Commandos des justiciers du génocide arménien

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Commandos des justiciers du génocide arménien
Armée révolutionnaire arménienne
Idéologie Nationaliste
Objectifs Reconnaissance du génocide arménien, rattachement à l'Arménie de l'Arménie occidentale
Statut Abandon de la lutte armée
Fondation
Date de formation 1972
Fondé par Fédération révolutionnaire arménienne
Pays d'origine Liban
Actions
Mode opératoire Assassinats par armes à feu et attentats à l’explosif
Nombres d'attaques imputées Une trentaine
Victimes (morts, blessés) Au moins 29 morts (sans compter les terroristes eux-mêmes) et plusieurs dizaines de blessés[1]
Zone d'opération Turquie, Autriche, Canada, États-Unis, France, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Italie, Espagne, Portugal, Bulgarie, Yougoslavie
Période d'activité 1972-1986
Organisation
Chefs principaux Hraïr Maroukhian, Apo Achdjian
Branche politique Fédération révolutionnaire arménienne
Financement Ressources de la FRA, aide soviétique
Groupe relié ASALA, PKK

Les Commandos des justiciers du génocide arménien sont une organisation armée formée en 1972 par la Fédération révolutionnaire arménienne et autodissoute en 1986[2]. En 1983, elle prend le nom de Armée révolutionnaire arménienne[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le XXe congrès de la FRA-Dachnak, tenu à Vienne, décide de « renforcer la lutte pour la libération des terres arméniennes de Turquie en ayant recours à tous les moyens ». Le Conseil militaire réorganise dès lors ses structures et crée les CJGA, afin que la FRA-Dachnak ne soit pas officiellement associée à des actions terroristes, qui compromettraient son existence légale dans les pays qui la tolèrent[4]. Les CJGA s'inscrivent dans une longue tradition de terrorisme arménien, et notamment de tendance dachnak[5].

Dans les premières années, les CJGA sont relativement discrets du point de vue médiatique, et se consacrent aux assassinats de diplomates turcs — par exemple, celui de Danis Tunaligil, ambassadeur à Vienne, le 22 octobre 1975, suivi par celui de Ismail Erez, ambassadeur à Paris, deux jours plus tard[6]. Leurs actions prennent une plus grande ampleur ensuite : de 1977 à 1981, les CJGA et l'ASALA commettent cent quinze attentats, ciblés ou aveugles, cependant que l'Union soviétique arme la branche armée de la FRA-Dachnak[7].

Le 27 mai 1976, une explosion accidentelle ravage la Maison de la culture arménienne, rue Bleue à Paris, siège de la FRA en France ; la police trouve le corps déchiqueté d’un dachnak du Liban, Hagop Hagopian (homonyme du chef de l’ASALA), qui s’est tué en commettant une erreur dans la manipulation de sa bombe. Des documents sont saisis, sur les assassinats d’octobre 1975, et sur un double attentat en préparation, commis le 29 mai 1977 à l’aéroport Yesilköy et à la gare Sirkeci d’Istanbul (cinq morts, soixante-quatre blessés)[8]. À l’instar de l’ASALA (qui assassine Neslihan Özmen, fille de l’ambassadeur de Turquie à Athènes), les CJGA tuent aussi des personnes apparentées à des diplomates turcs : Necla Kuneralp, épouse de l’ambassadeur à Madrid, le 2 juin 1978, et Ahmet Benler, fils de l’ambassadeur à La Haye, le 12 octobre 1979[9].

À la suite des tensions entre l’Armenian National Committee (ANC, émanation de la FRA-Dachnak, l’équivalent du Comité de défense de la cause arménienne en France) des États-Unis d'une part, et le gouvernement de Ronald Reagan d'autre part, les CJGA assassinent Kemal Arikan, consul général à Los Angeles, le 28 janvier 1982[10]. Fred Ikle, sous-secrétaire d'État de Ronald Reagan, déclare, en réaction, que « le terrorisme arménien est un des plus dangereux et un des plus mystérieux terrorismes du monde[11] » ; pour toute réponse, les CJGA assassinent Orhan Gunduz, consul honoraire de Turquie à Boston, puis l'attaché militaire turc à Ottawa[12]. Fort mécontent, le gouvernement américain fait participer la CIA à l'enlèvement d'Apo Achdjian, numéro 2 des CJGA, dont le corps n'a jamais été retrouvé. En 1983, Harry Derderian, dirigeant de l’ANC, déclare : « Si le terrorisme contribue à attirer l’attention du public, alors je peux marcher avec le terrorisme (If terrorism is a contributing factor in getting people’s attention, I can go along with it.)[13] »

