Crise bosniaque

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La crise bosnienne ou crise bosniaque de 1908 est une crise diplomatique dont les origines se trouvent dans l'annexion en 1908 par l'Autriche-Hongrie des sandjaks de Bosnie et d'Herzégovine. Ces deux territoires, alors nominalement à l'ottomans, sont administrés depuis 1878 par la double monarchie. Confiés aux ministre commun des finances, ils sont progressivement intégrés dans la monarchie danubienne.

Contexte[modifier | modifier le code]

La présence austro-hongroise en Bosnie-Herzégovine[modifier | modifier le code]

Depuis 1878, la monarchie austro-hongroise administre, pour le compte de l'empire ottoman, les sandjaks de Bosnie, d'Herzégovine et entretient des garnisons dans le nord du Sandjak de Novi-pazar[1]. Gyula Andrassy, ministre austro-hongrois des affaires étrangères, avait privilégié une solution garantissant les droits souverains du sultan[N 1],[2].

Au fil des années, François-Joseph et ses ministres obtiennent de plus en plus de libertés dans les territoires administrés par la double monarchie; ainsi, en 1884, François-Joseph obtient du Tsar une totale liberté d'action en Bosnie-Herzégovine[2].

L'empire ottoman en 1908[modifier | modifier le code]

En 1908, l'empire ottoman connaît depuis quelques décennies un processus de décomposition interne accéléré; en 1908, les comités Union et Progrès prennent définitivement le pouvoir dans l'empire ottoman. L'empire ottoman est alors totalement déstabilisé par les querelles politiques, le privant de toute marche d'initiative dans la crise qui se profile.

Ainsi, vivant sous un régime despotique depuis la suspension de la constitution, l'empire ottoman connait un processus de révolution, amorcée dans la partie européenne de l'empire, à Salonique, notamment; le 23 juillet, Abdulhamid rétablit la constitution, à la suite du déclenchement de la rébellion d'une partie de l'armée ottomane[3].

Ainsi, à la suite du coup d'état ayant porté les Jeunes Turcs au pouvoir, une assemblée constituante doit se réunir, élue lors d'élections devant se dérouler dans l'ensemble de l'empire; Les Sandjaks de Bosnie et d'Herzégovine faisant encore nominalement partie de l'empire, les nouveaux responsables ottomans envisagent de faire voter les populations des deux circonscriptions. Ce choix est alors susceptible de remettre en cause les acquis politiques et économiques de la double monarchie dans les territoires qu'elle administre[2].

La Serbie, piémont des Slaves du Sud[modifier | modifier le code]

De plus, depuis 1903, à la suite du coup d'État de mai, le royaume de Belgrade a totalement modifié sa politique vis-à-vis de la double monarchie. En effet, la dynastie des Obrenovic menait jusqu'alors une politique d'alignement systématique du petit royaume sur les positions de la double monarchie, le royaume de Belgrade se montrant le plus fidèle client de la monarchie danubienne dans les Balkans[4].

Face à cette situation, les responsables austro-hongrois tentent de réduire le royaume de Belgrade, qui affirme son indépendance en privilégiant pour l'équipement de son armée du matériel militaire français au détriment du matériel austro-hongrois[4]. Dès 1904, les frontières entre la double monarchie et la Serbie sont fermées, la viande de porc serbe faisant l'objet d'un embargo de la part de la monarchie danubienne[4].

De plus, à partir de 1906, Alois Lexa von Aehrenthal, nouveau ministre commun des affaires étrangères, souhaite parvenir à stabiliser durablement la double monarchie, et résoudre la question des Slaves du Sud au profit de la double monarchie, l'annexion de la Bosnie-Herzégovine constituant, selon lui, le premier pas en direction de cette résolution[5].

1905-1908 : modifications globales[modifier | modifier le code]

À ces facteurs balkaniques s'ajoutent des modifications importantes au sein des grandes puissances exerçant leur influence dans la région.

La défaite russe en Mandchourie créé les conditions d'un effacement relatif de la Russie dans la région[5].


Négociations et annexion[modifier | modifier le code]

Préparation diplomatique[modifier | modifier le code]

Défendant l'idée d'un accord avec la Russie, le ministre austro-Hongrois des affaires étrangères, Alois Lexa von Aehrenthal, ancien ambassadeur à Saint-Petresbourg, souhaite parvenir à une entente avec la Russie.

Il se montre donc partisan d'une négociation avec son homologue russe, et le rencontre le 16 septembre 1908 à Buchlau[6]. À cette occasion, il fait accepter par les diplomates russes l'idée d'un échange : l'ouverture de négociations sur la question de l'ouverture des Détroits contre le principe de l'annexion des deux Sandjaks à la double monarchie, conditionnée par Aerenthal à un accord franco-anglais[7].

