Royaume de Hongrie (1867-1918)

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Le royaume de Hongrie constitue la principale composante des Pays de la Couronne de Saint-Étienne, nom officiel de la Transleithanie. Réformé à la suite du compromis de 1867, le royaume reprend son existence millénaire. Proclamé en 1867, lors du sacre de François-Joseph comme roi de Hongrie, le royaume est aboli une première fois moins de deux ans aprrès le sacre du dernier roi, Charles IV. en effet, le 16 novembre 1918, Mihaly Karolyi, dernier premier ministre du royaume, proclame la république, alors que la double monarchie est en train d'achever son processus finale de décomposition, débutée à la fin du mois d'octobre précédent.

territoire du royaume[modifier | modifier le code]

Le royaume de Hongrie constitue la plus importante des composantes des Pays de la Couronne de Saint-Étienne, du point de vue territorial et politique.

Composition du royaume[modifier | modifier le code]

Le Royaume de Hongrie dans la double monarchie

Le royaume est composée de plusieurs parties distinctes, mais dont les représentants sont élus au Reichstag de Budapest, en tant que députés du royaume.

Les dirigeants hongrois parviennent à obtenir de leur monarque la reconstitution de la Hongrie historique, auquel est cependant retirée la Dalmatie, intégrée au royaume après la paix de Campo-Formio[1].

En plus du territoire de la Hongrie proprement dit, le royaume compte également la grande Voïvodie de Serbie et la Grande-principauté de Transylvanie[N 1],[2].

Géographie du royaume[modifier | modifier le code]

Lors des négociations de paix entre la Hongrie, alors indépendante, et les Alliés en 1918-1919, devant aboutir au traité de Trianon, la délégation hongroise, menée par le géographe Pal Teleki, tente de défendre l'intégrité des territoires ayant dépendu du royaume de Budapest jusqu'en 1918; ses membres présentent ainsi une analyse géographique et ethnographique précisément documentée de la situation du royaume en 1910, date du dernier recensement hongrois[3].

Il constitue un ensemble territorial unifié autour du bassin des Carpathes et de la plaine de Pannonie[4].

Un royaume multi-ethnique[modifier | modifier le code]

Groupes ethno-linguistiques du royaume de Hongrie en 1910.
La célèbre « carte rouge » de Pál Teleki, élaborée en 1910, s'appuie sur les données du recensement hongrois de 1910.

Le Royaume de Hongrie est le seul État d'Europe dans lequel l'ethnie dominante, les Magyars, constitue moins de la moitié de la population totale du royaume[5]. Cette caractéristique fragilise le royaume, en dépit de sa force apparente[6].

Des minorités majoritaires[modifier | modifier le code]

La population du royaume est en effet composée de Magyars, de Slaves du Nord (Ruthènes et Slovaques) et du Sud (Croates et Serbes), de Roumains et d'Allemands, installés à partir du début du XVIIIe siècle sur des territoires sur lesquels les colons bénéficient d'exemptions fiscales, comme dans le Banat hongrois les Donauschwaben[7].

En 1900, le royaume est peuplé de près de 18 millions d'habitants, dont une moitié de Magyars. 2 millions de Slovaques habitent le pourtour Nord de la plaine hongroise, 3 millions de Roumains habitent la Transylvanie, 1 million de Serbes peuplent le Banat et la vallée de la Save. le royaume compte également, mais en nombre moindre, des Saxons, des Bulgares et des Wendes[N 2],[8].

Ces minorités soutiennent, dans leur majorité, les Autrichiens dans le conflit permanent entre les deux parties de la double monarchie[6].

La présence de ces minorités pèsent sur les relations entre la double monarchie et certains de ses voisins : ainsi, dès 1883,l'adhésion de la Roumanie à la Triplice est rendue compliquée par la présence de forte minorités roumaines en Autriche et en Hongrie : en 1914, Charles Ier, le roi de Roumanie, informe le représentant austro-hongrois à Bucarest, Ottokar Czernin que la question de la Transylvanie crée les conditions d'une réorientation de la politique étrangère roumaine, moins favorable à la double monarchie et au Reich[9].

Magyarisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : magyarisation.

