Sciences de l'éducation

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Les sciences de l’éducation concernent l’étude de différents aspects de l’éducation, et font appel à diverses disciplines : histoire de l’éducation, sociologie de l’éducation, didactique des disciplines, psychologie des apprentissages, notamment.

Définition[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle en France, on parlait de la science de l'éducation. Ce n'est que plus tard qu'on a appelé cette discipline les sciences de l'éducation. Cette discipline est née dans un contexte politique à la fois général et scolaire, avec les lois sur l'instruction obligatoire et la diffusion de l'école publique. Ainsi de nombreux auteurs ont proposé leur définition sur cette discipline

  • Pour Louis Not : La science de l'éducation serait centrée sur la réalité éducative, elle interrogerait les autres sciences pour en synthétiser les résultats sous forme de théorie qui serait à son tour confrontée à la pratique.
  • Pour Viviane de Landsheere : distinction entre recherche en éducation qui porterait directement sur l'éducation et la formation et la recherche sur l'éducation qui serait dépendante des différentes disciplines scientifiques, elle serait tributaire des critères de validité des sciences mères. Il s'agit d'élaborer une théorie générale du curriculum conçu comme l'ensemble intégré des activités poursuivant des fins éducatives ou formatives.
  • Pour Gaston Mialaret, Les sciences de l'éducation sont constituées par l'ensemble des disciplines qui étudient les conditions d'existence, de fonctionnement, et d'évolution des situations et des faits d'éducation. Selon lui, démêler les facteurs qui entrent en jeu requiert le recours à plusieurs disciplines scientifiques : sociologie de l'éducation, histoire, démographie, économie de l'éducation.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1883, Jules Ferry crée un cours de science de l'éducation à la Sorbonne. La première chaire de pédagogie est créée à la Sorbonne. Elle est notamment occupée par Henri Marion, Ferdinand Buisson ou encore Émile Durkheim. Elle est supprimée en 1917, à la mort de Durkheim[1].

Associations et colloques[modifier | modifier le code]

L'Association internationale des sciences de l'éducation[modifier | modifier le code]

La première est l'Association internationale des sciences de l'éducation, qui prend en 1977 le nom d'Association mondiale des sciences de l'éducation (AMSE)[2]. Un premier congrès international de l’enseignement universitaire de sciences de l'éducation, se tient à Gand, en septembre 1953. Destiné aux professeurs d'université, il rassemble une centaines de participants[3], et est organisé par R.L. Plancke, de l'université de cette ville[4] et Richard Verbist[5].

Lors de ce premier congrès, le principe de maintenir les échanges entre universitaires du champ de l'éducation est décidé, il s'accompagne de la création d'un « secrétariat international pour l'enseignement universitaire des sciences pédagogiques », basé à Gand, de la création d'une revue et d'une décision de faire un deuxième congrès[6].

Celui-ci se tient à Florence, en 1957. La décision de créer une association est prise, son nom est trouvé : Association internationale des sciences de l'éducation. Un conseil d'enseignants universitaires représentant 28 pays doit coordonner le projet[7], et un comité d'action de cinq personnes est nommé, dont font partie Maurice Debesse, R.L. Plancke, M.J. Langeveld, J. Sandven et W.A.C. Stewart. L'association est fondée officiellement au cours du congrès d'Oslo, en 1961. Elle doit notamment « promouvoir la recherche scientifique dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement des sciences de l’éducation au niveau universitaire et sur un plan international, par l’édition ou la promotion de publication scientifiques, par l’échange d’informations […] »[8].

Les congrès se succèdent : après Oslo, il y a Cambridge (1965), Varsovie (1969), Paris (1973)[6].

Pour connaître l'état des lieux en ce qui concerne l'organisation et les conceptions de l'enseignement pédagogique en Europe occidentale, le congrès de Gand de 1953 demande des rapports à des représentants de dix pays. Maurice Debesse doit établir le rapport pour la situation en France. Il adresse un questionnaire à 17 universités françaises, et les résultats sont publiés dans la revue Éducation nationale[9].

