Hugo Grotius

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Hugo Grotius
Michiel Jansz van Mierevelt - Hugo Grotius.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 62 ans)
RostockVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Huig Van GrootVoir et modifier les données sur Wikidata
Lieux de travail
Formation
Activités
Conjoint
Maria van Reigersberch (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Hugo Grotius signature 1634.svg

signature

Hugo Grotius, de son nom d'origine Huig de Groot ou Hugo de Groot (Delft, Rostock, ), est un humaniste, diplomate et juriste né dans les Provinces-Unies (aujourd'hui Pays-Bas). Figure majeure, dans les domaines de la philosophie, de la théorie politique et du droit durant les XVIIe siècle et XVIIIe siècle, c'est également un des grands théoriciens du droit naturel dans son versant protestant. Deux de ses livres ont eu un impact durable dans le domaine du droit international : Le De Jure Belli ac Pacis (Le Droit de la guerre et de la paix) dédicacé à Louis XIII de France et le Mare Liberum (De la liberté des mers). Grotius a également beaucoup contribué à l'évolution de la notion de « droits ». Avant lui, les droits étaient avant tout perçus comme rattachés aux objets ; après lui, ils sont vus comme appartenant à des personnes, comme l'expression d'une capacité d'agir ou comme des moyens de réaliser telle ou telle chose.

Grotius a vécu en France de façon quasi-continue de 1621 à 1644. Son séjour coïncide avec la période (1624-1642) durant laquelle le Cardinal de Richelieu dirige la France sous l'autorité de Louis XIII. Le Cardinal et Grotius sont des hommes de la même génération qui meurent à trois ans d'intervalle. Les deux hommes se connaissent puisque Grotius a été de 1634 à 1644 ambassadeur de Suède, alors une superpuissance européenne alliée de la France, à Paris. Son œuvre et sa réflexion sont profondément marquées par son époque : guerre entre catholiques et protestants, entre protestants eux-mêmes, guerre et lutte d'influence entre la France et les Habsbourg, conflits commerciaux et maritimes entre les Anglais et les Hollandais, Traités de Westphalie dont il a été un des négociateurs, réflexion intense sur les notions de société civile et d'État vues comme des moyens d'améliorer de la population qui s'accroit alors rapidement.

Grotius est aussi un apologiste chrétien, dramaturge, et poète. Sa pensée est revenue sur le devant de la scène après la Première Guerre mondiale. La Bibliothèque du Palais de la Paix à La Haye conserve la Collection Grotius, constituée d'un grand nombre de livres de, et sur, Hugo Grotius. La collection a été fondée grâce une donation de Martinus Nijhoff de 55 éditions de De jure belli ac pacis libri tres.

Une vie tourmentée[modifier | modifier le code]

Les Pays-Bas en 1579 (au début de la guerre de Quatre-Vingt Ans) : provinces membres de l'Union d'Utrecht (en bleu) et de l'Union d'Arras (en jaune).

Fils du bourgmestre Jean de Groot, traducteur d'Archimède[1] et ami de Ludolph van Ceulen[2], Hugo de Groot est né en 1583. Enfant prodige, il intègre à 11 ans l’université de Leyde. À 13 ans, il entreprend l'édition de l'œuvre de l'encyclopédiste latin Martianus Capella avec l'aide de son maître, Joseph Juste Scaliger ; publiée en 1599, l'édition, enrichie d'un commentaire, restera une référence pendant plusieurs siècles. En 1598, à l'âge de 15 ans, il accompagne Johan van Oldenbarnevelt dans une mission diplomatique à Paris. À cette occasion, le roi Henri IV aurait dit de lui : « voici le miracle de la Hollande »[3]. Durant son séjour en France, il passe ou achète un diplôme de droit de l'Université d'Orléans[4]. En 1601, les Hollandais le chargent d'écrire leur histoire pour mieux se démarquer ainsi de l'Espagne – Grotius est en effet contemporain de la guerre de Quatre-Vingts Ans entre l'Espagne et les Pays-Bas[4].

