Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale

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Le 28 juillet 1914, l'Autriche-Hongrie déclare officiellement la guerre au Royaume de Serbie, plongeant l'Europe, par le jeu des alliances, dans le « troisième chapitre des guerres balkaniques »[N 1], qui devient bientôt la Première Guerre mondiale. Mené par la monarchie danubienne sur plusieurs fronts, en dépit des capacités économiques et militaires insuffisantes de l'Autriche-Hongrie, le conflit devient rapidement insoutenable pour le régime. Soutenu par l'Empire allemand, l'« Empire » des Habsbourg est rapidement placé sous une tutelle allemande de plus en plus forte au fil de la guerre, privant la double monarchie de toute possibilité de sortie du conflit contre l'avis du Reich, alors que l'Autriche-Hongrie s'épuise. À l'automne 1918, alors que la situation intérieure pose de plus en plus le problème du maintien de la monarchie, deux défaites militaires, la bataille de Doiran en Macédoine, en septembre, et la bataille de Vittorio Veneto sur le front italien, en octobre, sonnent le glas de l'« Empire austro-hongrois » et de la présence de la famille des Habsbourg sur les trônes d'Autriche et de Hongrie.

Sommaire

La double monarchie et la guerre[modifier | modifier le code]

La question slave du Sud du point de vue austro-hongrois[modifier | modifier le code]

État slave des Balkans, le Royaume de Serbie constitue, aux yeux des responsables de la double monarchie, le principal adversaire, à la fois pour sa stabilité interne et dans le cadre de la politique d'expansion balkanique de la double monarchie[1] : ainsi, une allégorie de la nation serbe reproduite dans un salon de réception du ministère de la Guerre de Belgrade dresse l'inventaire des provinces serbes qui doivent revenir dans le giron de l'État serbe : la Voïvodine, la Dalmatie, la Bosnie-Herzégovine[2].

En effet, dès sa création du royaume, certains hommes politiques serbes, appuyés par de larges parties de la population du royaume, se donnent pour objectif de réunifier, au sein d'un seul État, l'ensemble des régions mentionnées par cette allégorie, c'est-à-dire créer un État dans lequel tous les Serbes seraient regroupés[3]; en dépit de cette situation, un traité d'assistance est signé entre la Serbie, encore nominalement dépendante de l'empire ottoman, et la double monarchie, mettant en place une alliance remise en cause à partir de 1903. À partir de 1905-1906, le royaume de Serbie, appuyé par la France, qui fournit les capitaux, s'émancipe progressivement de la tutelle autrichienne[4].

De plus, au sein des populations slaves du Sud de la double monarchie, un fort courant de sympathie envers le royaume de Belgrade apparaît, puis connaît un développement important; le trialisme constitue un moyen de conserver ces populations à la double monarchie, mais les tenants de cette ligne politique sont rapidement débordés par les tenants de l'existence d'un État yougoslave détaché de la tutelle des Habsbourg, y compris chez les Slovènes[5] et chez les Croates[6].

Les buts de guerre de la double monarchie et dans la double monarchie[modifier | modifier le code]

La double monarchie, fidèle second du Reich depuis l'alliance de 1879, joue, dans le conflit, le rôle d'un État en sursis; en effet, certains territoires de la monarchie sont convoités par ses adversaires, tandis que d'autres sont convoités par ses alliés. De même, comme tous les pays engagés dans le conflit, la double monarchie souhaite obtenir des avantages économiques en cas de paix victorieuse.

Buts de guerre austro-hongrois[modifier | modifier le code]

L'ultimatum remis aux autorités serbes le 23 juillet permet de connaître les buts de guerre immédiats de la double monarchie durant les premières semaines du conflit; les responsables de la monarchie danubienne souhaitent humilier le royaume de Serbie et le placer définitivement sous tutelle austro-hongroise[7].

À partir des années 1910, la double monarchie tente de se glisser dans les Balkans, en direction du Sud de la péninsule; ainsi, dès la résolution de la crise bosniaque, la politique de la double monarchie vise à étendre son influence en Albanie, encore formellement dépendante de l'Empire ottoman, occasionnant des frictions avec le royaume d'Italie, encore officiellement alliée du Reich et de la double monarchie[8]

À l'automne 1916, les différents alliés du Reich formulent leurs buts de guerre, et la double monarchie de fait pas exception à cette démarche. Les victoires austro-allemandes de 1915, dans les Balkans et en Pologne placent sous le contrôle du Reich et de ses alliés, de vastes territoires, L'Albanie, la Serbie et la Pologne. Stephan Burián von Rajecz, ministre commun des affaires étrangères de la double monarchie, se fixe ainsi comme objectif d'assurer un « accroissement aussi considérable de puissance et de sécurité » à son pays[9].

Dans ce contexte, quelques mois plus tôt, le parlement de Budapest connaît une crise importante autour de la formulation des buts de guerre de la double monarchie : Mihály Károlyi, principal dirigeant du parti de l'indépendance, demande la tenue d'un large débat sur les buts de guerre poursuivis par la double monarchie dans le conflit; opposé à l'alliance avec le Reich, il se heurte à la majorité des membres de son parti, emmenés par Albert Apponyi et ne parvient qu'à s'adjoindre qu'une vingtaine de députés. Ce groupe se trouve rapidement cantonné au rôle de contestation de la politique d'alliance avec le Reich et de partisan d'une paix de compromis[10].

Cependant, dès la fin de l'année 1915, sous la pression des dirigeants hongrois[11], les responsables de la double monarchie annoncent le souhait de ne pas pratiquer une politique d'annexions de vastes territoires, mais plutôt de placer les territoires convoités sous un strict contrôle politique et économique, notamment en installant et en soutenant des dirigeants nationaux favorables à l'influence austro-hongroise dans leur pays respectifs. En Serbie et au Monténégro, le ministre des affaires étrangères de la double monarchie, Stephan Burián von Rajecz, fixe comme objectif politique le remplacement de la dynastie des Karageorgévitch et propose un programme d'annexion très limité (quelques têtes de pont sur le Danube, une continuité territoriale avec l'Albanie, quelques positions menaçant la plaine littorale dalmate de la région de Cattaro, port de guerre austro-hongrois), mais insiste sur la stricte tutelle autrichienne sur les deux royaumes et sur le contrôle réel de l'Albanie, partagée avec la Grèce en échange de sa neutralité[12]. De plus, la défaite roumaine aiguise les appétits austro-hongrois, mélange de concessions économiques et d'annexions limitées de sites stratégiques à la frontière austro-roumaine[13], mais le ministre des affaires étrangères semble ignorer les objectifs allemands sur « les milliards roumains », selon son propre mot[12], ces « milliards roumains » objet des convoitises concurrentes du Reich[14], comme les responsables austro-hongrois semblent ne pas prendre en considération les ambitions allemandes sur Valona[12].

De plus, au fil des mois qui suivent, les appétits austro-hongrois sur la Pologne, aiguisés de longue date[15], deviennent de plus en plus affirmés. Mais la réalité du contrôle de la double monarchie sur le pays échappe à cette dernière[16], en dépit de la dévolution de la couronne du royaume ressuscité à l’archiduc Charles-Étienne[17]. En effet, le Reich, beaucoup plus puissant qu'elle, met en place une politique de contrôle strict de ce nouvel État[16]. Ainsi, les conditions proposées par le Reich en vue de l'octroi de la couronne polonaise à un prince des Habsbourg ne laissent aux diplomates austro-hongrois aucune illusion sur la nature du contrôle, par la monarchie, des territoires polonais : Burian, ministre commune des affaires étrangères, n'est pas dupe, en affirmant que la Pologne étroitement contrôlée par le Reich serait annexée de fait, puis de droit par la Prusse[18].

Au cours de l'année 1917, les responsables austro-hongrois délaissent officiellement la Pologne, agrandie de la Galicie, au profit du Reich, à la condition que la Roumanie soit placée dans la sphère d'influence autrichienne[19]. Lors de ces négociations, les responsables de la double monarchie se déclarent ainsi prêts à céder Trente à l'Italie en échange d'un accroissement territorial en Roumanie, ce que les Allemands refusent[20] en raison de leur politique de mise sous tutelle économique de la Roumanie[21].

Buts de guerre allemands en Autriche-Hongrie et leur réalisation[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, la position de la double monarchie rend indispensable aux yeux des classes dirigeantes du Reich la mise sous tutelle au profit de ce dernier. Ce dernier aspire à la réalisation d'un vaste ensemble continental apte à rivaliser avec les puissances mondiales, la Mitteleuropa, qui doit prendre d'abord la forme d'un ensemble douanier, que ce soit une union ou une fédération douanière, puis d'une union politique[22], à long terme[23].

Ainsi, désireux de mettre en place ce bloc douanier continental destiné à donner au Reich les moyens de mener une politique mondiale de grande ampleur, les responsables politiques du Reich souhaitent la mise en place d'un lien organique permanent entre le Reich et la double monarchie. Ce lien doit se matérialiser par des accords, politiques, économiques et militaires[24].

Ainsi, en novembre 1915, les responsables allemands proposent l'ouverture de négociations sur une union économique avec l'empire des Habsbourg, union calquée sur le modèle du Zollverein[17]. Cependant, les modalités pratiques de la mise en place de cette union économique divise les milieux gouvernementaux allemands : certains, notamment Bethmann-Hollweg, se montrent favorable à une union douanière intégrale, étendue à l'ensemble des États de la Mitteleuropa, d'autres défendent la mise en place d'une fédération douanière, d'autres enfin, surtout représentés parmi les responsables prussiens défendent la mise en place d'accords commerciaux bilatéraux entre le Reich et l'ensemble des États de la Mitteleuropa, dont l'Autriche-Hongrie[25]. Lors de ces négociations, doivent être abordés les problèmes posés par les voies de communication, notamment le raccordement des réseaux de voies ferrées et de voies fluviales[23]. Un an plus tard, ces pourparlers n'ont pas débouché sur un accord tangible[26].

Cependant, le Reich tente de lier ces accords à la mise en place d'une solution austro-polonaise, c'est-à-dire l'élection d'un Habsbourg sur le trône de Pologne, certains dans le Reich proposant même, en échange de l'annexion de de la Pologne par la monarchie des Habsbourg, l'annexion par le Reich de la Cisleithanie, la Galicie étant octroyée au nouveau royaume[27].

Dans les faits, en mai 1918, à Spa (Fischer parle d'un « chemin de Canossa »), le Reich se donne les moyens de réaliser l'ensemble de ses objectifs dans la double monarchie épuisée par quatre années de conflit[16] : les responsables du Reich obtiennent de Charles la signature de trois traités liant durablement les deux empires. Au terme de ces traités, l'Autriche-Hongrie est placée sous la stricte tutelle du Reich par une alliance politique étroite, par la constitution d'un Waffenbund, sur le modèle de celui liant les États fédérés du Reich, et par la constitution d'une union douanière entre le Reich et la double monarchie, dont la réalisation pratique est confiée à des commissions techniques[28], qui se réunissent à Salzbourg en juillet et en octobre 1918[29].

De plus, le Reich ne se contente pas d'espérer conquérir des positions politiques et économiques dans la double monarchie; les responsables gouvernementaux allemands fixent également, dans le cadre des négociations avec les États alliés ou neutres, les buts de guerre assignés à la double monarchie. Ainsi, en décembre 1916, une note allemande destinée au président Wilson expose ce que doivent être les buts de guerre de la double monarchie dans le conflit en cours : la double monarchie se serait fixé comme objectif des modifications de frontière aux dépens de la Serbie, du Monténégro et de la Roumanie, sans plus de précision[30].