L'Association francophone internationale de recherche en sciences de l'éducation (Afirce)[modifier | modifier le code]

Une deuxième association francophone est créée durant cette même période, par les chercheurs en « pédagogie expérimentale », l'Association internationale de pédagogie expérimentale de langue française (AIPELF), qui prend en 1976 le nom d'Association francophone internationale de recherche en sciences de l'éducation (Afirce)[10]. La première rencontre a lieu à Lyon, en 1953, à l'initiative de Robert Dottrens, professeur de pédagogie expérimentale à l'université de Genève et créateur du laboratoire de pédagogie expérimental de cette université. Un laboratoire de pédagogie expérimentale existe à Lyon, créé par Léon Husson puis dirigé par Richard Delchet, deux personnalités de la société Binet participent à cette rencontre princeps qui réunit 8 Français, 2 Suisses et 2 Belges, notamment Maurice Debesse, Gaston Mialaret, Hélène Gratiot-Alphandéry[11] et d'autres[12]. Le projet de créer une association est prise durant ce colloque, il se concrétise en 1958, sous l'intitulé d'Association internationale de pédagogie expérimentale de langue française, dont le siège est à l'Institut pédagogique national. L'association organise un colloque annuel et un congrès international tous les cinq ans. Une ouverture vers des objets de recherche non directement liés aux disciplines scolaires se fait, avec des recherches en sociologie ou sémiotique. Progressivement, un élargissement à des chercheurs d'autres pays[13] se fait. Au congrès de Paris, en 1962, des universitaires de 14 pays sont présents. Le congrès suivant se tient à Sherbrooke, en 1967, rassemblant moins de 200 participants. Un accent est mis sur la publication des résultats de recherche, avec des articles de revues : Revue belge de pédagogie, courrier de la recherche pédagogique, bulletin de la société Binet[14], Cahiers de pédagogie expérimentale et de psychologie de l'enfant, et la revue déjà évoquée de Caen. Gaston Mialaret, Maurice Debesse, Jean Château et Marc-André Bloch par ailleurs responsable de la section pédagogique de la collection Bibliothèque scientifique internationale (Puf). En 1972, la revue Pour l’Ère nouvelle prend l'intitulé Les Sciences de l’éducation – Pour l’Ère nouvelle et, sous la direction de Gaston Mialaret, devient l'organe officiel de l'AIPELF[15], l'une des premières revues scientifiques francophones en sciences de l'éducation qui prennent ainsi progressivement leur autonomie à l'égard de la pédagogie[16], elle le reste jusqu'en 1984.

En Belgique[modifier | modifier le code]

La Belgique fait figure de « pionnière dans le développement universitaire des sciences pédagogiques »[2]. Une section pédagogie ouvre à l'université libre de Bruxelles en 1919, suivie d'une école de pédagogie et de psychologie appliquée à l'université de Louvain en 1923 et d'instituts de pédagogie en 1927 au sein des facultés de philosophie et de lettres de Gand et de Liège[17]. Ces instituts doivent être des « centres de recherche et de documentation » et assurer aux étudiants une formation tant scientifique que professionnelle[17]. En 1940, un institut supérieur de pédagogie est créé à Morlanwelz, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale[18], dont Fernand Hotyat prend la responsabilité, en y créant un centre de travaux[19],[20].

En France : création de l'association d'enseignants-chercheurs en sciences de l'éducation (AECSE)[modifier | modifier le code]

Depuis 1967, les sciences de l'éducation sont une discipline universitaire[21]. Les trois premières chaires sont fondées, par Gaston Mialaret à l'université Caen-Normandie, par Jean Château à l'université de Bordeaux et par Maurice Debesse à la Sorbonne. Maurice Debesse était titulaire depuis 1957 d'une chaire de pédagogie[22]. Les forces sont limitées, du fait de l'absence de titulaires de doctorat dans cette discipline, qui pourraient être nommés aux nouveaux postes. Après la création officielle de la discipline à l'université, Debesse, Château et Mialaret prennent l'initiative d'une rencontre, en 1968, à Bordeaux[22], réunion à laquelle se joint Jacques Wittwer[23]. L'« amicale » des 4 mousquetaires[24] ainsi initiée s'élargit à de nouveaux acteurs[22] : Michel Debeauvais[25], et Jean-Claude Filloux[26].

