État des Slovènes, Croates et Serbes

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État des Slovènes, Croates et Serbes

Država Slovencev, Hrvatov in Srbov (sl)
Država Slovenaca, Hrvata i Srba (hr)
Држава Словенаца, Хрвата и Срба (sr)

Octobre 1918–décembre 1918

Drapeau
Description de l'image State of Slovenes, Croats and Serbs-fr.svg.
Description de cette image, également commentée ci-après

L'État des Slovènes, Croates et Serbes.

Informations générales
Statut Gouvernement provisoire
Capitale Zagreb
Langue serbo-croate, slovène
Histoire et événements
29 octobre 1918 Indépendance
1er décembre 1918 Fusion avec le Royaume de Serbie dans le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes

Entités précédentes :

Entités suivantes :

L'État des Slovènes, Croates et Serbes (parfois abrégé en ÉSCS ; en croate et serbe latin Država Slovenaca, Hrvata i Srba et serbe cyrillique Држава Словенаца, Хрвата и Срба, prononcé [dʒaʋa sloʋenatsa xʋata i sba] ; en slovène Država Slovencev, Hrvatov in Srbov [dərˈʒaʋa sloˈʋentse xərˈʋato in ˈsərbo], abréviation SHS) est un ancien pays éphémère d'Europe formé pendant l'automne 1918 à la suite de la dissolution de l'Autriche-Hongrie après la Première Guerre mondiale. Il rassemble les populations slaves (slovènes, croates et serbes) des zones peuplées les Slaves du Sud au sein de l'empire d'Autriche, des pays de la couronne de Saint-Étienne[N 1] , auxquelles se sont joints les représentants de la Bosnie-Herzégovine[N 2]. Le , conformément au vote des membres de l'exécutif, le nouvel État s'unit au Royaume de Serbie pour constituer le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes ; cependant, une partie de son territoire revient au Royaume d'Italie.


Constitution de l'État des Slovènes, Croates et Serbes[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Rapidement après le déclenchement du conflit, les Serbes, membres de la coalition Alliée exposent leur programme de mise en place d'un État regroupant autour du royaume de Belgrade l'ensemble des Slaves du Sud, alors essentiellement sous la tutelle politique de la double monarchie[1].

Parallèlement à cette politique encouragée par le Royaume de Serbie, les représentants slaves du Sud de la double monarchie se montrent, dans un premier temps, publiquement favorables à la réorganisation de la double monarchie en trois royaumes sous le sceptre des Habsbourg[2]. Puis, au début de l'année 1918, ces mêmes représentants s'organisent au sein d'un comité national autour du Croate Ante Trumbić[1] ; ce comité est officiellement reconnu par les Alliés le 8 avril 1918, alors qu'une action de propagande à grande échelle est organisée par les Alliés à destination des troupes slaves de la double monarchie positionnées sur le front italien[3]. Cette propagande trouve son écho au sein des populations slaves de la double monarchie, dont les représentants organisent, entre le 13 et le 16 mai, de nombreuses réunions publiques en vue de populariser l'idée de l'indépendance des Slaves d'Autriche et de Hongrie[3].

Enfin, durant les derniers mois de la guerre, les représentants des populations slaves du Sud du royaume de Hongrie et de l'empire d'Autriche estiment le maintien de la monarchie des Habsbourg de moins en moins certain, tandis que les tentatives de réforme de l'empereur-roi Charles, apparaissant de plus en plus vaines[4], ne reçoivent aucun écho favorable de la part des représentants des Slaves du Sud[5].

Dans ce contexte, entre le 5 et le 19 octobre 1918, un conseil national regroupant des représentants des populations slaves du Sud de la double monarchie se met progressivement en place, rapidement rejoint par les responsables politiques du royaume de Croatie-Slavonie[4], dont les représentants votent le 28 octobre leur adhésion à l'État en cours de formation[6].

