Histoire des Juifs en Hongrie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L’histoire des Juifs en Hongrie remonte au XIe siècle, certaines références et des découvertes archéologiques attestant d'une présence antérieure[1]. Cette communauté, qui eut à lutter contre la discrimination tout au long du Moyen Âge a représenté jusqu'à 5 % de la population hongroise au début du XXe siècle et a joué un rôle dans les domaines des sciences, des arts et de l'économie.

Sous le régime communiste, alors que le sionisme était réprouvé par l'État, la discrimination contre les cent mille Juifs survivant en Hongrie a continué et le nombre de Juifs a continué à décroître.

Aujourd'hui, entre 50 000 et 100 000 Juifs vivent en Hongrie, pour la plupart à Budapest. Le taux de mariages mixtes est d'environ 60 %. Il existe de nombreuses synagogues en service en Hongrie, y compris la synagogue de la rue Dohány, la plus grande synagogue d'Europe et la deuxième plus grande au monde, après le temple Emanu-El (en) de New York.

Avant 1095[modifier | modifier le code]

Les dates précises d'installation des premiers Juifs en Hongrie ne sont pas connues. Selon une légende apocryphe, le roi Décébale de Dacie aurait autorisé des Juifs qui l'avaient soutenu dans sa guerre contre Rome, à s'installer sur son territoire. Une inscription en latin, l'épitaphe de Septima Maria, découverte sur le territoire de l'ancienne province de Pannonie, se réfère clairement à des questions juives. Cependant, si l'on peut assumer sans hésitation que les Juifs sont venus en Hongrie alors que les Romains régnaient dans ce pays, rien ne prouve que, dès cette époque, ils y étaient installés de façon permanente. Dans la langue hongroise, le mot Juif est zsidó, un terme d'origine slave.

Le premier document historique concernant les Juifs de Hongrie est la lettre envoyée vers 960 au roi des Khazars Joseph par Hasdai ibn Shaprut, médecin et diplomate juif de Cordoue, dans laquelle il demande au roi des Khazars de lui fournir des informations sur les Khazars, leur origine, leur organisation politique et militaire ; il souligne également que les ambassadeurs slaves ont promis de remettre le message au roi de Slavonie, qui à son tour, le transmettrait plus loin. Dans le même temps, Ibrahim ibn Jacob a souligné que les Juifs migrent souvent de la Hongrie vers Prague pour des raisons économiques et commerciales. Samuel Kohn suggère que les Juifs khazars ont pu appartenir aux troupes hongroises qui sous le commandement de Árpád ont conquis le pays dans la seconde moitié du IXe siècle. On dispose de peu d'informations concernant les Juifs au cours de la période féodale de la Vajda si ce n'est qu'ils vivaient dans le pays et étaient investis dans le commerce.

Deux cents ans plus tard, sous le règne de saint Ladislas (1077-1095), le synode de Szabolcs décrète le que les Juifs ne devraient pas être autorisés à avoir des épouses chrétiennes ni à posséder des esclaves chrétiens. Ce décret avait déjà été promulgué dans les pays chrétiens de l'Europe depuis le Ve siècle, et saint Ladislas l'a simplement étendu à la Hongrie.

Les Juifs de Hongrie se sont initialement rassemblés en petites communautés et ils étaient très respectueux de toutes les lois et coutumes religieuses juives comme l'illustre l'anecdote suivante. Des frères de Ratisbonne, des Juifs commerçants russes, étaient venus en Hongrie, avec un chariot chargé de marchandises en provenance de Russie dans le but de les vendre. Un vendredi après-midi, la roue de leur voiture a éclaté près de Esztergom. Lorsqu'ils l'eurent enfin réparée et qu'ils eurent pénétré dans la ville, il était tard, le shabbat avait commencé et les Juifs sortaient justement de la synagogue, si bien que les profanateurs involontaires de shabbat ont été condamnés à de nombreux jours de jeûne et à des amendes.

Le rituel des Juifs hongrois reflète fidèlement leur origine allemande.

