République houtsoule

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
République houtsoule
Гуцульська республіка

9 janvier 1919 – 11 juin 1919

Drapeau
Description de cette image, également commentée ci-après
Territoires approximatifs de la République houtsoule en janvier 1919 (bleu violet sur la carte du haut : territoire effectivement contrôlé ; rouge et vert sur la carte du bas : territoire revendiqué), et de la Carpatho-Ukraine en mars 1939 (vert sur la carte du bas : territoire contrôlé le 15 mars 1939)
Description de l'image Carpatho-Ukraine_March_1939.jpg.
Informations générales
Statut République
Capitale Iassinia
Langue ukrainien

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La République houtsoule est un État ukrainien d'une durée de six mois, formé en 1919 dans l'actuel oblast de Transcarpatie. Par métonymie, on a aussi donné ce nom à l’Ukraine carpatique proclamée à nouveau en Ruthénie le , mais qui n'a duré qu'une journée. Ce nom fait référence aux Houtsoules, habitants ukrainiens de cette partie des Carpates et des piémonts avoisinants, également appelés Rusyns ou Ruthènes.

En rose, la Ruthénie parmi les « pays de la Couronne de saint Étienne » dans l'Autriche-Hongrie.
La Tchécoslovaquie de 1919 à 1938, avec la Transcarpatie à l'extrémité orientale.

Histoire antérieure[modifier | modifier le code]

Les Slaves arrivent en Ruthénie subcarpathique au VIe siècle : leur histoire ancienne est celle de la Marmatie et du Royaume de Hongrie. À partir de 1699, c'est celle de l'Empire d'Autriche, et à partir de 1867, celle de l'Autriche-Hongrie[1].

Première indépendance[modifier | modifier le code]

À la fin de la Première Guerre mondiale, la République houtsoule (en ukrainien « Гуцульська республіка », Houtsoulska respublika) était censée regrouper l'ensemble des régions de langue ukrainienne de la Hongrie austro-hongroise, après l'échec du plan d'unification avec la République populaire d'Ukraine occidentale. Mais en fait, elle n'a pu effectivement administrer que la partie du pays à l'Est de la rivière Teresva, à savoir les arrondissements de Tiachiv, Teresve et Rachiv. La partie du pays située à l'Ouest de la Teresva resta sous administration de la république démocratique hongroise, puis passa sous celle de la première république tchécoslovaque[2]. Proclamée le par le président Grigor Zatkovitch, la République houtsoule fut dirigée par le général Stepan Klotchourak, bientôt élu Premier ministre. Ce dernier parvient à organiser une petite armée, composée d'environ 1 000 soldats, recrutés dans la population locale[3].

Le , la République houtsoule est envahie par les troupes hongroises communistes de Béla Kun, qui espèrent faire leur jonction avec celles de la Russie soviétique, qui tentent d'avancer vers l'Ouest de l'autre côté des Carpates, à travers la Galicie orientale ukrainienne. La jonction n'aura pas lieu, les troupes polonaises, tchécoslovaques et roumaines s'interposant. À la défaite de Béla Kun, la République houtsoule ne retrouve pas son indépendance, car elle est rattachée début juillet à la Tchécoslovaquie[4].

Seconde indépendance[modifier | modifier le code]

Le , lors du démantèlement de la Tchécoslovaquie consécutif aux accords de Munich, l'histoire se répète : un État ukrainien, l’Ukraine carpathique (en ukrainien « Карпа́тська Украї́на », Karpatska Ukrayina), est à nouveau proclamé en Ruthénie, cette fois par Augustin Volochyne (en), un prêtre gréco-catholique qui représentait la région au parlement de Prague. Cette république est envahie le lendemain par la Hongrie fasciste de l'amiral Horthy qui l'annexe officiellement le , tout en lui octroyant une autonomie factice à travers la « région autonome subcarpatique » (Kárpátaljai kormányzói biztosság) divisée en trois districts administrés, d'Ouest en Est, par les comitats d'Ung, Bereg et Máramaros que la Hongrie avait récupérés au deuxième arbitrage de Vienne.

