Service d'action civique

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Le service d'action civique (SAC) a été de 1960 à 1981 une association loi de 1901 au service du général de Gaulle puis de ses successeurs gaullistes, mais souvent qualifiée de police parallèle, créée à l'origine pour constituer une « garde de fidèles » dévouée au service inconditionnel du général après son retour aux affaires en 1958. Ses statuts précisent seulement qu'il est une « association ayant pour but de défendre et de faire connaître la pensée et l'action du général de Gaulle ». Il a pour ancêtre le service d'ordre du Rassemblement du peuple français, qui s'était déjà illustré dans des affrontements violents face aux communistes.

Pierre Debizet, un ancien de la France libre (réseau Libération Nord et BCRA), en fut le premier président pour une brève période — de janvier à février 1960 — en raison de problèmes de santé et d'un désaccord avec la politique algérienne du général de Gaulle désormais orientée vers l'autodétermination de ce pays. C'est à la faveur des événements de Mai 1968, que Pierre Debizet réintégra, avec la bénédiction de Jacques Foccart avec lequel il était resté en contact durant sa « traversée du désert », la direction du SAC pour en redevenir officiellement le responsable national dès juin 1968[1].

Il y eut aussi d'autres gaullistes de la première heure comme Jacques Foccart, Dominique Ponchardier, auteur des Gorille dans la « Série noire », ou Christian Fouchet. Tous se retrouveront dans le SAC.

Historique[modifier | modifier le code]

Une organisation au service du général de Gaulle[modifier | modifier le code]

Le SAC est officiellement créé le 4 janvier 1960, date de son enregistrement à la préfecture de Paris, dans le but d'apporter un soutien inconditionnel à la politique du général de Gaulle. Il est dirigé par Pierre Debizet mais le vrai patron est certainement Jacques Foccart, confident de De Gaulle.

Il recrute parmi les militants gaullistes mais aussi dans le milieu, dans la police, la gendarmerie[réf. nécessaire]. Parmi ses fondateurs, on trouve Alexandre Sanguinetti[2],[3], Charles Pasqua qui en devient vice-président, ainsi que son ami Étienne Leandri. Des criminels de l'époque ont possédé une carte du SAC, à l'instar de Jo Attia ou de Christian David (dit « Le Beau Serge ») ; certains éléments de la pègre avaient en effet conservé des liens avec le gaullisme en raison de leur passé de résistant ou de déporté durant la Seconde Guerre mondiale, on compte aussi des truands anciennement membres de la Gestapo de la rue Lauriston désirant être proche du pouvoir politique pour profiter de la protection de ce dernier.[réf. nécessaire]

Le SAC a toujours eu une existence indépendante du parti gaulliste[réf. incomplète][réf. à confirmer][4].

La crise et la violence à partir de l'« autodétermination » de l'Algérie[modifier | modifier le code]

Lors du changement de cap du général de Gaulle au sujet de la guerre d'Algérie, beaucoup de membres du SAC favorables ou militants de l'Algérie française démissionnent. En particulier Pierre Debizet laisse la place à Paul Comiti, un garde du corps du général de Gaulle, à la tête du service. À partir de cette période où les grognards du gaullisme partent, le recrutement est de moins en moins sérieux, ce qui permet à beaucoup de personnes peu scrupuleuses de rentrer au service[5]. Les « incidents » vont alors se multiplier :

  • En 1965, un membre du SAC, Georges Boucheseiche, est soupçonné d'avoir participé à l'enlèvement du chef de l'opposition marocaine Mehdi Ben Barka mais le SAC n'aurait pas joué un rôle très important dans cette affaire[5].
  • En mai 1968, les membres du SAC déguisés en ambulanciers ramassent des manifestants pour aller les tabasser au sous sol de leur QG, rue de Solférino[6].
  • C'est le SAC qui a expulsé des maisons des jeunes divers mouvements et associations (maoïstes, "Katangais") après les élections de juin 1968[réf. nécessaire].
  • Le SAC a créé l'UNI pour contrer la « subversion gauchiste » dans le milieu universitaire. L'organisation de Debizet a aidé jusqu'en 1976 le syndicat étudiant dans toutes ses démarches d'autant plus que beaucoup de militants avaient leurs cartes dans les deux organisations. Après 1976, la double appartenance existe, mais les organisations ont une direction distincte.
  • Face à tous ces problèmes, Foccart rappelle Pierre Debizet à la tête du SAC pendant les événements de Mai 68. Il décide de remplacer la carte de membre qui ressemble trop à une carte de police et exige de chaque membre un extrait de casier judiciaire[5].
  • À la fin des années 60, à plusieurs reprises des membres du SAC sont impliqués dans des agressions violentes, et même des meurtres[7].
  • Dans les années 1970, Patrice Chairoff publie dans Libération un plan du SAC prévoyant l’internement de gauchistes dans des stades. Ce document est attribué au marseillais Gérard Kappé, un lieutenant de Charles Pasqua qui dément[8].
  • Le rôle principal mais méconnu du SAC est le service d'ordre et la surveillance du parti gaulliste : le responsable départemental du SAC est membre de droit du comité départemental de l'UNR, puis de l'UDR et du RPR, qu'il soit ou non adhérent du parti (il ne l'est souvent pas). C'est par ce biais que Jacques Foccart est si bien informé et les notes transmises à Debizet par ses responsables départementaux permettent plusieurs fois la mise en cause préventive de cadres ou d'élus indélicats et de les pousser vers la porte avant que la justice ne s'en mêle. En 1975, Jacques Chirac aurait été président du SAC, selon Daniele Ganser (2005), ce qui est faux, mais il a forcément présidé, en tant que Premier ministre, la réunion annuelle des cadres du SAC à l'Hôtel Lutetia.