Enfin, à partir du milieu de janvier 1917, les Alliés sont tout à fait conscients des divergences dans les buts de guerre allemands et austro-hongrois[31]. Cette divergence s'accentue au fil des mois, et est clairement visible lors des conférences austro-allemandes du mois de mars 1917[20]

Buts de guerre alliés dans la double monarchie[modifier | modifier le code]

L'empire des Habsbourg, par son caractère multinational, comporte en sein des minorités, regardant pour certaines d'entre elles, vers les États voisins : les Italiens du Trentin, d'Istrie et de Dalmatie aspirent à être intégrés à l'Italie voisine, les Serbes de la double monarchie aspirent à rejoindre l'entreprenant royaume de Serbie, les Roumains de Transylvanie et de Bucovine aspirent à intégrer le royaume de Roumanie, tandis que les Tchèques bénéficient de l'attitude bienveillante de la France et de la Grande-Bretagne.

Le royaume de Belgrade constitue en effet le premier adversaire de la double monarchie à ne pas faire mystère des agrandissements territoriaux dont il souhaite bénéficier au détriment de la double monarchie; le contexte de l'entrée en guerre permet ainsi au parti radical, alors au pouvoir en Serbie, d'exposer les objectifs qu'il assigne au conflit : Nikola Pašić définit le 4, puis le 24 septembre 1914, le programme d'expansion territorial serbe, validé par des scientifiques, en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et en Carinthie[32]. La présence de nombreuses populations slaves du Sud dans la double monarchie aussi bien dans l'empire d'Autriche, dans le Royaume de Hongrie ou en Bosnie-Herzégovine incite en effet les propagandistes et les nationalistes du royaume de Serbie à formuler des revendications sur de larges portions de l'empire des Habsbourg[33], dans le cadre de la déclaration de Niš du 7 décembre 1914. Cependant, dans un premier temps, les Serbes n'aspirent pas à la mise en place d'un État unitaire des Slaves du Sud, aspirant seulement à agrandir vers le Nord et vers l'Ouest le Royaume de Serbie[34], permettant ainsi la réunification des Serbes sous un seul sceptre[35]. Le 20 juillet 1917, lors d'une conférence organisée à Corfou par le Président du Conseil Serbe, Nikola Pašić[36], les principaux représentants politiques exilés des populations slaves du Sud de la double monarchie déclarent souhaiter la mise en place d'un État des Serbes, des Croates et des Slovènes sous le sceptre de la dynastie régnante à Belgrade[37]. Ce programme suscite néanmoins de fortes réserves de la part des autres responsables de l'Entente, à la fois en raison de la présence de la Russie en son sein, mais aussi parce que certains responsables alliés caressent l'espoir d'une paix séparée avec la double monarchie, vue comme un facteur de stabilité en Europe centrale ou encore dans l'espoir d'attirer la Bulgarie, la Roumanie et l'Italie dans le camp allié[38].

L'Italie, neutre le 3 août 1914, fait néanmoins savoir à la Russie son souhait de connaître ce que l'Entente serait prête à concéder pour l'entrée en guerre du Royaume contre les puissances centrales[39], même si Sonnino se montre favorable au maintien des liens avec la double monarchie. Antonio Salandra, président du conseil à partir de mars 1914 avait tenté de faire monter les enchères auprès de la douche monarchie, Sonino réclame « le Trentin et quelque chose d'autre »[40]. Des alliés, il obtient Trente et le Trentin, Trieste[39] et un territoire en Albanie autour deValona, stratégique pour Rome[N 2],[8]; de la double monarchie, les responsables italiens obtiennent une compensation pour les accroissements de puissance austro-hongrois dans les Balkans, sous la forme de Trente[39], tandis que les représentants slaves du Sud, sous l'influence d'un représentant du gouvernement russe, s'opposent à la cession de territoires en Istrie[41]. Cependant, au cours des négociations entre la Triplice et Rome, les négociateurs italiens prennent rapidement conscience que les concessions obtenues de la double monarchie seront toujours en deçà des propositions alliées : en effet, les responsables de la double monarchie se voient demander la cession des comtés de Görz et de Gradisca, le contrôle de Trieste et de Pola et les îles de Dalmatie[42].

L'empire russe ne souhaite pas annexer de vastes territoires dans la double monarchie, mais aspire à un regain d'influence, par le truchement d'un royaume yougoslave fort, ayant conquis de larges portions de la double monarchie[41].

Pour acheter l'alliance roumaine, que les responsables roumains souhaitent faire payer au prix fort, et que les Alliés sont prêts à payer, ces derniers garantissent au gouvernement roumain, dans le Traité de Bucarest, la Transylvanie, le Banat et la Bukovine[43].

Le déclenchement de la conflagration[modifier | modifier le code]

La crise de Juillet[modifier | modifier le code]

Dans un contexte marqué par un bras de fer entre le pouvoir civil et les militaires dans le royaume de Serbie, des sujets austro-hongrois, membres du mouvement jeune Bosnie et soutenus depuis la Serbie, assassinent l'archiduc héritier de la monarchie danubienne[44].

Le 27 juillet, les ordres de mobilisation touchent également des quelques dizaines de soldats qui assurent la présence de la double monarchie en Chine, un cinquième des hommes constituant les unités cantonnées en Chine étant rappelés en Europe, ceux-ci devant rentrer en Europe par leurs propres moyens[N 3],[45].

les déclarations de guerre[modifier | modifier le code]

Dans le contexte institutionnel de la monarchie, les responsables politiques expriment diversement leur soutien à l'entrée de la double monarchie dans le conflit. Ainsi, les responsables slovènes soutiennent alors la politique austro-hongroise[37].

Cependant, devant la réponse serbe à l'ultimatum du 23 juillet, discutant divers points de la note austro-hongroise remise le 23 juillet, le gouvernement de Vienne déclare rompues les relations diplomatiques entre la Serbie et la double monarchie[46].

La double monarchie dans le conflit[modifier | modifier le code]

Une guerre sur plusieurs fronts[modifier | modifier le code]

La perspective d'une guerre sur plusieurs fronts crée pour le commandement austro-hongrois des contraintes spécifiques, qu'il va globalement être capable de relever au cours du conflit.En effet, lancée dans un premier temps sur un seul front, le front austro-serbe, la guerre s'étend rapidement à deux, puis trois, puis quatre fronts, empêchant la double monarchie de regrouper ses forces pour acquérir seule la supériorité absolue sur un point donné, afin de remporter la victoire sur ce front[47].

Plans de guerre austro-hongrois et allemands[modifier | modifier le code]

Dans le contexte de la Duplice, puis de la Triplice, les états-majors de chaque membre de l'alliance sont censés se concerter en vue de l'élaboration de plans de guerre communs, sinon complémentaires. Or les textes régissant la Duplice ne fournissent qu'un cadre assez vague, préjudiciable à la conduite d'une guerre moderne de coalition : les plans de guerre n'ont pas été bâtis en concertation, chaque armée conserve ses propres spécificités (notamment en matière d'armement)[48].

Or dans les années précédant immédiatement le conflit, les responsables militaires allemands et austro-hongrois se consultent, mais sont incapables de coordonner leurs forces armées en cas de guerre sur plusieurs fronts : cette absence de concertation mène les Allemands à confier aux 41 divisions austro-hongroises déployées sur le front de l'Est la tenue de l'essentiel du front dans les premières semaines du conflit (durant lesquelles la France est censée être rapidement écrasée), et incite les militaires austro-hongrois à confier aux unités allemandes le soin de supporter l'essentiel de l'attaque russe tandis que le gros des armées de la double monarchie écrase l'armée serbe[49] , [50].

De plus, ajoutées à cette absence de concertation, les généraux austro-hongrois doivent être en mesure de déployer sur des fronts éloignés les uns des autres des armées nombreuses: tandis que le groupe principal doit être déployé contre la Russie, trois corps d'armée sont déployés contre la Serbie ou l'Italie; en fonction de la principale menace, un troisième groupe, cantonné à l'intérieur de la double monarchie irait renforcer soit le front des Balkans, soit le front russe. Dans ce contexte, les officiers autrichiens doivent savoir faire preuve d'un grand savoir-faire dans le transfert des unités d'un bout à l'autre de la double monarchie[51].

Cette absence de concertation est visible en 1915 durant la campagne de Serbie. Certes, cette campagne est le résultat de la coordination d'unités austro-hongroises et allemandes venues du Danube, d'une part, et d'unités bulgares, venues de Macédoine bulgare de l'autre, mais la résistance serbe oblige les Allemands à demander des renforts à leur allié austro-hongrois, catégoriquement refusés par l'état-major de la double monarchie, les unités austro-hongroises devant être prélevées sur le front italien[52].

Le front des Balkans[modifier | modifier le code]

Dans les Balkans, l'armée austro-hongroise affronte les troupes serbes et monténégrines seule jusqu'à l'intervention bulgare à l'automne 1915. Une opération combinée des troupes austro-hongroises et bulgares, renforcées d'unités allemandes, repousse alors le front serbe au Sud de la Macédoine serbe à la fin de l'année 1915, occupant ainsi presque toute la Serbie et entrant en Grèce. Les Alliés organisent alors un front autour de la ville grecque de Thessalonique, contenu par des unités allemandes, austro-hongroises, bulgares et turques. Une partie de l'armée serbe traverse l'Albanie et se réfugie à Corfou, en Grèce.

En août 1914, face aux 300 000 soldats aguerris de l'armée serbe, les responsables militaires austro-hongrois mettent en ligne trois puis deux armées, confiées à Oskar Potiorek, soit 240 000 puis 140 000[53].

En dépit de succès initiaux (entrée en Serbie) les unités austro-hongroises se font battre à deux reprises, le 17 aout au Mont Cer et le 21 à Jadar[54]. À la suite de ces victoires, des offensives serbo-monténégrine sont lancées en Smyrnie à partir du 4 septembre et en Bosnie-Herzégovine, stoppée à proximité de Sarajevo au milieu du mois d'octobre[55].

Mais l'armée serbe manque de moyens pour exploiter ces victoires, et les troupes austro-hongroises parviennent à occuper temporairement Belgrade le 29 novembre 1914[56]; elles sont cependant rapidement repoussées par les contre-offensives serbes et doivent abandonner la capitale serbe le 15 décembre[57].

Dans les mois qui suivent, le front serbe se fige, tandis que le Pacte de Londres avec l'Italie et les négociations avec la Bulgarie entament la confiance entre la Serbie et les Alliés occidentaux[58].

C'est à l'automne 1915, lors de l'entrée en guerre de la Bulgarie aux côtés des puissances centrales, que ce front redevient actif. Élaborée par des stratèges austro-hongrois, mais confiée à un commandant allemand (à la demande des Bulgares)[59], l'opération est menée conjointement par une armée constituée de 10 divisions, 6 allemandes et 4 austro-hongroises[60] à laquelle s'ajoutent huit divisions bulgares[61].