Indépendance[modifier | modifier le code]

Le 29 octobre, le conseil national des Slaves du Sud, exerçant son autorité sur les territoires slaves du Sud de l'empire d'Autriche, proclame leur indépendance[7]. Le même jour, la diète du royaume de Croatie proclame la rupture des liens existant avec le royaume de Hongrie[2].

L'adhésion du royaume de Croatie-Slavonie ne suscite pas d'opposition de la part du gouvernement de Mihály Károlyi, dernier président du conseil du royaume de Hongrie désigné par le roi Charles IV; en effet, le nouveau président du conseil du royaume de Hongrie, souhaitant préserver l'indépendance de la Hongrie historique, est alors conscient de l'indépendance de fait de la Croatie, et de la rupture de l'union personnelle entre les deux royaumes[7].

L'indépendance du nouvel État est officiellement proclamée le lendemain[8], en pleine séance du Sabor de Zagreb, le parlement du royaume de Croatie-Slavonie, le royaume de Croatie-Slavonie rejoignant ainsi officiellement le nouvel État, remettant ainsi les liens multiséculaire l'unissant au royaume de Hongrie[9],[7].

Un État éphémère[modifier | modifier le code]

Constitué durant le mois d'octobre 1918, le nouvel État est perçu dès le départ comme une solution provisoire, prélude à un partage entre l'Italie et la Serbie[8].

Pour les Slovènes, ce nouvel État éphémère a néanmoins constitué le premier État national indépendant[8].

Organisation intérieure[modifier | modifier le code]

Mise en place de l'État[modifier | modifier le code]

Rapidement, la rapidité de l'avance des troupes franco-serbes depuis Belgrade et le Monténégro et italienne sur le littoral adriatique, bloquent les quelques tentatives de mise en œuvre d'une organisation étatique[10].

Rapidement le nouvel État connaît également une situation anarchique, des insurrections à caractère social et confessionnel en Bosnie-Herzgovvine[N 3],[11].

Les termes de l'armistice facilitent la prise de contrôle du territoires par les troupes franco-serbes ou italiennes ; ainsi, pour « maintenir l'ordre », les Italiens et les Serbes poussent leur avantage en menant la conquête, pour leur propre compte, des villes qu'ils estiment stratégiques à la satisfaction de leurs ambitions respectives[12],[13], les Italiens prenant le contrôle de la côte dalmate, les Franco-serbes conquérant l'intérieur des terres, tout en discutant aux Italiens le contrôle de certains ports[12].

Forces armées[modifier | modifier le code]

Le nouvel État tente de mettre sur pied une force armée afin de faire face aux ambitions italiennes en Adriatique et en Slovénie.

Ainsi, les membres du conseil national Croate se rapproche de Boroevic von Bojna, Feld-marechal austro-hongrois d'origine croate, pour le persuader, sans succès, de mettre à la disposition du nouvel État les unités austro-hongroises composées de Croates et de Slovènes[14].

En dépit de cet échec, les dirigeants rencontrent plus de succès avec la marine de guerre de la double monarchie, que l'empire agonisant a légué le 31 octobre au nouvel État, en dépit des conditions de l'armistice signé avec l'Italie. dans la nuit suivant la cession de la Flotte Austro-Hongroise au nouvel État, le 1er novembre 1918, le cuirassé SMS Viribus Unitis, un des trois cuirassés austro-hongrois de la Classe Tegetthoff à avoir survécu à la guerre, est coulé lors d'une action de sabotage menée par Un commando de la Regia Marina, entraînant la mort du commandant de la flotte du nouvel État[15]. Dans le même temps, les équipages, composées pour une majorité de Croates, n'obéissent plus aux consignes de leurs commandants : Miklos Horthy, dernier commandant en chef de la marine impériale et royale, quitte son navire amiral en emportant avec lui son pavillon, abandonnant la flotte de guerre de la double monarchie à l'État des Slovènes, Croates et Serbe[14]. Cependant, l'armistice de Villa Giusti, conclu entre l'armée austro-hongroise et les Alliés, remet en cause ce don de la flotte au nouvel État, les Alliés exigeant la reddition de cette marine et son internement à Corfou, mais le manque d'équipage remet en cause cette disposition, prise dans le contexte de continuation de la guerre avec le Reich[9].

