Viktor Orbán

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Orban (homonymie).
Dans le nom hongrois Orbán Viktor, le nom de famille précède le prénom, mais cet article utilise l’ordre habituel en français Viktor Orbán, où le prénom précède le nom.
Viktor Orbán
Viktor Orbán en 2016.
Viktor Orbán en 2016.
Fonctions
Premier ministre de Hongrie
En fonction depuis le
(7 ans, 5 mois et 17 jours)
Président László Sólyom
Pál Schmitt
László Kövér (intérim)
János Áder
Gouvernement Orbán II et III
Législature VIe et VIIe
Coalition Fidesz-MPSz-KDNP
Prédécesseur Gordon Bajnai
Président du Fidesz
En fonction depuis le
(14 ans, 5 mois et 29 jours)
Prédécesseur János Áder
Premier ministre de Hongrie

(3 ans, 10 mois et 21 jours)
Président Árpád Göncz
Ferenc Mádl
Gouvernement Orbán I
Législature IIIe
Coalition Fidesz-MPPFKgPMDF
Prédécesseur Gyula Horn
Successeur Péter Medgyessy
Président du Fidesz

(6 ans, 9 mois et 11 jours)
Prédécesseur Direction collégiale
Successeur László Kövér
Député hongrois
En fonction depuis le
(27 ans, 6 mois et 13 jours)
Élection
Réélection
24 mai 1998
21 avril 2002
23 avril 2006
25 avril 2010
6 avril 2014
Circonscription Fejér
Législature Ire, IIe, IIIe, IVe, Ve, VIe
et VIIe
Groupe politique Fidesz
Biographie
Nom de naissance Viktor Mihály Orbán
Date de naissance (54 ans)
Lieu de naissance Székesfehérvár (Hongrie)
Nationalité hongroise
Parti politique Fidesz-MPSz
Diplômé de Université Loránd Eötvös
Université d'Oxford
Profession Juriste
Religion Calvinisme
Résidence Palais Wellisch, Budapest

Signature de Viktor Orbán

Viktor Orbán
Premiers ministres hongrois

Viktor Orbán ([ˈviktoɾ], [ˈoɾbaːn]), né le à Székesfehérvár, est un juriste et homme d'État hongrois, membre et président du Fidesz-Union civique hongroise (Fidesz-MPSz) et Premier ministre de Hongrie de 1998 à 2002 et depuis 2010.

Natif du comitat de Fejér, il étudie le droit à l'université Loránd Eötvös, puis séjourne durant quelques mois au Pembroke College de l'université d'Oxford. Faisant partie des meneurs de l'opposition démocratique au régime communiste à la fin des années 1980, il concourt à la fondation de l'Alliance des jeunes démocrates (Fiatal Demokraták Szövetsége), un mouvement réformiste qui sera, plus tard, renommé le Fidesz-Union civique hongroise (Fidesz-MPSz).

Élu député à l'Assemblée nationale en 1990, il devient le président du Fidesz en 1993, imposant à son parti un changement d'orientation politique pour faire de ce mouvement centriste et libéral une formation d'inspiration conservatrice et nationaliste.

Après la victoire relative de la coalition de droite aux élections législatives de 1998, Orbán est désigné Premier ministre. Défait de justesse par les socialistes quatre ans plus tard, il dirige l'opposition de droite jusqu'à la large victoire de son camp aux élections législatives de 2010, à l'issue desquelles il retrouve le poste de Premier ministre. À la tête d'une coalition gouvernementale associant les conservateurs et les démocrates-chrétiens et jouissant d'une très confortable majorité des deux-tiers à l'Assemblée, il est reconduit dans ses fonctions après le triomphe de sa coalition aux élections parlementaires de 2014.