Devenu adulte, Grotius devient avocat à La Haye, puis est nommé avocat général de Hollande en 1607. À cette même époque, il se marie avec Maria van Reigersbergen, union dont naissent trois filles et quatre garçons[4]. En 1613, il est nommé gouverneur de Rotterdam. Cette même année, à la suite de la capture de deux vaisseaux hollandais par les Anglais, il est envoyé en mission à Londres[5], une mission taillée sur mesure pour un homme qui a écrit Mare liberum (Les Mers libres) en 1609. Toutefois, il se voit opposer par les Anglais la raison du plus fort et ne peut obtenir la restitution des bateaux[5].

Le château de Loevestein du temps où Grotius y était emprisonné.

Grotius prend alors une part déterminante au conflit politico-religieux opposant les « Remonstrants », partisans de la tolérance religieuse, soutenus par les états généraux des Pays-Bas, aux calvinistes orthodoxes ou « Contra-Remonstrants » de Maurice de Nassau[5]. Grotius soutient Johan van Oldenbarnevelt et les « Remonstrants » dans leur conflit avec le stathouder, Maurice de Nassau, Prince d'Orange, fils de Guillaume Ier d'Orange-Nassau. Après le coup d’État de Maurice du , Grotius est arrêté en même temps que Johan van Oldenbarnevelt. Ce dernier est exécuté tandis que Grotius est condamné à l'emprisonnement à vie dans le château de Loevestein. En 1621, il s'évade du château dans une caisse de livres que sa femme Maria lui a fait parvenir. Il s'enfuit alors à Paris, où les autorités lui octroient une pension annuelle[6]. C'est dans cette ville qu'il publie en 1625 son livre le plus célèbre, De iure belli ac pacis (Le Droit de la guerre et de la paix), qu'il dédie à Louis XIII de France. En 1631, il tente de retourner en Hollande, mais les autorités lui demeurent hostiles. Il s'installe alors à Hambourg, en 1632. Mais, dès 1634, les Suédois – superpuissance européenne – l'envoient à Paris comme ambassadeur. Il reste dix ans à ce poste où il a pour mission de négocier pour la Suède la fin de la guerre de Trente Ans. Durant cette période, il s'intéresse à l'unité des Chrétiens et publie de nombreux textes qui seront regroupés sous le titre de Opera Omnia Theologica. En 1644, la reine Christine de Suède, devenue adulte, commence à exercer réellement ses fonctions et le rappelle à Stockholm. Durant l'hiver 1644-1645, il se rend dans des conditions difficiles (son navire fait même naufrage) en Suède, pays qu'il décide de quitter durant l'été 1645. Après un voyage éprouvant, il meurt à Rostock le .

La méthodologie[modifier | modifier le code]

Si Rousseau a peut-être exagéré en soutenant que Grotius s'appuie sur les poètes, il n’en demeure pas moins que pour cet auteur, les philosophes, les historiens et les poètes nous disent quelque chose des lois de la nature[7]. Grotius écrit à ce propos :

« Je me suis aussi servi, pour prouver l’existence de ce droit [de la nature], du témoignage des philosophes, des historiens, des poètes et enfin des orateurs; non pas qu'on doive s’y fier indistinctement...; mais parce que, du moment où plusieurs individus, en différents temps et en divers lieux, affirment la même chose pour certaine, on doit rattacher cette chose à une cause universelle. Cette cause, dans les questions qui nous occupent, ne peut être autre qu'une juste conséquence procédant des principes de la nature ou d'un consentement commun. »

— Le Droit de la Guerre et de la paix, prolégomène XL[8]

À la différence de ce qui est la norme au début du XXIe siècle, Grotius refuse de considérer l’éthique, la politique et le droit comme des objets séparés. Certes, il lui arrive de noter que les normes légales diffèrent de celles de la morale et de la politique, mais fondamentalement, son but est de trouver les principes qui sont à la base de toute norme[9]. À ses yeux, ces principes dérivent de, ou sont fournis par, la Nature[9].

