Traité de Trianon

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Traité de Trianon
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Cérémonie de signature du traité de Trianon : à l'avant en haut-de-forme Ágost Benárd, chef de la délégation hongroise, passant devant un piquet d'honneur à Versailles.

Dépôt Gouvernement de la République française
Langues Français, anglais, italien
Signé
(Grand Trianon, Versailles)
Effet
Parties
Partie 1 Partie 2
Signataires Principales puissances alliées
Drapeau de la France France
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Drapeau de l'Empire du Japon Empire du Japon
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Autres puissances alliées
Drapeau de la Belgique Belgique
Drapeau de la République de Chine République de Chine
Drapeau de Cuba Cuba
Drapeau de la Tchécoslovaquie Tchécoslovaquie
Drapeau de la Roumanie Royaume de Roumanie
Drapeau du Nicaragua Nicaragua
Drapeau du Panama Panama
Drapeau de la Pologne République de Pologne
Drapeau de la Première République portugaise République portugaise
Drapeau du Siam Siam
Drapeau du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes Royaume des Serbes, Croates et Slovènes
Drapeau du Royaume de Hongrie Royaume de Hongrie

Le traité de paix du Trianon est signé le au Grand Trianon de Versailles par les puissances belligérantes de la Première Guerre mondiale : d'un côté le Royaume-Uni, la France, les États-Unis, l'Italie, la Roumanie, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (qui devient le Royaume de Yougoslavie en 1929) et la Tchécoslovaquie[1], de l'autre l'Autriche-Hongrie qui a perdu la guerre et qui y est représentée par la Hongrie (séparée de l'Autriche le 31 octobre 1918). Il fait suite aux traités de Versailles (qui traite le cas de l'Allemagne) et de Saint-Germain-en-Laye (qui définit celui de l'Autriche).

Les pourparlers[modifier | modifier le code]

Fin 1919, la Hongrie, en tant que puissance vaincue, est convoquée à Paris pour des négociations de paix. Robert Vallery-Radot rend compte ainsi de l'arrivée de la délégation du gouvernement hongrois conduite par le comte Albert Apponyi :

« On les reçut comme des prisonniers. Ils furent enfermés, sous la garde de policiers avec l'interdiction d'en sortir. Seul, le comte Apponyi, en considération de son grand âge (74 ans), fut autorisé à faire un petit tour de promenade, escorté d'un inspecteur de la Sûreté. »[2],[3].

La délégation hongroise est confrontée à deux préalables qui limitent grandement sa marge de manœuvre :

Au nom de ses droits historiques, la Hongrie conteste la légalité des proclamations slovaques, roumaines et slaves du sud, ainsi que les travaux de la commission Lord, et exige sans succès une révision du traité de Saint-Germain mais se heurte au principe du « Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » affirmé par le président américain Woodrow Wilson et adopté par les vainqueurs au profit des puissances victorieuses, mais non au bénéfice des vaincus (ainsi, les germanophones d'Autriche-Hongrie qui souhaitaient s'unir à l'Allemagne en furent empêchés par le traité de Saint-Germain et il n'est tenu aucun compte des revendications ukrainiennes). À titre d'exemple, pour la ville de Kassa (en slovaque Košice), les procès-verbaux de la commission Lord constituèrent lors des négociations de paix un argument décisif pour détacher cette cité de la Hongrie. La délégation hongroise contesta les procès-verbaux de Kassa en affirmant que « Les observateurs américains censés être neutres étaient en fait des Tchèques récemment naturalisés américains, qui ont falsifié la commission d'enquête et déclaré qu'il n'y avait aucun Hongrois à Kassa »[5].