L'offensive austro-allemande écrase les défenses serbes dès les premières heures de l'attaque, le pilonnage massif des positions serbes ayant réduit au silence l'artillerie serbe[52]. La rupture est obtenue au bout de trois jours de combats, le 9 octobre 1915. Après la capitulation du Monténégro, au début de l'année 1916, Conrad, chef d'état-major austro-hongrois, lance ses troupes en Albanie, afin de prendre au piège les Serbes qui retraitent[62]. Scutari est ainsi occupée le 21 janvier 1916, Saint-Jean de Medua, le 24, Durazzo le 28[63].

La débâcle serbe rend la situation du petit royaume extrêmement périlleuse. En effet, encerclé par les forces germano-austro-hongroises sur trois côtés, l'armée du royaume est balayée en quelques jours au début du mois de janvier 1916, à la suite d'une attaque de l'armée austro-hongroise de Dalmatie contre le Mont Lovcen, principale position militaire du royaume contre les incursions austro-hongroises : attaquées le 8 janvier 1916, les positions monténégrines cèdent le 10, le pays capitule le 16 janvier, contre l'avis des militaires, alors que le roi Nicolas s'est réfugié en Italie le 22 janvier[64]

Dans la lancée de l'occupation de la Serbie, Conrad propose de lancer une offensive contre les positions alliées autour de Salonique, mais le Reich se désintéressant de ce front, l'offensive planifiée est ajournée, puis définitivement abandonnée en mars 1916[65]. Le front se stabilise alors jusqu'à l'offensive déclenchée au mois de septembre 1918.

La Serbie écrasée, la péninsule balkanique en grande partie occupée, l'entrée en guerre de la Roumanie aux côtés des Alliés oblige les militaires austro-hongrois à ouvrir un nouveau front dans le Sud-Est de leur Empiree, sur le Danube et dans les Carpates, et à former une armée de 25 000 hommes, épaulés par quelques unités d'artillerie, pour ce nouveau front qui vient de s'ouvrir. Face aux 25 000 soldats austro-hongrois, les généraux roumains déploient 200 000 soldats, rapidement victorieux à la fin du mois d'aout, ce qui sème la panique en Hongrie[66]. Ces succès sont de courte durée, car la Roumanie est rapidement attaquée à revers par les troupes Bulgares, puis au mois d'octobre, par des troupes austro-hongroises rameutées des autres fronts[67]. La lourde défaite de Tutrakan face aux Germano-Bulgares plonge la Roumanie dans la même situation que la Serbie : elle est presqu'entièrement occupée par les Empires centraux et la Bulgarie.

Le front de l'Est[modifier | modifier le code]

Engagés dès le milieu du mois d'aout 1914, les combats sur le front de l'Est mettent aux prises, sur le front austro-russe, 500 000 soldats austro-hongrois et 1 500 000 soldats russes[68]; pour faire face à des troupes beaucoup plus nombreuses que les leurs, les généraux autrichiens déploient des trésors d'ingéniosité, utilisant au maximum les capacités des services de renseignement militaire[69], constamment renforcées au fil des mois[70], et du réseau de communications, utilisé avec maîtrise par les généraux autrichiens[71].

En dépit de succès initiaux en Galicie, les troupes de la double monarchie, distraites par les succès serbes[72], doivent rapidement reculer et abandonner, avec la ville de Lemberg, la quasi-totalité de la Galicie (seule la forteresse de Przemyśl, encerclée, résiste[73]), au grand effroi des populations de la double monarchie[34]. En dépit de ce succès, les troupes russes sont bloquées dans les Carpathes, que Conrad, le chef d'état-major austro-hongrois, a mis en état de défense[73].

Au mois de mai 1915, épaulées par les unités allemandes prélevées du front de l'Ouest et commandées par August von Mackensen, l'armée austro-hongroise rompt le front russe par une attaque massive sur les lignes de communication russe[74] : la victoire n'est cependant pas complète, les troupes russes ayant disposé du temps pour organiser une défense habile[75], leur donnant la possibilité de se retirer, mais les Russes ont dû abandonner la Galicie[76]. En septembre 1915, le front austro-hongrois est rompu par une offensive russe de grande ampleur, qui n'est arrêtée que grâce à un concours massif d'unités allemandes amalgamées au sein de la 4e armée austro-hongroise, placée sous commandement allemand[77].

Une attaque russe de grande envergure est lancée une année plus tard, le 4 juin 1916, contre les positions austro-allemandes en Galicie. l'offensive Broussilov, au départ conçue comme une offensive de dégagement, devient rapidement une grande offensive de rupture[78] : les succès russes incitent quelques unités tchèques à passer du côté des Russes[79]. Dans un premier temps, jusqu'au milieu du mois d'aout, les puissances centrales sont incapables d'opposer une résistance efficace aux troupes russes qui avancent : deux armées autrichiennes doivent se replier en catastrophe, abandonnant de vastes portions de territoires, malgré de furieuses contre-attaques allemandes et l'envoi de divisions prélevées sur d'autres fronts. Au milieu du mois d’août, cette offensive échoue devant les positions fortifiées des Carpates soutenues par une solide aviation austro-allemande[80]. Ces succès, certes importants, ne sont pas en mesure de modifier l'évolution du conflit à l'Est, ni de remettre en cause le processus de dissolution de la Russie, qui demeure passive dans le conflit jusqu'à la prise du pouvoir de Kerensky, à partir du 15 mai : ce dernier, ministre de la guerre, projette une nouvelle grande offensive de rupture du front autrichien en Galicie : d'abord couronnée de succès, elle échoue devant la réaction allemande. En effet, le 19 juillet 1917, la controffensive austro-allemande libère totalement la Galicie de l'occupation russe, bénéficiant des nombreuses désertions qui frappent les forces armées russes[81].

Géographiquement articulé au Front russe, un nouveau front est ouvert en Roumanie, en septembre 1916. En dépit des menaces de Czernin, alors ambassadeur austro-hongrois à Bucarest, des négociations avec les Alliés sont menées et conclues au début de l'été 1916, un traité d'alliance préparé, un plan d'intervention décidé. Mais, tenu en échec, ce plan entraîne une réaction des puissances centrales, dans laquelle la double monarchie fournit une des bases de départ, la Transylvanie, pourtant rapidement partiellement occupée, des unités[82], la première armée austro-hongroise, ainsi que le flottille du Danube[83] et un plan d'invasion, conçu par Conrad[66], qui a su organiser la résistance à l'offensive roumaine quelques semaines auparavant[67].

Le front italien[modifier | modifier le code]

Envisagée dès le déclenchement des hostilités par le gouvernement austro-hongrois, l'intervention italienne dans le conflit ne constitue donc pas une surprise pour les militaire austro-hongrois, qui bénéficient de solides positions défensives dans le cadre d'une guerre dans les Alpes, permettant à l'état-major de ne distraire que deux divisions du front de l'Est pour ce nouveau front pour résister victorieusement aux deux premières offensives italiennes[84].

Dès la déclaration de guerre austro-hongroise à la double monarchie, l'Italie fait l'objet de la rancœur des responsables politiques et de la population austro-hongrois, l'intervention italienne aux côtés de l'Entente rappelant aux Autrichiens les rivalités austro-italiennes depuis le Printemps des Peuples[85].

Confié au Croate Svétozar Boroević, le front italien est tenu par des troupes rassemblées à la hâte; cependant, même rassemblées dans l'improvisation, les troupes positionnées sur le front des Alpes, composées en majorité de Slaves du Sud, se battent avec entrain[85]. L'hiver 1915-1916 voit une forme de suspension des combats, rendus difficiles par les conditions climatiques des Alpes en hiver.

En mai 1916, les Austro-hongrois lancent une offensive du rupture, sur le modèle de l'attaque allemande à Verdun. Cette offensive, lancée dans le Haut-Adige, se soldent par des avancées, mais les conditions spécifiques de la guerre dans les Alpes ralentissent l'exploitation de la percée, qui piétine rapidement[86].

En 1918, à l'automne, c'est une attaque italienne, soigneusement préparée par Badoglio et Cardona, et brillamment exécutée qui porte le coup de grâce à une armée austro-hongroise épuisée. Cependant, ce n'est qu'au terme de plusieurs journées de combat, et à la faveur d'une décision unilatérale du gouvernement royal hongrois, que la percée en obtenue[87]. Ensuite, lors de cette offensive de rupture, les forces italiennes, rééquipées par les Alliés, exploitent la percée, transformant chaque jour la retraite austro-hongroise, qui se fait en bon ordre les premières journées, en déroute consommée, le front étant abandonné par les unités hongroises de la double monarchie : ces dernières sont redéployées contre les Roumains ou l'Armée d'Orient, sur ordre du gouvernement de Budapeste[88],[89].

Autres fronts[modifier | modifier le code]

Rapidement, dans le cadre de l'alliance militaire avec le Reich, l'armée de la double monarchie se trouve engagée sur l'ensemble des fronts ouverts à partir du mois d’août 1914.

Ainsi, dès le 19 août 1914, à la demande des Allemands[90], une demi-batterie lourde est envoyée sur le front de l'Ouest, où elle participe aux opérations en Belgique[91] ; elles sont engagées contre les forts belges dès le 21 août[90], avant d'être retirées en 1915[91]. Au cours de l'année 1916, d'autres unités d'artillerie lourde austro-hongroises sont déployées à Verdun, puis en 1918, 150 pièces d'artillerie sont utilisées dans des secteurs calmes du front, tandis que la double monarchie déploie une force de 30 000 hommes dans les services et le terrassement[92]. En effet, à partir de l'échec de la dernière offensive austro-hongroise en Italie, 2 divisions et 35 compagnies de marche sont transférées sur le front français, installées, entraînées puis incorporées dans des unités plus vastes à commandement conjoint. Engagées dans les combats de septembre 1918, les unités austro-hongroises suivent la retraite allemande des semaines suivantes[93].

L'armée de la double monarchie est également engagée sur des théâtres extra-européens. Ainsi, en 1916, après le rétablissement d'une liaison ferroviaire directe entre le Reich et l'Autriche-Hongrie, d'une part, et l'empire ottoman de l'autre, des unités austro-hongroises participent à la deuxième et dernière attaque du Canal de Suez, lancée le 4 août 1916[N 4],[94]. De plus, le faible contingent austro-hongrois déployé en Chine mène également des opérations dans ce pays[N 5]. ainsi, en 1914, 82 soldats sont déployés dans ce pays[95]; une guerre d'espions s'y déroule jusqu'en 1917, les postes austro-hongrois étant rapidement conquis en août 1917, lors de l'entrée de la Chine dans le conflit aux côtés de l'Entente[96].

Les espaces maritimes constituent également un lieu de combat entre la double monarchie et les Alliés. En dépit d'une infériorité certaine, la flotte de guerre de la double monarchie dispose de nombreux ports difficilement accessibles aux unités des flottes de guerre alliée[97]. Ainsi les stratèges navales de la double monarchie privilégient une stratégie visant à aller pilonner la flotte de guerre italienne dans ses ports, mais rapidement, la réalité des conditions géographiques et stratégiques de la guerre navale en Adriatique, empêche le déploiement de grosses unités[N 6],[98]

L'écroulement des fronts à l'automne 1918[modifier | modifier le code]

Mais les traités de paix avec la Russie bolchevique et avec la Roumanie, des paix de victoire, ne sont pas en mesure de contrebalancer les effets des succès alliés en Macédoine, région dans laquelle les forces coalisées de l'Armée d'Orient mènent une offensive de rupture face à une armée bulgare rapidement par la simultanéité des offensives alliées sur toute la longueur du front. À partir du 25 septembre, les austro-allemands tentent d'organiser une ligne de défense au niveau de Niš, puis aux frontières méridionales de la double monarchie<. Au cours du mois d'octobre, un front est ainsi hâtivement constitué en Serbie. Placé sous la responsabilité de Hermann Kövess, qui a installé son poste de commandement à Belgrade, ce front est tenu par 4 divisions allemandes et 6 divisions austro-hongroises. Les unités qui composent cette nouvelle armée sont cependant rapidement malmenées par l'avance des troupes alliées venant du Sud ainsi que par les partisans serbes qui s'organisent; cependant, ces unités reculent pas à pas jusqu'à la frontière hongroise[99]. Le 3 novembre, les unités franco-serbes envahissent le territoire austro-hongrois, opérant en Bosnie-Herzégovine, en Slavonie et dans le Banat[100].