Les commencements (1100-1300)[modifier | modifier le code]

Le roi Coloman (1095-1116), le successeur de saint Ladislas, a renouvelé en 1101 le décret de Szabolcs datant de 1092, en y ajoutant de nouvelles interdictions prohibant l'emploi des domestiques et des esclaves chrétiens. Il a également intimé aux Juifs l'ordre d'habiter dans des villes pourvues de Sièges épiscopaux - sans doute afin qu'ils demeurent en permanence sous la supervision de l'Église. Peu de temps après la promulgation de ce décret, les Croisés sont arrivés en Hongrie. Non seulement les Hongrois n'ont pas sympathisé avec eux, mais Coloman s'est même opposé à eux. Mus par la colère, les croisés ont alors attaqué certaines villes de Hongrie et ont infligé aux Juifs, d'après Guedalya ben Joseph ibn Yahya, de nombreuses souffrances et un sort semblable à celui qu'ils avaient fait subir à leurs coreligionnaires en France, en Allemagne et en Bohême.

Les atrocités infligées aux Juifs de Bohême conduisirent beaucoup d'entre eux à se réfugier en Hongrie. L'immigration de riches Juifs de Bohême décida probablement Coloman à réglementer les transactions commerciales et bancaires entre les Juifs et les chrétiens. Il a en particulier décrété que lors de toute transaction d'emprunts entre Juifs et chrétiens, des témoins devaient être présents.

Pendant le règne du roi André II (1205-1235), certains Juifs étaient nommés chambellans, fonctionnaires chargés de collecter des taxes ainsi que l'impôt sur la menthe et le sel. Les nobles du pays, toutefois, persuadèrent le roi d'interdire aux Juifs l'accès à ces hautes fonctions dans un décret nommé la Bulle d'or publiée en 1222. Néanmoins, en 1226, lorsqu’André eut besoin d'argent, il transgressa ce décret et donna en fermage des propriétés royales à des Juifs, qui s'étaient beaucoup plaints des injustices dont ils étaient victimes. Sur ces entrefaites, le pape Honorius III excommunia André, jusqu'à ce que, en 1233, il promit sous serment aux ambassadeurs du nouveau pape Grégoire IX de faire appliquer les décrets de la Bulle d'or dirigée contre les Juifs et les Sarrasins obligeant ces deux peuples à se distinguer des chrétiens au moyen de badges, et leur interdisant d'acheter ou de garder des esclaves chrétiens.

L'année 1240 correspond dans le calendrier juif à la fin du cinquième millénaire. À cette date, les Juifs attendaient la venue de leur Messie. L'invasion mongole en 1241 semblait correspondre aux espoirs, puisque dans l'imaginaire de la tradition juive, les heureux temps messianiques devaient être inaugurés par la guerre de Gog et Magog. Béla IV (1235-1270) a nommé un Juif, Henul, juge chambellan (le Juif Teka avait déjà rempli cette fonction sous le règne d'André II). À la même période, Wölfel et ses deux fils Altmann et Nickel ont assuré la gouvernance du château de Komárom et de ses domaines. Béla a également confié aux Juifs l'impôt sur la menthe, et des pièces de monnaie en hébreu de cette période peuvent encore être trouvées en Hongrie. En 1251, Béla a accordé à ses sujets juifs un privilège qui était semblable à celui accordé par le duc Frédéric II d'Autriche aux juifs autrichiens en 1244, mais que Béla a modifié pour l'adapter aux conditions de la Hongrie. Ce privilège est resté en vigueur jusqu'à la bataille de Mohács en 1526.

Lors du synode de Buda (1279), qui a eu lieu sous le règne du roi Ladislas IV (1272-1290), il a été décrété, en présence de l'ambassadeur du pape, que tout Juif se montrant en public devait porter sur son côté gauche un morceau de tissu rouge; que tout chrétien signant une transaction avec un Juif non marqué, ou partageant une maison ou des terres avec un Juif, se verrait refuser l'accès aux services de l'Église, et que tout chrétien confiant une fonction à un Juif serait excommunié. André III (1291-1301), le dernier roi de la dynastie Árpád, a déclaré, dans le privilège qu'il a accordé à la communauté de Posonium (Bratislava), que les Juifs de cette ville devraient bénéficier de toutes les libertés des citoyens.