Les clauses du traité et les nouvelles frontières[modifier | modifier le code]

Le traité de Trianon s'appuie sur le neuvième des 14 points du président américain Woodrow Wilson, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sauf que, comme dans le cas du traité de Saint-Germain, ce point n'est pas appliqué aux Magyars et Allemands de l'ancienne Autriche-Hongrie, mais seulement aux autres peuples. La commission Lord, présidée par des géographes tels Robert Seton-Watson (en) et Emmanuel de Martonne, comprend l'historien Ernest Denis et plusieurs géographes et historiens américains, britanniques, français, italiens, belges, tchèques, serbes et roumains, mais seulement trois hongrois : István Bethlen, Gyula Varga et István Tisza[6]. Ses conclusions tiennent compte des majorités linguistiques rurales, mais défavorisent la Hongrie en ne tenant pas compte des villes (presque toutes majoritairement hongroises) et en appliquant à son détriment le « principe de viabilité des frontières » (ainsi, pour donner accès au Danube à la Tchécoslovaquie, une vaste région à majorité magyare lui est rattachée, avec les villes de Pozsony, Érsekújvár et Komárom, tandis que la frontière hongro-roumaine inclut une importante voie ferrée côté roumain, parce que la campagne alentour est roumaine, alors qu'elle relie quatre villes importantes alors à majorités mixtes (hongroises, roumaines, allemandes, serbes et juives) : Temesvár, Arad, Nagyvárad et Szatmár-Németi[7].

Les conséquences du traité[modifier | modifier le code]

Par le traité de Trianon, la Hongrie perd des territoires au profit de tous ses voisins sans exception, et sa superficie diminue de deux-tiers, passant de 325 411 km² en novembre 1918 à 92 962 km² à la signature du traité. Le pays perd aussi son accès à la mer en Croatie, rattachée au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Elle perd, de plus, la totalité de ses mines d'or, d'argent, de mercure, de cuivre et de sel, cinq de ses dix villes les plus peuplées et entre 55% et 65% des forêts, ainsi que des voies ferrés, usines, canaux, institutions bancaires et terres cultivables[8].

Si, avant la Première Guerre mondiale, plus de la moitié des 21,5 millions d'habitants du royaume de Hongrie ne sont pas Magyars (lesquels sont au nombre de 9 549 000), l'une des conséquences du traité de Trianon est qu'après-guerre, un magyarophone sur trois vit en dehors des frontières de la Hongrie : 3,3 millions de Hongrois se retrouvent avec une nationalité roumaine, yougoslave ou tchécoslovaque :

Toutefois, en accord avec le « droit des peuples », l'Autriche et la Hongrie conclurent en 1921 le Protocole de Venise pour organiser un plébiscite en 1922 dans la ville de Sopron (en allemand Ödenburg, située dans le Burgenland) qui opta pour la Hongrie.

La Mittel Europa subit ainsi une refonte radicale de ses frontières.

L'essentiel de la politique extérieure hongroise de l'entre-deux-guerres-mondiales, dirigée par l'amiral Horthy, consista à réclamer la révision du traité de Trianon. Durant la Deuxième Guerre mondiale, la Hongrie eut partiellement satisfaction en s'alliant à l'Allemagne, et obtint le Sud de la Slovaquie en 1938, la Ruthénie en 1939, le Nord de la Transylvanie en 1940 et le Nord de la Serbie en 1941, mais les frontières de Trianon furent remises en vigueur en 1945[9].

Aujourd'hui encore 458 467 (8,5 % de la population) personnes se déclarent hongroises en Slovaquie et 508 714 (9,3 % de la population) affirment que le hongrois est leur langue maternelle selon le recensement slovaque de 2011[10]. En Roumanie 1 227 623 personnes se déclarent hongroises selon le recensement fait en 2011[11].

Perception du traité[modifier | modifier le code]

La Hongrie d'avant Trianon sur un mur d'un village en Hongrie : sa silhouette foisonne aussi sous forme d'autocollants, porte-clefs, drapeaux, napperons, écharpes...

Sur les sept pays voisins de la Hongrie, depuis 2013 cinq d'entre eux (Autriche, Croatie, Slovénie, Slovaquie et Roumanie) font partie comme elle de l'Union européenne, de sorte qu'entre ces États les visas sont abolis et que de facto les frontières du traité de Trianon sont désormais ouvertes aux habitants de l'ancienne « grande Hongrie ». Le bilinguisme est reconnu dans les communes où les Hongrois sont très implantés, notamment en Roumanie dans les deux départements de Covasna et de Harghita à très large majorité (plus de 75 %) magyare et celui de Mureș à forte présence (40 %) ainsi que dans la plaine danubienne de la Slovaquie, où la politique linguistique limite cependant l'usage du hongrois dans les services publics[12],[13].