En Albanie, les unités austro-hongroises ne connaissent pas la défaite à laquelle font face les unités cantonnées dans le reste des Balkans. En effet, préparant une offensive destinée à prendre Valona, le général von Planzer-Baltin organise, sur ordre du quartier général, une retraite savante de son armée de 160 000 hommes dont 30 000 sont atteints de malaria. Dès qu'il en a la possibilité, il entre en contact avec le commandement de l'armée, qui lui annonce les décisions prises à Vienne, que von Planzer-Baltin choisit de garder à son niveau pour maintenir la cohésion de son armée[101].

L'offensive italienne déclenchée le 24 octobre 1918, contribue plus que tout autre facteur au déchaînement des forces qui poussent à la dislocation de la monarchie danubienne. En effet, malgré une résistance acharnée sur certaines positions, les troupes austro-hongroises ne semblent pas en mesure de résister efficacement à une offensive italienne qui se développe chaque jour davantage. Le front est rapidement rompu, l'armée en pleine débandade, de nombreuses divisions refusant de continuer à servir[102].

L'armée austro-hongroise dans le conflit[modifier | modifier le code]

Franz Conrad von Hötzendorf, chef d'état-major de l'armée impériale et royale

Commandée nominalement par l'archiduc Frédéric, parent éloigné de François-Joseph, depuis Teschen, où l'état-major autrichien s'installe dans les premiers jours du conflit, l'armée commune de la double monarchie est néanmoins dirigée par Franz Conrad von Hötzendorf, jusqu'à son remplacement par Arthur Arz von Straußenburg le 27 février 1917[103].

Commandement[modifier | modifier le code]

L'armée impériale et royale est placée sous la responsabilité politique du ministre commun de la guerre, Alexander von Krobatin, remplacé le 2 avril 1917 par Rudolf Stöger-Steiner[104]. Renforcée comme l'ensemble des armées européennes dans les années qui précèdent le conflit, l'armée commune de 800 000 soldats[105] voit son contingent annuel passer de 103 000 hommes à 160 000 hommes en juin 1912[106], si bien qu'en juillet 1914, la double monarchie peut aligner 1 800 000 soldats[107], regroupés au sein d'unités le plus souvent hétérogènes du point du ethnique[108].

L'armée commune est doublée par des structures militaires autrichienne ou hongroise, la Landwehr en Autriche et la Honvéd en Hongrie. Concession arrachée par les négociateurs hongrois de l'Ausgleich de 1867, la Honvéd est vue par les responsables hongrois comme le point de départ de l'armée nationale hongroise[109].

Institution transnationale dans un État multinational[110], l'armée, du moins ses officiers[N 7],[111], demeure fidèle, jusqu'au dernier moment, au souverain et sa dynastie[105], s'affirmant comme le ciment de la monarchie[112]. Liés par serment à la personne de l'empereur, polyglottes, les 90 000 officiers sont issus de l'ensemble des nationalités de la double monarchie et sont d'autant plus attachés à l'institution militaire impériale et royale que cette dernière constitue, pour un certain nombre d'entre eux, un moyen de promotion sociale, voire d'accès à la noblesse. Les officiers ne sont pas les seuls à faire montre d'une fidélité à toute épreuve à leur pays, les sous-officiers, de la même nationalité que leur soldats, bilingues (l'allemand est la langue de commandement), commandent au quotidien dans leur langue vernaculaire[113]. Au fil des mois, le corps des officiers évolue considérablement, notamment en raison des pertes essuyées par les armées austro-hongroises sur le Front de l'Est[108].

Modernisation partielle[modifier | modifier le code]

Cependant, l'armée utilise un armement dépassé que la double monarchie éprouve des difficultés à moderniser pour des raisons essentiellement budgétaires que le ministre commun de la guerre outrepasse aisément[114]. En 1914, cependant, les obusiers austro-hongrois de 305mm constituent un armement lourd apprécié dès 1914 par les unités allemandes engagées sur le front de l'Ouest[115].

Enfin, la modernisation de la marine de guerre austro-hongroise est néanmoins menée, grâce à l'influence de François-Ferdinand, de façon à lui permettre de conserver la suprématie dans l'Adriatique et de mener des raids en Méditerranée, sans être cependant en mesure de rivaliser avec la flotte de guerre française basée à Toulon et en Afrique du Nord. Au début du conflit, la flotte de guerre de la double monarchie, d'un tonnage total de 264 000 tonneaux, compte 80 unités et une force aéronavale en mesure d'opérer sur la côte italienne de l'Adriatique[116]. À ces unités s'ajoutent les quelques dizaines de marins austro-hongrois déployés en Chine en vertu des accords entre la double monarchie et l'Empire du Milieu[117].

À cette force aéronavale s'ajoute une armée de l'air embryonnaire, comptant 40 avions de chasse, pilotés par 86 pilotes formés à la toute nouvelle école de pilotage de Wiener Neustadt, et cantonnés dans les onze aérodromes militaires de l'armée commune[116].

Cependant, en dépit de ses faiblesses, l'armée commune a su développer un réseau d'espionnage particulièrement efficace, largement doté en moyens financiers et à l'activité dirigée de manière prioritaire en destination de la Russie[107]. en 1913, l'arrestation de son chef, le colonel Redl, met à mal l'organisation du contre-espionnage de la double monarchie. Cependant, parallèlement à la reconstruction d'un réseau de renseignement efficace, les experts du renseignement de l'armée commune développent un système particulièrement efficace d'écoutes des transmissions radios[118].

Réformes pendant le conflit[modifier | modifier le code]

Le conflit fournit aussi l'occasion de réformer l'outil militaires de la double monarchie, afin de tenter de le rendre plus efficace face aux unités alliées.

En 1918, l'armée de la double monarchie compte encore, en dépit des pertes, 79 divisions à la composition ethnique précisément définie. Une division de l'armée impériale et royale est composée de 9 bataillons d'infanterie, formant en tout 3 régiments, d'un bataillon de d'assaut, de trois régiments d'artillerie et compte 21 000 hommes, dont 12 500 fantassins et 3 500 artilleurs[119]. La même année, une réforme de la formation des recrues est confiée au général von Planzer-Baltin, qui doit lutter contre les processus de dissolution de l'armée commune[120]. Ayant subi des revers importants au printemps, l'armée dont Von Planzer est responsable de la formation, a perdu beaucoup de sa superbe et de ses moyens : composée d'hommes amaigris par les privations, mal encadrée, mal équipée (même les uniformes manquent), affaiblis par les désertions (90 000 en avril 1918, 250 000 en octobre), l'armée commune n'est plus en mesure de tenir les fronts qui lui sont confiés[121]. Cette formation est également assurée par les échanges d'officiers et par les déploiements de troupes austro-hongroises sur le front français, les officiers de la double monarchie considérant l'instruction militaire en vigueur dans l'armée impériale allemande comme supérieure à la leur[122].

En 1918, après la paix de Brest-Litovsk, 660 000 prisonniers sont rapatriés dans la double monarchie[123]; mais, devant cette masse inadaptée au retour rapide au front, les responsables de l'armée sont vite débordés et ne peuvent mettre en place les modalités efficaces du retour de ces anciens prisonniers au sein d'unités constituées. Les désertions se multiplient, et, devant l'ampleur du phénomène, les autorités impuissantes ne peuvent que proposer l'amnistie à ceux qui rejoindraient leur régiment[124].

Désagrégation dans les derniers jours du conflit[modifier | modifier le code]

Ces privations, ainsi que l'exacerbation des revendications nationales dans les dernières semaines du conflit, contribuent, avec la décision de l'empereur-roi Charles, à la désagrégation de l'appareil militaire de la double monarchie dans les premiers jours de novembre 1918.

En effet, devant la menace qui se développe tous les jours davantage en Serbie, le ministre hongrois de la guerre donne l'ordre aux unités hongroises de faire route vers le royaume, afin d'être déployées pour la défense du territoire du royaume, dans le Sud du royaume. Cette décision ne fait qu'accentuer la crise militaire sur le front italien sans pour autant colmater la brêche ouverte dans les Balkans, les unités traversant la double monarchie pour se rendre en Serbie se montrant perméables aux symptômes de dissolutison à l’œuvre dans la monarchie danubienne[89].

La débâcle de Vittotio-Veneto accentue la dissolution de l'armée commune : celle-ci a reculé de façon méthodique jusqu'au 27 octobre, malgré la violence de l'attaque, puis des régiments slaves refusent le combat, tandis que des unités hongroises refusent de monter en ligne. Ces défections touchent aussi la flotte de guerre de la double monarchie, à quai à Pola : devant la quasi mutinerie des équipage, Horthy, son commandant en chef, abandonne le navire amiral après avoir fait amener son pavillon[125].

La double monarchie et le Reich[modifier | modifier le code]

une alliance ancienne[modifier | modifier le code]

À partir des années 1870, les stratèges austro-hongrois ont parfaitement conscience de l'incapacité de leur pays à mener une guerre sans l'appui du Reich[51]. Cependant, il semble clair que toute politique visant à resserrer les liens entre la double monarchie et le Reich aboutit nécessairement à renforcer le contrôle du Reich sur la politique de la double monarchie, ce dont certains responsables politiques et économiques de la double monarchie ne veulent à aucun prix, reprenant les arguements utilisés par certains interlocuteurs de Metternich dans les années 1830, lors des débats sur l'entrée de l'empire d'Autriche dans le Zollverein[126].

Ainsi, dès les premiers jours de la Crise de Juillet, le Reich exerce une forte influence sur son « brillant second »; jusqu'aux derniers jours du conflit, ce dernier prend un ascendant sans cesse accentué sur son allié. Au fil des mois, cette influence se matérialise ainsi de diverses manières, par un soutien politique, militaire et matériel, mais les buts de guerre allemands contribuent à accentuer les divergences et les rivalités entre les deux alliés.

Une complémentarité asymétrique[modifier | modifier le code]

Ainsi, Le Reich soutient son allié tout d'abord en épaulant militairement les troupes austro-hongroises sur l'ensemble des fronts sur lesquels elles sont engagées. En effet, à partir de 1915, le Reich est définitivement convaincu de l'incapacité autrichienne en matière militaire[70]. Ainsi, dès 1915, les offensives russes contre les positions austro-hongroises sont contenues avec le soutien humain et matériel de l'armée impériale allemande[127]. Ce soutien allemand sur le Front de l'Est s'accompagne d'une demande de participation austro-hongroise sur le front de l'Ouest, le Reich appelant de ses vœux une imbrication des unités allemandes et austro-hongroises sur l'ensemble des fronts[128].

