques et politiques. Philosophie politique), (lire en ligne)
« Le dépôt des armes : non-violence et désobéissance civile - France Culture », sur France Culture (consulté le 6 août 2018)
« Race, cultures, identités : une approche féministe et postcoloniale - France Culture », sur France Culture (consulté le 6 août 2018)

Tribunes[modifier | modifier le code]

  • Hourya Bentouhami, « Machin-la-Francophonie ou les errances de la Françafrique », Le Point Afrique,‎ (lire en ligne)
  • Fatima Ali, Zahra Ali, Hourya Bentouhami, Souad Lamrani, Laurence Meyer, Mathias Möschel, Emilia Roig, Françoise Vergès et Lionel Zevounou, « La couleur de peau, les origines: ce n’est pas la race! », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne)
  • Norman Ajari, Hourya Bentouhami et Jean-Christophe Goddard, « Causeur et nous. Sur l’Université et l’anti-racisme. », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne)
  • En réponse à la tribune du Monde sur la prétendue liberté d’importuner: Hourya Bentouhami, Isabelle Cambourakis, Aurélie Fillod-Chabaud, Amandine Gay, Mélanie Gourarier, Sarah Mazouz et Émilie Notéris, « Les féministes peuvent-elles parler? », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Hourya Bentouhami - La Vie des idées », sur www.laviedesidees.fr (consulté le 6 août 2018)
  2. Flora Bastiani, « Équipe de Recherche sur les Rationalités Philosophiques et les Savoirs (ERRAPHIS) - Hourya Bentouhami », sur erraphis.univ-tlse2.fr (consulté le 6 août 2018)
  3. « L'AUTRE CAMPAGNE : 80 PROPOSITIONS À DÉBATTRE D'URGENCE, ouvrage coordonné par Georges Debrégeas et Thomas Lacoste. », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  4. Bentouhami 2009.
  5. a et b « Demain, les savoirs (4/4) : Faut-il subir son identité ? Avec Hourya Bentouhami » [audio], sur Les Chemins de la Philosophie par Géraldine Mosna-Savoye, sur France Culture,
  6. « Déconstruire la notion de race », Slate.fr,‎ (lire en ligne)
  7. Michela, Villani, « Race, cultures, identités. Une approche féministe et postcoloniale », Genre, sexualité & société,‎ (ISSN 2104-3736, lire en ligne)
  8. « Thomas Lacoste filme "Notre monde" », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  9. NotreMondeLeFilm, « Hourya Bentouhami - "Les femmes dans les quartiers populaires" » [vidéo],
  10. Bentouhami 2015.
  11. Ryoa Chung, « Hourya Bentouhami-Molino, Race, cultures, identités. », Philosophiques, vol. 43, no 1,‎ , p. 163 (ISSN 0316-2923 et 1492-1391, DOI 10.7202/1036478ar, lire en ligne)
  12. « Droit des femmes : la lutte en couleurs », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  13. Richard Ferrand, Yaël Braun-Pivet et Marc Fesneau, Commission des Lois constitutionnelles, de la Législation et de l'Administration générale de la République, Rapport sur le projet de loi constitutionnelle pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace, (lire en ligne)
  14. « L'Assemblée nationale supprime le mot "race" de la législation », lemonde.fr, (consulté le 9 octobre 2017)
  15. a et b « Pourquoi les anti-racistes voulaient que le terme "race" reste dans la Constitution », Les Inrocks,‎ (lire en ligne).
  16. « "Pour pouvoir agir sur le racisme, il faut le nommer" : la suppression du terme "race" dans la Constitution ne fait pas l'unanimité » [vidéo], sur Franceinfo, (consulté le 6 août 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]