Loi naturelle et droit naturel[modifier | modifier le code]

De jure pacis et belli,
l'œuvre majeure de Hugo Grotius

Les ambiguïtés de la loi naturelle[modifier | modifier le code]

Le terme Natural law, souvent traduit en français par « droit naturel », est ambigu. Il peut être descriptif et désigner les conséquences de quelques traits naturels, mais il peut aussi être normatif et indiquer que certains comportements sont acceptables et d'autres non. Le mot « naturel » est lui-même ambigu : il peut tant se référer à la nature humaine qu'à la nature du monde, si ce n'est aux deux à la fois[9]. Le terme « loi » est lui-même assez confus. La loi peut désigner une règle imposée par quelqu'un (bien souvent, Dieu) qui exige obéissance par la menace de punition. Il peut, à l'autre extrême, désigner uniquement des normes issues de phénomènes considérés comme naturels. Historiquement, la notion de loi naturelle (droit naturel le plus souvent en français) domine les débats sur la période qui débute avec Thomas d'Aquin et se termine avec Kant. Pour Knud Haakonssen de l'université du Sussex (1992, p. 84), « le cœur stable [de la tradition de la loi naturelle] réside dans l'idée que la morale est d'abord une question de normes ou de prescription et seulement de façon dérivée de vertu et de valeur »[10].

La nature humaine selon Grotius[modifier | modifier le code]

Selon Grotius la nature humaine est mue par deux principes : la préservation de soi et le besoin de société[11]. Il écrit :

« L'homme est, en effet, un animal, mais un animal d'une nature supérieure, et qui s'éloigne beaucoup plus de toutes les autres espèces d'êtres animés qu'elles ne différent entre elles. C'est ce que témoignent une quantité de faits propres au genre humain. Au nombre de ces faits particuliers à l'homme, se trouve le besoin de se réunir, c'est-à-dire de vivre avec les êtres de son espèce, non pas dans une communauté banale, mais dans un état de société paisible, organisée suivant les données de son intelligence, et que les stoïciens appelaient « état domestique ». Entendue ainsi d'une manière générale, l'affirmation que la nature n'entraîne tout animal que vers sa propre utilité ne doit donc pas être concédée. »

— Le Droit de la guerre et de la paix, prolégomène VI[12]

La préservation de soi et la sociabilité sont toutes deux « à la fois rationnelles et non rationnelles, alliant la force de l'instinct irréfléchi à la pensée capable d'élaborer de bons desseins »[11]. Il s'en suit que pour avoir une existence correcte, le droit doit nous aider à respecter la propriété d'autrui et à nous engager dans la poursuite raisonnable de notre intérêt[11]. Concernant le premier point, Grotius écrit : « ce souci de la vie sociale... est la source du droit proprement dit, auquel se rapportent le devoir de s'abstenir du bien d'autrui...; l'obligation de remplir ses promesses, celle de réparer le dommage causé par sa faute, et la distribution des châtiments mérités entre les hommes » (Le Droit de la guerre et de la paix, prolégomène VIII[13]). Concernant le second point, Grotius note : « L'homme a l'avantage... de posséder non seulement les dispositions à la sociabilité....mais un jugement qui lui fait apprécier les choses, tant présentes que futures, capables de plaire ou d'être nuisibles, ....; on conçoit qu'il est convenable à la nature de l'homme... à la poursuite de ces choses, la direction d'un jugement sain, de ne se laisser corrompre ni par la crainte, ni par les séductions de jouissances présentes, de ne pas s'abandonner à une fougue téméraire. Ce qui est en opposition avec un tel jugement doit être considéré comme contraire aussi au droit de la nature, c'est-à-dire de la nature humaine » (Le Droit de la guerre et de la paix, prolégomène IX[13]).