Plus de 75 000 Ukrainiens s'enfuirent vers l'URSS (qui venait d'annexer la Galicie orientale voisine à la faveur du pacte germano-soviétique) pour s'engager dans l'Armée rouge mais seuls 15 000 environ furent jugés assez fiables par le NKVD : les 60 000 autres furent déportés vers le Goulag ; enfin, environ 10 000 Ukrainiens quittèrent la région et s'engagèrent dans l'armée tchécoslovaque[5].

N'étant pas soumise à la loi civile des comitats d'Ung, Bereg et Maramaros, mais administrée par l'armée hongroise, la « région autonome subcarpatique » devînt un mouroir pour sa population juive qui y fut d'abord regroupée en ghettos à Moukatchevo, Oujhorod et Khoust, puis massacrée sur place par les militaires (« Shoah par balles », 50 000 victimes[6],[7], auxquelles il faut ajouter les 27 000 Ruthènes et Roumains[8]).

Rattachement à l'URSS[modifier | modifier le code]

L'oblast de Transcarpatie en rose au sein de l'Ukraine actuelle.

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, le traité soviéto-tchécoslovaque du (« Traité au sujet de l'Ukraine subcarpatique » et « Protocole annexé au traité conclu entre l'URSS et la République tchécoslovaque au sujet de l’Ukraine subcarpatique ») force la Tchécoslovaquie à céder la Ruthénie subcarpatique à l'Union soviétique. La population locale n'est pas consultée, l'URSS affirmant qu'une « libération du peuple ruthène travailleur, des chaînes du régime capitaliste » (qui était encore celui de la Tchécoslovaquie à ce moment) et la « réunion de tout le peuple ukrainien au sein de l'Ukraine soviétique » ne pouvaient susciter qu'une joie unanime, dont les manifestations sont organisées à Oujhorod le . Le , le traité de Paris annule officiellement le premier arbitrage de Vienne, qui avait attribué ce territoire à la Hongrie, et entérine l'annexion soviétique, que la nouvelle Tchécoslovaquie, entre-temps passée sous influence soviétique, ne peut pas refuser[9]. En URSS, la Ruthénie forme l'oblast de Transcarpatie, faisant, depuis la dislocation de l'URSS en 1991, partie de l'Ukraine indépendante.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Paul R. Magocsi et Ivan I. Pop, Encyclopedia of Rusyn History and Culture (book), Toronto, University of Toronto Press, , 237–238 p. (ISBN 978-0-8020-3566-0, lire en ligne) :

    « Hutsul Republic. »

  2. (uk) Le mouvement de libération nationale en Transcarpathie en 1918-1919., Ukrayinska Pravda (21 November 2018)
  3. Stepan Klochurak, (uk) Do Voli (« Mémoires »), The Carpathian Alliance 1978, New York, OCLC 17608529.
  4. Paul R. Magocsi, « The Ruthenian Decision to Unite with Czechoslovakia », Slavic Review, vol. 34, no 2,‎ , p. 360–381 (DOI 10.2307/2495193)
  5. (uk) [1], Ukrinform, 15 mars 2019.
  6. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Perrin 2004, (ISBN 978-2-262-02238-9), p. 366)
  7. Alya Aglan (dir.) et Robert Frank (dir.), 1937-1947 : La guerre-monde I, Gallimard 2015, p. 102, 251, 455, 676-677, 1140, 1150, 1730 et 2265
  8. « History of the region » [archive du ], sur All Zakarpattya (consulté le 1er juin 2007).
  9. First Congress of People's Committees of Zakarpattia Ukraine (ПЕРШИЙ З'ЇЗД НАРОДНИХ КОМІТЕТІВ ЗАКАРПАТСЬКОЇ УКРАЇНИ)


Article connexe[modifier | modifier le code]