État des Slovènes, Croates et Serbes

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État des Slovènes, Croates et Serbes

Država Slovencev, Hrvatov in Srbov (sl)
Država Slovenaca, Hrvata i Srba (hr)
Држава Словенаца, Хрвата и Срба (sr)

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Drapeau Blason
Description de l'image State of Slovenes, Croats and Serbs-fr.svg.
Description de cette image, également commentée ci-après
L'État des Slovènes, Croates et Serbes.
Informations générales
Statut Gouvernement provisoire
Capitale Zagreb
Langue serbo-croate, slovène
Religion Catholicisme, christianisme orthodoxe et sunnisme
Histoire et événements
29 octobre 1918 Indépendance
1er décembre 1918 Union avec le Royaume de Serbie dans le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes

Entités précédentes :

L'État des Slovènes, Croates et Serbes (parfois abrégé en ÉSCS ; en croate et serbe latin Država Slovenaca, Hrvata i Srba et serbe cyrillique Држава Словенаца, Хрвата и Срба, prononcé [dʒaʋa sloʋenatsa xʋata i sba] ; en slovène Država Slovencev, Hrvatov in Srbov [dərˈʒaʋa sloˈʋentse xərˈʋato in ˈsərbo], abréviation SHS) est un ancien pays éphémère d'Europe formé pendant l'automne 1918 à la suite de la dissolution de l'Autriche-Hongrie après la Première Guerre mondiale. Il rassemble les populations slovènes, croates et serbes des zones peuplées les Slaves du Sud au sein de la Cisleithanie et de la Transleithanie[N 1] , auxquelles se sont joints les représentants de la Bosnie-Herzégovine[N 2]. Le 1er décembre 1918, conformément au vote des membres de l'exécutif de l'État des Slovènes, Croates et Serbes, le nouvel État s'unit au Royaume de Serbie pour constituer le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes ; cependant, cette union ne concerne pas l'ensemble de son territoire, une partie du littoral revenant au Royaume d'Italie.

Constitution de l'État des Slovènes, Croates et Serbes[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Rapidement après le déclenchement du conflit, les Serbes, membres de la coalition Alliée, exposent leur programme de mise en place d'un État regroupant autour du royaume de Belgrade l'ensemble des Slaves du Sud, alors essentiellement placés sous le sceptre de François-Joseph, puis de Charles, son successeur à la tête de la double monarchie[1]. Ainsi, dès le mois de novembre 1914, le gouvernement serbe planifie un accroissement territorial important aux dépens de la double monarchie[2].

Parallèlement à cette politique encouragée par les Serbes, les représentants slaves du Sud de la double monarchie se montrent, dans un premier temps, publiquement favorables à la réorganisation de la double monarchie en trois royaumes sous le sceptre des Habsbourg[3], notamment en organisant un comité yougoslave à partir du mois de mai 1915 autour du Croate Ante Trumbić (en)[4].

Puis, au début de l'année 1918, ces mêmes représentants, membres de ce comité s'organisent, sur le modèle du Comité national tchécoslovaque, au sein d'un comité national[1] ; Ante Trumbić, animateur des deux comités yougoslaves qui se sont succédé depuis 1915, aspire à voir le comité national yougoslave reconnu par les Alliés, en dépit de la double opposition du gouvernement serbe et du président du conseil italien, appuyé sur les termes du traité de Londres de 1915[N 3],[4] ce comité est officiellement reconnu par les Alliés le 8 avril 1918, alors qu'une action de propagande à grande échelle est organisée par les Alliés à destination des troupes slaves de la double monarchie positionnées sur le front italien[5]. Cette agitation en faveur du projet yougoslave rencontre un écho non négligeable au sein des populations slaves de la double monarchie, dont les représentants organisent, entre le 13 et le 16 mai 1918, de nombreuses réunions publiques en vue de populariser l'idée de l'indépendance des Slaves d'Autriche et de Hongrie[5].

portrait d'hommme
La publication du manifeste de Charles Ier n'a aucune conséquence sur le processus de l'État en formation

Enfin, durant les derniers mois de la guerre, les représentants des populations slaves du Sud du royaume de Hongrie et de l'empire d'Autriche considèrent la pérennité de la monarchie des Habsbourg comme une option de moins en moins certaine, tandis que les tentatives de réforme de l'empereur-roi Charles, apparaissant de plus en plus vaines[6], ne reçoivent aucun écho favorable de la part des représentants des Slaves du Sud[7].