Menant, durant son second mandat, une politique résolument conservatrice calquée sur une « révolution nationale » dont il s'est fait le chantre durant la campagne électorale de 2010, Viktor Orbán s'attire les critiques de l'Union européenne et de ses opposants, qui lui reprochent sa vision conservatrice et eurosceptique de la Hongrie de même que son refus, en pleine crise migratoire, d'accueillir des réfugiés dans son pays.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Viktor Mihály Orbán naît le à Székesfehérvár, dans le comitat de Fejér, au sein d'une famille de la classe moyenne rurale. Il est le fils de Győző Orbán, ingénieur agronome et militant de longue date du Parti socialiste ouvrier hongrois, et d'Erzsébet Sípos, éducatrice et orthophoniste, qui sont tous les deux les parents de deux autres garçons, prénommés Győző et Áron, respectivement nés en 1965 et en 1977.

Après le déménagement de sa famille à Székesfehérvár en 1977, le jeune Viktor termine ses études secondaires, spécialisées en anglais, après lesquelles il entreprend d'étudier le droit à l'université Loránd Eötvös, à Budapest, qu'il intègre après son service militaire qui a duré deux ans. Au cours de ses études, il rédige une thèse sur le mouvement polonais Solidarność. Après l'obtention de son diplôme en 1987, il part vivre à Szolnok, dans l'est du pays, pour une période de deux ans, tout en se rendant périodiquement à Budapest pour y travailler, comme sociologue stagiaire, au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation.

En 1989, Orbán obtient une bourse de la fondation Soros pour étudier les sciences politiques et l'histoire de la philosophie libérale britannique au Pembroke College de l'université d'Oxford, en Grande-Bretagne ; son tuteur personnel est le philosophe polonais Zbigniew Pełczyński. Il interrompt son séjour britannique au mis de afin de se présenter aux premières élections législatives post-communistes.

En 1986, il épouse la juriste Anikó Lévai, avec laquelle il a cinq enfants prénommés Ráhel, Gáspár, Sára, Róza et Flóra. D'obédience protestante, car appartenant à l'Église réformée de Hongrie, tandis que sa femme est catholique, Orbán est féru de football et de littérature hongroise.

Un jeune opposant au régime communiste[modifier | modifier le code]

Le , âgé de vingt-quatre ans, Viktor Orbán participe à la fondation de l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz), et prononce l'année suivante un discours appelant à la tenue d'élections libres et au départ des troupes soviétiques déployées dans le pays, à l'occasion de cérémonie de « réenterrement » d'Imre Nagy et des autres martyrs de la révolution hongroise de 1956, célébrée sur la place des Héros de Budapest.

« en fait c'est alors, en 1956, que le Parti socialiste ouvrier hongrois nous a privés de notre futur nous, les jeunes d'aujourd'hui. Dans le sixième cercueil [vide, qui représente les martyrs inconnus de 1956], il n'y a donc pas seulement un jeune assassiné, mais il y repose aussi vingt, ou qui sait combien, de nos années suivantes. »

— Viktor Orbán devant 250 000 personnes sur la place des Héros, le [1]

Peu après, il participe à la délégation de l'opposition à la table ronde des négociations avec le pouvoir communiste.

Du libéralisme au conservatisme[modifier | modifier le code]

Élu député à l'Assemblée nationale lors des élections législatives de 1990, le premier scrutin post-communiste hongrois, il devient, en 1992, vice-président de l'Internationale libérale, lors du congrès de Mayence. En 1993, il prend la présidence du Fidesz, qu'il rebaptise l'Alliance des jeunes démocrates-Parti civique hongrois (Fidesz-MPP), en 1995. Le parti délaisse alors son obédience sociale-libérale pour assumer un programme davantage conservateur.

Viktor Orbán conserve son siège à l'Assemblée à la suite du scrutin de 1994, au cours duquel il parvient à faire de son parti la seconde force politique du pays, après le Parti socialiste hongrois (MSzP).

Premier ministre à 35 ans[modifier | modifier le code]

Viktor Orbán, en 2001.