Expulsions, réintégrations et persécutions (1349-1526)[modifier | modifier le code]

Sous le règne des rois étrangers qui ont occupé le trône de la Hongrie après l'extinction de la maison d'Árpád, les Juifs hongrois ont été victimes de nombreuses persécutions, et, durant la Peste noire (1349), ils ont été expulsés du pays. Bien que les Juifs aient été réadmis immédiatement, ils ont à nouveau été persécutés, et furent une fois de plus expulsés en 1360 par le roi Louis le Grand d'Anjou (1342-1382) après l'échec de sa tentative de les convertir au catholicisme. Ainsi chassés de Hongrie, ils ont été accueillis en Moldavie par Alexandre le Bon de Moldavie et en Valachie par Dano Ier, qui leur a accordé des privilèges commerciaux.

Lorsque, quelques années plus tard, la Hongrie fit face à des difficultés financières, les Juifs furent rappelés. Ils purent ainsi constater que, pendant leur absence, le roi Louis avait introduit la coutume de « lettre morte » (Tödtbriefe), c'est-à-dire, l'annulation d'un trait de plume, à la demande d'un sujet ou d'une ville, des créances et actes hypothécaires des Juifs. Le roi avait également créé le poste de fonctionnaire important de « juge de tous les Juifs vivant en Hongrie ». Ce fonctionnaire choisi parmi les hauts dignitaires du pays, les Palatines, et les trésoriers, était secondé par un adjoint. Son rôle était de collecter les taxes des Juifs, de protéger leurs privilèges, et particulièrement à partir du règne de Sigismond de Luxembourg (1387-1437) d'écouter leurs plaintes.

Les successeurs de Sigismond : Albert (1437-1439), Ladislas le Posthume (1453-1457), et Matthias Corvin (1458-1490) - à leur tour confirmèrent le privilège de Béla IV. Matthias institua le poste de « préfet juif de Hongrie ». La période qui suivit la mort de Matthias fut difficile pour les Juifs hongrois. Dès son enterrement, ils furent attaqués, leurs biens furent confisqués, les créances et les prêts qu'ils avaient consentis ne furent pas honorés, et les persécutions s'amplifièrent. Le prétendant John Corvinus, fils illégitime de Matthias, les expulsa à nouveau. Plus tard le roi Ladislas II (1490-1516), ayant toujours besoin d'argent, leur imposa de lourdes taxes. Au cours du règne de ce roi, des Juifs furent pour la première fois brûlés vifs sur un bûcher, et nombre d'entre eux, accusés de meurtre rituel, furent exécutés à Nagyszombat (Trnava), en 1494.

Les Juifs hongrois présentèrent finalement une demande de protection auprès de l'empereur allemand Maximilien Ier. À l'occasion du mariage de Louis II de Hongrie avec l'archiduchesse Marie en 1512, l'empereur octroya sa protection au préfet, Jacob Mendel, ainsi qu'à toute sa famille et à tous les autres Juifs hongrois. Il leur accorda les droits dont jouissaient déjà ses autres sujets. Plus tard, sous le règne du successeur de Ladislas, Louis II (1516-1526), la persécution des Juifs reprit. Le sentiment d'amertume envers eux fut en partie renforcé par le fait que Emerich Szerencsés, juif converti au christianisme, ministre du trésor public, détourna des fonds publics, suivant ainsi l'exemple de la noblesse qui profitant de la faiblesse de Louis, ne se privait pas de piller le trésor public.

Période de la conquête ottomane (1526-1686)[modifier | modifier le code]

Les Ottomans ont vaincu les Hongrois à la bataille de Mohacs (29 août 1526) où le roi Louis II fut tué. Quand la nouvelle de sa mort atteignit sa capitale Buda, la cour et les nobles s'enfuirent, accompagnés par quelques Juifs riches, dont le préfet. Quand le grand vizir, Ibrahim Pacha, précédant le sultan Soliman 1er, arriva avec son armée à Buda, les représentants des Juifs restés dans la ville, lui tendirent les clés du château abandonné, en gage de soumission. Le sultan lui-même entra à Buda le 11 septembre; le 22 septembre, il décréta que tous les Juifs capturés à Buda, Esztergom et ailleurs, en tout plus de 2000, seraient répartis parmi les villes de l'Empire Ottoman. Ils furent envoyés à Constantinople, Plevna (Pleven) et Sofia où ils maintinrent des communautés distinctes pendant des décennies. À Sofia, dans la seconde moitié du XVIe siècle, existaient quatre communautés juives : Romaniote, Ashkénaze, Séfarade et "Ungarus". Plus tard le surplus des Juifs hongrois de Sofia s'installa à Kavala.