Cette flotte ne constitue pas le seul atout militaire de l'État alors en formation. En effet, durant les derniers jours du mois d'octobre, les régiments slaves du Sud de la double monarchie désertent en masse la ligne de front pour rejoindre leur région d'origine[16].

Rapidement, la dégradation de la situation intérieure oblige les représentants locaux du nouvel État à faire appel aux unités serbes pour rétablir l'ordre, notamment en Bosnie-Herzégovine[13].

Entre les Italiens et les Serbes[modifier | modifier le code]

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Rapidement, les responsables du nouvel État se trouvent confrontés à la politique italienne en Dalmatie, conforme aux termes du traité de Londres, et à l'avancée des troupes serbes sur son territoire, tandis que Svetozar Pribićević, le principal responsable du nouvel État tente de neutraliser la politique italienne tout en préparant l'union avec la Serbie[6]. Pour tenter de s'y opposer les membres du conseil national Croate tente de convaincre Boroevic von Bojna, Feld-marechal austro-hongrois d'origine croate, de déployer les unités austro-hongroises composées de Croates et de Slovènes face aux Italiens, ce à quoi celui-ci s'oppose[14].

Au centre des rivalités entre Italiens et Serbes, les responsables du nouvel État négocient avec les représentants alliés : le nouvel État conserve ainsi le contrôle de la Styrie et du Nord-Est de la Slovénie, avec Maribor[8].

Cependant, à partir du début du mois de novembre, les représentants du nouvel État participent à des négociations à Genève, en territoire neutre[17], avec des représentants du royaume de Serbie afin de fusionner en une entité fédérale, conformément aux termes de l'accord du 9 novembre[N 4],[8]. Au terme de deux mois de négociations, témoignage des divergences entre les responsables de cet État éphémère[18], les représentants du royaume de Belgrade arrachent aux négociateur du nouvel État leur accord pour l'intégration de ce dernier au sein d'un État unifié, regroupant la majorité des Slaves du Sud[19] ; cependant, les termes de l'accord sont torpillés à la fois par la politique des Serbes du royaume de Belgrade, appuyés par les représentants serbes de l'État des Slovènes, Croates et Serbes, et par la rapidité de l'avance de l'armée serbe vers les anciens territoires de la monarchie danubienne[20].

Dissolution de l'État[modifier | modifier le code]

Durant le mois de novembre, des représentants de cet État se rapprochent du royaume de Serbie. Dans la nuit du 23 au 24 novembre 1918, les membres du comité central du conseil national des Slaves du Sud votent l'envoi d'une délégation à Belgrade ; les membres de cette délégation sont reçus le 28 novembre par le régent Alexandre, en vue de négociations pour intégrer le Royaume de Serbie[6].

Le , après trente-trois jours d'existence, le gouvernement provisoire, après des pourparlers formels[6], accepte, par l'envoi d'une adresse du conseil national du nouvel État au régent Alexandre[21], l'union avec le Royaume de Serbie (le Monténégro ayant intégré la Serbie trois jours auparavant) pour constituer le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui devient le Royaume de Yougoslavie en 1929, dans un contexte de forte tension entre Serbes du royaume de Serbie d'une part, et Croates[N 5],[22].