Lors des élections du , le Fidesz-Union civique hongroise obtient 148 députés sur 386, devenant ainsi le premier parti de Hongrie. Après avoir formé un gouvernement de coalition, comptant 213 élus, avec le Parti civique indépendant des petits propriétaires et des travailleurs agraires (FKgP) et le Forum démocrate hongrois (MDF), Viktor Orbán, âgé de 35 ans, est investi Premier ministre le 6 juillet, sur la proposition du président de la République, Árpád Göncz.

Il mène alors une politique économique consistant à faire baisser la fiscalité, les cotisations sociales, le chômage et l'inflation, tout en poursuivant la réduction du déficit budgétaire entamée par la coalition de centre gauche de Gyula Horn. Il a en outre lancé une importante réforme de l'administration publique, créant un macroministère de l'Économie, démettant de leurs fonctions les membres des comités directeurs du Fonds de sécurité sociale et de l'Agence centrale de paiements de la sécurité sociale et renvoyant des milliers de fonctionnaires. Au niveau diplomatique, ce premier mandat est marqué par l'adhésion de la Hongrie à l'OTAN en 1999, sans que le pays ne participe à la guerre du Kosovo.

Les institutions sont également réformées, puisque le Premier ministre parvient à faire instaurer un système de motion de censure constructive, sans, en revanche, remanier le seuil de la majorité qualifiée chaque fois que celle-ci était requise ; le dessein du gouvernement fut l'abaissement du minimum de deux-tiers des députés à la majorité simple de l'Assemblée, ce qui fut déclaré contraire à la Constitution par la Cour constitutionnelle. Sa politique économique s'est en revanche révélée efficace, l'inflation passant de 15 % en 1998 à moins de 8 % en 2001, tandis que la croissance économique flottait aux environs et au-dessus de 4 % du produit intérieur brut (PIB), et que le déficit public passait sous la barre des 4 % du PIB. Il a en outre fait adopter une loi accordant d'importants droits aux minorités magyares (trois millions de personnes) disséminées dans les pays voisins, ce qui a provoqué les critiques des pays concernés.

Huit années d'opposition[modifier | modifier le code]

Viktor Orbán en 2006, avec Hans-Gert Pöttering.

Du fait de ces bons résultats, la Fidesz-Union civique hongroise, coalisée avec le Forum démocrate hongrois (MDF), arrive en tête des législatives d' avec 188 députés, soit dix de plus que le MSzP de Péter Medgyessy. Cependant, ce dernier s'allie avec l'Alliance des démocrates libres (SzDsZ), seul autre parti représenté à l'Assemblée nationale avec 20 élus, et Viktor Orbán se voit obligé de renoncer au pouvoir le 27 mai suivant.

Quatre ans plus tard, il conduit à nouveau sa formation aux élections législatives, cette fois-ci en coalition avec le Parti populaire démocrate-chrétien (KDNP), mais il est devancé par le MSzP du nouveau Premier ministre, en place depuis 2004, Ferenc Gyurcsány. Son avenir à la tête du parti est remis en question, mais le plan de rigueur budgétaire drastique imposé par le gouvernement et la diffusion de propos du chef du gouvernement révélant ses mensonges lors de la campagne de 2006, confirment son statut de chef de l'opposition.

À l'occasion des élections européennes de 2009, son parti remporte 56,3 % des voix et 14 des 22 sièges à pourvoir au Parlement européen.

Premier ministre pour la seconde fois[modifier | modifier le code]

Retour au pouvoir[modifier | modifier le code]

Chef de file du Fidesz-Union civique hongroise, toujours coalisée avec le KNDP, pour la cinquième fois à l'occasion des législatives de 2010, il obtient 52 % des voix et acquiert 263 sièges sur 386, alors que la majorité qualifiée des deux tiers est de 258 élus. Le 29 mai, Viktor Orbán redevient Premier ministre, étant le premier à l'occuper deux fois de façon non-consécutive.