En dépit du caractère officiellement libéral du royaume de Hongrie, les différents courants magyars représentés au parlement de Budapest sont partisans d'une intense politique magyarisation des populations non hongroises du royaume. Ils reçoivent sur ce point le soutien des quelques députés représentants des Volksdeutsche établis dans le royaume depuis le XVIIe siècle.

Au fil de l'évolution du royaume, la politique de magyarisation, appuyée sur la loi sur les nationalités, votée en 1868, qui définit le royaume un ensemble unitaire[10], se fait de plus en plus affirmée, axée sur la mise en avant de la petite noblesse magyare et des allogènes assimiliés[11]. Elle se fonde sur une politique de discrimination des minorités, d'intimidation policière et sur la multiplication des entraves au droit de réunion, pourtant garanti par la constitution de 1868[12].

Élément de cette politique, la politique de « magyarisation symbolique » se met en place à partir des années 1895-1896, marquées par la querelle de l'État avec les églises autour de l'obligation du mariage civil, puis, en 1896, autour de la célébration du Millenium magyar de 1896. Ainsi, de nombreux villages et villes sont rebaptisés de leur nom hongrois ; les conscrits voient leur nom magyarisé, la langue magyare est imposée dans les écoles[13], de façon systématique[14]. Dans le même ordre d'idées, la justice est toujours rendue en langue magyare, en contradiction avec la constitution[N 3],[12].

Face à cette politique, les représentants de ces minorités se cherchent des alliés à l'extérieur du royaume : ils bénéficient ainsi du soutien des responsables autrichiens, satisfaits d'affaiblir leurs partenaires hongrois[15], tandis que les nouveaux États des Balkans, essentiellement la Roumanie et la Serbie tentent de protéger leurs compatriotes de la double monarchie[6].

Institutions et vie politique[modifier | modifier le code]

Issu du processus de régionalisation des territoires des Habsbourg qui commence dans les années 1860, le royaume connaît une autonomie interne quasi totale à partir de la conclusion de l'Ausgleich de 1867[16].

Le roi de Hongrie[modifier | modifier le code]

Lié aux pays de la couronne de Saint-Étienne, le roi de Hongrie est, en vertu des liens qui unissent la Transleithanie à l'empire d'Autriche, l'empereur d'Autriche. Deux rois se succèdent entre 1867 et 1918 : François-Joseph Ier et son petit-neveu Charles IV.

En vertu de la pragmatique sanction de 1717, le roi, toujours un membre de la famille des Habsbourg, est également le dépositaire du pouvoir dans les pays autrichiens.

Le roi est sacré à Budapest par le primat catholique du royaume; François-Joseph est sacré le 8 juin 1867, Charles IV le 30 décembre 1916[N 4]. Lors de cette cérémonie, le roi est oint de la couronne de Hongrie, tandis que son manteau a été rapiécé par la nouvelle reine, comme le veut la tradition[17]. Enfin, joignant le geste à la parole, le roi doit gravir à cheval un tertre artificiel, formé avec de la terre de l'ensemble des comitats de Hongrie, et, en brandissant l'épée de sacre aux quatre points cardinaux, s'engager à défendre le royaume[17].

Constitution et institutions du royaume[modifier | modifier le code]

Le royaume est refondé en 1867 sur des bases libérales. Une constitution est adoptée. Cette constitution, mettant en place un régime centralisé, permet la dissolution des diètes provinciales, à l'image de celle de Transylvanie, dissoute par le chef du gouvernement hongrois, Gyula Andrássy, dès la renaissance du royaume en 1868[10].

Le gouvernement est responsable devant le parlement.

Cependant, la classe politique affiche son hostilité à l'encontre d'une réforme institutionnelle visant à élargir le droit de suffrage; cette opposition fournit au roi un moyen de pression sur la classe politique du royaume[18].

Vie politique[modifier | modifier le code]

La constitution de 1868 garantit au royaume des institutions libérales.