En 1969, quatre universités mentionnent des unités d'enseignement qui font directement référence aux sciences de l'éducation : Caen, Paris, Toulouse et Vincennes[22]. Gaston Mialaret appelle à une rencontre un an après la rencontre princeps de Bordeaux, elle se déroule le à la Sorbonne et concerne les professeurs d'université de la discipline[22], comme l'indique le compte rendu, qui évoque l'« amicale des professeurs de sciences de l'éducation ». À l'issue de la réunion, les participants envisagent la création d'une association, en créant des statuts. Un conseil provisoire est mis en place, composé de Maurice Debesse, Jean-Claude Filloux, Gaston Mialaret et Jacques Wittwer[22]. Une réunion prévue le doit permettre une réunion de l'amicale des enseignants de sciences de l'éducation. L'ordre du jour proposé prévoit « l'élection d'un bureau de l'Amicale », qui n'a pas lieu, et « un projet de congrès international de sciences de l'éducation, à Paris, en 1973 »[22]. Une nouvelle réunion est convoquée en avril 1971, avec à l'ordre du jour, la réorganisation du cursus universitaire et les débouchés. La constitution légale de l'association est à nouveau à l'ordre du jour de la journée du 18 décembre, un groupe est chargé de préparer des statuts dans cette perspective[22]. Il s'agit d'un regroupement professionnel, ainsi que d'un groupe se préoccupant des carrières, la mention de la recherche en sciences de l'éducation n'apparaît pas alors. Le collectif joue un rôle socialisateur et structurant pour ce milieu professionnel émergent, dont les membres sont régulièrement reçus au ministère de l'Éducation nationale. Un conseil d'administration, qui représente les universités et institutions[27] concernées par l'enseignement des sciences de l'éducation est établi en décembre 1971, une assemblée constituante est convoquée en janvier 1972, pour adopter les statuts[28], et désigne Michel Debeauvais, qui s'est occupé des statuts, comme président, et trois vice-présidents, Jacques Wittwer, Jean Vial[29] et Raymond Lallez[30]. l'association compte une soixantaine de membres en 1973.

L'association s'occupe de l'organisation des études et des enseignements de cette discipline récente ou de la formation continue institutionnalisée par l'accord du 9 juillet 1970. L'association élabore un projet de DEUG de sciences de l'éducation, soumis au ministère en mars 1973. Des journées d'étude thématiques sont organisées, en lien des questions qui concernent la recherche, sur le plan scientifique mais aussi les activités de recherche[22].

Elle entretient des liens avec l’Association internationale des sciences de l'éducation, dont elle organise le 6e congrès à Paris, en 1973, sous la direction de Gaston Mialaret, à l'université Paris-Dauphine[22].

Revues de sciences de l'éducation[modifier | modifier le code]

Outre la revue de Caen, déjà évoquée, d'autres revues structurent le champ des sciences de l'éducation : La Revue internationale d'éducation, portée à sa création par le Centre international d'études pédagogiques de Sèvres, la revue Pratiques/analyses de formation créée par le service d'éducation permanente de l'université Paris 8. L'Afirse publie une revue intitulée L'année de la recherche en sciences de l'éducation. Les chercheurs d'approche sociologique créent la revue Éducation et société en 1998. Les réseaux de formation d'adultes ont la revue Éducation permanente et les Cahiers du CUEEP. Le champ de l'éducation familiale ont la Revue internationale de l'éducation familiale. Deux revues en philosophie de l'éducation : Le Télémaque et Penser l'éducation, enfin une revue dans le champ de l'enseignement spécialisé, la Nouvelle revue de l'AIS Adaptation, intégration scolaire et éducation[31] La revue Histoire de l'éducation, publiée par l'Institut français de l'éducation publie des articles d'historiens appartenant à la discipline histoire tout autant qu'aux sciences de l'éducation[32].