Hampig Sassounian, membre de la FRA et des CJGA, est arrêté pour l’assassinat de Kemal Arikan ; la FRA américaine collecte 250 000 $ pour payer ses frais d’avocat[14]. Selon le journal Asbarez du 15 octobre 1983, « des dizaines de milliers d’Arméniens » habitant à Los Angeles, au Canada, en France, au Liban, en Angleterre, en Grèce, Syrie, en Israël, en Arabie saoudite, en Iran, en République sud-africaine, en Argentine, en Australie, en Italie, en Suisse, en Espagne et en Égypte participent aux différents comités de soutien à cet terroriste. Le 4 mai 1982, la FRA organise à Lyon une manifestation de soutien à Hampig Sassounian devant le consulat des États-Unis[15]. Hampig Sassounian est condamné en 1984 à la réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle, sur la base de plusieurs témoignages, d’analyses balistiques, de photographies saisies à son domicile, et de tests effectués sur ses mains et sa ceinture, prouvant qu’il a bien utilisé une arme à feu. Le jugement suscite la satisfaction du procureur, mais aussi de virulentes réactions de la part de la FRA, aux États-Unis, au Canada et en France[16]. Deux ans plus tard, la cour d’appel confirme entièrement le jugement de première instance[17].

En 2001, Hampig Sassounian exprime sa gratitude pour l’appui constant d’Asbarez et Horizon TV (deux médias détenus par la FRA)[18]. Il reçoit régulièrement des visites de membres de la FRA, venant individuellement ou en groupe, par exemple la section de San Francisco[19]. En 2002, sa peine est ramenée à la perpétuité avec vingt-cinq ans sans possibilité de libération conditionnelle ; pour les frais d’avocat supplémentaires, la FRA américaine collecte plus de 70 000 $[20]. Les demandes de libération conditionnelle d’Hampig Sassounian sont rejetées en 2006 et en 2010 par le tribunal d’application des peines de Californie (California Prison Parole Board)[21].

La rivalité entre la FRA et l'ASALA devient sanglante à partir de 1982[22]. À la fin de cette année, le FBI démantèle les cellules des CJGA aux États-Unis, notamment en arrêtant les « cinq de Los Angeles », condamnés pour avoir tenté de détruire le consulat de Turquie à Philadelphie ; 160 000 $ sont aussitôt collectés par la FRA pour payer leurs frais de justice[23]. Le chef du groupe, Vicken Hovsepian, condamné à six ans de prison ferme, est devenu membre du bureau mondial de la FRA, après sa libération[24].

En février 1983, la radicalisation se poursuit, et les CJGA changent de nom pour un sigle plus médiatique : Armée révolutionnaire arménienne (ARA). Fait caractéristique du terrorisme arménien, il ne s'arrête pas au rideau de fer. L’ARA assassine des diplomates turcs présents dans des pays communistes : Bora Süelkan, attaché au consulat général de Burgas (Bulgarie), le 9 septembre 1982, et Galip Balkar, ambassadeur à Belgrade, le 9 mars 1983. Les assassins de Galip Balkar, Harutiun Levonian et Raffy Elbekian, sont condamnés à vingt ans de prison[25]. En 1979, déjà, des membres des CJGA avaient été condamnés à mort pour un attentat perpétré dans le métro de Moscou bien qu'ils aient toujours clamé leur innocence.

L'attentat le plus meurtrier de l'ARA a lieu à Lisbonne le 27 juillet 1983. Il fait sept morts : les cinq membres du commando, un policier portugais, et la femme de l'ambassadeur turc. Deux organisations armées portugaises ont aidé l'ARA : les Forces populaires du 25 avril (extrême gauche) et le Commando de Défense de la Civilisation occidentale (CODECO, extrême droite)[26]. Le 29 janvier 1984, un mémorial est inauguré pour les cinq terroristes dans l’église Saint-Vartananz (New Jersey)[27]. Depuis, la FRA organise tous les ans des cérémonies en l’honneur des « cinq de Lisbonne »[28], notamment à Glendale, Los Angeles, Beyrouth, Paris et Décines-Charpieu[29].