Quelques-uns des Juifs de Hongrie furent déportés en Anatolie. D'autres, à l'approche du sultan, avaient cherché refuge au delà de la frontière ou dans les villes libres royales de la Hongrie occidentale. La veuve de Louis II, la régente Maria, favorisait les ennemis des Juifs. Les citoyens de Sopron furent les premiers à engager les hostilités contre les Juifs, les expulsant, confisquant leurs biens et pillant la synagogue et les maisons. La cité de Presbourg reçut aussi permission de la régente d'expulser les Juifs car ils avaient manifesté l'intention de fuir devant les Turcs. Les Juifs quittèrent Presbourg le 9 novembre.

Ce même jour, débuta la diète de Székesfehérvar où Janos Zapolyai fut élu roi en concurrence avec Ferdinand de Habsbourg. Durant cette diète fut décrétée l'expulsion totale et immédiate des Juifs de tout le royaume. Toutefois Zapolyai ne ratifia pas ces lois. La diète de Presbourg de décembre 1526 annula toutes les décisions de celle de Székesfehérvar, y compris l'élection de Zapolyai et choisit Ferdinand à sa place.

Le seigneur de Bösing (Pezinok) avait des dettes envers des Juifs. Aussi une accusation de meurtre rituel fut lancée contre ses créditeurs en 1529 et les accusés périrent sur le bûcher. En 1539, le même sort advint aux Juifs de Nagyszombat. Les Juifs furent expulsés de ces deux villes.

Les Juifs vivant dans la partie de la Hongrie occupée par les Ottomans furent bien mieux traités que ceux qui étaient sous la domination des Habsbourgs. Durant les périodes 1546-1590 et 1620-1680, la communauté de Buda fut florissante.

Le tableau ci-dessous indique le nombre de chefs de famille juifs de Buda payant la taxe jizya durant la domination ottomane:

1546 1559 1562 1590 1627 1633 1660
50 44 49 109 11 20 80

À la fin de la période ottomane, le millier de Juifs de Buda priaient dans trois synagogues : ashkénaze, séfarade et syrienne.

Pendant que les Ottomans exerçaient leur domination sur la Hongrie, les Juifs de Transylvanie (qui était à l'époque une principauté indépendante) prospéraient également. Sur la demande d'un médecin juif de Constantinople, le prince de Transylvanie Gabriel Bethlen accorda le 18 juin 1623 une lettre de privilège aux Juifs espagnols d'Anatolie.

Dans la partie sous domination autrichienne, les Juifs furent toujours en conflit à Presbourg et la diète de 1578 leur imposa un doublement de l'impôt par rapport aux autres habitants. La diète de 1630 leur interdit de prendre la charge des douanes et plus généralement les exclut de tout privilège. Ils eurent à payer une taxe spéciale pour aider à la reconquête de Buda à la fin du XVIIe siècle. La communauté de Buda souffrit beaucoup pendant le siège ainsi que celle de Székesfehérvar quand l'armée impériale conquit cette ville (pour une courte période) en septembre 1601. Beaucoup de ses membres furent soit assassinés, soit vendus comme esclaves. Ils furent ensuite rachetés par les Juifs allemands, italiens et ottomans. La paix rétablie, les communautés se reconstituèrent. Léopold Ier (1657-1715) décida leur expulsion le 24 avril 1671 mais annula son décret le 20 août.

Durant le siège de Vienne en 1683, les Juifs qui étaient revenus dans cette ville furent maltraités. Les Ottomans pillèrent leurs communautés dans la Hongrie occidentale et emmenèrent leurs membres en esclavage.

