Minorité dominante

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Une minorité dominante est un groupe de population (voire plusieurs groupes sociaux) qui dispose d'une primauté ou d'une influence politique, économique et/ou culturelle disproportionnée par rapport à son poids démographique dans un pays ou une région donnée. Le terme est couramment utilisé pour désigner un groupe ethnique démarqué par une nationalité, une religion, une Race, ou une culture et qui détiendrait un pouvoir disproportionné. Il peut aussi désigner un groupe social, voire plusieurs, au sein d'une même population (intellectuels, médias)[1]. On parlera souvent dans ces cas là d'élitisme d'une minorité organisée[2] (la société des clercs) composée, par exemple, d'individus ayant la note la plus élevée dans leur branche d’activité (ce qui permet d'aller au delà de la domination d'une seule classe sociale). La minorité dominante peut être aussi appelée élite étrangère notamment quand elle est issue d'une immigration récente.

Problématique[modifier | modifier le code]

Si la République de Platon expose la philosophie politique des élites en tant que minorité dominante, elle s'oppose néanmoins à la pensée démocratique et aux concepts d’égalité de tous dans la prétention à donner son avis et à pouvoir participer à la vie publique. Toutefois, pour Gaetano Mosca, « le pouvoir est toujours exercé par une minorité organisée » et « il n'y a point de démocratie même dans les régimes qui se disent démocratiques »[2], désignant d'ailleurs ces diverses minorités dominantes par les termes de classe politique ou de classe dirigeante[2]. Ainsi pour Mosca mais aussi pour Vilfredo Pareto, « quelle que soit la nature du régime politique, il y a toujours une élite, une minorité qui gouverne tandis que la masse de la population est gouvernée. Toutes les sociétés voient ainsi s’établir un partage inégale des richesses, du pouvoir et du prestige; ceux qui concentrent ces privilèges entre leurs mains sont l’élite »[3].

Cette concentration de richesses économiques mais aussi culturelles aux mains d'une élite peut parfois de facto ou de jure se concentrer au profit d'un groupe ethnique en raison d'un héritage historique particulier (colonisation, conquêtes territoriales). Ainsi, en Union de l'Afrique du Sud puis en République d'Afrique du Sud, le South Africa Act et les constitutions suivantes ont accordé institutionnellement aux Blancs d'Afrique du Sud une position dominante par rapport aux autres groupes de population dont les noirs, démographiquement majoritaire. Cette position institutionnelle garantissant une place prédominante (politique, économique et culturelle) à une minorité raciale résultait de l'histoire des 4 colonies constitutives du nouvel État, une position qui fut d'ailleurs renforcée par la mise en œuvre de l'apartheid (1948-1991). En Rhodésie du Sud, la colonisation plaça également les populations de souche européenne en situation de domination politique, économique et sociale jusqu'à la création du Zimbabwe en 1980. Si la minorité blanche perd le pouvoir politique à cette occasion, elle conserve encore durant de nombreuses années une prédominance économique en raison du rôle de ses membres au sein de l'industrie céréalière.

D'une manière générale, quelque soit le contexte et sans se limiter aux cas coloniaux ou post coloniaux, une minorité organisée et économiquement prospère peut apparaitre ou être en position de domination politique, économique et culturelle par rapport au reste de la population (Blancs créoles en Martinique[4], Tutsis au Rwanda et au Burundi mais aussi populations de souche européenne au Brésil, en Colombie ou Jamaïque).

Le maintien de la position dominante d'une élite peut parfois être difficile face à une population politiquement et économiquement dominée. La minorité peut avoir tendance à recourir à la violence légale (forces de police) ou illégale (intimidation et violence politique contre des candidats indépendants en Colombie, escadrons de la mort comme durant la guerre civile au Salvador). L'exclusion politique de la majorité (quelle soit démographique ou sociale) peut conduire à des phénomènes de protestations quasi-insurrectionnels (Tea Party, indignés), insurrectionnels ou révolutionnaires contre l'élite dominante (Révolution de 1917 en Russie).

Au delà des minorités ethniques ou économiques dominantes, la sociologie des élites politiques, médiatiques et intellectuelles participe souvent à alimenter un discours anti-élite, d'autant que celles-ci ont tendance à se reproduire et à fonctionner en circuit fermé y compris via la réplication des valeurs enseignées utilisées comme instrument de domination[5].

Dans certains cas, les termes de lobbys pourront être évoqués par les opposants à ces minorités, qu'elles soient ou ne soient pas dominantes[6],[7].

Exemples ethniques[modifier | modifier le code]

Passées et présentes:

Les exemples les plus fréquemment citées de minorités qui ont pu avoir un pouvoir économique d'influence dans une société, sans avoir de domination politique, sont notamment les Indiens en Afrique, la diaspora chinoise en Indonésie et en Malaisie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Barzilai, Gad. Communities and Law: Politics and Cultures of Legal Identities (Ann Arbor: University of Michigan Press, 2003). (ISBN 978-0-472-03079-8)
  • Gibson, Richard. African Liberation Movements: Contemporary Struggles against White Minority Rule (Institute of Race Relations: Oxford University Press, London, 1972). (ISBN 0-19-218402-4)
  • Russell, Margo and Martin. Afrikaners of the Kalahari: White Minority in a Black State ( Cambridge University Press, Cambridge, 1979). (ISBN 0-521-21897-7)
  • Johnson, Howard and Watson, Karl (eds.). The white minority in the Caribbean (Wiener Publishing, Princeton, NJ, 1998). (ISBN 976-8123-10-9), 1558761616
  • Chua, Amy. World on Fire: How Exporting Free Market Democracy Breeds Ethnic Hatred and Global Instability (Doubleday, New York, 2003). (ISBN 0-385-50302-4)
  • Haviland, William. Cultural Anthropology. (Vermont: Harcourt Brace Jovanovich College Publishers, 1993). p. 250-252.