Des partis politiques se mettent rapidement en place à partir de 1867. Rapidement, la vie politique du royaume s'ordonne autour de l'opposition entre le parti libéral (ou son continuateur, le parti national du travail), dit parti de 1867, et le parti de l'indépendance. Ces partis sont contrôlés de père en fils par les grandes familles du royaume, les Tisza, Kalman et son fils, Istvan, les Andrassy, Gyula et son fils Gyula, les Kossuth, Lajos et son fils Ferenc (en). Contrôlant le pouvoir pendant 40 ans, le parti libéral, ou parti de 1867, est défait lors des élections législatives de 1905. À l'issue de cette consultation, le parti de l'Indépendance, ou parti de 1848, majoritaire, contrôle une majorité du Reichstag de Budapest[18]. Ces partis magyars voient rapidement apparaître des partis représentant les minorités nationales du royaume : ainsi, en 1881 est créé le parti national roumain de Hongrie[19], mais l'usage de la loi électorale par les autorités et les magnats magyars prive de fait ces minorités de possibilités de disposer d'une représentation en mesure de peser sur les votes au Reichstag de Budapest[14]. À côté de ses partis visant à représenter les minorités, apparaît timidement un parti social-démocrate, qui obtient quelques élus lors des élections au tournant du siècle, mais demeure marginal[14].

À partir de 1903, les relations se tendent entre les députés et le roi ; cette tension a pour objet la langue de commandement des troupes levées dans le royaume pour le compte de l'armée commune. Au terme de quatre années de lutte entre le roi et la classe politique hongroise[N 5], le parlement est dissout et les tenants du dualisme reviennent aux affaires[20] : en 1910, le parti libéral, renommé et réorganisé par Istvan Tisza, reconquiert la majorité. Le gouvernement est alors confié à des proches du nouvel homme fort du royaume[18].

Ces partis connaissent des débats intenses, aboutissant à des scissions et des recompositions, parfois de grande ampleur. Ces scissions et recompositions se font autour des enjeux posés par la place de la Hongrie dans la double monarchie et par la pertinence du maintien de l'alliance avec le Reich[21].

Ce recompositions autorisent l'arrivée au pouvoir de Mihaly Karolyi entre le 25 et le 30 octobre 1918; en effet, celui-ci, appuyé par une minorité au Reichstag, mais par un vaste mouvement au sein du royaume, met en place le 31 octobre un gouvernement de coalition[22].

Liens avec les autres composantes de la double monarchie[modifier | modifier le code]

Principale composante des Pays de la Couronne de Saint-Étienne, le royaume de Hongrie est lié avec le Royaume de Croatie-Slavonie par un Ausgleich hungaro-croate.

Les pays de la Couronne de Saint-Étienne[modifier | modifier le code]

Le royaume dans l'empire austro-hongrois[modifier | modifier le code]

Principal composante des Pays de la Couronne de Saint-Étienne, le royaume de Hongrie joue un rôle essentiel dans la définition de la politique de la monarchie danubienne.

Les relations avec la Cisleithanie sont définies par la loi XII, adoptée par le Reichstag de Budapest à la fin du mois de mai 1867 par une majorité d'une quarantaine de voix ; cette loi est adoptée dans les mêmes termes au Reichsrat de Vienne, instituant un compromis adopté par les assemblées de deux États souverains[1].

Le royaume, acteur hégémonique et structurant des pays de la Couronne de Saint-Etienne, participe activement aux négociations avec la Cisleithanie dans le cadre du renouvellement du compromis décennal l'Ausgleich austro-hongrois, fixant les règles de fonctionnement interne de la double monarchie; sont ainsi négociés tous les dix ans les liens entre les deux parties de la double monarchie ; en 1917, par exemple, le dernier renouvellement du compromis fixe la participation de la Hongrie au budget commun à 34,4 % de ce budget commun[23]. Le compromis entre les deux parties de la monarchie danubienne oblige à la mise en place d'un budget et de politiques communes dans certains domaines, notamment l'armée, la diplomatie, les affaires commerciales, la monnaie[24] : certaines sont gérées de façon communes, par des ministères communs aux deux royaumes et leur financement fixé par les texte liant les deux monarchies[N 6], d'autres sont le fruit de compromis entre les deux entités composant la monarchie des Habsbourg et recouvrent essentiellement les affaires économiques et commerciales[25]  :une union douanière lie ainsi l'Autriche à la Hongrie, jusqu'en 1903, puis, à partir de ce moment, les deux monarchies sont liées par un traité de commerce mettant en place la clause de la nation la plus favorisée, et assurant une réciprocité des droits des acteurs économiques dans chacune des parties de la double monarchie[25].