La notion de droit (ius) chez Grotius[modifier | modifier le code]

La théorie médiévale des droits (iura, le pluriel de ius) débute principalement avec Thomas d'Aquin pour qui le mot « droit » désigne la chose juste elle-même. Pour lui et ses successeurs directs, le droit est ce qui est conforme à la loi naturelle [10]. Pour les médiévaux à la suite de Thomas d'Aquin, le droit est objectif et s'applique aux choses. Francisco Suarez, avant Grotius, a fait évoluer la notion ; de sorte que pour ce jésuite, « la stricte acceptation du droit » repose « sur la partie de pouvoir moral que chaque homme a sur sa propre propriété ou sur ce qui lui est du »[10]. En général, les spécialistes du droit naturel estiment que Grotius a beaucoup œuvré pour que le droit prenne sa signification actuelle et désigne les moyens ou le pouvoir de faire telle ou telle chose[10]. Grotius écrit : « Le droit est une qualité morale attachée à l'individu pour posséder ou faire justement quelque chose. Ce droit est attaché à la personne » (Le Droit de la guerre et de la paix, I,1,IV). Grotius a également beaucoup fait pour qu'on parle moins du droit que des droits et pour que ces derniers soient perçus comme une matière première[10]

Les quatre éléments clés du droit naturel de Grotius[modifier | modifier le code]

Éléments Définitions des quatre éléments clés du droit naturel chez Grotius
Source. Dans le De iure belli, Dieu. Dans le De summa potestatum la nature de l'action. De façon générale, on reconnaît le droit naturel en ce qu'il est en empathie avec les aspects rationnels et sociaux de la nature humaine[14].
Nature ou contenu. Il existe chez lui un ordre de priorités lexicales. Les deux premières priorités sont : respecter ce qui appartient à autrui et poursuivre ce qui sert notre vrai intérêt[11].
Force ou nature de l'obligation. Dans le De iure belli, la nécessité de suivre la loi vient de Dieu. Puis la notion évolue. La loi naturelle est alors vue comme agissant sur notre conscience en lui imposant de nous conduire rationnellement de façon à veiller à notre préservation physique, morale et sociale. Chez Grotius, les êtres humains sont par conséquent enclins à la justice compensatoire ou réparatrice des violations du droit naturel[15].
Portée. Tous les êtres humains, chrétiens ou pas[16].

La philosophie politique[modifier | modifier le code]

Bas relief en marbre d'Hugo Grotius à la Chambre des représentants des États-Unis

Justice[modifier | modifier le code]

Grotius, comme Cicéron, estime que tous les principes humains ne sont pas du même niveau. Certains étant plus importants que les autres. Toutefois, selon lui, la nature rationnelle de l'homme n'est pas rattachée à de très hautes valeurs morales ne pouvant être réalisées ici-bas. Aussi la loi naturelle n'est-elle pas rattachée à des idéaux. Si, comme Aristote, il distingue la justice commutative de la justice distributive, seule la justice commutative est une véritable justice à ses yeux. Forde[17] note : « La justice a à voir fondamentalement avec la possession ou la propriété et est déterminée par ce que l'un possède plutôt que parce qu'il devrait avoir ou mériterait d'avoir. » C'est pour cette raison qu'il donne une si grande importance aux droits qu'ont les gens, droits qu'ils peuvent réclamer devant la justice. Forde[18] note à la suite de Michel Villey que la justice sociale chez Grotius « est juste la somme de réclamations entièrement fortuites de droits individuels, pas l'adhésion à un objectif d'« ordre juste » ». Contrairement à Aristote et à la tradition thomiste, pour Grotius, si l'homme est sociable, cela n'implique pas qu'il appartienne à un tout bien organisé. Il en résulte que la notion de loi naturelle, dans sa version protestante telle que développée par Grotius, n'est pas connectée avec une notion de monde idéal[19].

Les droits comme source de conflits[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce que pense Hobbes, pour Grotius, le conflit est vu « comme le résultat d'une poursuite inappropriée de ses droits individuels » [20]. Aussi, la tâche de la loi est-elle de prévenir ces conflits. Pour Grotius, il existe un ordre moral idéal à préserver, à l'inverse d'Hobbes qui considère qu'il existe un ordre à créer.