Sous la domination des Habsbourg[modifier | modifier le code]

De nouvelles persécutions et expulsions (1686-1740)[modifier | modifier le code]

Les troupes impériales ont reconquis Buda le 2 septembre 1686. La plupart des Juifs furent alors massacrés et quelques-uns capturés et rendus moyennant une rançon. Dans les années suivantes, la Hongrie tout entière fut reconquise. Pour repeupler le pays dévasté, on encouragea la venue de catholiques allemands en même temps qu'une disparition progressive des Juifs. La diète de Presbourg (1686-1687) imposa une taxation double aux Juifs, leur interdit de pratiquer l'agriculture, de posséder des terres et d'avoir des domestiques chrétiens.

Dès 1690, le gouvernement ordonna à la ville de Sopron d'expulser les Juifs venus des provinces autrichiennes. On voulait interdire aux Juifs la fonction de collecteur de taxes mais ce ne fut pas réalisé et des Juifs continuèrent à occuper des fonctions officielles. La révolte des Kuruc, sous François II Rakoczi, fit beaucoup souffrir les Juifs. Les Kuruc ont emprisonné et assassiné les Juifs qui avaient eu le tort d'être du côté du roi. Un certain nombre de Juifs ont cherché refuge dans des villes d'Autriche. Quoique le nombre de Juifs tués n'ait pas été considérable, leur situation économique s'est détériorée.

Une fois la paix revenue, les Juifs furent expulsés par de nombreuses villes qui craignaient leur concurrence. En particulier Esztergom les a expulsés en 1712 car la ville qui avait donné naissance à Saint Etienne ne pouvait pas être souillée par leur présence. Toutefois les Juifs vivant dans la campagne, dans les propriétés seigneuriales ne furent pas inquiétés.

Le sort des Juifs ne s'améliora pas sous le règne de Charles III (1711-1740) (empereur sous le nom de Charles VI) qui désirait réduire le nombre de Juifs dans ses domaines. Il décréta en 1726 que dans chaque famille juive des provinces autrichiennes, seul un enfant mâle pourrait se marier. Ceci entraina un afflux de Juifs autrichiens vers la Hongrie, principalement dans les provinces du Nord-Ouest, celles de Nyitra, de Presbourg et de Trencsén. Cependant les Juifs venant de Moravie étaient toujours considérés comme moraviens et devaient - pendant de nombreuses années - payer les mêmes taxes qu'en Moravie. Les Juifs furent cependant protégés des lois royales par la bienveillance des magnats hongrois.

En même temps, le roi essayait d'ôter aux Juifs les villes minières, mais ni le roi Léopold, ni le roi Charles n'y parvinrent réellement.

Le règne de Marie-Thérèse (1740-1780)[modifier | modifier le code]

En 1735 un recensement des Juifs du pays a été réalisé dans le but d'en réduire le nombre. Il y avait alors 11 621 Juifs en Hongrie avec 2 474 chefs de famille mâles et 77 femelles . De ces chefs de famille, 35,31  % déclaraient être Hongrois, le reste étant des immigrés. 38,35% venaient de Moravie, 11,05 % de Pologne et 3,07 % de Bohême. La plus grande communauté était celle de Presbourg avec 770 membres. La plupart des Juifs étaient dans le commerce ou l'industrie, très peu travaillant dans l'agriculture.

Sous le règne de Marie-Thérèse, les Juifs furent expulsés de Buda en 1746 et une "taxe de tolérance" fut imposée aux Juifs de Hongrie en 1749. Cette taxe, initialement fixée à 50 000 gulden par an fut ramenée après discussion à 20 000 gulden par an pendant 5 ans.. Les délégués des Juifs de Hongrie devaient se charger de la répartition dans les communautés et les communautés dans les familles.

Les Juifs, accablés par ces nouvelles impositions, ont jugé que le temps était venu de supprimer les interdictions auxquelles ils étaient soumis. Ils n'avaient pas le droit de vivre en Croatie, en Slavonie, dans les comtés de Baranya et de Heves ou dans plusieurs villes libres royales et autres localités. Ils ne pouvaient même pas y fréquenter les marchés. A Székesfehérvar, ils devaient payer 1 gulden et 30 kreuzer pour entrer dans la ville pendant la journée, ne serait-ce que pour une heure. Dans beaucoup d'endroits, ils ne pouvaient même pas passer la nuit. Ils ont demandé à la commission royale avec laquelle ils ont discuté de la taxe de tolérance qu'on leur accorde le droit de séjourner - ou au moins de se rendre dans les foires - en Croatie, en Slavonie et dans tous les autres endroits.

