Andromaque (Racine)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Andromaque
Édition princeps.
Édition princeps.

Auteur Jean Racine
Genre Tragédie
Nb. d'actes 5 actes en vers
Lieu de parution Paris
Éditeur Claude Barbin
Date de parution 1668
Date de la 1re représentation en français
Lieu de la 1re représentation en français Paris
Compagnie théâtrale Hôtel de Bourgogne
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Andromaque (homonymie).

Andromaque est une tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine écrite en 1667 et représentée pour la première fois au château du Louvre le . Elle comporte 1648 alexandrins.

L'argument de la pièce se résume en une phrase : Oreste aime Hermione, mais elle aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime encore le souvenir de son mari, Hector, tué pendant la guerre de Troie.

Racine s'inspire de chants de L'Iliade d'Homère, notamment pour la figure d'Andromaque. Son histoire avait déjà été traitée par Euripide dans ses pièces Andromaque et Les Troyennes, cette dernière ayant été adaptée plus tard par Sénèque, mais Racine cite dans sa première préface L'Énéide de Virgile comme source principale de référence.

Origine[modifier | modifier le code]

Après s’être fait connaître par La Thébaïde et Alexandre le Grand, pièces qui ne sont guère jouées de nos jours[1], Racine connaît la gloire avec Andromaque, sa troisième tragédie. L'œuvre est dédiée à Henriette d'Angleterre. Elle est jouée pour la première fois le devant la reine par la troupe de l’Hôtel de Bourgogne. Le rôle titre est tenu par Mademoiselle Du Parc. La pièce a un grand succès auprès de la cour, émue par le lyrisme nouveau de cette tragédie.

Elle est pourtant critiquée par ses rivaux, dont Subligny qui rassemble la plupart des reproches faits à la tragédie dans une comédie, La Folle Querelle, jouée l'année suivante par la troupe de Molière[2].

Selon Voltaire, « Il y a manifestement deux intrigues dans l'Andromaque de Racine, celle d'Hermione aimée d'Oreste et dédaignée de Pyrrhus, celle d'Andromaque qui voudrait sauver son fils et être fidèle aux mânes d'Hector. Mais ces deux intérêts, ces deux plans sont si heureusement rejoints ensemble que, si la pièce n'était pas un peu affaiblie par quelques scènes de coquetterie et d'amour plus dignes de Térence que de Sophocle, elle serait la première tragédie du théâtre français »[3].

Selon le critique Félix Guirand, la pièce constitue un tournant dans l'histoire du théâtre français en cela que Racine « renouvelle le genre tragique en substituant à la tragédie héroïque de Corneille et à la tragédie romanesque de Quinault, la tragédie simplement humaine, fondée sur l'analyse des passions et particulièrement de l'amour ». Par ailleurs, l'auteur privilégie « une diction simple, qui reproduit avec aisance l'allure de la prose, sans jamais perdre la couleur poétique », contrastant avec le « style tendu, pompeux et volontiers déclamatoire de Corneille »[4].

Contrairement à d’autres pièces de Racine, le succès d'Andromaque n’a fléchi à aucune époque et la pièce a toujours été l’une des plus jouées à la Comédie-Française.

Les personnages[modifier | modifier le code]

Mademoiselle Du Parc, créatrice du rôle (portrait de 1858).

Les acteurs cités dans la liste ci-dessous sont les premiers interprètes de ces rôles.

  • Andromaque, veuve d'Hector, captive de Pyrrhus, mère d'Astyanax, princesse troyenne : Mademoiselle Du Parc
  • Pyrrhus, fils d'Achille, roi d'Épire : Floridor
  • Oreste, fils d’Agamemnon : Montfleury (qui avait à l'époque plus de 60 ans)
  • Hermione, fille d'Hélène, fiancée à Pyrrhus : Mademoiselle des Œillets
  • Pylade, ami et confident d’Oreste
  • Cléone, confidente d'Hermione
  • Céphise, confidente d’Andromaque
  • Phœnix, gouverneur d'Achille, puis de Pyrrhus

Intrigue[modifier | modifier le code]

Jacques Louis David, La Douleur et les Regrets d'Andromaque sur le corps d'Hector (1783)

Après la guerre de Troie, au cours de laquelle Achille a tué Hector, la femme de ce dernier, Andromaque, est réduite à l'état de prisonnière avec son fils Astyanax par Pyrrhus, fils d’Achille. Pyrrhus tombe amoureux d'elle alors qu'il doit en principe épouser Hermione, la fille du roi de Sparte Ménélas et d'Hélène.

La structure est celle d’une chaîne amoureuse à sens unique : Oreste aime Hermione, qui veut plaire à Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime son fils Astyanax et son mari Hector qui est mort. L’arrivée d’Oreste à la cour de Pyrrhus marque le déclenchement d’une réaction qui, de maille en maille, va faire exploser la chaîne en la disloquant. L’importance du thème galant est un reste de la pièce précédente de Racine, Alexandre le Grand.

La scène est à Buthrot, ville d'Épire, dans une salle du palais de Pyrrhus.