De plus, tous les ans, une délégation parlementaire hongroise participe aux réunions des délégations austro-hongroises, instance de contrôle de la politique commune par les parlements autrichien et hongrois : composées de représentants des chambres issus des parlements de l'empire d'Autriche et des Pays de la Couronne de Saint-Étienne siégeant séparément et communiquant par écrit, cette session parlementaire annuelle fixe le budget à la double monarchie pour les affaires communes[18]. Instance parlementaire, ces réunions séparées demeurent inchangées dans leur statut, les représentants hongrois se montrant hostiles à une transformation de cette instance en parlement de la double monarchie[25]

Régulièrement, les débats politiques en Hongrie et au sein des représentants des pays de la Couronne de Saint-Étienne ont des conséquences pratiques sur le dualisme austro-hongrois : à partir de 1908, le royaume connaît une crise politique liée au refus hongrois d'adopter les budgets devant permettre le renforcement de l'armée commune; en 1910, de nouvelles élections résolvent cette crise, en portant au pouvoir des partisans du maintien des liens entre l'Autriche et la Hongrie, regroupés autour d'Istvan Tisza[18].

Rapidement, les antagonismes entre la Cisleithanie et la Transleithanie créent les conditions d'une crispations entre les deux parties de la monarchie, notamment sur la question de ce budget. ainsi, à partir de 1899, les tensions font craindre un éclatement de l'empire des Habsbourg, tandis que, en 1900, puis en 1905, les responsables militaires de la double monarchie envisagent une invasion militaire du royaume de Saint-Étienne[26].

Enfin, le Royaume constitue, au sein de la double monarchie, un grenier à blé de première importance, donnant au royaume un moyen de pression utile dans les périodes crise alimentaire, notamment à partir de [27]

influence sur la politique étrangère de la double monarchie[modifier | modifier le code]

Depuis la résurrection du royaume en 1867, les responsables hongrois multiplient les initiatives pour infléchir la politique étrangère de la double monarchie ; cependant, ces inflexions démontrent l'incapacité de ces dirigeants à mener une politique étrangère distincte de celle menée à Vienne[15]. En 1909, cet échec est patent, les responsables hongrois montrent leur capacité à encadrer la politique extérieure de la double monarchie, mais ne parviennent cependant pas à remettre fondamentalement en cause l'alliance avec le Reich, orientation principale de la diplomatie de la double monarchie depuis le début des années 1870[28].

Ainsi, dès 1878, Gyula Andrássy, alors ministre commun des affaires étrangères, tente de mener une politique conforme aux intérêts hongrois : il vise à bloquer la constitution d'une Grande Serbie et à garantir le statu-quo international, notamment dans l'empire ottoman ; à Berlin, il parvient à ses fins, du moins face à la Serbie : la principauté connaît certes un accroissement territorial important, mais elle est bloquée dans sa marche à la mer et ne peut s'étendre vers le Nord[6].

En 1909, la conclusion de la crise bosniaque accentue la méfiance des responsables hongrois quant à la Serbie, et incite ces derniers à se montrer hostiles à toute initiative visant à accroître le territoire de la double monarchie, les Hongrois craignant de se trouver noyés dans la « mer des Slaves »[29].

De plus, à la suite de la crise de l'annexion des provinces occupées, émergent en Hongrie des mouvements favorables à la mise en place d'une alliance avec la Russie, afin de neutraliser la Serbie et de garantir le statu-quo dans les Balkans[28]. en 1913, à la suite de l'échec des combinaisons austro-hongroise[N 7], Istvan Tisza parvient à faire nommer ministre auprès du roi Stephan Burián von Rajecz, un diplomate chevronné proche du premier ministre hongrois : par cette nomination, le président du conseil hongrois parvient à circonvenir le falot Leopold Berchtold et diriger de fait la politique étrangère de la double monarchie[30]. Au cours desmois qui suivent, les intérêts hongrois constituent la feuille de route de la politique étrangère de la monarchie danubienne : Istvan Tisza fixe les limites que la monarchie danubienne souhaite voir posées à l'expansion serbe, défend la création d'un état albanais indépendant et viable doté d'une frontière terrestre avec le Monténégro[31].