D'autres revendications portaient sur les péages doublés ou triplés ou sur le doublement de la taxe de tolérance dans le comté de Zips.

La commission royale a transmis ces revendications à la reine en suggérant des améliorations que la reine a acceptées.

Avant la fin de la période de 5 ans, les délégués des Juifs ont de nouveau rencontré la commission royale à Presbourg. Ils ont proposé de porter la somme versée à 25 000 gulden par an si la reine s'engageait à ne pas augmenter ce montant pendant 10 ans. Mais la reine a refusé cette requête et les autres revendications des Juifs. La taxe passa à 30 000 gulden en 1760, 50 000 en 1772, 80 000 en 1778 et 160 000 en 1813.

Le règne de Joseph II (1780-1790)[modifier | modifier le code]

Joseph II, fils et successeur de Marie-Thérèse, a immédiatement fait comprendre qu'il voulait alléger la condition des Juifs et il a communiqué cette intention au chancelier hongrois, le Comte François Eszterhazy dès le 13 mai 1781. Aussi le gouvernement hongrois a promulgué le 31 mars 1783 une décret annulant d'un seul coup tous les décrets qui avaient opprimé les Juifs pendant des siècles. Les villes libres royales, à l'exception des villes minières, étaient ouvertes aux Juifs qui étaient libres de s'installer n'importe où dans le pays.

Le texte décrétait que les documents des Juifs ne devraient plus être rédigés en Hébreu ou en Yiddish mais en Latin, Allemand et Hongrois, les langues utilisées alors dans le pays, langues que les jeunes Juifs étaient censés apprendre dans les deux ans. Les documents écrits en Hébreu ou en Yiddish n'avaient plus de valeur légale. Les livres hébreux ne devaient plus servir qu'au culte. Les Juifs devaient organiser des écoles primaires. Les décisions de l'Empereur, prises dans l'intérêt des Juifs, devaient être annoncés dans les synagogues et les rabbins devaient en expliquer les effets salutaires.

Les matières enseignées dans les écoles juives devaient être les mêmes que dans les autres. Les mêmes livres devaient être utilisés dans toutes les écoles primaires et tout ce qui pourrait offenser les non-catholiques devrait être supprimé. Pendant les premières années, des enseignants chrétiens devraient être employés dans les écoles juives mais sans interférer avec les affaires religieuses de ces institutions. Après un délai de 10 ans, un Juif ne pourrait s'engager dans le commerce ou créer une entreprise s'il ne peut prouver qu'il a fréquenté une école. Les jeunes Juifs peuvent entrer à l'Université pour étudier n'importe quel sujet, sauf la théologie.

Les Juifs peuvent louer une ferme s'ils peuvent les cultiver sans l'aide de chrétiens. Le colportage et de nombreuses activités industrielles sont autorisées aux Juifs et ils peuvent être admis dans les corporations. Seule leur exclusion des villes minières est maintenue. Toute marque distinctive imposée jusque là est supprimée et les Juifs peuvent même porter l'épée. D'un autre côté, on leur demande de supprimer toute marque distinctive prescrite par leur religion et Pest (ville) |de se raser la barbe.

Par une pétition du 22 avril 1783, les Juifs ont exprimé leur gratitude à l'empereur mais, se basant sur son principe de non interférence avec la religion, il lui ont demandé la permission de garder leur barbe, ce que l'empereur a accordé tout en réaffirmant les autres points de son décret. Les Juifs ont créé des écoles en divers endroits : Presbourg, Obuda, Vagujhely, et Nagyvarad.

Un décret du 23 juillet 1787 a imposé à chaque Juif de prendre un nom allemand et un autre décret, de 1789, les a contraints au service militaire, à leur grande consternation.