Annexion[modifier | modifier le code]

Soutien allemand[modifier | modifier le code]

Placé devant le fait accompli, le gouvernement allemand assure cependant la double monarchie de son soutien dans la crise, sans exclure la possibilité d'un soutien militaire[8]

Suites[modifier | modifier le code]

Indépendance bulgare[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume de Bulgarie.
Caricature du magazine Le Petit Journal : profitant de l'annexion, Ferdinand de Bulgarie proclame l'indépendance de sa principauté, jusqu'alors nominalement placée sous suzeraineté ottomane.

Le jour de l'annonce de l'annexion, le 5 octobre 1908, Ferdinand Ier, prince de Bulgarie, principauté autonome au sein de l'empire ottomane, rompant ainsi le dernier lien entre son État et la Porte, proclame l'indépendance de la Bulgarie, en se proclamant roi des Bulgares[7].

Cette proclamation d'indépendance d'un alliée traditionnel de l'Autriche-Hongrie, traduit une volonté de la double monarchie de renforcer sa poition dans les Balkans, face à l'ssor du turbulent royaume de Belgrade[7].

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

Caricature du magazine Karagöz représentant l'empereur François-Joseph bouffi de marchandises que l'Autriche-Hongrie ne peut plus exporter vers l'Empire ottoman à cause du boycott que mène ce dernier

La publication de l'annexion crée la surprise dans les chancelleries. Les réactions internationales ne se font pas attendre. De plus, la modification de souveraineté induite par l'annexion oblige la double monarchie à rechercher la reconnaissance de ce changement.

Ainsi, à l'annonce de l'annexion, les Ottomans décrètent le boycott des produits austro-hongrois[8].

Dans les mois qui précèdent l'annexion, la diplomatie austro-hongroise s'est attachée à défendre un échange avec les Russes : Mais le 14 octobre, Isvolski, qui a négocié l'accord russe, doit entériner un refus britannique, tandis que la France conseille à la Russie de céder sur ce point; ainsi, à la fin de l'hiver 1909, les Russes acceptent le fait accompli, faute de soutien franco-anglais[9].

Face à l'Italie, principale puissance intéressée par la modification des frontières dans les Balkans, le gouvernement austro-hongrois s'engage à accorder une compensation lors de la prochaine annexion de territoires balkaniques à la double monarchie[N 2],[10]

Ultimatum et abandon de la Serbie[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1909, le royaume de Belgrade persiste et continue à refuser de reconnaître l'annexion des Sandjaks de Bosnie et d'Hérzégovine à la double monarchie. Face à ce refus, les responsables de la diplomatie austro-hongroise souhaitent non seulement obtenir la reconnaissance du fait accompli mais aussi se voir garantir la mise en pace d'une « politique de bon voisinage »[11].

Le royaume de Belgrade ne peut alors pas compter sur le soutien russe, l'empire russe étant encore trop affaibli par sa défaite face au Japon; les alliées de la Russie, la France et la Grand Bretagne ne s'engagent pas en faveur de la Serbie[10].

Abandonné par ses alliés et soutiens, le royaume serbe doit s'incliner le 31 mars et accepte les termes de la note austro-hongroise[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette option avait été choisie afin d'éviter de renforcer le poids des Slaves au sein de la double monarchie.
  2. Un accord austro-italien daté du 19 décembre 1909 accorde à l'Italie une compensation en cas d'annexion future de territoires balkaniques.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Renouvin, 1934, p. 158
  2. a, b et c Bled, 2014, p. 18
  3. Renouvin, 1934, p. 51
  4. a, b et c Bled, 2014, p. 19
  5. a et b Bled, 2014, p. 20
  6. Bled, 2014, p. 21
  7. a, b et c Renouvin, 1934, p. 159
  8. a et b Bled, 2014, p. 22
  9. Renouvin, 1934, p. 160
  10. a, b et c Renouvin, 1934, p. 162
  11. Renouvin, 1934, p. 161

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Bled, L'agonie d'une monarchie : Autriche-Hongrie 1914-1920, Paris, Tallandier,‎ , 463 p. (ISBN 979-10-210-0440-5) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Christopher Munro Clark (trad. Marie-Anne de Béru), Les somnambules : été 1914, comment l'Europe a marché vers la guerre [« The sleepwalkers : how Europe went to war in 1914 »], Paris, Flammarion, coll. « Au fil de l'histoire »,‎ , 668 p. (ISBN 978-2-08-121648-8).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (de) Horst Haselsteiner, Bosnien-Hercegovina. Orientkrise und südslavische Frage, Wien, 1996, (ISBN 3-205-98376-9).
  • (de) Noel Malcolm, Geschichte Bosniens, Frankfurt am Main, 1994, (ISBN 3-10-029202-2).
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19),‎ (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (de) Helmut Rumpler, Eine Chance für Mitteleuropa. Bürgerliche Emanzipation und Staatsverfall in der Habsburgermonarchie, (=Österreichische Geschichte 1804–1914), Wien, 1997, (ISBN 3-8000-3619-3).
  • (de) Stephan Verosta, Theorie und Realität von Bündnissen. Heinrich Lammasch, Karl Renner und der Zweibund (1897–1914), Europa-Verlag, Wien, 1971.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]