Loi sur les médias[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 2010, il fait adopter une loi sur le contrôle des médias, très critiquée au sein de plusieurs pays de l'Union européenne et par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE)[2], juste avant que son pays ne prenne, pour six mois, la présidence du Conseil de l'Union européenne. Finalement, il accepte, au début du mois de février, d'amender la loi afin d'en modifier ou supprimer les éléments les plus controversés[3], un accord jugé insuffisant par le quotidien de centre-gauche Népszabadság[4], qui avait saisi la Cour constitutionnelle le 10 janvier pour faire annuler la loi[5].

Réformes constitutionnelles[modifier | modifier le code]

Hillary Clinton et Viktor Orbán, à Budapest, le .

L'Assemblée nationale adopte une nouvelle Constitution (« Loi fondamentale de la Hongrie »), le , avec les seules voix du Fidesz, qui détient la majorité requise des deux tiers des sièges. Plus conservatrice que la précédente, la nouvelle Constitution suscite l'opposition du Parti socialiste hongrois et du parti d'extrême droite Jobbik. Ce vote crée la controverse dans d'autres pays d'Europe, notamment en raison de références aux racines chrétiennes et à « l'histoire millénaire » du pays, de l'affirmation du mariage entre un homme et une femme et de la protection de la vie dès son commencement, ainsi que de l'octroi de la nationalité aux Hongrois citoyens des pays voisins[6]. La nouvelle Constitution entre en vigueur le 1er janvier 2012[7].

Le , Viktor Orbán fait adopter une quatrième modification de la Loi fondamentale par 265 voix pour, 11 contre et 33 abstentions[8]. Les socialistes boycottent le vote alors que le parti vert LMP demande aux députés du Fidesz de voter contre[9]. L'amendement modifie le rôle de la Cour constitutionnelle, qui s'était déclarée compétente pour juger de la compatibilité de futurs amendements avec la Loi fondamentale, en la faisant uniquement juge du droit et en lui interdisant la possibilité de se référer à sa jurisprudence d'avant l'entrée en vigueur de la Constitution de 2012[10]. Cet amendement réintroduit par ailleurs plusieurs dispositions annulées par cette Cour, comme la possibilité d'expulser les SDF des lieux publics[11]. L'Union européenne et les États-Unis s'opposent à cette modification[11].

Mesures économiques[modifier | modifier le code]

Le taux d'imposition sur les revenus, fixé à 16 %, est inscrit dans la nouvelle constitution. Au niveau institutionnel, la Banque centrale se voit accorder un droit de veto sur le budget de l'État et le président obtient le pouvoir de dissoudre l'Assemblée dans cette hypothèse, tandis que certaines réformes sociales et fiscales ne pourront se faire qu'à la majorité des deux tiers du Parlement et que plusieurs médiateurs sont supprimés[12]. La Constitution rend rétroactivement responsables les actuels dirigeants du Parti socialiste hongrois, issu de l'ancien Parti communiste, des « crimes commis sous le régime communiste jusqu'en 1989 »[13].

D'après le journal de gauche allemand Die Tageszeitung, Viktor Orbán propose de faire appel à des policiers à la retraite pour surveiller les allocataires d'aides sociale ou de chômage lorsque ces derniers effectueront les travaux d'intérêt général, que la loi impose dès septembre 2011 pour continuer d'en bénéficier et qui sont qualifiés de « camps de travail » par plusieurs observateurs affirmant aussi que ce sont notamment les Roms qui sont visés[14],[15],[16],[17],[18].

Viktor Orbán prend également d’autres mesures, comme la diminution de 5 % du nombre de fonctionnaires, la réduction à huit du nombre de ministères, la division par deux du nombre de députés, l'interdiction faite aux ministres de verser des primes aux hauts fonctionnaires tant que le budget du pays est en déficit. Il souhaite le rejet des conditions imposées par le FMI et cherche à atteindre l'objet de réduction des déficits publics en dessous des 3 % du PIB au moyen de taxes sur les grandes entreprises.

Le gouvernement de Viktor Orbán impose aux diabétiques des contrôles de leur régime alimentaire avec refus d'accès aux médicaments pour ceux ayant commis des dépassements[19],[20].

