Judéo-espagnol

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Judéo-espagnol
Djudeo-Espanyol / גודיאו-איספאנייול
Parlée en Israël, Turquie, États-Unis, France, Grèce, Brésil, Angleterre, Maroc, Bulgarie, Italie, Canada, Mexique, Argentine, Uruguay, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Tunisie, Belgique, Équateur, Afrique du Sud, Autriche. Autrefois parlé par une partie des Juifs d'Algérie et d'Égypte.
Nombre de locuteurs 100 000 en Israël, 8 000 en Turquie, 1 000 en Grèce
Typologie SVO + VSO syllabique
Classification par famille
Statut officiel
Régi par Autorité nationale du ladino (Autoridad Nasionala del Ladino)
Codes de langue
ISO 639-2 lad
ISO 639-3 lad

Le judéo-espagnol (judesmo en ladino, prononcer djudezmo, גודיאו-איספאנייול en hébreu, ou encore spanyolit, djudyo, tetuani ou haketiya selon les lieux), est une langue judéo-romane dérivée du vieux castillan (espagnol) et de l'hébreu. Elle est parlée aujourd'hui par un certain nombre de Juifs séfarades, les descendants des Juifs expulsés d'Espagne en 1492 par le décret de l'Alhambra, dans une aire géographique qui s'étend autour du bassin méditerranéen.

Le judéo-espagnol ne doit pas être confondu avec le ladino, langue au vocabulaire castillan mais à la syntaxe hébraïque, inventée pour traduire les textes sacrés hébreux à l'intention des locuteurs de judéo-espagnol. Cependant il ne doit pas être confondu avec le judéo-catalan , son voisin homologue. Le linguiste Hayim Vidal Sephiha appelle le ladino judéo-espagnol calque car traduisant au mot à mot l'hébreu sans respecter la syntaxe espagnole, par opposition au judesmo, le judéo-espagnol vernaculaire.

Histoire[modifier | modifier le code]

La langue parlée a conservé les traits du XVe siècle, ce qui lui a donné sa spécificité : elle est restée semblable au castillan de 1492, au moment où le décret d'Alhambra, publié le 31 mars 1492 et ratifié par les Rois Catholiques d'Espagne Isabelle de Castille et Ferdinand II d'Aragon, signe l'expulsion des Juifs d'Espagne. En particulier, le judéo-espagnol ne connaît pas le phonème de jota[1], cette prononciation qui lui est postérieure. L'Espagne de 1492 possédait deux lettres différentes pour le jota d'aujourd'hui : "j", et "x". Le premier se prononçait "dj" et "j", et le deuxième "ch". Le djudezmo a protégé tous ses sons et ainsi rend le j de l'espagnol moderne, soit par ch (ex. : en djudezmo : kacha ; en espagnol actuel : caja (caha)), soit par dj ou j (en djudezmo : ojo ; en espagnol actuel : ojo (oho))

Près de 200 000 Juifs Séfarades se dispersent après 1492 dans tous le bassin méditerranéen. La diaspora juive espagnole adopte la langue de son pays d'accueil, mais conserve le judéo-espagnol comme langue des affaires, notamment en Afrique du Nord[2] et dans l'Empire ottoman[3].

Au XVIIe siècle, les communautés juives hispanophones de la façade atlantique, des villes de l'ouest de la France comme Bordeaux et de Hollande, comme Amsterdam, connaissent le ladino, cette traduction littérale de l'hébreu réservée aux textes sacrés ; mais ces Juifs ne parlent pas en revanche ce qu'on appelle désormais le djudezmo ou judéo-espagnol vernaculaire[3].

Au début du XXe siècle, le judéo-espagnol est la langue utilisée pour la propagande socialiste d'un parti antisioniste comme la Fédération socialiste ouvrière de Salonique qui veut s'ancrer dans la population juive de Macédoine. Encore parlé par d'importantes communautés avant la Seconde Guerre mondiale, principalement dans les Balkans (travaux du linguiste Kalmi Baruch sur le judéo-espagnol de Bosnie), le judéo-espagnol est aujourd'hui une langue menacée de disparition, à l'instar du yiddisch, en grande partie à cause de la Shoah qui a décimé les communautés grecques de Salonique, yougoslave, roumaine ou bulgare, mais aussi parce que, lors de la décolonisation et surtout des guerres israélo-arabes, une majorité de la communauté marocaine a quitté l'Afrique du Nord. En 1948, on estimait à près de 35 000 Juifs locuteurs du judéo-espagnol à Tanger-Tétouan

À l'instar du yiddish, le judéo-espagnol a perdu une partie de ses locuteurs aujourd'hui. L'Autorité Nationale du Ladino (ANL), organisme israélien international créé en 1997, sur la base d'une loi adoptée par la Knesset, le parlement israélien, le 17 mars 1996, défend la langue et la culture judéo-espagnole en encourageant la création dans cette langue et en publiant les grandes œuvres de la littérature judéo-espagnole. Elle joue aussi un rôle de transmission et de commémoration en participant à la sauvegarde de l'héritage des communautés séfarades disparues dans la Shoah.