Malgré l'épuration effectuée en 1968-1969, de 1968 à 1981, ses membres auront des ennuis avec la justice pour :

« coups et blessures volontaires, port d'armes, escroqueries, agressions armées, faux monnayage, proxénétisme, racket, incendie volontaire, chantage, trafic de drogue, hold-up, abus de confiance, attentats, vols et recels, association de malfaiteurs, dégradation de véhicules, utilisation de chèques volés, outrages aux bonnes mœurs. » (François Audigier, Histoire du SAC, p. 462).

L'observation du mouvement laisse à penser que la théorie des « deux SAC » développée en manière de défense par certains adhérents pourrait avoir une part de vérité, la coexistence sous une même étiquette d'une part de groupes gaullistes très droitiers et activistes, recrutant des personnes souvent honorables, telles un magistrat de l'Est de la France, un certain nombre de militants ouvriers souvent liés aux syndicats indépendants comme la Confédération générale des Syndicats indépendants ou la Confédération des syndicats libres, etc. et d'autre part une série d'individus aux franges du renseignement, du banditisme et de l'extrême-droite (voire des trois), utilisés pour des « coups » peu recommandables. Des associations appelées SAC et sans rapport avec le mouvement national ont été déposées par des amis de Charles Pasqua après que celui-ci eut été exclu du mouvement.

La fin du SAC : la tuerie d'Auriol[modifier | modifier le code]

Pierre Debizet, responsable du SAC, arrive à Marseille en mai 1981 car il s'inquiète des rivalités entre les membres locaux de son organisation. Jacques Massié, responsable local du SAC et policier, est accusé de détournement de fonds et de proximité avec la gauche par les autres membres de l'organisation.

Quelque temps plus tard, Massié et toute sa famille sont assassinés. Rapidement, les meurtriers sont arrêtés et condamnés à de lourdes peines. Pierre Debizet est inquiété par la justice mais sans suite pénale. Une commission d'enquête parlementaire (uniquement composée de membres de la majorité de gauche, la droite ayant refusé d'y siéger) est constituée mais ne décide pas de demander la dissolution du SAC.

Le SAC est dissous par le président François Mitterrand le 3 août 1982[9], par application de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées.

Ses « successeurs »[modifier | modifier le code]

Après la dissolution du SAC, de nouvelles structures apparaissent.

Solidarité et défense des libertés[modifier | modifier le code]

Certains, lors de la période de flottement du SAC, voulurent récupérer cette organisation qui a toujours existé de façon autonome par rapport aux différents partis gaullistes. Charles Pasqua est l'un d'eux.

Le futur ministre de l'Intérieur créa à cette occasion « Solidarité et défense des libertés » qui rassemblait des membres du RPR, de l'UDF, des anciens du SAC et même de certains mouvements très à droite comme le Parti des forces nouvelles (PFN).

Ce descendant du SAC n'a pas eu une existence très importante. À la suite de l'attentat de la rue Marbœuf, le mouvement pasquaien précité organisera une manifestation où des militants du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) et du PFN se distingueront. Ce mouvement sera vite dissous.

Il ne faut pas oublier que Charles Pasqua avait été exclu du SAC sur ordre de Jacques Foccart au début de 1969 pour avoir tenté d'en prendre le contrôle à la faveur des événements de mai 1968. Contrairement à la légende, Pasqua était généralement mal vu du SAC.

Le MIL[modifier | modifier le code]

Le Mouvement initiative et liberté (MIL) a été créé le 17 novembre 1981[10], soit huit mois avant la dissolution du SAC.

Il est alors présidé par Jacques Rougeot, un proche du Rassemblement pour la République (RPR) et président de l'Union nationale inter-universitaire (UNI). Le général Alain de Boissieu, Pierre Messmer, Jacques Foccart et Pierre Debizet, dernier président du SAC avant sa dissolution, participent également à la création du MIL.

Livres concernant le SAC[modifier | modifier le code]

Films concernant le SAC[modifier | modifier le code]

Émissions de TV concernant le SAC[modifier | modifier le code]

Émissions de radio concernant le SAC[modifier | modifier le code]

  • Patrick Pesnot, « Rendez-vous avec X » - Le SAC : Service d'action civique, diffusion en 2 émissions 25/02/2006 et 4/03/2006, rediffusion 26/12/2009 et 2 janvier 2010.

Références[modifier | modifier le code]

  1. François Audigier, Histoire du SAC, la part d'ombre du gaullisme, Stock, 2003 p. 66, 71, 72, 83, 84, 195 et 196
  2. Benoît Collombat, Affaire Boulin: ces nouveaux témoins qui parlent d'"assassinat", France Inter, octobre 2009
  3. « Robert Boulin: un ancien ministre gaulliste évoque un assassinat politique », dépêche de l'AFP, 27 octobre 2009, 06h38 [lire en ligne]; dépêche reprise aussi dans Le Parisien (27/10/09)
  4. Rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée Nationale
  5. a, b, c et d http://www.lexpress.fr/informations/la-saga-du-sac_590968.html
  6. http://www.temoignagechretien.fr/journal/ar_article.php?num=3180&categ=Culture
  7. Les truands au service du pouvoir, Le Nouvel Observateur, 13 novembre 1972
  8. cité par Le Nouvel Observateur, 15 octobre 2005
  9. Décret n°82-670 du 3 août 1982 portant dissolution de l'association nommée « Service d'action civique » (SAC)
  10. La fiche du MIL sur le site france-politique.fr.
  11. Fiche Allociné