Dans ce contexte, entre le 5 et le 19 octobre 1918, un conseil national regroupant des représentants des populations slaves du Sud de la double monarchie se met progressivement en place, rapidement rejoint par les responsables politiques croates et serbes du royaume de Croatie-Slavonie[6], dont les représentants votent le 28 octobre 1918 leur adhésion à l'État en cours de formation[8] ; rapidement, les autorités locales des provinces yougoslaves de la la double monarchie reconnaissent l'autorité du nouveau conseil national[2]. Dans ce contexte, la publication du manifeste impérial, le 24 octobre 1918, trouble à peine le processus d'émancipation des Slaves du Sud vis-à-vis de la tutelle des Habsbourg, les membres du conseil national n'accordant aucune attention à l'ambitieux programme de réformes exposé par l'empereur-roi : ce projet de réformes de la monarchie danubienne, ambitieux pour ses promoteurs, apparaît trop timoré pour les représentants des nationalités, organisés en conseils nationaux ; le manifeste impérial est surtout rendu public trop tardivement pour infléchir la politique et les initiatives des représentants des Slaves du Sud de la double monarchie, regroupés au sein d'un conseil national établi à Zagreb[9].

Indépendance[modifier | modifier le code]

assemblée
La session de la diète du royaume de Croatie-Slavonie du 29 octobre 1918 rompt les liens dynastiques entre le royaume de Croatie et le Royaume de Hongrie existant depuis 1102.

Le 29 octobre 1918, le conseil national des Slaves du Sud, exerçant son autorité sur les territoires slaves du Sud de l'empire d'Autriche, proclame les droits à l'autodétermination des Slaves du Sud[10]. Le même jour, la diète du royaume de Croatie proclame la rupture des liens existant avec le royaume de Hongrie[N 4],[3].

L'indépendance du nouvel État est officiellement confirmée le lendemain[11], en pleine séance du Sabor de Zagreb, le parlement du royaume de Croatie-Slavonie : les représentants du royaume croate rejoignent ainsi officiellement le nouvel État, remettant ainsi les liens multiséculaire l'unissant au royaume de Hongrie[12],[10]. L'adhésion du royaume de Croatie-Slavonie ne suscite pas d'opposition de la part du gouvernement de Mihály Károlyi, dernier président du conseil du royaume de Hongrie désigné par le roi Charles IV; en effet, le nouveau président du conseil du royaume de Hongrie, souhaitant préserver l'indépendance de la Hongrie historique, est alors conscient de l'indépendance de fait de la Croatie, et de la rupture de fait des liens juridiques unissant les deux royaumes[10].

Le 31 octobre 1918, le nouvel État est officiellement proclamé indépendant de l'Autriche et de la Hongrie et commence à se doter de certains attributs de l'indépendance, notamment en prenant le contrôle de la flotte de guerre austro-hongroise[13]. De plus, souhaitant rapidement affirmer cette indépendance par un acte politique fort, ses représentants ordonnent la rupture des communications entre l'Armee Oberkommando, le commandement de l'armée commune, et les unités austro-hongroises en retraite depuis les positions qu'elles occupent en Serbie, en Albanie et au Monténégro[14].

Un État éphémère[modifier | modifier le code]

manifestation
Proclamation de l'indépendance de l'État des Slovènes, Croates et Serbes à Ljubljana le 29 octobre 1918.

Constitué durant le mois d'octobre 1918, le nouvel État est perçu par les vainqueurs comme une solution provisoire, prélude au partage, entre l'Italie et la Serbie, de la côte adriatique de la double monarchie[11].

Pour cette raison, principalement, l'État des Slovènes, Croates et Serbes ne jouit d'aucune reconnaissance internationale ; son nom même est le fruit d'un compromis vite remis en cause sous la pression des Serbes, jouissant alors du prestige des vainqueurs : lors de sa constitution, les élus ont appelé le nouvel État l'« État des Slovènes, Croates et Serbes », les représentants serbes, soutenus par le gouvernement de Belgrade, obtiennent rapidement que l'État devienne l'« État des Serbes, Croates et Slovènes »[15].

Pour les Slovènes, ce nouvel État éphémère a néanmoins constitué le premier État national indépendant[11].