À la mort de Joseph II (20 février 1790), les villes royales libres se sont montrées très hostiles aux Juifs. Les citoyens de Pest ont déposé une pétition auprès du conseil municipal pour qu'à partir du 1er mai 1790, les Juifs ne soient plus autorisés à y résider. Le gouvernement est intervenu et finalement on s'est limité à interdire aux Juifs le colportage dans cette ville. De même la ville de Nagyszombat avait fixé au 1er mai la date de départ des Juifs. Ceux-ci en ont appelé au gouvernement et en décembre la Diète a informé les autorités municipales qu'elles n'avaient pas le droit de le faire.

Tolérance et oppression (1790-1847)[modifier | modifier le code]

Révolution et émancipation, 1848-1849[modifier | modifier le code]

Les Juifs et la révolution hongroise[modifier | modifier le code]

Pendant la révolution de 1848, les juifs soutiennent la cause magyar. Ils représentent 3,7% de la population soit environ 340 000 personnes[2].

Une brève émancipation et ses conséquences, 1849[modifier | modifier le code]

L'émancipation et ses conséquences[modifier | modifier le code]

En 1867, l'empereur François-Joseph émancipe tous les Juifs de l'Empire austro-hongrois. Grâce à cette émancipation, les Juifs peuvent développer leurs activités dans tous les domaines : industrie, commerce, arts et sciences, professions libérales. Ils jouent un rôle important dans l’avènement de la modernité en Hongrie[2].

XXe siècle : succès, persécution, et destruction[modifier | modifier le code]

Révolution[modifier | modifier le code]

De l'arrivée au pouvoir du régent Horthy à l'occupation allemande[modifier | modifier le code]

En 1920, le pays dirigé par le conservateur Miklos Horthy, promulgue la première législation anti-juive de l'Europe d'après-guerre. Il s'agit de l'adoption d'un numerus clausus. Ces lois sont renforcées en 1938. Elles limitent les droits civiques et les libertés des Juifs. Entre 1938 et 1940, la Hongrie, alliée de l'Allemagne hitlérienne récupère une partie des territoires perdus en 1920 lors du Traité du Trianon[3]. Ils englobent des minorités juives. Si on les ajoute à la population juive de la Hongrie de 1920, en tout 725 000 juifs vivaient en Hongrie en 1941[2]. La loi anti-juive de 1941 calquée sur celles de Nuremberg, a comme conséquence d’intégrer les juifs convertis au christianisme, soit 58 320 personnes[4]. Cette loi définit les Juifs comme formant une race, interdit les mariages entre Juifs et non-juifs, l'accès aux Juifs à la fonction publique, des quotas pour d'autres professions[5].

Les lois anti-juives qui ont pour conséquence, l'appauvrissement de la population juive s'accompagnent de la part du régent Horthy du refus de livrer cette population aux nazis. Cependant le travail forcé est introduit dès 1939 après l'interdiction pour les juifs de servir dans les forces armées. Il concerne dès 1941 des bataillons entiers de Juifs sur le front soviétique et en Serbie[6]. Les conditions d'existence sont très dures, froid, sous-alimentation, manque de soins médicaux. 27 000 d'entre eux meurent[5]. De plus, les autorités mènent une campagne violente contre les juifs "étrangers", c'est-à-dire ceux qui ne peuvent pas prouver leur nationalité hongroise. Le décret du 12 juillet 1941 stipule qu'ils doivent être recensés et que la police peut les expulser[7]. Il vise principalement les juifs polonais et soviétiques réfugiés sur le territoire hongrois. 14 000 juifs sont expulsés vers la Galicie orientale et la Podolie. Ces derniers sont ensuite forcés de rejoindre Kamenetz-Podolsk où ils sont massacrés par les Einsatzgruppen. De plus, plusieurs milliers de juifs sont assassinés à Ujvidek en janvier-février 1942.

Occupation et déportation[modifier | modifier le code]

Les nazis décident d'occuper la Hongrie, le 12 mars 1944, quand le gouvernement hongrois envisage de sortir de la guerre et de demander un armistice séparé. Le pays est occupé une semaine plus tard[8]. Horthy peut rester régent mais il doit nommer un nouveau premier ministre favorable aux Allemands, Dome Sztojay, ancien ambassadeur de Hongrie. En même temps la "solution finale" y est organisée. De nombreux notables juifs sont arrêtés à Budapest et ailleurs. Ils sont détenus en otages. Plusieurs milliers meurent. Le 20 mars un conseil juif (Judenrat) est constitué à Budapest sur l'ordre d'Adolf Eichmann venu en personne superviser les opérations de déportation. Dirigé par Samu Stern, il est chargé d'appliquer les ordres des autorités allemandes et hongroises[8].