Politique carcérale[modifier | modifier le code]

En novembre 2013, le gouvernement Orbán fait passer plusieurs lois au Parlement, instaurant notamment la détention provisoire illimitée (réagissant en cela à un fait divers où un gang soupçonné de meurtres avait été placé en résidence surveillée après que l'instruction avait dépassé la limite légale d'incarcération, puis s'était échappé)[21].

Large réélection de 2014[modifier | modifier le code]

Les élections législatives d'avril 2014 voient une large victoire du Fidesz, qui conserve sa majorité des deux tiers au Parlement et plébiscitent la politique menée par Viktor Orbán[22],[23].

Crise migratoire[modifier | modifier le code]

Viktor Orbán avec Beata Szydło, lors d'une réunion du groupe de Visegrád à Prague, en décembre 2015.

Lors de la crise migratoire en Europe, la Hongrie devient l'un des pays les plus affectés par l'immigration illégale : plus de 100 000 entrées illégales dans ce pays sont rapportées par Frontex de janvier à juillet 2015[24]. Estimant que l'Union européenne ne prend pas les mesures nécessaires pour contenir les importants flux de population entrant illégalement dans l'espace européen par la frontière serbo-hongroise, le gouvernement hongrois décide la construction en juin 2015 d'une barrière entre la Hongrie et la Serbie[25].

Le 21 septembre 2015, à l'initiative du gouvernement Orbán, le parlement hongrois adopte une loi qui renforce les pouvoirs de l'armée et de la police à l'égard des migrants et qui autorise l'armée à utiliser tout moyen de contrainte, notamment balles en caoutchouc et engins pyrotechniques, mais pas en vue de tuer[26],[27],[28],[29]. L'ancien commissaire européen Louis Michel réagit en déclarant que l'Union européenne doit suspendre le droit de vote de la Hongrie au Conseil, estimant que Viktor Orbán « renie nos principes les plus fondamentaux[26] ».

Il fait l'objet de critiques pour sa façon de traiter les migrants : interdiction d'accès pendant plusieurs jours à la gare de Budapest-Keleti, construction d'une barrière entre la Hongrie et la Serbie, introduction d'une peine d'emprisonnement pour franchissement illégal de la frontière et refus de quotas européens pour la répartition des réfugiés. Il est invité par le président de la CSU et ministre-président de Bavière, Horst Seehofer pour « chercher une solution » à la crise migratoire alors que les critiques vis-à-vis de la politique d'accueil d'Angela Merkel augmentent[30].

Mais fin 2015, The Financial Times analyse que la transformation soudaine des politiques européennes en matière de contrôle des frontières a semblé donner raison au dirigeant hongrois : « Même les adversaires les plus virulents du leader hongrois ont été contraints d’imposer un contrôle renforcé de l’immigration ». L'Autriche, qui par la voix de son chancelier fédéral, Werner Faymann, avait très sévèrement condamné ces mesures, annonce son intention de mettre en place une clôture. Pendant cette crise, la Hongrie resserre ses liens avec la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque, qui veulent coopérer plus étroitement en vue d'assurer la sécurité de leurs frontières. Un sondage publié en décembre 2015 montre que le soutien des Hongrois à Viktor Orbán est monté à 48 %, contre 32 % avant la crise des migrants, faisant de lui l’un des dirigeants en Europe centrale les plus populaires[31]. Dans le même temps, plusieurs études indiquent que son parti dépasserait les 50 % des voix en cas d'élections anticipées, loin devant le parti d'extrême droite Jobbik et le Parti socialiste hongrois[32],[33],[34].

En 2016, Viktor Orbán prend l'initiative d'organiser un référendum sur la relocalisation de migrants en Hongrie, dont le résultat en octobre est de 98 % des votes exprimés en faveur du choix qu'il défend, le « non »[35].