Organisation intérieure[modifier | modifier le code]

Composition territoriale[modifier | modifier le code]

Le nouvel État regroupe l'ensemble des territoires peuplées par les populations slaves de la double monarchie danubienne. Les frontières englobent donc des territoires anciennement autrichiens, Hongrois ainsi que le condominium de Bosnie-Herzégovine.

Durant la seconde moitié du mois d'octobre 1918, se sont détachés de l'empire d'Autriche, le duché de Carniole et le royaume de Dalmatie ; le royaume de Croatie-Slavonie et Fiume, l'un comme l'autre issus de la Hongrie, rejoignent le nouvel État peu après[1].

De plus, la Convention de Belgrade, signée le 13 novembre 1918 entre les représentants du Royaume de Hongrie[N 5] fixe une ligne de démarcation entre les territoires hongrois et les territoires serbes ou dévolus au nouvel État[16]

Mise en place de l'État[modifier | modifier le code]

Rapidement, la rapidité de l'avance conjointe des troupes franco-serbes depuis Belgrade et le Monténégro, et italiennes, sur le littoral adriatique, bloquent les quelques tentatives souvent brouillonnes de mise en œuvre d'une organisation étatique[17].

Rapidement le nouvel État connaît également une situation anarchique, des insurrections à caractère social et confessionnel éclatant en Bosnie-Herzégovine[N 6],[18].

Les termes de l'armistice facilitent la prise de contrôle du territoire par les troupes franco-serbes ou italiennes ; ainsi, pour « maintenir l'ordre », les Italiens et les Serbes poussent leur avantage en menant la conquête, pour leur propre compte, des villes qu'ils estiment stratégiques à la satisfaction de leurs ambitions respectives[19],[20] : les Italiens prennent le contrôle de la côte dalmate, les Franco-serbes conquièrent l'intérieur des terres, tout en discutant aux Italiens le contrôle de certains ports[19].

Forces armées[modifier | modifier le code]

portrait d'homme en uniforme
Svetozar Boroevic von Bojna, feldmarshall austro-hongrois, ici en 1918, refuse de prendre le commandement des unités de l'armée commune composées de Slaves du Sud.

Le nouvel État tente de mettre sur pied une force armée afin de faire face aux ambitions italiennes en Adriatique et en Slovénie.

Ainsi, les membres du conseil national Croate se rapprochent de Svetozar Boroevic von Bojna, Feld-marechal austro-hongrois d'origine croate, pour le persuader, sans succès, de mettre à la disposition du nouvel État les unités austro-hongroises composées de Serbes, de Croates, de Slovènes et de Bosniaques[21].

En dépit de cet échec, les dirigeants rencontrent plus de succès avec la marine de guerre de la double monarchie, que l'empire agonisant a légué le 31 octobre au nouvel État ; Charles Ier avait en effet informé les représentants des Slaves du Sud des conditions spécifiques relatives à la flotte de guerre austro-hongroise contenues dans l'armistice signé avec l'Italie[15] : l'armistice de Villa Giusti, conclu entre l'armée austro-hongroise et les Alliés, stipule la reddition de la marine de guerre austro-hongroise et son internement à Corfou, mais le manque d'équipages remet en cause cette disposition, décidée alors que la guerre avec le Reich[N 7] dure toujours[12]. Cependant, Miklós Horthy, alors commandant de la flotte de guerre austro-hongroise, remet aux autorités de l'État en cours de constitution les unités positionnées à Pola, conformément aux ordres reçus de l'empereur-roi[22].

Les équipages, composés pour une majorité de Croates, n'obéissent en effet plus aux consignes de leurs commandants : Miklos Horthy, dernier commandant en chef de la marine impériale et royale, quitte son navire amiral en emportant avec lui son pavillon, abandonnant la flotte de guerre de la double monarchie à l'État des Slovènes, Croates et Serbe[21]. Dans les jours qui suivent, la marine de guerre italienne s'empare de l'ensemble de la flotte de l'État des Slovènes, Croates et Serbes[23]. Dans la nuit suivant la cession de la flotte austro-hongroise au nouvel État, le , le cuirassé SMS Viribus Unitis, un des trois cuirassés austro-hongrois de la classe Tegetthoff à avoir survécu à la guerre, est coulé lors d'une action de sabotage menée par Un commando de la Regia Marina, entraînant la mort du commandant de la flotte du nouvel État[24].