Orthographe[modifier | modifier le code]

Le judéo-espagnol présente des différences importantes avec le castillan moderne :

  • Le tilde (signe ~) n'existe pas.
  • Les lettres espagnoles suivantes n'existent pas : c, q, x, w, ñ, ll. On trouve d'autres formes à la place :
    • le c ( ca, co, cu ) s'écrit ka, ko, ku; le ce, ci s'écrit se et si. Exemple : (es) silencio > (lad) silensio.
    • le q ( que, qui ) s'écrit ke, ki. Exemple : (es) quién sabe > (lad) ken save .
    • le x s'écrit ks ou gz selon le sens de la phrase. Exemple : (es) exilio > (lad) egzilyo.
    • le ñ s'écrit ny. Exemple : (es) señor > (lad) sinyor .
    • le ll s'écrit y. Exemple : (es) gallina > (lad) gayina.
    • le b s'écrit b ou v. Exemples : (es) boca, sobre > (lad) boka, sovre.
    • le j (jota) s'écrit ch. Exemple : (es) lejano > (lad) lechano ou leshano. Le j dans un texte judéo-espagnol se prononce toujours comme en français.
  • Les caractères castillan ç, et turc ş se rencontrent fréquemment dans les publications turques en judesmo.
  • Alphabets. L'alphabet latin est le plus employé aujourd'hui, particulièrement en Turquie. On trouve parfois l'alphabet hébreu (et plus spécialement les caractères Rachi), pratique qu'on dénomme aljamiado en référence à l'usage arabe. L'alphabet grec et l'alphabet cyrillique ont été employés par le passé mais se rencontrent très rarement aujourd'hui. L'orthographe de Aki Yerushalayim tendrait à se répandre.

Publications en judéo-espagnol[modifier | modifier le code]

On décompte 105 journaux en judéo-espagnol à Salonique, 25 à Istanbul et 23 à Izmir pour la période 1860-1930[4]. Les publications en judéo-espagnol totalisent environ 300 titres entre les années 1860 et la fin du XXe siècle[5]. Il en subsiste une infime partie aujourd'hui. L'hebdomadaire Şalom[6] est un périodique turc écrit en partie en judéo-espagnol (à hauteur d'un sixième aujourd'hui). La revue culturelle Aki Yerushalayim[7] est intégralement publiée dans la langue judéo-espagnole.

Auteurs d'expression judéo-espagnole[modifier | modifier le code]

Des écrivains, poètes comme Margalit Matitiahu et Myriam Moscona ; des musiciens comme la chanteuse turque-israélienne en ladino SuZy ou Yasmin Levy, ou encore Judy Frankel, de San Francisco, qui se sont attachées à retrouver des chansons traditionnelles en ladino, ont alimenté la création contemporaine dans cette langue.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Haïm Vidal Séphiha, conférence en ligne « Le judéo-espagnol de Salonique »
  2. Fès, Tanger, Tétouan, Oran, Rabat-Salé, Meknès, Taza, Ksar el-Kébir, Marrakech, Oujda, Tlemcen, Alger, Bejaïa, Tunis, Sfax, Kairouan
  3. a et b Dossier : langues juives de la diaspora, Haïm Vidal Séphiha, « Langue et littérature judéo-espagnoles »
  4. Haïm Vidal Séphiha, L’Agonie des Judéo-Espagnols, Entente, Paris, 1976, 1979 et 1991, chapitre 9, « La presse judéo-espagnole », cité par Haïm Vidal Séphiha, La cité perdue des séfarade, supplément Thessalonique, Le Monde diplomatique, juillet 1997 p.3, site web consulté le 27 août 2007.
  5. (lad) « Rolo de la prensa djudeo-espanyola en la evolusion de las komunidades sefaradis », article de Moshe Shaul, directeur de la revue Aki Yerushalayim, en ligne sur le site Sephardic Studies.
  6. Le site officiel de l'hebdomadaire Şalom
  7. (lad) Aki Yerushalayim, Revista Kulturala Djudeo-espanyola : numéros de la revue en ligne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kohen, Elli & Dahlia Kohen (2000), Ladino-English, English-Ladino: Concise encyclopedic dictionary, New York, Hippocrene Books.
  • Shimon Markus, Ha-safa ha-sefaradit-yehudit (La langue judéo-espagnol), Jérusalem, 1985
  • Joseph Nehama, Dictionnaire du judéo-espagnol (avec la collaboration de Jesús Cantera).
  • Klara Perahya et Elie Perahya, Dictionnaire français-judéo-espagnol (avec une préface du professeur Haïm-Vidal Sephiha), éditions Langues & Mondes-l'Asiathèque, coll. « Dictionnaires L & M », Paris, 1998, 297 p., (ISBN 2-911053-37-0), (notice BnF no FRBNF369891732).
  • Haïm Vidal Sephiha, Le Judéo-espagnol, éditions Entente, coll. « Langues en péril », Paris, 1986, 241 p., (ISBN 2-7266-0081-6), (notice BnF no FRBNF34902455b).
  • Marie-Christine Varol Bornes, Le judéo-espagnol vernaculaire d'Istanbul, éditions P. Lang, coll. « Sephardica », Berne, 2008, 578 p., (ISBN 978-3-03911-694-2), (notice BnF no FRBNF414403030). — Texte remanié d'une thèse soutenue en 1992 devant l'université Paris Sorbonne.
  • Contes judéo-espagnols des Balkans (collectés par Cynthia Mary Crews ; édités et traduits par Anna Angelopulos), éditions José Corti, coll. « Merveilleux » no 38, Paris, 2009, 392 p., (ISBN 978-2-7143-0992-1), (notice BnF no FRBNF41453185j).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Dictionnaire[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Reine AKRICHE. Proverbes judéo-espagnols. Refranes y dichos de mi abuela Beïda Lévy. Rouen, L'Instant perpétuel, 1999. ISBN 2-905598-57-3

Reine AKRICHE & Christian NICAISE. Proverbes judéo-espagnols : La thématique. Refranes y dichos de mi abuela Beïda Lévy. Rouen, L'Instant perpétuel, 2005. ISBN 2-905598-87-5

Musique[modifier | modifier le code]