Le 12 mars 1985, l'ARA attaque l'ambassade turque à Ottawa. Trois de ses membres font sauter la porte du bâtiment à l'explosif, tuent un gardien canadien, Claude Brunelle, et prennent onze otages. L'ambassadeur Coşkun Kırca se blesse en sautant par la fenêtre, pour échapper aux assaillants. Les preneurs d'otages se rendent à la police canadienne quatre heures plus tard[30]. Les trois terroristes sont condamnés en 1986 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de vingt-cinq ans[31].

L'attentat de Lisbonne choque la diaspora arménienne par son caractère indiscriminé[réf. nécessaire] et le XXIIIe congrès de la FRA-Dachnak, tenu à Athènes la même année, adopte un moratoire d'un an sur le terrorisme ; ce qui n'empêche pas l'envoi d'instructeurs et d'experts en explosifs dans les camps du PKK kurde, proche de l'ARA et de l'ASALA[32].

En 1986, la FRA annonce sa renonciation au terrorisme[33]. La renonciation met cependant du temps à entrer en application. Le 23 novembre 1986, un attentat à l’explosif est commis contre le consulat de Turquie à Melbourne : le terroriste, Hagop Levonian, est tué, la bombe ayant explosé trop tôt, une passante australienne est blessée, le consulat gravement endommagé. Levon Demirian, membre de la FRA, est condamné pour avoir organisé l’attentat, et passe dix ans en prison[34]. Encore en 1993, la FRA organise l’assassinat de deux officiers russes[35].