Cette flotte ne constitue pas le seul atout militaire de l'État alors en formation. En effet, durant les derniers jours du mois d'octobre, les régiments slaves du Sud de la double monarchie désertent en masse les lignes de front tenues par l'armée commune pour rejoindre leur région d'origine[25].

Rapidement, la dégradation de la situation intérieure oblige les représentants locaux du nouvel État à faire appel aux unités serbes pour rétablir l'ordre, notamment en Bosnie-Herzégovine[N 8],[20].

Entre les Italiens et les Serbes[modifier | modifier le code]

Bénéficiant du soutien des opinions publiques des principaux Alliés, les autorités du nouvel État doivent louvoyer entre les buts de guerre des différents alliés[26]. De plus, les revendications italiennes sur une partie du territoire de l'État des Slovènes, Croates et Serbes, garanties à Londres en 1915 obligent les responsables du nouvel État à louvoyer entre les Italiens et les Serbes, soutenus par les Français, tandis que le sort de certains portions du territoire anciennement autrichien et hongrois, Fiume notamment, reste incertain[27].

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Rapidement, les responsables du nouvel État se trouvent confrontés à la politique menée par le royaume d'Italie en Dalmatie, conforme aux termes du traité de Londres, à l'avancée des troupes serbes sur son territoire, et à l'évacuation des unités de l'armée commune.

Ainsi, Svetozar Pribićević, le principal responsable du nouvel État, tente de neutraliser la politique italienne tout en préparant l'union avec la Serbie[8]. Pour tenter de s'opposer aux ambitions italiennes, les membres du conseil national Croate tentent alors de convaincre Boroevic von Bojna, Feld-marechal austro-hongrois d'origine croate, de déployer les unités austro-hongroises composées de Croates et de Slovènes face aux Italiens, ce à quoi celui-ci s'oppose[21]. placés au centre des rivalités entre Italiens et Serbes, les responsables du nouvel État négocient avec les représentants alliés : le nouvel État conserve ainsi le contrôle de la Styrie et du Nord-Est de la Slovénie, avec Maribor[11] ; de plus, la partie méridionale de la Styrie est conquise au terme d'une rapide campagne militaire menée contre les troupes du nouvel État d'Autriche allemande[28].

En outre, à partir du début du mois de novembre, les représentants du nouvel État participent à des négociations à Genève, en territoire neutre[29], avec des représentants du royaume de Serbie afin de fusionner en une entité fédérale, conformément aux termes de l'accord du 9 novembre[N 9],[11]. Au terme de deux mois de négociations, témoignage des divergences entre les responsables de cet État éphémère[30], les représentants du royaume de Belgrade arrachent aux négociateurs du nouvel État leur accord pour l'intégration de ce dernier au sein d'un État unifié, regroupant la majorité des Slaves du Sud[31] ; cependant, les termes de l'accord sont torpillés à la fois par la politique des Serbes du royaume de Belgrade, appuyés par les représentants serbes de l'État des Slovènes, Croates et Serbes, et par la rapidité de l'avance de l'armée serbe à l'intérieur des anciens territoires de la monarchie danubienne[32].

Enfin, le nouvel État apparaît rapidement comme une variable d'ajustement dans les négociations entre Alliés et justifier des arbitrages décidés lors des négociations de paix avec la Hongrie : pour satisfaire les revendications italiennes dans l'Adriatique, garanties par le Pacte de Londres, ces régions sont considérées comme d'anciens territoires de la double monarchie[33] ; cependant, les négociations entre Alliés n'empêche pas les accrochages entre Italiens et Slaves du Sud dans l'Adriatique : des marins des deux nationalités, civils et militaires, en viennent aux mains à de nombreuses reprises dans les ports des îles dalmates au cours du mois de novembre devant les représentants impuissants du nouvel État sur place[34].

Enfin pour modérer les prétentions hongroises, ces territoires sont considérés comme peuplés de Yougoslaves opprimés par les Habsbourg[33].

Union avec la Serbie[modifier | modifier le code]

portrait d'homme en uniforme
Le régent Alexandre reçoit une délégation de représentants de l'État des Slovènes, Croates et Serbes le 28 novembre 1918

Durant le mois de novembre, des représentants de l'État des Slovènes, Croates et Serbes, ne jouissant toujours pas de reconnaissance internationale, se rapprochent du royaume de Serbie.

