Attentat de piazza Fontana

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45° 27′ 47″ N 9° 11′ 39″ E / 45.46306, 9.19417 L'attentat de la piazza Fontana est un attentat à la bombe qui s'est produit sur la piazza Fontana à Milan le 12 décembre 1969 faisant 16 morts et 88 blessés. Aujourd'hui unanimement attribué à l'extrême-droite italienne, il marque, pour certains historiens, une étape déterminante de la stratégie de la tension, qui poussera certains militants d'extrême gauche à choisir la « lutte armée ». Cet événement est le principal point de départ des « années de plomb » italiennes, et demeure un point controversé de l'histoire contemporaine de l'Italie.

Décembre 1969[modifier | modifier le code]

Le 12 décembre 1969 à 16 h 37, une bombe éclate dans la Banca Nazionale dell'Agricoltura (it) sur la piazza Fontana, dans le centre de Milan, faisant seize morts et une centaine de blessés. Aussitôt, l'extrême gauche est accusée, en particulier les anarchistes. Quatre mille personnes sont arrêtées par la police[1]. Le danseur Pietro Valpreda est emprisonné, tandis que le cheminot Giuseppe Pinelli, anarchiste accusé de l'attentat, fait une chute mortelle du quatrième étage du commissariat où il est interrogé, dans des circonstances controversées (c’est le thème de la pièce de Dario Fo Mort accidentelle d’un anarchiste). Le commissaire Luigi Calabresi est accusé d'être responsable, mais l'enquête aboutit à sa relaxe. Deux ans et demi plus tard, le 17 mai 1972, il est victime d'un assassinat pour lequel, des années après, est condamné Adriano Sofri, un des leaders de l'organisation Lotta Continua, ainsi que d'autres anciens activistes.

Des militants d'extrême droite (notamment Mario Merlino) ainsi que des membres des services secrets italiens, réussissent à s'infiltrer dans des groupes anarchistes.

Selon l'auteur d'extrême droite François Duprat, lors du cortège funèbre suivant les attentats, 80 000 personnes manifestent, dont 30 à 40 000 Missini faisant le salut fasciste[2].

Responsabilités néofascistes présumées dans l'attentat[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, le terroriste néo-fasciste Vincenzo Vinciguerra déclare au juge Felice Casson que l'attentat visait à la proclamation de l'état d'urgence et à pousser l'Italie vers un régime autoritaire[3].

En 1989, le fondateur d’Avanguardia Nazionale, Stefano Delle Chiaie, est arrêté à Caracas et extradé en Italie afin d'être jugé pour ses responsabilités dans l'attentat de 1969[réf. nécessaire]. Il est cependant acquitté par la cour d'assises de Catanzaro en 1989, de même que son camarade Massimiliano Fachini[réf. nécessaire].

En 1997, trois anciens militants néo-fascistes du Movimento Politico Ordine Nuovo, Carlo Maria Maggi, Delfo Zorzi et Giancarlo Rognoni, sont mis en examen pour l'attentat. En 1998, David Carrett, un officier de la US Navy, est mis en examen pour sa participation à l'attentat ; il est aussi accusé d'espionnage politique et militaire. Le juge Guido Salvini ouvre aussi une enquête contre Sergio Minetto, un responsable italien du service d'intelligence de l'Otan, et le collaborateur de justice Carlo Digilio, soupçonné d'être un indic de la CIA.

Mais le 12 mars 2004, la Cour d'appel de Milan annule les peines prononcées contre les trois accusés d'Ordine Nuovo, condamnés en première instance[4]. Carlo Digilio bénéficie de l'immunité en échange de sa participation aux enquêtes, en accord avec le statut italien des collaborateurs de justice. Cet acquittement est confirmé par la Cour de cassation en mai 2005, qui confirme par ailleurs la condamnation de la partie civile à payer les frais du procès, décision qui a suscité l'indignation de l'opinion publique, ainsi que celle du président de la République, Carlo Ciampi, qui s'engage à ce que l’État paie ceux-ci[5].

Thèse de la « stratégie de la tension »[modifier | modifier le code]

Selon une théorie qui fait débat, une partie de l’appareil d’État, en lien avec la CIA, aurait entretenu un climat de peur, via la dite stratégie de la tension, afin de faciliter l’arrivée au pouvoir d’un régime dictatorial, comme en Grèce en 1967.

Une enquête journalistique particulièrement complète reste à ce jour L'orchestre Noir, documentaire réalisé par Frédéric Laurent et Fabrizio Calvi en 1997 et diffusé sur Arte en 2 soirées en 1998. Elle soulève un coin du voile sur de possibles manipulations par l'organisation Gladio de néo-fascistes membres de groupuscules tels que Movimento Politico Ordine Nuovo ou Avanguardia Nazionale. L'objectif des attentats (dont celui de la Piazza Fontana et de celui de Bologne en 1980) aurait été de déclencher, sinon un coup d'État, du moins une déclaration d'état d'urgence.

Au début des années 1990, la révélation de l'existence du réseau Gladio, une organisation paramilitaire clandestine (stay-behind) de l'OTAN, entraîne de nouvelles spéculations sur ce thème.

En 2000, un document publié par des élus des Démocrates de gauche participant à la commissione Stragi du parlement italien (commission d'enquête sur les massacres) a conclu que Washington avait soutenu « une stratégie de la tension visant à empêcher le PCI, et, dans une moindre mesure, le PSI à atteindre le pouvoir ». Celle-ci aurait compris des attaques terroristes false flag, attribuées à la partie adverse, en l'occurrence l'extrême-gauche et la mouvance autonome. Néanmoins, l'enquête judiciaire n'a établi aucun lien direct entre le réseau de l'OTAN et les néofascistes impliqués dans l'attentat.

Ce document, dépourvu de valeur officielle, qui comporte des erreurs factuelles et accuse nommément des membres d'Alliance nationale, a provoqué de vifs échanges au parlement italien et s'est vu qualifié par le président du Sénat italien Nicola Mancino d'« exemple de suffisance intellectuelle » (« esempio di supponenza intellettuale »)[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « 1969: Deadly bomb blasts in Italy », BBC News
  2. François Duprat, L'Ascension du M.S.I., Les Sept Couleurs, 1972, p. 106
  3. Luigi Cipriani, Intervista su Vincenzo Vinciguerra al giornalista Paolo Cucchiarelli, Ansa, 1er septembre 1992.
  4. Repubblica.it/politica: Piazza Fontana, nessun colpevole Assolti in appello gli imputati
  5. Hervé Rayner, « Vetos entrecroisés : l’épineuse question de l’amnistie en Italie », L'Homme et la société, L'Harmattan, 2006/1, n°159, p. 150-164
  6. Mancino: Ds supponenti sulle stragi Corriere della sera, 24 juin 2000

Filmographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]