Néanmoins, Trianon est encore de nos jours perçu comme un traumatisme majeur[14] en Hongrie, et beaucoup de Hongrois considèrent toujours ce traité comme un inique diktat. Ce sentiment est facile à instrumentaliser dans la politique intérieure hongroise par des partis ultra-nationalistes comme le Mouvement de jeunesse des soixante-quatre comitats (Hatvannégy Vármegye Ifjúsági Mozgalom) fondé par László Toroczkai, remarqué en France par une manifestation de plus de 400 personnes dans les rues de Versailles le 4 juin 2006, avec l'appui d'une section française du mouvement, ou encore par l'actuel parti politique hongrois « Jobbik ». Mais au-delà de l'extrême droite, c'est toute l'histoire de la Hongrie qui est récrite par les média actuels en fonction de ce traumatisme, en minimisant les diversités et les clivages du passé (politiques, linguistiques, religieux) et en idéalisant une « Hongrie unitaire millénaire » (celle des 64 comtés)[15] qui aurait été un « âge d'or » pour les Hongrois, mais aussi pour des « immigrants tardifs slaves, valaques ou tziganes qui ont fini par proliférer et mener à la décadence et au démantèlement du pays »[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Oskar Krejčí, Geopolitics of the Central European Region: The View from Prague and Bratislava, Lulu.com, (ISBN 9788022408523, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Autres signataires : Belgique, Chine, Cuba, Grèce, Japon, Nicaragua, Panama, Pologne, Portugal et Siam.
  2. Robert Vallery-Radot, La Hongrie et l'esprit maçonnique des traités, extrait de La Revue hebdomadaire, Paris, 1929, p. 21-27
  3. Yves de Daruvar, Le Destin Dramatique de la Hongrie — Trianon ou la Hongrie écartelée, Les Éditions Albatros, Paris, 1971, p. 84
  4. Lowczyk Olivier, La fabrique de la paix. Du Comité d'études à la Conférence de la paix, l'élaboration par la France des traités de la Première Guerre mondiale, Paris, Economica, Coll. Bibliothèque stratégique, 2010, 533p.
  5. Robert Vallery-Radot, La Hongrie et l'esprit maçonnique des traités, extrait de La Revue hebdomadaire, Paris, 1929.
  6. Olivier Lowczyk, La fabrique de la paix : du Comité d'études à la Conférence de la paix, l'élaboration par la France des traités de la Première Guerre mondiale, Paris, Economica, Coll. Bibliothèque stratégique, 2010, 533p.
  7. Edgar Lehmann, Meyers Handatlas, Bibliographisches Institut, Leipzig, 1932
  8. (en) Domokos Kosáry, History of the Hungarian nation, (OCLC 66036)
  9. (hu) Kartográfiai Vállalat Szerkesztőbizottsága, Történelmi atlasz a középiskolák számára [« Atlas historique pour les collèges »], Budapest, Kartográfiai Vállalat, (ISBN 963-351-422-3)
  10. (en) Beata Balogová, « Census: Fewer Hungarians, Catholics – and Slovaks », The Slovak Spectator,‎ (lire en ligne)
  11. (ro) Comunicat de presă privind rezultatele definitive ale Recensământului Populației și Locuințelor – 2011
  12. (en+de) Cornelius von Tiedemann, « Wissenschaftliche Kritik des slowakischen Sprachengesetzes » (version du 20 février 2012 sur l'Internet Archive), sur Der Nordschleswiger, 13 août 2009
  13. (en) « Hungary attacks Slovak language law » (version du 23 juillet 2012 sur l'Internet Archive), sur Euranet, 4 août 2009
  14. (en) Nicholas Kulish, « Kosovo’s Actions Hearten a Hungarian Enclave », The New York Times,‎ (lire en ligne) : « a loss that to this day is known as the Trianon trauma »
  15. Romantikus Erőszak - Édes hazánk - Vármegyék sur [1]
  16. Déclarations de László Bogár et Gábor Barcsa-Turner en février 2015 sur [2]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]