Ainsi, entre le 6 et le 9 novembre 1918, des négociations se déroulent à Genève entre les représentants du royaume de Belgrade et ceux de l'État des Slovènes, Croates et Serbes[26]. Parallèlement à ces démarches, le gouvernement royal serbe reconnaît, le 8 novembre, le gouvernement de l'État des Slovènes, Croates et Serbes comme le représentant des populations slaves du sud de la double monarchie, ce qui l'érige en interlocuteur privilégié des négociateurs serbes[35].

De plus, le caractère fédéral du futur royaume des Slaves du Sud est accepté par les représentants serbes lors des négociations de Genève, auxquelles assistent des représentants du comité yougoslave, replié à Londres ; cependant, la démission du premier ministre serbe, Nikola Pasic, remet en cause les conclusions des accords conclus lors de ces négociations[N 10],[26].

Dans la nuit du 23 au 24 novembre 1918, les membres du comité central du conseil national des Slaves du Sud votent l'envoi d'une délégation à Belgrade ; les membres de cette délégation sont reçus le 28 novembre par le régent Alexandre, en vue d'ouvrir des négociations pour intégrer le Royaume de Serbie[8].

carte de la Yougoslavie
L'État des Slovènes, Croates et Serbes intégré au sein du royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes.

Le 30 novembre 1918, après trente-trois jours d'existence, le gouvernement provisoire, après des pourparlers formels[8], accepte, par l'envoi d'une adresse du conseil national du nouvel État au régent Alexandre[36], l'union avec le Royaume de Serbie[N 11],[37]. Après l'acceptation de l'adresse par le régent[38], se constitue officiellement le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes[37]. Cependant, l'union entre les deux États laisse en suspens la question de l'organisation interne du nouveau royaume[39].

Ces questions en suspens créent les conditions de fortes tensions entre Serbes du royaume de Serbie d'une part, et Croates de l'autre, attisées par la politique vaticane encouragée par l'Allemagne[34] : le 5 décembre 1918, l'armée serbe tire sur une manifestation de Croates à Zagreb, causant la mort de 15 manifestants. Le même jour, la messe de Te Deum, destinée à célébrer l'union entre la Serbie et l'État des Slovènes, Croates et Serbes, est célébrée par l'archevêque de Zagreb dans une cathédrale désertée par ses fidèles[37].