Pour compléter cette imbrication, les militaires du Reich préconisent un commandement mixte, allemand et austro-hongrois : ainsi, dès l'été 1915, de vastes unités mixtes sont constituées, commandées en théorie par état-major mixte. Cependant, la répartition des postes au sein de ces états-major laisse à la double monarchie la portion congrue, comme l'illustre le cas de la 7ème armée austro-hongroise, nominalement commandée par Karl von Pflanzer-Baltin, flanqué de l'Allemand Hans von Seeckt[N 8],[129].

De plus dans le contexte du blocus imposé par les Alliés dès les premières semaines du conflit, le Reich tente de mettre en place une union politique et économique des Puissances centrales, sous son contrôle[126]. Ainsi, pour maintenir la double monarchie dans le conflit, le Reich assure à celle-ci la fournitures de matériel et de matières premières, soutenant l'effort de guerre de cette dernière [N 9],[47] : ainsi, le Reich, principale puissance industrielle des Empires Centraux, fournit à la double monarchie du charbon, des avions et des munitions, en contrepartie desquels la double monarchie fournit du bois[130].

Ce soutien allemand se double d'un mépris des militaires allemands pour l'efficacité de l'armée de la double monarchie; malgré la présence d'officiers de liaison présents dans les états-major, les militaires allemandes sont hermétiques aux logiques qui président à l'organisation et au fonctionnement de l'armée commune[131]. En effet, devant les échecs essuyés par les troupes de la double monarchie, puis devant le mode d'organisation des unités de l'armée austro-hongroise, les commandants allemands témoignent envers les homologues austro-hongrois la condescendance[131]. En effet, dès la fin de l'été 1914, les militaires allemands ne se privent pas d'exprimer leur mépris à l'encontre du commandement austro-hongrois, inaugurant ainsi un thème récurrent dans les récriminations exprimées par le Reich envers son allié, lors des négociations entre la double monarchie et ses alliés, puis après le conflit, dans les mémoires des militaires allemands[132]

Ainsi, devant les succès russes de 1916, Erich von Falkenhayn, alors commandant en chef allemand, tance le chef d'état-major autrichien, lui reprochant son manque de préparation face à une offensive russe de grande ampleur[133].

De plus, le Reich demande de manière pressante à partir de 1916, une intervention austro-hongroise sur le front de l'Ouest, afin d'obliger la double monarchie à se solidariser totalement du Reich sur le plan politique[128]. Cependant, au printemps 1918, en dépit des besoins en hommes et en matériel du front occidental, Ludendorff ne s'oppose pas au refus austro-hongrois d'envoi de troupes de première ligne sur le front français, ne croyant pas à l'efficacité de ces dernières[134].

Cette attitude entraîne de multiples crispations de la part des militaires austro-hongrois, se manifestant notamment par le commandement exercé sur l'armée commune par l'empereur-roi Charles en personne[135].

Une alliance refondée par le conflit[modifier | modifier le code]

Dès la fin de l'année 1914, de nombreux échanges ont lieu entre les représentants de la double monarchie et leurs homologues sur la nature des liens qui doivent unir la double monarchie et le Reich, aussi bien dans le conflit qu'à l'issue de la guerre.

Ainsi, à partir des premiers grands succès austro-allemands en Europe de l'Est, les responsables du Reich souhaitent accélerer la mise en place d'une union douanière entre la double monarchie et le Reich; des documents sont ainsi préparés par l'entourage du chancelier du Reich et présentés aux Austro-Hongrois à partir du 27 octobre 1915[N 10],[136].

Au fil des mois, alors que la double monarchie s'épuise chaque jour davantage, des négociations sont constamment en cours entre les deux principaux partenaires des puissances centrales. Ainsi, en 1917, durant l'été, des négociations s'ouvrent afin de déterminer la nature des liens économiques et commerciaux de long terme entre le Reich et la double monarchie; tandis que les Austro-hongrois se montrent partisans de la mise en place dans le cadre d'un grand accord douanier, de tarifs douaniers préférentiels, les négociateurs allemands défendent, maladroitement durant l'été 1917, à la fois contre le Reichstag allemand, les intérêts austro-hongrois et les intérêts, la mise en place d'une union douanière la plus complète possible[137]. Face à cette opposition multiple, allemande et austro-hongroise, les négociateurs allemands proposent un accord immédiat, stipulant des droits intermédiaires, pour transformer peu à peu le traité de commerce austro-allemand en union douanière[138].

Des divergences accentuées au fil du temps[modifier | modifier le code]

Cependant des divergences apparaissent rapidement entre les deux alliés. Ces divergences trouvent leur origine dans le refus allemand de voir la profondeur de la crise qui secoue la double monarchie. De plus, les responsables austro-hongrois ne souhaitent pas voir la double monarchie totalement écartée au profit du Reich lors du partage des conquêtes et des positions économiques en découlant.

En effet, la situation intérieure de l'Autriche-Hongrie et les appétits allemands définissent rapidement les termes d'une contradiction, d'une opposition entre les responsables des deux monarchies. Informés par L'empereur Charles en personne des contacts avec la France, les responsables du Reich considèrent qu'il est pessimiste sur l'évolution du conflit et se montrent incapables de saisir l'ampleur de la crise qui frappe la double monarchie à la fin de la troisième année du conflit[139]. De plus, à partir de l'avènement de Charles Ier, le Reich prépare des plans d'invasion la double monarchie, en cas de retrait austro-hongrois du conflit[140], Charles d'Autriche étant conscient de la situation de dépendance à l'égard du Reich créée par une victoire allemande[141].

Une année plus tard, au cours des négociations de paix avec les gouvernements russes et ukrainiens, les divergences deviennent gouffre. C'est en effet le 5 février 1918, lors d'une conférence, que les désaccords apparaissent au grand jour. Czernin demandant des éclaircissements sur les obligations de la double monarchie en cas de propositions de paix alliés sur la base du statu quo de 1914; de plus les négociateurs allemands incitent la nouvelle république d'Ukraine à demander l'incorporation en son sein de provinces autrichiennes, la Galicie orientale, ou, à défaut, une large autonomie pour la région au sein de l'empire d'Autriche[142]. De plus, les Autrichiens ne sont pas dupes de ce que le Reich lui permet de s'emparer : certes, la Pologne et la Roumanie seront sous l'influence austro-hongroise, mais ce sont des « citrons pressés », tandis que la Pologne sera placé sous un sceptre habsbourg, mais appartiendra à la sphère d'influence du Reich[143]. Ainsi, les conditions économiques de la paix de Bucarest, en mettant le Royaume dans une dépendance totale vis-à-vis du Reich, suscite l'indignation de Charles, qui les exprime dans un courrier adressé au début de l'année 1918[144] : une solution est trouvée, sous la forme de participations de capitaux austro-hongrois au dépeçage économique de la Roumanie : la société pétrolière de la Mitteleuropa, destinée à détenir le monopole de l'exploitation des champs de pétrole roumain, but de guerre principal du Reich en Roumanie[145], serait détenue à 20 % par l'État roumain, à 55 % par le Reich et à 25 % par la double monarchie[144].

De plus, rapidement à partir de 1915, date à laquelle se déroulent les premières négociations sur les liens entre le Reich et la double monarchie sur la longue durée, les responsables austro-hongrois se montrent réservés sur la politique d'union douanière poursuivie par le Reich[146]. Cette réserve n'empêche pas la présentation d'un projet d'union économique entre le Reich et la monarchie le 13 novembre 1915, destinée à constituer la première étape dans la constitution d'un bloc économique composé du Reich et de la double monarchie[147]. Cette proposition divise profondément les responsables autrichiens et hongrois; En effet, le Hongrois Tisza dénonce la volonté hégémonique du Reich, son homologue autrichien Stügkh mentionne des initiatives personnelles des négociateurs austro-hongrois tandis que le ministre commun des finances, Ernest von Koerber, rappelle le rôle du Reich dans le commerce austro-hongrois[148].

La double monarchie, puissance occupante[modifier | modifier le code]

À partir de 1915, la double monarchie se trouve en position d'occuper des portions plus ou moins étendues de territoires de puissances de l'Entente, en Pologne russe, en Serbie, puis, à partir de 1917, en Ukraine et en Italie.

Le partage des conquêtes[modifier | modifier le code]

Le Reich tente également de négocier la réalisation de certains buts de guerre austro-hongrois, comme la résurrection d'un royaume de Pologne sous sceptre autrichien, contre la mise en place d'une convention militaire renforçant l'influence du Reich dans la double monarchie[149].

Ces divergences portent également sur les modalités de répartition des produits du pillage des territoires occupés et du butin de guerre. À partir de 1917, la situation intérieure de la double monarchie incite les responsables austro-hongrois à se montrer sourcilleux sur la part que doit recevoir la double monarchie, voire à s'approprier des approvisionnements destinés au Reich. ainsi, à l'automne 1917, le butin de guerre récupéré lors de la déroute italienne de Caporetto, constituant près de la moitié des équipements militaires du royaume d'Italie, fait l'objet d'âpres négociations entre les deux alliés[150]; au printemps 1918, à la grande fureur des Allemands, le responsable autrichien du ravitaillement, le général von Landwehr, n'hésite pas à réquisitionner le contenu de 2 000 wagons et de péniches destinés à la population du Reich[151].

De même, le contrôle de larges portions de territoires adverses entraîne des frictions entre la double monarchie et ses alliés. Ainsi, à la suite de l'occupation de la Serbie à l'automne 1915, le pays est partagé entre les austro-hongrois et les Bulgares, les zones d'occupation entre les deux alliés se trouvant délimités par la Morava. Les responsables bulgares souhaitant réaliser les buts de guerre qu'ils assignent à leur État mènent, avec l'appui de l'armée bulgare, une politique de prise de contrôle des territoires occupés par la double monarchie, entraînant des affrontements armés, dans lesquels le Reich joue les médiateurs[152]

Occupation austro-hongroise des territoires conquis[modifier | modifier le code]

Les succès remportés par les troupes de la Triplice en Europe placent sous le contrôle de troupes austro-hongroises de nombreux territoires situés aux frontières de la monarchie, en Pologne russe, dans les Balkans et en Roumanie.

Ainsi, une administration d'occupation austro-hongroise se met en place en Pologne dès le partage des territoires entre zones d'occupation allemande et austro-hongroise. Cependant, rapidement, le Reich émet des prétentions sur les territoires administrés par la double monarchie, tentant d'échanger l'élection d'un prince Habsbourg sur le trône restauré de Pologne contre un strict contrôle économique et politique du nouveau royaume, le plaçant de fait dans l'orbite allemande[149].

Dans les territoires serbes occupés par l'armée commune, dès les premiers jours du conflit, la double monarchie mène une politique de soumission et de réduction systématiques de la population serbe. Les conditions de ces occupations, ainsi que les exactions qui l'accompagnent sont rapidement connus par des témoignages recueillis par des journalistes français et anglo-saxons après la libération, à la fin de l'année 1914, des territoires serbes soumis au régime d'occupation austro-hongrois[153]. Ainsi, les unités austro-hongroises massacrent avec des raffinements de cruauté la population de villages occupés à proximité de la frontière[154]. À partir de l'automne 1915, la double monarchie occupe de façon durable une moitié du royaume de Serbie; Conformément au souhait du ministre austro-hongrois des affaires étrangères, Burian, cette occupation est brutale, s'accompagnant d'une répression de la population et de la culture serbes : la population est alors soumise à un régime de terreur[155], la culture serbe est systématiquement réprimée, les musées pillés, l'éducation de la jeunesse serbe sévèrement contrôlée par les autorités austro-hongroises[156].