En 1996, un arsenal des CJGA (environ cinquante kilogrammes d’explosifs et de plusieurs dizaines d’armes à feu) est découvert dans un garage de Bedford, ville de l’Ohio[36]. Après cinq ans de procédure, un tribunal de cet État condamne Mourad Topalian, ancien directeur politique (1975-1979) et président (1991-1999) de l’Armenian National Committee of America (ANCA, organisation sœur de l’ANC), locataire du garage, à trente-sept mois de prison ferme et trois ans de résidence surveillée pour détention illégale d’armes de guerre et d’explosifs, au profit des CJGA[37]. La FRA avait organisé des collectes pour payer les frais d’avocat de son dirigeant, notamment 25 000 $ lors d’un dîner organisé le 28 mai 2000[38].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Global Terrorism Database ; Michael M. Gunter, « Pursuing the Just Cause of their People ». A Study of Contemporary Armenian Terrorism, Westport-New York-Londres, Greenwood Press, 1986, pp. 68-69 ; Yves Ternon, La Cause arménienne, Paris, Le Seuil, 1983, p. 221 ; Armand Gaspard, Le Combat arménien, Lausanne, L’Âge d’homme, 1984, p. 75.
  2. Pour une liste des actions armées menées par ces Commandos, cf. Global Terrorism Database.
  3. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 87.
  4. Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, Presses universitaires de France, 2002, p. 28.
  5. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 31-32 ; Kapriel Serope Papazian, Patriotism Perverted, Boston, Baikar Press, 1934, pp. 13-18 et 68-70.
  6. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 44.
  7. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 54 et 56.
  8. Yves Ternon, La Cause arménienne, Paris, Le Seuil, 1983, p. 221 ; Armand Gaspard, Le Combat arménien, Lausanne, L’Âge d’homme, 1984, p. 75.
  9. Michael M. Gunter, op. cit., p. 68.
  10. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 76.
  11. Michael M. Gunter, « Pursuing the Just Cause of their People ». A Study of Contemporary Armenian Terrorism, Westport-New York-Londres, Greenwood Press, 1986, p. 1.
  12. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 77.
  13. Michael M. Gunter, op. cit., p. 99.
  14. Michael M. Gunter, op. cit., pp. 70 et 74
  15. « Soutien à Sassounian (Lyon) », Haïastan, juin 1982, p. 6.
  16. The Armenian Weekly, 14 janvier 1984, pp. 1 à 6 ; Haïastan, numéro spécial sur l’affaire Sassounian, février 1984.
  17. Verdict du 30 mai 1986.
  18. « Sassounian Thanks Community for Continued Support », Asbarez, 2 novembre 2001.
  19. « Meeting the Man Behind the Idea », Haytoug, printemps 2008, pp. 7-8.
  20. « More Than $70 000 Raised for Hampig Sassounian Defense Effort », Asbarez, 25 février 2002.
  21. [1]
  22. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 90.
  23. Michael M. Gunter, op. cit., pp. 74 et 77-78 ; http://ftp.resource.org/courts.gov/c/F2/841/841.F2d.959.85-5037-5039.html
  24. http://www.hairenik.com/tv/2005/12/arf-bureau-member-viken-hovsepian-speaking-at-the-arf-115th-anniversary-celebration-in-los-angeles-usa/
  25. Michael M. Gunter, op. cit., pp. 69-70 ; Gaïdz Minassian, op. cit., p. 83.
  26. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 90-91.
  27. Michael M. Gunter, op. cit., p. 56, d’après « Political Rally for Lisbon Five in NJ Moving for 400 », The Armenian Weekly, 11 février 1984, pp. 6-7.
  28. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 93.
  29. « Lisbon 5 Commemoration and Ceremony for the Repose of Souls Held in Lebanon », Asbarez, 27 juillet 2004 ; « Sacrifice of Lisbon 5 Remembered at Glendale’s Saint Mary Church », Asbarez, 28 juillet 2008 ; « Community Remembers Sacrifice of Lisbon 5 » et « Community Remembers Sacrifice of Lisbon 5 », Asbarez, 1er août 2008 ; http://www.fra-france.com/index.php?page=article&id=55 ; http://www.fra-france.com/index.php?page=article&id=36 ; http://www.france-armenie.fr/agenda/agenda07b-2008.pdf
  30. Journal télévisé de la chaîne canadienne CBC, 12 mars 1985.
  31. « 3 Armenians Convicted In Attack in Ottawa », The New York Times, 1er novembre 1986.
  32. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 108-109.
  33. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 114.
  34. http://www.police.vic.gov.au/retrievemedia.asp?Media_ID=13483
  35. Gaïdz Minassian, op. cit., p. 262.
  36. Armenian Terrorists at Work in USA, documentaire de la chaîne NBC, 2005.
  37. http://www.usnews.com/usnews/news/articles/010205/archive_005996.htm
  38. « $25 000 Raised for Topalian Fund During Fresno Independence Day Event », Asbarez, 2 juin 2000.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Armand Gaspar, Le Combat arménien, Lausanne, L’Âge d’homme, 1984.
  • (en) Paul B. Henze, « The Long Effort to Destabilize Turkey », Atlantic Monthly, hiver 1981-1982, pp. 468-473.
  • (en) Christopher Gunn, Secret Armies and Revolutionary Federations: Armenian Political Violence, 1973-1994, thèse de doctorat, Florida State University, 2014.
  • (en) Christopher Gunn, « Eyes Wide Shut: Armenian-American Newspapers and Armenian Terrorism (1973-1985) », First International Symposium on Turkish-Armenian Relations and Great Powers, Erzurum, Atatürk Üniversitesi, 2014, pp. 139-149.
  • (en) Michael M. Gunter, “Pursuing the Just Cause of Their People”: A Study of Contemporary Armenian Terrorism, Westport-New York-Londres, Greenwood Press, 1986.
  • (en) Michael M. Gunter,, Transnational Armenian Activism, Londres, Research Institute for the Study of Conflict and Terrorism, 1990.
  • (en) Francis P. Hyland, Armenian Terrorism: The Past, The Present, The Prospects, Boulder-San Francisco-Oxford, Westwiew Press, 1991.
  • Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, Presses universitaires de France, 2002.
    Ouvrage issu d'une thèse de doctorat en sciences politiques.
  • (tr) Bilâl Simsir, Sehit Diplomatlarimiz. 1973-1994 (« Nos diplomates martyrs »), Ankara, Bilgi Yayinevi, deux volumes, 2000.
  • Yves Ternon, La Cause arménienne, Paris, Le Seuil, 1983.
  • Le Terrorisme international et le trafic de stupéfiants, Ankara, Presses de l’université d’Ankara, 1984.