La société civile, la souveraineté (imperium) et le gouvernement[modifier | modifier le code]

Grotius à l'âge de 23 ans, Michiel Jansz van Mierevelt, 1608

Théoriquement, selon Grotius, sous l'effet de la loi naturelle, l'humanité devrait constituer une société universelle. Une idée que d'après Knud Haakonssen, il reprendrait aux stoïciens. Mais la corruption humaine rend impossible la vie selon la loi de la nature d'où la nécessité d'établir des autorités civiles. Si les causes de la formation d'une société civile sont diverses – conquête dans le cadre d'une juste guerre, punition ou contrat –, Grotius suppose que la société civile repose sur la souveraineté qui doit être volontairement consentie[21]. Selon lui, la souveraineté doit être absolue, c'est-à-dire indivisible. Toutefois, l’exercice de cette souveraineté peut être varié. Elle peut être exercée par un gouvernement démocratique, aristocratique, monarchique ou mixte. En effet, Grotius a une vision purement légaliste de la souveraineté[22]. Parlant de la puissance civile, il écrit : « on la dit souveraine, lorsque des actes ne sont pas dépendants de la disposition (ius) d'autrui, de manière à pouvoir être annulés au gré d'une volonté humaine étrangère » (Le Droit de la guerre et de la paix, I, II, VII, 1).

Grotius distingue la liberté individuelle (libertas personalis) et la liberté politique (libertas civilis) de participation au gouvernement. Pour lui, la liberté individuelle peut exister sous un pouvoir politique considéré comme absolu[22].

La guerre et la paix[modifier | modifier le code]

Grotius a également été à l'origine de la théorie de l'État et des relations entre États, désormais désignée en anglais par le terme Grotian (Grotien). Dans cette théorie, les États sont considérés comme faisant partie d'« une société internationale gouvernée par un système de normes. Normes qui ne dépendent pas de l'action d'une législature ou d'un législateur »[23]. Ces normes n'empêchent pas Grotius de tenir compte de la réalité politique (Real Politick) et de considérer que les États poursuivent d'abord leurs propres intérêts. Pour cette raison, l'école grotienne (Grotian school) est souvent vue comme se positionnant entre le machiavélisme et le courant Kantien, parfois perçu comme excessivement idéaliste[23]. Son réalisme se donne sur un minimalisme moral qui permet au droit naturel de s'adapter aux situations telles qu'elles surviennent au cours de l'histoire. Par exemple, il ne croit pas que le droit de propriété soit naturel mais il estime qu'il est adapté à l'évolution de la société[18]. Pour lui, ce sont les lois des nations qui peuvent satisfaire les besoins des hommes présents, pas les lois de la Nature.

Les écrits sur le droit international[modifier | modifier le code]

Grotius a été très chagriné quand le Cardinal de Richelieu lui a déclaré : « Le plus faible a toujours tort en matière d'État »[24]. En effet, une des idées fondamentales de ce juriste concernant la loi internationale, tient précisément à son refus de la loi du plus fort.

De la liberté des mers[modifier | modifier le code]

Dans son livre Mare Liberum (De la liberté des mers[25]), Hugo Grotius a formulé le nouveau principe selon lequel la mer était un territoire international et que toutes les nations étaient libres de l'utiliser pour le commerce maritime.

Le Droit de la guerre et de la paix (De Jure Belli ac Pacis)[modifier | modifier le code]

Grotius vit à l'époque de la guerre de Quatre-Vingts ans entre l'Espagne et les Pays-Bas [4] et durant la guerre de Trente Ans qui oppose catholiques et protestants. La France, bien que catholique, est alliée aux protestants afin d'affaiblir les Habsbourg. Grotius, en tant qu'ambassadeur de Suède en France, participe aux négociations mettant fin à ce conflit. Le livre qui parait en 1625 est dédicacé « à Louis XIII, Roi très chrétien des Frances et de Navarre ». Évoquant les conflits en cours, il note dans son livre :

« Quant à moi, convaincu, par les considérations que je viens d'exposer, de l'existence d'un droit commun à tous les peuples, et servant soit pour la guerre, soit dans la guerre, j'ai eu de nombreuses et graves raisons pour me déterminer à écrire sur ce sujet. Je voyais dans l'univers chrétien une débauche de guerre qui eût fait honte même aux nations barbares : pour des causes légères ou sans motifs on courait aux armes, et lorsqu'on les avait une fois prise, on n'observait plus aucun respect ni du droit divin, ni du droit humain, comme si, en vertu d'une loi générale, la fureur avait été déchaînée sur la voie de tous les crimes. »