En Albanie occupée, les militaires de la double monarchie, chargés de l'administration des territoires conquis, mettent en place des structures quasi-étatiques d'administration, écoles, structures judiciaires et instituts de statistique nationales, notamment[N 11],[157].

La population civile dans le conflit[modifier | modifier le code]

Les deux composantes de la double monarchie sont inégalement touchées par le conflit.

De plus, la double monarchie, tout comme le Reich, n'est pas durablement occupée par des unités alliées, à l'exception notable de la Galicie, occupée durant près d'une année par les unités russes, et des abords de Trieste, occupés par les troupes italiennes entre le printemps 1915 et l'automne 1918.

Pénuries alimentaires[modifier | modifier le code]

Cependant, la population est touchée par le blocus allié qui rappelle au quotidien l'existence du conflit.

proximité avec le front[modifier | modifier le code]

Enfin, à proximité de la frontière avec la Serbie, en Smyrnie, dans le Banat et en Bosnie-Herzégovine, les unités militaires de la double monarchie cantonnées dans la région se livrent à une répression féroce contre les populations serbes. Cette répression prend plusieurs visages : interdiction des journaux en langue serbo-croate, de l'usage de l'alphabet cyrillique, internement de la population dans de véritables camps de concentration où sévit une mortalité élevée[154].

Lassitude[modifier | modifier le code]

Au fil du conflit, la population exprime de plus en plus souvent son mécontentement à l'égard de la guerre. Ainsi, en janvier 1918, les populations des villes d'Autriche et de Hongrie manifestent massivement en faveur de la conclusion d'une paix avec la Russie, en Hongrie, ces manifestations traduisent la profondeur d'un sentiment anti-allemand très marqué[158].

Un pays de moins en moins capable de poursuivre le conflit[modifier | modifier le code]

une structure institutionnelle peu efficace[modifier | modifier le code]

Au fil du conflit, la cohésion intérieure de la double monarchie constitue un problème soulevé par l'ensemble des responsables politiques et militaires non seulement austro-hongrois, mais aussi étrangers, alliés comme adversaires.

En effet, l'armée, pourtant l'un des principaux de la monarchie, connaît au cours du conflit un processus de dissolution de plus en plus marqué. Ainsi, en mai 1918, le ministre commun de la guerre, le général Rudolf von Stoeger-Steiner décrit, dans un courrier aux présidents du conseil de l'empire d'Autriche et du Royaume de Hongrie, les symptômes de dissolution de l'armée commune[159].

De plus, durant tout le conflit, les antagonismes entre les deux États et au sein des deux États de la double monarchie rendent encore plus complexe les opérations militaires menées par l'armée austro-hongroise. En 1916, par exemple, lors de l'entrée en guerre de la Roumanie, le président du conseil hongrois Istvan Tisza s'immisce dans la conduite de la guerre et exige la défense des frontières du royaume de Hongrie, contre l'avis du commandant austro-hongrois, Arz von Straussenburg[66], ce qui entraîne une défaite des armées austro-hongroise, l'obligation de gérer des réfugiés et une crise politique à Budapest[160].

Cette cohésion intérieure est aussi mise à mal par la structure même de la double monarchie : un empire et un royaume cohabitent de façon autonome, chapeauté par des ministres communs qui doivent tenir compte des revendications des deux monarchies qui composent l'Autriche-Hongrie. Ainsi, la conduite de la guerre et des négociations avec les voisins de la double monarchie, ou même l'approvisionnement de la Cisleithanie sont-elles rendues plus difficiles par les revendications autrichiennes et hongroise.

Ainsi, dès le mois de juillet 1914, la politique étrangère de la double monarchie doit être approuvée par un consensus entre dirigeants autrichiens et hongrois. De meme, les négociations avec le Reich, devant aboutir à la mise en place d'une alliance politique et économique de long terme font l'objet de nombreux échanges dans ces mêmes cercles, la politique extérieure de la double monarchie, , sur les plans diplomatique, commercial et militaire militaire devant être approuvée lors de conseils des ministres, réunissant, sous la présidence de l'empereur-roi ou du ministre commun des affaires étrangères, les ministres communs, les présidents du conseils autrichiens et hongrois accompagnés ou non d'autres ministres autrichiens et hongrois.

Les négociations avec l'Italie et la Roumanie sont exemplaires de ce point de vue. En effet, le ministre commun des Affaires étrangères doit constamment gérer les interventions dans la politique de la double monarchie d'Istvan Tisza, l'ambitieux et influent président du conseil hongrois, qui, en 1915, souhaite céder à l'Italie les territoires qu'elle réclame en Cisleithanie, contre l'avis du ministre des Affaires étrangères, Stephan Burián von Rajecz , par le biais d'une diplomatie personnelle[161]. En 1916, les négociations autour de la neutralité roumaine aboutissent au même résultat, l'entrée en guerre de la Roumanie du côté de l'Entente, mais avec un scénario exactement inverse : Burian donne son accord pour la cession de territoires en Transylvanie et en Bukovine, mais Tisza s'oppose à la cession de territoires en Transylvanie[162].

Au cours des deux dernières années du conflit, à la faveur de la renaissance de la vie publique voulue par l'empereur Charles, les représentants des Slaves du Sud organisent une union des principaux partis politiques représentés à la diète de Zagreb, créant les conditions de la mise en œuvre d'une action favorable à l'instauration d'un État yougoslave, dans un premier temps intégré à la monarchie danubienne[N 12],[163].

Ajoutés à ces problèmes politiques et alimentaires, la présence de nombreux soldats débandés, surtout après le retour des prisonniers de guerres capturés par les Russes, crée une réelle insécurité dans les campagnes. Ainsi 660 000 prisonniers sont rapatriés dans la double monarchie au début de l'année 1918[123]. De véritables bandes de déserteurs, rejoints par de nombreuses femmes, écument les campagnes, pillent les trains et les villages isolés[124].

Un pays en guerre durement frappé par les pénuries et la famine[modifier | modifier le code]

Rapidement après la déclaration de guerre, les Alliés mettent en place un sévère blocus des côtes austro-hongroises[164].

Les effets du blocus se font rapidement sentir en ce qui concerne l'approvisionnement alimentaire de la double monarchie, les populations de la double monarchie commencent à souffrir de la faim dans le courant de l'année 1916[165], rappelant les populations des réalités du conflit[34]. Ainsi, en 1917, de graves pénuries touchent la double monarchie à partir de 1917, mais ces pénuries font sentir des effets différents selon les régions[164]. De plus, l'Autriche voit sa production agricole baisser de façon dramatique, chutant de 91 millions de quintaux de blé en 1913 à 28 millions de quintaux en 1917[166].

Cette situation crée, plus que dans les autres pays engagés dans le conflit, un courant d'opinion favorable à une paix blanche[167]. Rapidement, en 1915, les pénuries alimentaires constituent d'importants facteurs de troubles : en mai 1916, Vienne est ainsi le théâtre de trois journées d'émeutes de la faim[168]. De plus, au cours de l'année 1917, dans un contexte d'aggravation de la famine, cette situation fait l'objet de toutes les sollicitudes du gouvernement de la double monarchie, qui en informe officiellement le Reich au cours du mois d'avril[139].

La disette qui frappe la double monarchie (qui n'échappe pas aux services de renseignements alliés[169]), frappe l'ensemble des territoires de double monarchie et commence rapidement à faire des victimes[170]. Les responsables du Reich n'hésitent d'ailleurs pas à exiger une participation massive de troupes austro-hongroises sur le front de l'Ouest en échange d'approvisionnement en céréales panifiables[128].

Les pénuries frappent également l'armée : cette dernière profite par exemple des succès en Italie et de leur exploitation à la fin de l'année 1917 pour se rééquiper, se réapprovionner et se nourrir sur les magasins militaires abandonnés par les Italiens dans leur retraite[150]. De même, les multiples manifestations d'insubordination des soldats de la double monarchie se soldent de façon systématique par le pillage des entrepôts de vivres[151].

Un lent épuisement[modifier | modifier le code]

C'est en 1917 que l'empereur Charles et son ministre des Affaires étrangères, Czernin, informent officiellement leur allié allemand de la lassitude et de la pénurie qui frappent les peuples de la monarchie et les pénuries.

En effet, dans le mémorandum préparé par Czernin à la suite de la rencontre de Francfort du 3 avril 1917, la double monarchie est décrite comme un ensemble totalement épuisé, incapable de faire face au moindre choc : les pénuries constituent le lot quotidiens de l'armée qui doit gérer les pénuries de matériel et d'approvisionnement, et de la population, affamée[139].

Cet épuisement se manifeste également dans le domaine financier; en effet, comme l'ensemble des États belligérants, la double monarchie mutliplie les emprunts de guerre, émis avec le concours de la banque émettrice de la double monarchie; ces emprunts atteignent à la fin du conflit la valeur nominale de près de 54 milliards de couronnes-or, dont 35 pour l'empire d'Autriche; dans le même temps, le gouvernement utilise largement l'inflation afin de permettre à l'État de financer des dépenses de guerre, tout en reflétant l'évolution des prix de l'économie austro-hongroise, fortement touchée par le blocus allié[164].

Un désir de réforme et de paix[modifier | modifier le code]

Depuis l'avènement du successeur de François-Joseph, Charles, un changement politique se manifeste dans la double monarchie. En effet, conseillé par son chef de cabinet, Arthur Polzer-Hoditz, fortement influencé par son épouse[10], le nouvel empereur tente d'initier une réforme fondamentale de la monarchie danubienne tout en menant une diplomatie parallèle devant mener à la paix et à la sauvegarde de son trône, ce dont les services de renseignement alliés sont rapidement avisés[171]. Ces réformes, entraînant le réveil de la vie politique, se révèlent à la longue mortifères pour une monarchie en guerre, soumise au blocus, aux pénuries et vivant sous des régimes de fait de dictatures intérieures, que ce soit en Autriche, ou en Hongrie[10].

Les projets de réforme intérieure[modifier | modifier le code]

Dès le déclenchement du conflit, les projets de réforme de la double monarchie sont momentanément écartés, les représentants des nationalités souhaitant négocier, à la faveur du conflit, un statut plus avantageux pour leurs mandants au sein de la monarchie danubienne[172]. Ainsi, en mars 1916, le Deutsche Nationalverband est constitué par les milieux allemands nationalistes de la double monarchie; ce regroupement se montre favorable à une réforme de la Ciselithanie aboutissant au renforcement du poids politique des Allemands au sein de l'empire d'Autriche[173].

C'est seulement après la mort de François-Joseph que les dirigeants de la double monarchie mettent en œuvre d'ambitieux projets de réforme internes. Ainsi, à peine intronisé, le nouvel empereur-roi rompt avec la politique de son prédécesseur, marquée, dans ses derniers mois, sur le plan intérieur par un immobilisme préjudiciable à la stabilité et à la pérennité de la double monarchie[174].