Fin mars 2017, il lance à nouveau une consultation nationale au moyen d'un questionnaire « Arrêtons Bruxelles ! » envoyé à chaque foyer hongrois, et portant sur des points dont la plupart ne sont en fait pas menacés par des décisions européennes selon l'opposition[36],[37].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Relations internationales[modifier | modifier le code]

Avant de devenir Premier ministre en 2010, Viktor Orbán est un des principaux opposants à la présence soviétique en Hongrie, puis aux relations privilégiées entretenues avec la Russie par les Premiers ministres socio-démocrates l'ayant précédé entre 2002 à 2010[38]. Dans les années 2010, il se rapproche du président russe, Vladimir Poutine, notamment pour assurer aux Hongrois des tarifs peu élevés en matière d'énergie[38],[39].

Réflexions sur la démocratie libérale[modifier | modifier le code]

Viktor Orbán s'est exprimé à plusieurs reprises de manière critique contre l'idée que la démocratie implique le libéralisme politique. Il affirme ainsi « qu'une démocratie n'est pas nécessairement libérale, et que même sans être libéral, on peut être démocrate [...] La démocratie libérale n'a pas été capable d'obliger les gouvernements à défendre prioritairement les intérêts nationaux, à protéger la richesse publique et le pays de l'endettement »[40],[41].

En juillet 2014, Viktor Orbán déclare à Băile Tușnad (en hongrois Tusnádfürdő) que la Hongrie veut construire « une société basée sur le travail qui assume […] ne pas être de nature libérale », « un État illibéral (illiberális) et non pas un État libéral ». Il ajoute : « un thème fréquent aujourd'hui dans la réflexion [politique] est de comprendre les systèmes qui ne sont pas occidentaux, pas libéraux, pas des démocraties libérales, peut-être même pas des démocraties, et qui apportent quand même le succès à leurs nations, […] Singapour, la Chine, l'Inde, la Russie, la Turquie »[42],[43].

Pour Orbán, cet État illibéral « ne renie pas les valeurs fondamentales comme la liberté », mais « ne fait pas de l'idéologie libérale un élément central de l'organisation étatique »[42],[40]. Selon certains observateurs critiques, il reste néanmoins difficile de mesurer les implications concrètes de l'illibéralisme en Hongrie, dans la mesure où la politique menée par Viktor Orbán est - malgré les tensions récurrentes avec la Commission européenne - strictement encadrée par les traités de l'Union européenne, tant sur un plan institutionnel que géopolitique. Par ailleurs, ces réflexions sur la démocratie libérale ne s'inscrivent en aucun cas dans la tradition antilibérale de gauche : la politique économique et sociale menée par le Premier ministre hongrois s'appuie au contraire sur une conception libre-échangiste (soutien au dumping social) hostile à l'État-providence[44],[45].

Crise migratoire en Europe[modifier | modifier le code]

Dès juin 2014, il fustige la politique « libérale » de l’UE en matière d’immigration[46]. En août 2014, il déclare qu’après avoir gagné les élections législatives, l’un des principaux objectifs de son mandat serait de mener une lutte farouche contre l’immigration : « l’objectif est de mettre fin à l’immigration par tous les moyens […]. Je pense que l’actuelle politique libérale en matière d’immigration, pourtant considérée comme évidente et moralement fondée est en fait hypocrite[46]. »

Le 12 janvier 2015, après les attentats islamistes en France, Orbán réaffirme son opposition à l’immigration[47]. En septembre, il présente les musulmans comme un danger pour la civilisation européenne[48].

Il est le dirigeant politique européen le plus opposé à la politique des quotas d'Angela Merkel qu'il accuse d'essayer d'imposer sa vision d'une Union européenne ouverte aux autres pays européens défendant son « droit démocratique » à une approche différente[49]. Il est bientôt rejoint par les dirigeants des autres pays d'Europe centrale critiquant également la chancelière allemande pour son obstination à contraindre les autres pays de l'UE à adopter sa politique de quotas de migrants[50].