Disparition du Royaume[modifier | modifier le code]

Le royaume dans la Première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Durant le conflit, les Hongrois subissent les effets du blocus allié, limité par les productions de céréales du royaume[27].

Cependant, en dépit des difficultés, la vie politique continue, le parlement se réunit et exerce ses prérogatives garanties par les institutions[27]. Cependant, le jeu institutionnel ne remet pas en cause, du moins jusqu'en 1917, la stabilité gouvernementale du royaum[32].

Durant le conflit, le gouvernement hongrois continue à exercer une forte influence sur la politique de la double monarchie, notamment en 1916, lors d'offensive roumaine suivant l'entrée du royaume de Bucarest aux côtés des Alliés : les plans de défense face à cette attaque prévoient l'établissement d'une ligne de défense assez éloignée de la frontière entre la Roumanie et la Hongrie, suscitant une forte hostilité des députés hongrois à Budapest. Cette hostilité oblige Arthur Arz von Straussenburg, en charge du front roumain, à placer les unités déployés face à la Roumanie à se positionner au plus près de la frontière ; ne pouvant pas s'opposer efficacement à la poussée roumaine, les unités austro-hongroises cèdent du terrain, accélérant la crise politique en cours à Budapest. Finalement, à la demande des représentants hongrois, une opération engageant des unités allemandes, austro-hongroises, bulgares et ottomanes est planifiée par les stratèges austro-hongrois ; menée avec virtuosité, cette opération libère rapidement de territoire hongrois et annihile la menace roumaine[33].

Dans le même temps, les liens entre le Reich et la double monarchie sont définitivement resserrés en 1918, lors de la conférence de Spa du 12 mai, privant la monarchie des Habsbourg d'une sortie de crise sans le Reich, et de ce fait, remettant en cause l'existence du royaume en cas de défaite du Reich[34].

Le 4 novembre 1918, le gouvernement Karolyi, nouvellement investi, annonce son intention de déposer les armes ; ainsi, deux jours plus tôt, le 2 novembre, le ministre de la guerre annonce officiellement la dissolution de l'armée hongroise, entraînant l'opposition des offciers alors rapidement circonvenue[35].

L'impossible réforme[modifier | modifier le code]

À partir de la fin de l'année 1916, marqué par l'avènement du nouveau roi, Charles IV, Des velléités de réforme du royaume et de la double monarchie se font nombreuses, soutenues par le roi[36]. cependant, ces velléités de réforme sont bridées par les serments royaux, contractés lors de son sacre : il doit ainsi composer avec le nouveau Palatin du royaume, Istvan Tisza[N 8], hostile à toute modification de la constitution hongroise[17].

Ainsi, dès son entrée en fonction, le nouveau roi exige la mise en œuvre d'une réforme du suffrage comme cela avait été fait en Autriche en 1906; ce dernier, hostile à cette réforme, est rapidement congédié en avril 1917; mais son successeur, Mòric Esterházy, puis le successeur de celui-ci, Sandor Werkele, échouent à imposer au parlement, fermement tenu en main par Istvan Tisza, la réforme souhaitée par le roi[N 9],[37].

À partir du 11 octobre 1918, l'intransigeance des responsables politiques du royaume, hostiles à tout changement politique en Hongrie, commencent à défendre l'idée d'une modification des liens qui unissent le royaume à l'Autriche, proposant la mise en place d'une simple union personnelle entre les deux monarchie[38]. Ainsi, le 25 octobre, à l'annonce de projet de réforme intérieure de la Cisleithanie, Sandor Werkele présente sa démission, mais ne peut s'opposer efficacement au cours des événements[39].

Le royaume en octobre 1918[modifier | modifier le code]

Dans le contexte de la défaite militaire austro-hongroise, les ferments de dissolution du royaume de Hongrie sont à l’œuvre; cependant les dirigeants hongrois s'en rendent compte trop tard pour enrayer le processus de dissolution, les Roumains de Transylvanie s'agitent, les Slovaques de Haute-Hongrie également.

Le 25 octobre, Karolyi fonde un conseil national à Budapest mais hésite sur la nature du futur État hongrois ; en effet, depuis le 24 octobre 1918, le royaume n'a plus de gouvernement légal[40].