En effet, dans les territoires peuplés par les Slaves du Sud, la paralysie de la vie politique incite les responsables politiques à se tourner vers les hommes politiques serbes, ces derniers, avec les hommes politiques austro-hongrois exilés dans les pays de l'Entente se proclamant les seuls représentants des Slaves du Sud auprès des Alliés[34].

Les aspirations réformatrices du nouveau monarque se manifestent d'abord par des mesures de portée symbolique et par un renouvellement du personnel politique. Le protocole est simplifié et des changements au sein du gouvernement ont rapidement lieu, tant au niveau des personnalités que des méthodes et outils du gouvernement : le monarque, grand utilisateur du téléphone, recrute ses conseillers parmi des fonctionnaires et des militaires de sa génération ou à peine plus âgés que lui; la convocation du parlement de la Cisleithanie, en congé depuis 1913, participe à cette ouverture[175]. Ainsi, le 30 mai 1917, le Reichsrat de l'Empire d'Autriche tient une séance inaugurale, qui fournit aux représentants des populations de l'empire d'exposer leurs aspirations de réforme : les députés croates présentent ainsi leur souhait de réunir les Slave du Sud de l'Empire d'Autriche et du Royaume de Hongrie dans le cadre d'un royaume confié à l'empereur-roi, ce qui entraîne des remous dans le royaume de Croatie, en union personnelle avec le royaume de Hongrie[176].

Mais ces mesures réformatrices n'auraient aucune portée si elles se limitaient au train de vie de la cour ou à l'emploi de modes de communication moderne. En effet, à peine couronné en Hongrie, Charles relance la question du mode de suffrage en Hongrie, malgré l'opposition de Tisza, qui, même après sa démission en avril 1917, exerce une forte influence sur la vie politique du Royaume par l'entremise du parti du Travail. En dépit de cette opposition, un projet de loi, dite loi Vazsonyi, portant le corps électoral dans le royaume de Hongrie à 3,8 millions de votants (soit plus du doublement par rapport à la loi précédente), est proposé au Reichstag de Budapest, qui la repousse (malgré le fait qu'elle aurait abouti au renforcement de la prépondérance magyare sur le royaume)[177].

Les négociations avec les Alliés[modifier | modifier le code]

À partir de son accession aux trônes d'Autriche et de Hongrie, Charles tente donc de se rapprocher de la France et de la Grande-Bretagne sur la base d'une paix blanche[161]. Conscient de l'opposition des responsables allemands et de la réalité des rapports qui se tendent avec Guillaume II[135], il tente de mener des pourparlers diplomatiques parallèles[178].

En mars 1917, L'empereur, par l'intermédiaire de l'un de ses proches, se rapproche de son beau-frère[179]. Le prince Sixte de Bourbon-Parme, chargé d'un courrier pour Raymond Poincaré, dans lequel il définit ses conditions pour sortir son pays de la guerre (appui de la demande française sur l'Alsace-Lorraine, libre accès de la Serbie sur l'Adriatique, en échange de l'arrêt de la propagande panserbe depuis la Serbie), et souhaite connaître les bases franco-anglaises de négociation. Dans son désir de paix, il tente même de négocier avec le Reich l'abandon de l'Alsace-Lorraine à la France[180]; comme le notent alors les services de renseignement français, Charles tente de sortir du conflit en neutralisant les adversaires et les partenaires de la monarchie danubienne[141]. Cependant, en dépit de l'accueil bienveillant des gouvernements français et britanniques, les pourparlers n'aboutissent pas, notamment en raison de l'intransigeance de certains membres de la coalition alliée, l'Italie et la Serbie[139].

Dans un second courrier, daté du 9 mai 1917, l'empereur est cependant plus évasif, mais la traduction proposée aux Français rendent les propositions autrichiennes irréalistes[181]. Dans les mois qui suivent, Charles tente cependant de profiter des succès des puissances centrales pour proposer une paix blanche aux alliés[170], ou à défaut des annexions limitées sur le territoire autrichien[182]. Face à cette proposition de paix blanche, les Français, alors principaux animateurs de la coalition alliée, se montrent sceptique, puisque, selon eux, cela permettrait au Reich de réaliser les buts de guerre poursuivis par les responsables allemands au sein des alliés du Reich[183].

Une dernière fois, au mois d’août 1918, lors de sa visite à Spa, Charles et Burian informent les représentants du Reich de l'épuisement et du délabrement de la double monarchie, puis, devant l'entêtement du Reich à ne pas en tenir compte, proposent aux alliés une nouvelle offre de négociations, par l'intermédiaire d'un pays neutre, les Pays-Bas par exemple. Cette demande de négociations, faite lors de la publication d'une note de Burian le 14 septembre, est immédiatement refusée par les Alliés[184].

Ces tentatives de négociations menées par les responsables de la double monarchie incitent certains responsables alliés, notamment les responsables français du renseignement militaire[N 13],[185] et à leur suite certains ministres alliés, Paul Painlevé par exemple, à rechercher un accord avec les alliés du Reich, de manière à l'isoler diplomatiquement dans un premier temps; au cours de l'année 1917, les alliés utilisent les différents contacts indirects avec des diplomates de la double monarchie, autorisant le lancement de discussions, garantissant un survie à la double monarchie sous une forme confédérale, ainsi que des moyens pour résister à une éventuelle réaction allemande[186].

Les traités de Brest-Litovsk : la paix avec la Russie et l'Ukraine[modifier | modifier le code]

Article connexe : Traité de Brest-Litovsk.

Cependant, le contexte révolutionnaire en Russie, puis la prise du pouvoir par les Bolcheviks créent les conditions d'une paix séparée avec le nouveau pouvoir nouvellement installé. En dépit des fortes réserves que leur inspire le gouvernement mis en place à la suite du coup d'État bolchevique, des négociations d'armistice sont rapidement initiées entre les puissances centrales et la Russie bolchevique, à la demande du commandant en chef russe nouvellement nommé[187].

Le 3 décembre, les négociations débutent dans la citadelle de Brest-Litovsk, menées par Czernin, alors ministre des affaires étrangères, pour le compte de l'Autriche-Hongrie[188]. Le 15 décembre l'armistice entre en vigueur.

Les négociations de paix commencent le 22 décembre, par la remise, par Czernin, d'une note répondant au programme de paix bolchevique[189], mais des divergences apparaissent rapidement entre Czernin et les représentants allemands[190] : les responsables autrichiens insistent auprès des dirigeants allemands sur l'impopularité d'une guerre menée pour permettre des annexions au profit du Reich[158].

Cependant, empêtrés dans l'obstruction pratiquée par les négociateurs bolcheviques, et pour permettre l'application de la paix avec l'Ukraine, les troupes austro-allemandes reprennent le 13 février 1918 leur avance en Russie, « la guerre la plus comique qu'[il] ait jamais vu », selon le général Hoffman[191].

Mais les pourparlers avec les Russie ne sont pas les seuls à avoir lieu et à engager la double monarchie. En effet, dès le 1er janvier, sur proposition austro-allemande[192], une délégation ukrainienne, représentant le gouvernement ukrainien hostile au pouvoir bolchevique, prend contact avec les représentants des puissances centrales[193]; une négociation avec le gouvernement bolchevique ukrainien, installé à Kharkov, est aussi menée en parallèle. Une négociation s'engage donc entre ces représentants ukrainiens (rapidement, les négociateurs de la Rada sont privilégiés à partir du 2 février[142]) et les délégués austro-hongrois : en échange de ravitaillement, l'Autriche-Hongrie donnerait au nouvel État ukrainien le district de Cholm, destiné au nouvel État polonais[187]. De plus, Czernin utilise les négociations avec l'Ukraine pour faire pression sur les nouveaux dirigeants russes[192].

La paix, la Brotfriede, la paix alimentaire, est rapidement signée, notamment en raison des progrès des bolcheviks ukrainiens. Elle garantit des livraisons régulières de céréales, le surplus des récoltes de l'année 1918, avec, comme mninimum un million de tonnes pour l'année 1918, à la double monarchie; elle ne sera ratifiée que lorsque les céréales auront été effectivement livrées[194].

L'Autriche-Hongrie et les traités de paix du début de l'année 1918[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traité de Bucarest (1918).

À la suite de la défection russe, le royaume de Roumanie se trouve acculé, le Roi est obligé de demander l'ouverture de pourparlers en vue d'une cessation des hostilités[13]. Tentant de négocier une paix moins désavantageuse, le Roi de Roumanie est obligé de céder à un chantage austro-hongrois, tout en voyant augmenter l'influence politique de la double monarchie dans la vie politique de la Roumanie en nommant un président du conseil pro-autrichien.

De plus, la paix avec la Roumanie crée les conditions d'une nouvelle déterioration des rapports entre la double monarchie et le Reich; à la fin de l'année 1917, à l'issue d'un voyage de l'empereur Guillaume II en Roumanie, les responsables du Reich se montrent prêts à des concessions au profit de la double monarchie en Pologne en échange d'un abandon, par la double monarchie, de ses velléités de contrôle de la Roumanie[195]. De plus, lors des négociations entre les puissances centrales et la Roumanie vaincue, certains négociateurs de la double monarchie se prononcent en faveur de substantielles annexions austro-hongroises en Roumanie; parmi les diplomates qui entourent Czernin, certains se déclarent en faveur de l'annexion de la Valachie, tandis que d'autres se contenteraient de l'annexion limitée des voies d'invasion des territoires austro-hongrois[196].

En dépit de ces revendidations d'apparence modérée, les négociations entre les puissances centrales et le royaumes de Roumanie sont de fait stoppées à la fin du mois de janvier 1918[197]. De plus, les divergences austro-allemandes sur le partage des marchés roumains repoussent la conclusion d'un accord entre le royaume de Bucarest et les puissances centrales, Charles Ier défendant les intérêts austro-hongrois en Roumanie, face à Guillaume II, défenseur des intérêts allemands dans le royaume[198].

L'écroulement de la double monarchie[modifier | modifier le code]

La disparition de l'État[modifier | modifier le code]

Après quatre années de guerre, le pouvoir de l'État impérial ou de l'État royal s'écroule progressivement à partir du début de l'année 1918.

En effet, les autorités, à tous les échelons, n'exercent plus la moindre parcelle d'autorité sur le territoire dont elles ont la responsabilités et doivent faire face au déploiement de formations illégales, composées de déserteurs et de vagabonds; ces formations mettent en coupe réglée de vastes portions du territoire austro-hongrois[199].

Négociations de dernière heure[modifier | modifier le code]

Dans les jours qui suivent la défection bulgare, l'empereur Charles, résigné et sans illusion sur le sort de ses États depuis l'échec de ses propositions de paix[200], tente de mener des négociations en vue d'associer les représentants de toutes les populations de l'Empire d'Autriche à une réforme de la double monarchie[201]; cependant, de l'aveu du Slovène Anton Korošec, ces propositions sont formulées trop tardivement pour permettre la survie de l'empire des Habsbourg[41]. À cette fin, il convoque le 12 octobre 1918 des parlementaires autrichiens et les président du conseil autrichien, Max Hussarek von Heinlein et Hongrois, Sándor Wekerle. Ce dernier se montre intransigeant, refuse les concessions promises par Charles, se livre même à un chantage, puis obtient que les projets de l'empereur-roi ne s'appliquent pas au Royaume de Hongrie, les vidant de leur sens[202].