— Prolégomènes XXVIII[26]

L'ouvrage est divisé en trois livres. Dans le livre premier, il traite de l'origine du droit, de la question de la guerre juste et enfin des différences entre guerre publique et privé. Ce dernier point l'obligeant à traiter de la question de la souveraineté [27]. Dans le deuxième livre, il expose les causes des guerres, ce qui l'amène à traiter de la propriété, des règles des successions sur les trônes, des pactes et contrats, du serment ainsi que des alliances. Enfin, il évoque la question des réparations[28]. Le troisième livre est consacré à ce qui est permis durant la guerre[28].

Les écrits sur la religion[modifier | modifier le code]

  • Defensio Fidei Catholicae de Satisfactione Christi adverts Faustum Socinum, 1617
  • De veritate religionis Christianae, 1627

Influence de Grotius[modifier | modifier le code]

Statue de Hugo Grotius à Delft.

De son époque à la fin du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

La légende veut que le roi de Suède Gustave II Adolphe ait conservé le De Jure belli ac pacis libri tres à côté de la Bible sur sa table de chevet[23]. À l'inverse, le roi Jacques VI et Ier d'Angleterre réagit très négativement à la présentation de l'ouvrage par Grotius lors d'une mission diplomatique[23].

Certains philosophes, notamment protestants, tels Pierre Bayle, Leibniz et les principaux représentants des Lumières écossaises Francis Hutcheson, Adam Smith, David Hume, Thomas Reid le tiennent en haute estime[23]. Les Lumières françaises, de leur côté, sont beaucoup plus critiques. Voltaire le trouve tout simplement ennuyeux et Rousseau développe une conception alternative de la nature humaine. Pufendorf, un autre théoricien de la notion de loi naturelle, est également sceptique[23].

Regain d'intérêt au XXe siècle et débats sur l'originalité de l’œuvre[modifier | modifier le code]

L'influence de Grotius décline suite à la montée en puissance du positivisme dans le domaine de la loi internationale et du déclin du droit naturel en philosophie[29]. La Fondation Carnegie a néanmoins fait rééditer et retraduire le Droit de la guerre et de la paix après la Première Guerre mondiale[30]. À la fin du XXe siècle, son œuvre suscite un regain d'intérêt tandis que se développe une controverse sur l'originalité de son œuvre éthique. Pour Irwin (2008), Grotius ne ferait que reprendre les apports de Thomas d'Aquin et de Francisco Suarez. Au contraire, Schneeewind (1993) soutient que Grotus a introduit l'idée que « le conflit ne peut être éradiqué et ne pourrait être écarté, même en principe, par le savoir métaphysique le plus complet qu'il soit possible de la façon dont le monde est constitué »[23].

En ce qui concerne la politique, Grotius est le plus souvent considéré non pas tant comme ayant apporté des idées nouvelles, mais plutôt comme celui qui a introduit une nouvelle façon d'aborder les problèmes politiques. Pour Kingsbury et Roberts (1990), « la plus importante contribution directe de [Droit de la guerre et de la paix réside] dans sa façon de rassembler systématiquement les pratiques et autorités sur le sujet traditionnel mais fondamental du jus belli, qu'il organise pour la première fois à partir d'un corps de principes enracinés dans la loi de la nature »[31].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Batavi Syntagma Arateorum
  • De republica emendanda (Pour améliorer la république hollandaise) - 1601
  • Parallelon rerumpublicarum (Comparaison de constitutions) - 1602
  • De iure praedae (DIP) (Sur le droit de capture) - 1604
  • Mare liberum (Les Mers Libres) - 1609 Gallica
  • De antiquitate reipublicae Batavicae (L'histoire de la république hollandaise) - 1610
  • Ordinum pietas (la piété des États) - 1613
  • Defensio fidei catholicae de satisfactione (Défense de la foi chrétienne)- 1617
  • De iure belli ac pacis (DIB) (Sur les lois de la guerre et de la paix) - 1625
  • De veritate religionis Christianae (Sur la vérité de la religion chrétienne) - 1627
  • Inleydinge tot de Hollantsche rechtsgeleertheit (Introduction à la loi hollandaise) - 1631
  • Via ad pacem ecclesiasticam (Le chemin vers la paix religieuse) - 1642
  • De imperio summarum potestatum circa sacra (Sur le pouvoir des souverains concernant les affaires religieuses) - 1647
  • De fato (Sur le destin) - 1648
  • Annales et historiae de rebus Belgicis (Annales et histoire des Pays-Bas) - 1657