À ces déboires internes, s'ajoute la partition des territoires anciennement austro-hongrois peuplés par les Slaves du Sud. En effet, le Nord-Ouest de l'État échoit au royaume d'Italie, à la suite de maladresses de ses responsables et du désintérêt des hommes politiques du nouveau royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes[40] ; cette conquête est cependant exploitée par les hommes d'État serbes, qui utilisent la peur que les Croates éprouvent vis-à-vis des Italiens pour pousser les représentants Croates à accepter l'union avec la Serbie[41].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les pays de la Couronne de Saint-Etienne regroupent le Royaume de Hongrie, le royaume de Croatie-Slavonie et la Principauté de Transylvanie.
  2. Annexée en 1908, la Bosnie-Herzégovine, administrée par la double monarchie depuis 1878, est gérée par le ministre commun des finances.
  3. Ce traité règle les modalités de l'intervention italienne aux côtés des Alliés et définit les buts de guerre italiens reconnus par la France et le Royaume-Uni.
  4. Les deux royaumes sont liés par une union personnelle depuis 1102.
  5. La République est proclamée à Budapest le 16 novembre.
  6. Le conseil national de Bosnie-Herzégovine est théoriquement subordonné au conseil national de Zagreb.
  7. Entre 1871 et 1945, le nom officiel de l'État national allemand est Deutsches Reich.
  8. Des troubles menacent l'ordre social dans l'ancien condominium austro-hongrois.
  9. Le 9 novembre 1918, un accord est conclu entre les représentants de l'État des Slovènes, Croates et Serbes avec ceux du royaume de Serbie afin de garantir la structure fédérale du nouvel État unifié.
  10. Démissionnaire, il est néanmoins confirmé à son poste par le régent Alexandre.
  11. Le Monténégro a intégré la Serbie trois jours auparavant, au terme d'un processus similaire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Renouvin 1934, p. 651.
  2. a et b Pavlović 2016, p. 251.
  3. a et b Šanjek 2015, p. 34.
  4. a et b Pavlović 2006, p. 178.
  5. a et b Renouvin 1934, p. 563.
  6. a et b Miloš 2015, p. 127.
  7. Bled 2014, p. 409.
  8. a b c et d Miloš 2015, p. 128.
  9. Gueniffey et Lentz 2016, p. 306.
  10. a b et c Romsics 2015, p. 93.
  11. a b c d et e Repe 2015, p. 152.
  12. a et b Le Moal 2008, p. 215.
  13. Pavlović 2006, p. 185.
  14. Ortholan 2017, p. 508.
  15. a et b Audoin-Rouzeau et Prochasson 2008, p. 166.
  16. Pavlović 2016, p. 252.
  17. Le Moal 2008, p. 218.
  18. Le Moal 2008, p. 226.
  19. a et b Le Moal 2008, p. 216.
  20. a et b Le Moal 2008, p. 227.
  21. a b et c Schiavon 2011, p. 246.
  22. Ortholan 2017, p. 508, note 1.
  23. Pavlović 2006, p. 188.
  24. Bled 2014, p. 419.
  25. Le Naour 2016, p. 323.
  26. a b et c Seiti 2015, p. 45.
  27. Marzona 2009, p. 3.
  28. Audoin-Rouzeau et Prochasson 2008, p. 168.
  29. Le Moal 2008, p. 223.
  30. Le Moal 2008, p. 220.
  31. Le Moal 2008, p. 214.
  32. Le Moal 2008, p. 225.
  33. a et b Pavlović 2016, p. 254.
  34. a et b Lacroix-Riz 1996, p. 73.
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  36. Le Moal 2008, p. 229.
  37. a b et c Šanjek 2015, p. 35.
  38. Audoin-Rouzeau et Prochasson 2008, p. 261.
  39. Pavlović 2006, p. 192.
  40. Repe 2015, p. 153.
  41. Seiti 2015, p. 46.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Jean-Paul Bled, L'agonie d'une monarchie : Autriche-Hongrie 1914-1920, Paris, Tallandier, , 464 p. (ISBN 979-10-210-0440-5). 
  • Patrice Gueniffey et Thierry Lentz, La fin des empires, Paris, Perrin, , 480 p. (ISBN 978-2-262-06551-5). 
  • Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide, Paris, Armand Colin, coll. « Références Histoire », , 539 p. (ISBN 2-200-21641-6). 
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  • Jean-Yves Le Naour, 1918 : L'étrange victoire, Paris, Perrin, , 411 p. (ISBN 978-2-262-03038-4). 
  • Alain Marzona, « Les incidents franco-italiens de Fiume ou l’expression des frustrations italiennes (novembre 1918-juillet 1919) », Revue Historique des Armées, no 254,‎ , p. 29-38 (NB : la pagination des citations reprend celle du document PDF généré à la demande) (lire en ligne). 
  • Edi Miloš, « Les Croates dans la Première Guerre mondiale. Une nation à la croisée des chemins », Les cahiers Irice, vol. 1, no 13,‎ , p. 119-128 (DOI 10.3917/lci.013.0119, lire en ligne).  (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  • Henri Ortholan, L'armée austro-hongroise 1867-1918, Paris, Bernard Giovannangeli Éditeur, , 526 p. (ISBN 978-2-7587-0180-4). 
  • Vojislav Pavlović, « La France et le programme yougoslave du gouvernement serbe », Balkanica, no XXXVII,‎ , p. 171-195 (lire en ligne). 
  • Vojislav Pavlović, « Le traité de Trianon, l’acte constitutif de l’État yougoslave ? », Balkanica, no XLVII,‎ (lire en ligne). 
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19), , 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114). 
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  • Franjo Šanjek, « L’Église catholique et la supranationalité en Autriche-Hongrie. Le cas croate », Les cahiers Irice, vol. 1, no 13,‎ , p. 27-35 (DOI 10.3917/lci.013.0027, lire en ligne).  (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre », , 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4). 
  • Arta Seiti, Des guerres balkaniques à la Grande Guerre : un regard stratégique, Paris, Les Cahiers de la Revue Défense Nationale, (ISSN 2105-7508). 

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]