Ces négociations n'aboutissent qu'à semer le doute chez les soldats et les fonctionnaires, à mécontenter les représentants hongrois et pousser les représentants tchécoslovaques et serbo-croates à s'opposer à toute solution dans le cadre de la monarchie[201]. Soutenus par Wilson, les représentants des nationalités rejettent le manifeste du 18 octobre, proposant la constitution d'une fédération États autonomes sous le sceptre Habsbourg : le jour même, les représentants tchèques et slovaques, constitués en comités nationaux depuis le mois de septembre 1918, font savoir leur intention de rompre l'ensemble des liens qui les rattachent à Vienne[163], puis proclament l'indépendance le 28 octobre[203], tandis que le conseil national yougoslave, indifférent aux dernières propositions de réforme de l'empereur-roi[163], appelle à une union de tous les Slaves du Sud dans un État indépendant, tandis que la diète du royaume de Croatie vote la rupture des liens avec le royaume de Hongrie le 29 octobre 1918, remettant en cause des liens multiséculaires[N 14] et s'opposant ainsi aux velléités fédéralistes du monarque mises en œuvre lors des derniers jours de la double monarchie[204]. Le surlendemain, 30 octobre, les Roumains d'Autriche de Hongrie forment un conseil national et demande l’autodétermination de la Transylvanie et de la Bukovine[205].

En Hongrie, la constitution d'un nouveau ministère n'empêche pas la constitution d'un gouvernement par Mihály Károlyi, qui dénonce les liens spécifiques entre les deux monarchies, sanctionnant une évolution en cours depuis plusieurs semaines, initiée par Sándor Wekerle, quelques semaines plus tôt[206]. Par cet acte, il scelle la disparition de la monarchie des Habsbourg, selon le mot de l'un de ses plus fidèles serviteurs, Ottokar Czernin[201].

Dans les jours qui suivent, des ministères sont constitués en Autriche et en Hongrie, investis par l'empereur et roi, mais ils ne disposent pas de la moindre parcelle d'autorité réelle, comme le constate le ministre autrichien des chemins de fer. Dans l'empire d'Autriche, le pouvoir impérial s'efface faute d'autorité réelle, n'opposant aucune résistance aux actions des représentants des minorités nationales; Dans le royaume de Hongrie, l'investiture de Karolyi le 29 octobre est inopérante contre la montée des mécontentements, Istvan Tisza étant même assassiné[207].

Les armistices[modifier | modifier le code]

Faisant face aux échecs du mois de septembre, L'empereur tente de préparer une sortie du conflit pour la double monarchie en pleine ébullition : le 5 octobre, il demande que des officiers soient désignés en vue des négociations de suspension d'armes, avec Franchet D'Espèrey, tout en faisant savoir aux Alliés son souhait de négocier la fin du conflit et la pérennité de son empire sur la base des quatorze points[202].

Dans ce contexte de dissolution d'une monarchie séculaire, les diplomates et les militaires austro-hongrois en poste ou nouvellement nommés, signent, plus qu'ils ne négocient, les conditions de l'armistice avec les Alliés, à Villa Guisti[208].

En effet, les conditions ont été fixées par les Alliés dès le 31 octobre, soit deux jours après la demande d'armistice. La délégation austro-hongroise, informée des conditions de la suspension d'armes le 2 novembre, le signe le 3 novembre, en dépit des hésitations de Charles, réservé sur certaines conditions, et qui a affirmé à Guillaume II son opposition à la traversée de l'Autriche par les armées alliées ; ces hésitations sont vite balayées par les responsables militaires. À la demande expresse de l'Italie, la suspension d'armes ne prend effet que le 4 novembre à 18 h.

Dans la journée qui suit la signature, l'armée italienne continue donc de mener une guerre contre un ennemi qui a déjà déposé les armes, faisant prisonniers l'équivalent de douze divisions[209]. Dans le même temps, les unités austro-hongroises, engagées sur le front de l'Ouest sont toutes desengagées à l'initiative du commandement allemand, en accord avec le commandement austro-hongrois : planifié à partir du 29 octobre 1918, ce retrait est amorcé à partir du 3 novembre[210].

Cependant, les clauses de l'armistice signé sur le front italien ne s'appliquent pas à la Hongrie, qui s'est déclarée indépendante, tout comme ses clauses laissent une grande liberté de manœuvre pour les unités remontant depuis la Serbie[N 15],[211]. Ainsi, au terme d'opérations permettant l'occupation des troupes alliées de la Slavonie, de la Bosnie-Herzégovine et de la totalité du Banat, un suspension d'armes est signée entre la nouvelle république hongroise et les Alliés le 13 novembre[100].

Les conditions sont très dures et mentionnent la démobilisation de l'armée commune, l'évacuation de la Serbie et des territoires attribués à l'Italie par le pacte de Londres, ainsi que la possibilité pour les troupes alliées de traverser le territoire autrichien et d'occuper certaines régions de manière préventive[208].

De plus, la flotte de guerre austro-hongroise, encore maîtresse de l'Adriatique dans les derniers jours du conflit, doit être livrée aux Alliés[212].

Le dépeçage de l'empire d'Autriche et du royaume de Hongrie[modifier | modifier le code]

Dès l'armistice de novembre 1918 signé, les proclamations nationales des Tchèques, des Slovaques, des Polonais, des Ukrainiens, des Roumains bucoviniens et transylvains, des Serbes, Croates et Slovènes démantèlent de facto la double-monarchie, tandis qu'une commission internationale dite commission Lord, commence dès le printemps 1919 à tracer des frontières entre leurs territoires, avant même que des traités ne viennent les officialiser de jure[213][réf. incomplète]; de ce fait, les opérations militaires ne cessent pas, car chaque État nouveau ou restauré occupe des portions de territoire autrichien ou hongrois, or le royaume de Hongrie, engagé dans un processus d'indépendance à l'égard de l'Autriche, ne s'estime aucunement lié par les clauses de l'armistice signé le 3 novembre[214]. en dépit de l'armistice entre les Autrichiens et les Alliés, la guerre se poursuit donc entre la Hongrie et les puissances alliées jusqu'au 13 novembre[211].

Ainsi lorsque les Roumains, soutenus par la France, occupent la Bucovine, la Transylvanie et une partie du Banat, les unités hongroises tentent d'abord de résister. Mais elles doivent se replier au nord-ouest de la rivière Maros et du massif du Bihar, et évacuer le Banat et la Bacska, immédiatement occupés par les troupes franco-serbes et roumaines en vertu de la convention de Belgrade, signée après l'armistice du 3 novembre, et de la convention militaire signée avec Louis Franchet d'Espérey, commandant des troupes remontant depuis le front de Salonique[215].

En Slovaquie, les troupes hongroises doivent affronter la légion tchèque, tandis que les représentants slovaques au Parlement de Budapest tentent de négocier une large autonomie au sein du Royaume[216]. Au début de l'année 1919, alors que la Hongrie est encore en guerre avec les Alliés, les responsables politiques hongrois eux-mêmes admettent l'impossibilité de garantir une partie des frontières de 1867 ; dans le même temps, des négociations sont menées avec les Tchèques afin d'amoindrir l'impact territorial de la défaite, ces négociations portant sur la possession de Pozsony (Presbourg), sur les frontières de la Slovaquie et sur le libre accès au Danube exigé pour leur pays par les négociateurs tchèques et slovaques[217].

Dans les zones de peuplement slave du Sud, les troupes serbes occupent de larges pans de l'ancien territoire de la monarchie danubienne : le Banat est occupé par les unités serbes venues de Macédoine le 3 novembre, la Bosnie-Herzégovine par des troupes serbes à partir du 4, menaçant la Slavonie à partir du 8[212].

Les traités de paix[modifier | modifier le code]

Les traités de paix entre les deux États, la république d'Autriche et le Royaume de Hongrie, chacun de leur côté, d'une part, et les puissances alliées de l'autre, se déroulent entre 1919 et 1920.

Chacun des deux États de la double monarchie ayant rompu les liens avec l'autre, les deux deux nouveaux États signent avec les Alliés des traités de paix spécifiques : le Traité de Saint-Germain est ainsi signé par les représentants autrichiens le 10 septembre 1919, tandis la Hongrie accepte les termes du Traité de Trianon le 4 juin 1920.

Les frontières de la Hongrie constituent le prétexte d'âpres négociations, notamment de la part de la délégation hongroise conduite par Pál Teleki, géographe nommé au poste de Premier ministre par le régent du royaume, Miklos Horthy; en effet, Téleki appuie ses arguments sur une solide documentation, devant appuyer la thèse de l'unicité de la plaine hongroise du point ethnique et économique[218].

Cependant, se heurtant l'inflexibilité des négociateurs alliés, le royaume de Hongrie perd lors de la signature du traité de paix les deux tiers de sa superficie, les trois quarts de sa population, tandis que près de trois millions de Magyars deviennent citoyens yougoslaves, tchécoslovaques, roumains ou autrichiens[219].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. selon le mot de Theobald von Bethmann-Hollweg, rapporté par Fischer, p. 325.
  2. La vlle de Valona et sa région sont d'ailleurs occupés par des unités italiennes dès l'automne 1914.
  3. ce qui entraîne des frictions avec les autorités chinoises
  4. Comme celle lancée le 23 avril précédent, l'attaque échoue en raison de la solidité des défenses alliées, appuyées par les canons de marine des navires de guerre positionnés dans le canal.
  5. Dans les cadre des traités consécutifs à la fin de la guerre des Boxers, la double monarchie a obtenu une concession à Tien-Tsin, et de ce fait, y entretient une petite force.
  6. Les stratèges navals italiens recherchent la bataille décisive avec la flotte de guerre austro-hongroise, en situation d'infériorité numérique.
  7. Le corps des officiers en composé à plus de 85 % d'Allemands et de Hongrois.
  8. Dans les faits, le commandement est exercé par Hans von Seeckt, réduisant l'Austro-Hongrois au rôle de figurant.
  9. La double monarchie ne dispose en effet pas de bases économiques qui permettent de mener une guerre longue.
  10. Ces premières approches sont écartées par les responsables politiques et économiques de la double monarchie, qui souhaite un régime douanier préférentiel entre les deux empires, afin de ne pas léser les industries austro-hongroises.
  11. Le Nord et le centre de la principauté d'Albanie est conquise par la double monarchie à la suite de la campagne de 1915.
  12. La déclaration de mai 1918, dite déclaration de mai, affirme le loyalisme de ses signataires à la dynastie régnante, mais les évolutions politiques et militaires rendent ce soutien de moins en moins certain au fil des mois.
  13. Grâce à ces échanges, les dirigeants français sont ainsi parfaitement informés de la situation de la double monarchie à partir du printemps 1917
  14. Le royaume de Hongrie et le royaume de Croatie vivent sous le régime de l'union personnelle depuis 1102.
  15. Prétextant de mauvaises communication, Franchet d'Espèrey, commandant du Front d'Orient, continue de mener des opérations sur le territoire anciennement austro-hongrois.

Références[modifier | modifier le code]

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  2. Clark, 2013, p. 462
  3. Clark, 2013, p. 39
  4. Clark, 2013, p. 47
  5. Repe, 2015, p. 147
  6. Miloš, 2015, p. 119
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  8. a et b Jesné, 2006, p. 278
  9. Fischer, 1970, p. 325
  10. a, b et c Renouvin, 1934, p. 392
  11. Fischer, 1970, p. 323
  12. a, b et c Fischer, 1970, p. 324
  13. a et b Renouvin, 1934, p. 531
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]