Crise institutionnelle[modifier | modifier le code]

De plus, lors des dernières semaines du conflit, les partisans d'une indépendance du royaume, refondé sur des valeurs démocratiques, sont de plus en plus nombreux, regroupés autour de Mihaily Karolyi, partisan d'une rupture de l'alliance avec le Reich[41].

Celui-ci, cependant, défend encore, durant les derniers jours d'octobre, le maintien d'un lien avec la dynastie : fort du soutien populaire[42],il prête cependant son serment de nouveau premier ministre devant l'archiduc Joseph, Homo Régius, représentant du roi Charles à Budapest[39]. Cependant, cette prestation de serment n'est pas suivie de la prise de fonction de Karolyi, entraînant un fort mécontentement populaire[N 10] et le discrédit de la dynastie[43] : ses adversaires politiques manœuvrent habilement pour proposer une autre nomination au poste de premier ministre et obtiennent du roi la nomination de János Hadik, ministre du ravitaillement dans les cabinets successifs de Móric Esterházy et de Sándor Wekerle[43].

Dans les faits, dès le 1er novembre 1918, le royaume est indépendant[39], tandis que la guerre continue avec les Alliés, l'Armistice de Padoue ne s'appliquant qu'au front italien[39].

Proclamation de la République[modifier | modifier le code]

Le 1er novembre, gouvernant un royaume indépendant de fait, les membres du cabinet Karolyi actent cette indépendance et la fin de fait des liens avec les Habsbourg-Lorraine : le gouvernement ne prête plus serment devant le roi ou ses représentants, mais devant le conseil national, faisant de celui-ci la source de la légitimité politique dans le royaume[44].

Replié avec sa famille dans son château familial d'Eckartsau depuis le début du mois de novembre, Charles IV renonce, dans un manifeste impérial publié le 11 novembre, à toute participation aux affaires de l'État en Autriche et à toute intervention dans la question de la nature du régime en Autriche[44] ; à la suite de cette proclamation, le roi Charles reçoit le 13 novembre une délégation de membres du conseil national hongrois, dirigée par le président de la chambre haute hongroise : cette délégation doit obtenir l'abdication du dernier roi de Hongrie[45] ; ne disposant d'aucun pouvoir, le roi se contente de signer un acte de renonciation à la participation aux affaires de l'État[46].

Le 16 novembre, la République démocratique hongroise est proclamée, abolissant pour la première fois la monarchie en Hongrie[47] : ce jour-là, le parlement du royaume se réunit pour la dernière fois et transfère ses pouvoirs au conseil national, maintenant la fiction d'une continuité du pouvoir législatif dans le royaume ; l'adoption d'une loi en cinq articles instituant la République constitue la première décision du conseil national, nouveau dépositaire du pouvoir législatif[48].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le roi de Hongrie, François-Joseph Charles IV, portent le titre de Grand-Voïvode de Serbie et de Grand-Prince de Transylvanie.
  2. A cette mosaïque, il faut ajouter deux millions de Croates, autonomes au sein du Royaume de Croatie-Slavonie.
  3. Selon la constitution de 1868, la langue majoritairement parlée dans le comitat doit être la langue de la justice.
  4. Le sacre du roi Charles est la dernière grande cérémonie du royaume avant la défaite de 1918.
  5. François-Joseph menace même d'imposer la mise en place du suffrage universel pour ruiner la prépondérance des Magyars.
  6. Les affaires communes ou « pragmatiques » recouvrent ce qui a trait à la politique étrangère de la monarchie.
  7. ces combinaisons, appuyées sur la croyance d'une forte résistance ottomane, devaient garantir le statu-quo et empêcher le développement territorial et politique serbe.
  8. Ce dernier s'est en effet fait nommer Palatin, remettant en cause la tradition du choix du titulaire de la fonction parmi une branche cadette de la famille royale.
  9. La réforme adoptée en 1917 permet de porter le corps électoral à 3,9 millions de votants, soit plus du doublement, en incluant les anciens combattants, aux adultes sachant lire et écrire et aux ouvriers d'usine.
  10. Ce mécontentement se traduit par une manifestation réprimée par la police alors que les manifestants se trouvent à proximité du château royal.

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Jean-Paul Bled, L'agonie d'une monarchie : Autriche-Hongrie 1914-1920, Paris, Taillandier, , 464 p. (ISBN 9791021004405). 
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