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Van Ceulen sur Mac Tutor
  2. En 1593, Il fait partie des mathématiciens du monde entier pressentis par Adrien Romain pour résoudre son équation de degrés 45, et dont François Viète triomphera.
  3. « Biographie de Hugo Grotius » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  4. a, b, c et d Miller 2014, p. 2.
  5. a, b et c Miller 2014, p. 3.
  6. Miller 2014, p. 4.
  7. Miller 2014, p. 8.
  8. Grotius 2005, p. 10.
  9. a, b et c Miller 2014, p. 10.
  10. a, b, c, d et e Miller 2014, p. 17.
  11. a, b, c et d Miller 2014, p. 13.
  12. Grotius 2005, p. 9.
  13. a et b Grotius 2005, p. 11.
  14. Miller 2014, p. 12.
  15. Miller 2014, p. 15.
  16. Miller 2014, p. 16.
  17. Forde 1998, p. 640.
  18. a et b Forde 1998, p. 641.
  19. Grotius 1985, p. 249.
  20. Haakonssen 1985, p. 240.
  21. Haakonssen 1985, p. 244.
  22. a et b Haakonssen 1985, p. 245.
  23. a, b, c, d, e, f et g Miller 2014, p. 25.
  24. Miller 2014, p. 9.
  25. Une traduction de Alfred Guichon de Grandpont datant de 1845 est disponible sur Gallica
  26. Grotius 2005, p. 19.
  27. Grotius 2005, p. 20.
  28. a et b Grotius 2005, p. 21.
  29. Forde 1998, p. 639.
  30. [1]
  31. Miller 2014, p. 24.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Steven Forde, « Hugo Grotius on Ethics and War », The American Political Science Review, no 3,‎
  • (en) Terence Irving, The Development of Ethics, Oxford, Oxford University Press,
  • (en) Jon Miller, « Hugo Grotius », dans Stanford Encyclopedia of Philosophy,
  • (en) Knud Haakonssen, « Hugo Grotius and the History of Political Thought », dans Political Theory, vol.13:239-265,
  • (en) Benedict Kingsbury et Adam Roberts, « Introduction: Grotian Thought in International Relations », dans Bull et al.,
  • (en) J.B. Schneewind, « Kant and natural law ethics », dans Ethics, vol.104:53-74,
  • Michel Villey, Leçons d'histoire de la philosophie du droit (voir chaptre 11 pour Grotius), Paris, Dallozllien éditeur=puf, *(en) Andrew Blom, « Hugo Grotius », dans IEP, (lire en ligne)
  • Hugo Grotius, Le droit de la guerre et de la paix, Paris, puf,
  • Craig, William Lane, The Historical Argument for the Resurrection of Christ During the Deist Controversy, Textes et études sur la Religion Volume 23, Edwin Mellen Press, Lewiston, New York & Queenston, Ontario, 1985.
  • Dulles, Avery, A History of Apologetics, Wipf & Stock, Eugene, Oregon, 1999.
  • Peter Haggenmacher, Grotius et la doctrine de la guerre juste, PUF, 1983.
  • Jean Mathieu Mattei, Histoire du droit de la guerre (1700-1819), Introduction à l'histoire du droit international, avec une biographie des principaux auteurs de la doctrine de l'antiquité à nos jours, Presses universitaires d'Aix en Provence, 2006.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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