En juin 1943, Mohammed Amin al-Husseini «  recommande d'envoyer les Juifs d'Hongrie dans des camps de concentration en Pologne plutôt que de les laisser trouver l'asile en Palestine ». Un an plus tard, le 25 juillet 1944, il écrit au ministre des Affaires étrangères son opposition à la délivrance de sauf- conduits pour 900 enfants juifs et 100 adultes pour être transférés hors de Hongrie et réitère sa demande[9].

Du 20 mars au 15 mai 1944, les Juifs hongrois sont isolés dans des ghettos. Le ghetto peut être un ancien quartier juif. Parfois il s'agit juste d'un bâtiment comme une usine. Les conditions de vie sont très dures. Les Juifs manquent de tout. Les Allemands prévoient de réaliser leur déportation dans six "opérations de nettoyages" correspondant à six zones d'opérations anti-juives. Les actions sont menées conjointement par la police hongroise et les SS. Les opérations débutent le 16 avril 1944. Environ quatre convois sont organisés chaque jour. 3000 juifs sont ainsi déportés vers Auschwitz. Les opérations se poursuivent pendant plusieurs mois. Elles sont stoppées pour diverses raisons le 7 juillet 1944[10].

440 000 Juifs sont ainsi déportés jusqu'en juillet 1944. Les Juifs de Budapest sont les seuls à pouvoir être sauvés. Cependant après le coup d’État des Croix fléchées, le 15 octobre 1944[11], plusieurs milliers de Juifs sont assassinés dans Budapest ou dans l'ouest du pays. Les Croix fléchées cantonnent 70 000 juifs de Budapest dans un minuscule ghetto[12]. D'autres encore sont livrés aux Allemands. Il faut attendre la libération de Budapest par l'Armée rouge pour que les persécutions prennent fin. En tout, en tenant compte des Juifs des territoires annexés, 564 500 Juifs hongrois ont perdu la vie[13]. Parmi ceux qui ont survécu à Auschwitz, on trouve Elie Wiesel[14], écrivain et prix Nobel de la paix en 1986 et Imre Kertész[15], prix Nobel de littérature en 2002.


L'affaire Kastner et le train d'or hongrois[modifier | modifier le code]

Joel Brand[modifier | modifier le code]

Raoul Wallenberg[modifier | modifier le code]

Le régime communiste[modifier | modifier le code]

L'identification de László Csatáry[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Jewish virtual Library » (consulté le 19 avril 2009)
  2. a, b et c Georges Bensoussan (dir.), Jean-Marc Dreyfus (dir.), Édouard Husson (dir.) et al., Dictionnaire de la Shoah, Paris, Larousse, coll. « À présent », , 638 p. (ISBN 978-2-035-83781-3), p. 277
  3. La Slovaquie méridionale (1938), la Ruthénie subcarpatique (1939), la Transylvanie septentrionale (1940) et la région de Backa (1941).
  4. 100 000 personnes d'après l’encyclopédie multimédia de la Shoah
  5. a et b [1], Encyclopédie multimédia de la Shoah, article La Hongrie avant l'occupation allemande
  6. Dictionnaire de la Shoah, p. 278
  7. Dictionnaire de la Shoah, p. 312
  8. a et b Dictionnaire de la Shoah, p. 279
  9. Gilbert Achcar, The Arabs and the Holocaust: The Arab-Israeli War of Narratives, Chastleton Travel, , p. 148
  10. Dictionnaire de la Shoah, p. 280
  11. Les Allemands font arrêter Horthy qui négociait avec les Soviétiques et soutiennent le coup d'Etat.
  12. [2], Encyclopédie multimédia de la Shoah, La Hongrie après l'occupation allemande
  13. Dictionnaire de la Shoah, p. 281
  14. Il raconte son histoire dans La Nuit publiée en 1958 aux éditions de Minuit.
  15. Il utilise son expérience concentrationnaire pour écrire le roman Être sans destin, publié en Français en 1998.

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]