En mars 2017, il est à nouveau sous le feu des critiques en raison du projet du gouvernement d'enfermer les migrants dans des conteneurs le temps d'examiner leur situation. Ces détentions systématiques pourraient être contraires aux directives européennes[51].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Egy az ország. Helikon Könyvkiadó, Budapest, 2007[52].
  • Rengés-Hullámok. Helikon Könyvkiadó, Budapest, 2010[53].
  • Frédéric Pons, "Orban, l'éternel rebelle", Conflits, Juillet-Août-Septembre 2017.pp.13-16.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (hu) Péter Cseri, « Orbán nem temetni ment », Népszabadság,‎ (lire en ligne) [« Orbán n'y était pas allé pour l'enterrement »].
  2. « Une Hongrie en pleine dérive autoritaire prend la tête de l'Europe », Le Monde,
  3. « Loi sur les médias : la Hongrie cède à la pression européenne », Le Monde,
  4. « Médias en Hongrie: l'accord avec Bruxelles jugé insuffisant », Agence France-Presse,
  5. « Hongrie/médias: le plus important quotidien saisit la Cour constitutionnelle », Le Monde citant l'Agence France-Presse,
  6. « La Hongrie adopte une Constitution très controversée », Le Figaro,
  7. http://www.france24.com/fr/20120102-hongrie-viktor-orban-derive-autoritaire-constitution-conservatrice-nationaliste-opposition-inquietude-europe
  8. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130311.REU9349/la-hongrie-adopte-une-reforme-de-sa-constitution.html
  9. http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/les-deputes-hongrois-votent-une-modification-controversee-de-la-constitution_278871.html
  10. http://www.liberation.fr/planete/2013/03/17/hongrie-le-nouveau-coup-d-etat-constitutionnel-de-viktor-orban_889231
  11. a et b http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/03/11/hongrie-le-parlement-adopte-une-modification-controversee-de-la-constitution_1846321_3214.html#QYc0SYQApDBXXr3O.99
  12. « La nouvelle Constitution hongroise en bref », Le Nouvel Observateur,
  13. « Hongrie: Viktor Orban imperator », L'Express,
  14. (de) Leonhard Von RALF, « Zwangsarbeit in Ungarn, 6 Monate ohne Job? Ab auf den Bau », Die Tageszeitung,‎ (lire en ligne)
  15. J. Antoine et Robin Cornet, « La Hongrie voudrait mettre les Roms dans des camps de travail obligatoire », RTBF,‎ (lire en ligne)
  16. Laurence Estival, « La Hongrie met en place des camps de travail obligatoire », myeurop.info,‎ (lire en ligne)
  17. Laurence Estival, « En Hongrie, des camps de travail obligatoire qui visent les Roms », Rue89,‎ (lire en ligne)
  18. « La Hongrie veut mettre en place des camps de travail obligatoire », Mediapart,‎ (lire en ligne)
  19. « En Hongrie, les diabétiques seront punis pour leurs écarts de régime », Le Monde,
  20. (hu) « Júliustól rosszabb kezelést kap a 'vétkező' cukorbeteg », Népszabadság,
  21. Joëlle Stolz, « Le joug sans fin », in M, le magazine du Monde, semaine du 30 novembre 2013, page 44.
  22. Triomphe électoral pour Viktor Orban en Hongrie, Le Matin (Suisse), 7 avril 2014
  23. Corentin Léotard, « Le national-conservatisme s’ancre dans la société hongroise : Rejet du FMI et austérité, l’étonnant cocktail du premier ministre Viktor Orbán », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  24. (en) Jeanner Park, Europe's Migration Crisis, Council on Foreign Relations, 9 septembre 2015
  25. (en) Daniel Nolan, « Hungary orders 100-mile Serbia border fence to keep out migrants », The Telegraph,‎ (lire en ligne)
  26. a et b AFP et Belga, « L'armée autorisée à tirer sur les migrants en Hongrie: "Ils fuient les balles pour risquer celles d'Orban" », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne).