Acte I (4 scènes)[modifier | modifier le code]

Oreste, ambassadeur des Grecs, parvenu en Épire au palais de Pyrrhus, y retrouve un ami fidèle, Pylade. Oreste vient au nom de la Grèce exiger de Pyrrhus qu'il lui livre Astyanax, le fils d’Hector et d'Andromaque. Ce fils doit mourir ; ce n'est encore qu'un enfant mais les Grecs redoutent qu'il ne veuille un jour venger sur eux la défaite de Troie et la mort de son père Hector. Oreste confie toutefois qu'il n'a accepté de mener cette ambassade en Épire que pour une seule raison : revoir Hermione, qu'il n'a jamais pu cesser d'aimer, malgré ses constants refus. Oreste la sait dédaignée par Pyrrhus auquel elle est pourtant promise et espère qu'elle acceptera maintenant de revenir avec lui en Grèce. Oreste voit Pyrrhus et, au nom de la Grèce, exige que lui soit livré Astyanax. Pyrrhus refuse fermement de céder aux exigences des Grecs, quitte à ce que son refus mène à la guerre. Oreste se retire. Andromaque paraît, et Pyrrhus lui rend compte de l'ambassade des Grecs et de son refus. Il espère que, reconnaissante envers lui d'avoir sauvé son fils, Andromaque acceptera de se montrer moins rebelle à son amour ; elle se refuse pourtant toujours à lui, fidèle envers son époux Hector, mort sous les coups d'Achille, le père de Pyrrhus. Poussé à bout, Pyrrhus menace de livrer Astyanax aux Grecs.

Acte II (5 scènes)[modifier | modifier le code]

Oreste parle à Hermione. Elle se montre prête à partir avec lui si Pyrrhus refuse de livrer l’enfant d’Andromaque, Astyanax. Oreste est fou de joie. Or Pyrrhus annonce à Oreste qu'il a réfléchi et qu’il s'est décidé de livrer Astyanax aux Grecs.Il compte également épouser Hermione le lendemain même. Pyrrhus se félicite de ce sursaut de raison, mais demeure agité du remords que lui inspire son amour pour Andromaque.

Acte III (8 scènes)[modifier | modifier le code]

Oreste est furieux de perdre définitivement Hermione ; il décide de l'enlever avant les noces, avec la complicité de son ami Pylade et des Grecs. Andromaque implore Hermione de sauver la vie de son fils en faisant fléchir Pyrrhus. Hermione balaye avec mépris la supplique d'Andromaque et sort. Pyrrhus, qui cherchait Hermione, entre et trouve Andromaque. Celle-ci l'implore de sauver son fils. Touché de pitié, Pyrrhus est prêt à changer d’avis si elle accepte de l’épouser ; Andromaque ne sait comment se résoudre.

Acte IV (6 scènes)[modifier | modifier le code]

Andromaque est déchirée entre son amour pour Astyanax (et Hector) et sa peur que Pyrrhus n'exécute sa menace. Elle décide d'accepter la demande en mariage de Pyrrhus, mais annonce à Céphise qu'elle se suicidera aussitôt la cérémonie conclue.

Hermione sait qu'Andromaque a décidé d'accepter l'offre de mariage de Pyrrhus. Elle fait venir Oreste et lui demande s'il l'aime. Oreste pense d'abord qu'elle veut partir avec lui (ce qui constituerait une grave insulte à Pyrrhus et à Ménélas), mais Hermione lui demande de tuer Pyrrhus au moment même de la cérémonie de mariage. Oreste est épouvanté ; il essaie de persuader Hermione de fuir avec lui, quitte à faire la guerre plus tard à Pyrrhus. Hermione demeurant inflexible, Oreste s'incline devant sa volonté. Il lui propose d'assassiner Pyrrhus secrètement la nuit, mais Hermione exige qu'il le tue en public, pendant la cérémonie de mariage, pour faire mieux éclater sa vengeance.

Confrontation entre Hermione et Pyrrhus. Elle lui rappelle son rôle dans la prise de Troie et comment il a tué de sa propre main Priam, roi de Troie et père d'Hector, ainsi que la petite Polyxène, la plus jeune des filles de Priam et sœur d'Hector.

Acte V (5 scènes)[modifier | modifier le code]

Frederic Leighton, Andromaque captive (1886).

Tandis que les noces ont lieu, Hermione est tiraillée entre le remords et l'impatience, incertaine de savoir si elle veut ou craint la mort de Pyrrhus, qu’elle aime mais qui l'a trahie. Survient Oreste ; il vient d’accomplir la mission dont elle l’a chargé : Pyrrhus est mort sous les coups des Grecs. Hermione le récompense par des injures et sort, folle de désespoir. Oreste désemparé est laissé seul ; rentre Pylade qui lui annonce qu'Hermione s'est donné la mort sur le corps de Pyrrhus. Oreste s'emporte contre lui-même et finit par devenir fou. Andromaque veut tout de même venger l'homme qui lui a permis d'accéder au trône. En conséquence, Pylade, Oreste et les Grecs fuient l'Épire.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Parmi les différentes œuvres s'inspirant de la tragédie de Racine, on peut citer :


Au cinéma, plusieurs films évoquent la pièce, notamment :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Respectivement trois et une représentations répertoriées sur le site des Archives du spectacle
  2. Félix Guirand, Andromaque Classique Larousse 1933
  3. Voltaire, Remarques sur le troisième discours de Corneille in Œuvres complètes, t. 22, Hachette, 1893, p. 301.
  4. Félix Guirand, Notice d'Andromaque, Classiques Larousse, 1933, p. 10.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :