KuK

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Kuk.
Moyennes armes de l'Autriche-Hongrie.

KuK (ou k. und k. , k. & k. ) est l'acronyme de l'expression kaiserlich und königlich (prononcer [kaɪzɐlɪç ʔʊnt ˈkøːnɪklɪç]), impérial et royal en allemand.

Ces qualificatifs étaient employés par le régime austro-hongrois, à l'époque où l'empire d'Autriche et le royaume de Hongrie étaient réunis au sein d'une même entité politique, l'Autriche-Hongrie (1867-1918). On trouvait donc ce sigle dans différentes administrations impériales ou dans la marine de guerre, la K.u.K.K pour Kaiserliche und Königliche Kriegsmarine.

François-Joseph était à la fois empereur d'Autriche et roi de Hongrie, cette dernière ayant retrouvé ses privilèges politiques par le Compromis austro-hongrois de 1867.

Carte de l'Autriche (en orange), du royaume de Hongrie (en vert) et de la Bosnie comme condominium.

Symbolique de l'emploi[modifier | modifier le code]

Avant 1867, l'ensemble des territoires sous le contrôle des Habsbourg utilisait indifféremment kaiserlich und königlich ou kaiserlich-königlich, les Habsbourg régnant comme rois sur la Hongrie, la Bohême, la Croatie et la Galicie. Leur titre d'empereur était lié à leur rôle en tant que chef du conglomérat des États principalement allemands, conglomérat appelé Saint-Empire romain germanique jusqu'en 1806. Le même titre, celui d'empereur, vint à identifier leur rôle comme chef du nouvel empire d'Autriche créé en le 11 août 1804.

À la suite du Compromis austro-hongrois de 1867, le titre impérial se réfère désormais uniquement aux royaumes et pays représentés à la Diète d'Empire (« Cisleithanie ») et les Hongrois insistent sur le und (« et »), et non sur le trait d'union, dans tous les usages en accord avec le nouveau statut d'autonomie du royaume au sein de l'Autriche-Hongrie. L'utilisation de kaiserlich und königlich est décrétée dans une lettre de l'empereur le 17 octobre 1889 pour une partie de l'armée, la marine et les institutions partagées par les deux parties de l'empire. Par la suite, les abréviations KuK. ou K. und K. ne se réfèrent plus qu'aux institutions communes de l'Autriche-Hongrie , tandis que M.K. (magyar királyi en hongrois) ou Kgr. Ung. ou K.U. (Königreich Ungarn en allemand, signifiant « Royaume de Hongrie ») se réfèrent aux pays de la Couronne de Saint-Étienne (« Transleithanie ») soit la Hongrie proprement dite et la Croatie qui lui était subordonnée.

Ainsi, dans les documents officiels, les abréviations utilisées étaient :

  • K.K. ou K.-K., pour « impérial » (marches, kronlands et comtés de l'Autriche) – « royal » (Bohême, Dalmatie, Galicie), se rapporte soit à l'empire d'Autriche avant 1867 soit à la « Cisleithanie » entre 1867 et 1918 ;
  • K.u.K., pour impérial (Autriche) et royal (Hongrie), se rapporte à l'Autriche-Hongrie entre 1867 et 1918.

KuK dans les différentes langues de la monarchie[modifier | modifier le code]

Allemand Hongrois Tchèque Polonais Roumain
kaiserlich und königlich (K. u. K.) császári és királyi (Cs. és Kir.) císařský a královský (C. a K.) cesarsko i królewski (C. i K.) imperial și regal (I. și R.)
kaiserlich/königlich (K. K.)
(kaiserlich/königlich)
császári-királyi (Cs. Kir.) císařsko-královský (C. K.) cesarsko-królewski (C. K.) imperial - regal (I.- R.)
königlich ungarisch (K. U.) magyar királyi (M. Kir.) královský uherský (Král. Uher.) królewski węgierski (Król. Węg.) regal maghiar (R. M.)

C. i Kr. en croate, I.R. en italien, C. a K. en slovaque et C. Kr. en slovène.

Carte des garnisons de l'armée KuK dans l'empire Austro-Hongrois en 1898.

Littérature[modifier | modifier le code]

La « Cacanie »[modifier | modifier le code]

L'expression KuK et tout le système politico-militaro-bureaucratique auquel elle était liée ont été tournés en dérision non seulement par les nombreuses communautés linguistiques (notamment slaves) qui, dans l'Empire, devaient subir la domination inéquitable des aristocraties autrichienne et hongroise et dont les cultures n'étaient pas reconnues, mais aussi par de nombreux citoyens germanophones. Ce contexte favorisa le foisonnement d'histoires satiriques qui inspirèrent l'écrivain tchèque Jaroslav Hašek (le Brave Soldat Chvéïk, paru dans les années 1920) mais aussi l'autrichien Robert Musil qui, dans son roman L’Homme sans qualités (Der Mann ohne Eigenschaften) critique les blocages absurdes et aberrants d'une hiérarchie militaire et d'une administration décadentes qui tournent en rond, s'auto-justifient et dont l'action se borne grossièrement à distribuer des médailles et des récompenses officielles afin de continuer à donner une impression de cohésion et de logique. Musil inventa dans son roman le terme de Kakanien[1]. Dans la traduction française du roman, Philippe Jaccottet utilise le terme « Cacanie » pour désigner l'Autriche-Hongrie.

Kreisky et Kadar[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, l'expression KuK fut utilisée de manière ironique pour qualifier les deux pays (Autriche et Hongrie) de l'initiale du nom de leurs dirigeants respectifs, Bruno Kreisky et János Kádár.

Politique récente[modifier | modifier le code]

La Kakanie a aussi pu ressurgir au XXIe siècle dans des descriptions du nationalisme montant et de la nostalgie impériale-et-royale[2] dans ces deux pays (partis F.P.Ö., Fidesz et Jobbik)[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Frédéric Joly, Robert Musil : tout réinventer, Seuil, 2015, p. 12.
  2. Dominique de La Barre, Vacances en KaKanie Grande Hongrie le 8 juillet 2017.
  3. Evelyne Pieiller, Le beau Danube noir, Le Monde diplomatique de novembre 2016 [1] et Le Monde du 16 décembre 2017 [2] évoquent les deux pays et la nostalgie impériale-et-royale.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Historische Märsche und sonstige Compositionen für das kaiserliche und königliche Heer. Vom k. u. k. Reichs-Kriegs-Ministerium autorisierte Ausgabe, Vienna, 1845
  • Otto's encyclopedia (en) (1888-1909), sujet 'Roi'.
  • Somogyi Éva: Kormányzati rendszer a dualista Habsburg Monarchiában, Budapest, 1996