  27. (hu) « 2015. évi CXLII. törvény », sur Magyar Közlony,  : Journal officiel hongrois no 134 de 2015, § 7 (point 3 b) de la loi 142 de 2015 « sur la modification de certaines lois, en lien avec la défense plus efficace de la frontière hongroise et la gestion de la migration massive ».
  28. (hu) Károly Lencsés, « Magolhatják az új szabályokat a katonák » [« Les soldats peuvent potasser les nouvelles règles »], Népszabadság,‎ (lire en ligne).
  29. « Migrants : la Hongrie renforce les pouvoirs de l’armée et de la police », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  30. En Bavière, la CSU se désolidarise d’Angela Merkel, lemonde.fr, 12.09.2015
  31. (en) « Orban basks in EU’s migrant struggle », The Financial Times, 17 décembre 2015
  32. (hu) « A helyzet változatlan » [« La situation est inchangée »], sur median.hu,
  33. http://www.tarki.hu/hu/news/2016/kitekint/20160127_valasztas.html
  34. http://hvg.hu/itthon/20151209_Medianfelmeres_A_Fidesz_kiveteles_helyze
  35. AFP, « Hongrie: le référendum anti-réfugiés invalidé, Orban contre-attaque », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne).
  36. (hu) Mátyás Domschitz, « Megint üzenhet Brüsszelnek: itt a legújabb nemzeti konzultáció » [« Vous pouvez à nouveau « envoyer un message à Bruxelles » : la nouvelle consultation nationale est là »], Index.hu,‎ (lire en ligne).
  37. (en) Justin Spike, « “Let’s Stop Brussels!”: Here is the new National Consultation », The Budapest Beacon (en),‎ (lire en ligne).
  38. a et b Joël Le Pavous, « La Hongrie, cet État de l’Union européenne qui préfère Poutine », sur Slate, (consulté le 3 septembre 2017).
  39. https://www.lesechos.fr/18/02/2015/LesEchos/21880-025-ECH_poutine-a-budapest-pour-reduire-son-isolement.htm
  40. a et b « Viktor Orbán, champion de l'Europe des nations souveraines », Nouvelle Revue d'Histoire, n°87 de novembre-décembre 2016, p. 59-60
  41. « La Hongrie sur la voie d'une démocratie despotique ? », Hulala,‎ (lire en ligne)
  42. a et b (hu) Viktor Orbán, « A munkaalapú állam korszaka következik : Orbán Viktor beszéde a XXV. Bálványosi Nyári Szabadegyetem és Diáktáborban » [« L'ère de l'État basé sur le travail — Discours de Viktor Orbán à la 25e Université d'été de Bálványos »], sur Site du Premier ministre, .
  43. Iulia Badea Gueritée, « Viktor Orbán pourfend le libéralisme occidental », Courrier international,‎ (lire en ligne)
  44. Ludovic Lepeltier-Kutasi, « Hongrie : faut-il qualifier Viktor Orbán de dirigeant "illibéral" ? », Hulala,‎ (lire en ligne)
  45. András Jámbor, « La Hongrie "illibérale" de Viktor Orbán au service du patronat allemand », Hulala,‎ (lire en ligne)
  46. a et b http://www.observatoire-migration.org/la-hongrie-fustige-la-politique-liberale-de-lue-en-matiere-dimmigration/
  47. « Après les attentats en France, Orbán réaffirme son opposition à l'immigration », Hulala,‎ (lire en ligne)
  48. (en) « The Guardian view on Hungary and the refugee crisis: Orbán the awful » [« Orbán l'affreux »], The Guardian,‎ (lire en ligne).
  49. (en) Hungary’s Orban accuses Merkel of ‘moral imperialism’ over refugee quotas, france24.com, 23 septembre 2015
  50. (en) Deepening wedge: EU leaders slam Germany for pressure on migrant quotas, rt.com, 26 août 2016
  51. « VIDEO. La Hongrie veut mettre les migrants en détention dans des conteneurs », Franceinfo,‎ (lire en ligne)
  52. (hu) [1], Libri.hu, .
  53. (hu) « Megjelent Orbán Viktor új könyve », Fidesz.hu, .

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]