À ces déboires internes, s'ajoute la partition des territoires anciennement austro-hongrois peuplés par les Slaves du Sud ; en effet, le Nord-Ouest de l'État échoit au royaume d'Italie, à la suite de maladresses de ses responsables et du désintérêt des hommes politiques du nouveau royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les pays de la Couronne de Saint-Etienne regroupe le Royaume de Hongrie, le royaume de Croatie-Slavonie et la Principauté de Transylvanie.
  2. Annexées en 1908, la Bosnie et l'Herzégovine ne dépendent ni de l'Autriche, ni de la Hongrie, mais sont confiées au ministre commun des finances
  3. Le conseil national de Bosnie-Herzégovine est théoriquement subordonné au conseil national de Zagreb.
  4. Le 9 novembre 1918, un accord est conclu entre les représentants de l'État des Slovènes, Croates et Serbes avec ceux du royaume de Serbie afin de garantir la structure fédérale du nouvel État unifié.
  5. le 5 décembre 1918, l'armée serbe tire sur une manifestation de Croates à Zagreb, faisant 15 morts. Le même jour, la messe de Te Deum, destinée à célébrer l'union entre la Serbie et l'État des Slovènes, Croates et Serbes, est célébrée par l'archevêque de Zagreb dans une église vide.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Renouvin 1934, p. 651.
  2. a et b Šanjek 2015, p. 34.
  3. a et b Renouvin 1934, p. 563.
  4. a et b Miloš 2015, p. 127.
  5. Bled 2014, p. 409.
  6. a, b, c et d Miloš 2015, p. 128.
  7. a, b et c Romsics 2015, p. 93.
  8. a, b, c, d et e Repe 2015, p. 152.
  9. a et b Le Moal 2008, p. 215.
  10. Le Moal 2008, p. 218.
  11. Le Moal 2008, p. 226.
  12. a et b Le Moal 2008, p. 216.
  13. a et b Le Moal 2008, p. 227.
  14. a, b et c Schiavon 2011, p. 246.
  15. Bled 2014, p. 419.
  16. Le Naour 2016, p. 323.
  17. Le Moal 2008, p. 223.
  18. Le Moal 2008, p. 220.
  19. Le Moal 2008, p. 214.
  20. Le Moal 2008, p. 225.
  21. Le Moal 2008, p. 229.
  22. Šanjek 2015, p. 35.
  23. Repe 2015, p. 153.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Bled, L'agonie d'une monarchie : Autriche-Hongrie 1914-1920, Paris, Taillandier, , 464 p. (ISBN 979-10-210-0440-5). 
  • Frédéric Le Moal, La Serbie du martyre à la victoire. 1914-1918, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre », , 257 p. (ISBN 978-2-9163-8518-1). 
  • Jean-Yves Le Naour, 1918 : L'étrange victoire, Paris, Perrin, , 411 p. (ISBN 978-2-262-03038-4). 
  • Alain Marzona, « Les incidents franco-italiens de Fiume ou l’expression des frustrations italiennes (novembre 1918-juillet 1919) », Revue Historique des Armées, no 254,‎ , p. 29-38 (NB : la pagination des citations reprend celle du document PDF généré à la demande) (lire en ligne). 
  • Edi Miloš, « Les Croates dans la Première Guerre mondiale. Une nation à la croisée des chemins », Les cahiers Irice, vol. 1, no 13,‎ , p. 119-128 (DOI 10.3917/lci.013.0119, lire en ligne).  (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19), , 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114). 
  • Božo Repe, « Les Slovènes et la Première Guerre mondiale », Les cahiers Irice, vol. 1, no 13,‎ , p. 145-154 (DOI 10.3917/lci.013.0145, lire en ligne).  (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  • Ignác Romsics, « La Hongrie et la question nationale en 1918-1919 », Les cahiers Irice, vol. 1, no 13,‎ , p. 91-104 (DOI 10.3917/lci.013.0091, lire en ligne).  (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  • Franjo Šanjek, « L’Église catholique et la supranationalité en Autriche-Hongrie. Le cas croate », Les cahiers Irice, vol. 1, no 13,‎ , p. 27-35 (DOI 10.3917/lci.013.0027, lire en ligne).  (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre », , 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4). 

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]