  • L'AECSE[33] (Association des enseignants et chercheurs en sciences de l'éducation) recense une trentaine de revues francophones de recherche en sciences de l'éducation, dirigées par un enseignant-chercheur en sciences de l'éducation. Cette liste a été établie grâce à un questionnaire envoyé aux responsables de revues en 2010. Elle est actualisée en mars 2013.
  • Le HCERES, qui a fait suite en novembre 2014 à l'AERES propose une liste de revues françaises et internationales de sciences de l'éducation, actualisée en 2014[34] .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gaston Mialaret, Les Sciences de l'éducation, p. 116, Paris, Puf, coll. Que sais-je ? ?, rééd. 2011, (ISBN 9782130586142) présentation.
  2. a et b Hedjerassi 2015, p. 216
  3. Hedjerassi 2015, p. 219
  4. « Professor Dr.R.L. Plancke: A Tribute », Paedagogica Historica, vol.16 , n°1,1976 DOI:10.1080/0030923760160101
  5. J. J. Richard Verbist est né à Anvers le 26 juillet 1911. Il fait ses études à l'université de Gand, où il obtient son doctorat en sciences de l'Éducation en 1946. Il est ensuite professeur de psychologie et pédagogie de l'école normale de Tirlemont, jusqu'en 1946 (Scientia paedagogica experimentalis, 9, n°1, 1972, p.122-123).
  6. a et b Hedjerassi 2015, p. 220
  7. Les représentants français sont Maurice Debesse et Léon Husson.
  8. « L’Association mondiale des sciences de l’éducation : cinquante ans d’histoire », historique sur le site de l'université Reims Champagne-Ardennes, [lire en ligne]
  9. Hedjerassi 2015, p. 218
  10. Hedjerassi 2015, p. 221
  11. Hélène Gratiot-Alphandéry, psychologue, directrice à l'école pratique des hautes études et cofondatrice de la revue Enfance, notice Bnf Data [1].
  12. Hedjerassi 2015, p. 227
  13. Afrique du Nord, Sénégal, Madagascar, Canada, Royaume-Uni...
  14. Devenue Recherches et éducations, site: https://rechercheseducations.revues.org/96
  15. Hedjerassi 2015, p. 230
  16. La Revue française de pédagogie, créée en 1967, est antérieure.
  17. a et b Hedjerassi 2015, p. 217
  18. Hedjerassi évoque une volonté de « soustraire les jeunes enseignants à l'isolement et à l'influence de la propagande hitlérienne », p.217.
  19. Notice de la BnF [2]
  20. Fernand Hotyat, « Le Centre de Travaux de l'Institut Supérieur de Pédagogie de Morlanwelz », Revue internationale de l'éducation, vol. 11, n°2 (1965), p.220-224 [3].
  21. Vergnioux 2009
  22. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Hedjerassi 2015
  23. Jacques Wittwer a impulsé la création de la section de sciences de l’éducation à l'université de Bordeaux, devenue ensuite département autonome au sein de l'université.
  24. selon une expression de Gaston Mialaret, rapportée par Hedjerassi 2015.
  25. Michel Debeauvais est le créateur du département de sciences de l'éducation à l'université Paris-8, qui est alors à Vincennes.
  26. Jean-Claude Filloux est l'un des fondateurs du département de sciences de l'éducation de l'université Paris Nanterre.
  27. Par exemple, l'école normale supérieure de Saint-Cloud Hedjerassi 2015
  28. Les statuts sont déposés en mars 1972 à la préfecture de police de Paris Hedjerassi 2015
  29. Jean Vial (1909-1996), professeur de sciences de l'éducation à l'université de Caen notice VIAF [4].
  30. Raymond Lallez, thèse de doctorat d'État, université Paris-4, 1980, notice Sudoc [5]
  31. Avec le titre actuel de Nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation.
  32. Henri Peyronie, Les sciences de l'éducation, une discipline ? Logique institutionnelle et logique épistémologique : une relation didactique, in Jean-François Marcel, Les Sciences de l'éducation. Des recherches, une discipline, Paris, L'Harmattan, 2002 p. 177-196.
  33. Renaud Hétier, Cartographie actualisée des revues scientifiques du champ des sciences de l'éducation en France [6], sur le site aecse.net.
  34. Liste de revues SHS, HCERES/CNU[7]
  35. European reference index for the humanities
  36. [PDF]ERIH Initial List: Pedagogical and Educational Research (2007)
  37. Veille et analyse, IFÉ [8]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacky Beillerot & Nicole Mosconi (dir.), Traité des sciences et des pratiques de l’éducation, Paris, Dunod, 2006.
  • Marc Bru et Jean Donnay, Recherches, pratiques et savoirs en éducation, Bruxelles, De Boeck, 2002.
  • Bernard Charlot, Les Sciences de l'éducation, un enjeu, un défi, ESF éditeur, 1995.
  • Françoise Laot & Rebecca Rogers, Les Sciences de l’éducation : Émergence d’un champ de recherche dans l’après-guerre, Rennes, PUR, 2015,
    • Nassira Hedjerassi, « Naissance et premiers pas de l'AECSE (1968-1973) », dans Françoise Laot & Rebecca Rogers, Les Sciences de l’éducation : Émergence d’un champ de recherche dans l’après-guerre, Rennes, PUR, , p. 263-278.
    • Nassira Hedjerassi, « Les Associations et congrès internationaux de recherches et sciences pédagogiques : un levier de reconnaissance nationale des sciences de l’éducation ? », dans Françoise Laot & Rebecca Rogers, Les Sciences de l’éducation : Émergence d’un champ de recherche dans l’après-guerre, Rennes, PUR, , p. 215-234.
  • Rita Hofstetter et Bernard Schneuwly (dir.), Le pari des sciences de l'éducation, Bruxelles, De Boeck, 2001, coll. « Raisons éducatives », 352 p. (ISBN 9782804138431) ;
  • Rémi Hess :
    • Des Sciences de l'éducation, Paris, Economica, 1997 ;
    • Éduquer et former : Les connaissances et les débats en éducation et en formation des sciences de l'éducation, Paris, Economica-[Anthropos], 1997.
  • Gaston Mialaret, Sciences de l'éducation, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2006.
  • Alain Vergnioux, 40 ans des sciences de l’éducation : L’âge de la maturité ? Questions vives, PUC/CRDP de Basse-Normandie, , 194 p. (ISBN 9782841338214, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]