François Renaud

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Renaud (homonymie).

François Renaud (5 mars 1923, Hao Giang, Tonkin, au Viêt Nam, près de la frontière chinoise - 3 juillet 1975, Lyon) est un juge, mort assassiné. Il est ainsi le premier magistrat en France à avoir été tué depuis l'Occupation. Sa vie a inspiré Yves Boisset qui a réalisé Le Juge Fayard dit Le Shériff en 1977.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un médecin, descendant d'une noble lignée bourguignonne (les de Lassonne) dont l'un fut médecin du roi Louis XV[1], il fait ses études secondaires à Toulouse puis son droit à Lyon, avant de rejoindre le maquis de Laives en 1943 (étant menacé d'être requis par le STO) sous le commandement d'André Jarrot puis de s'engager dans l'armée d'Alsace. Entré dans la magistrature en février 1953, il reçoit son diplôme de justice de paix coloniale en 1956 et est nommé juge suppléant dans les colonies, en Côte-d'ivoire, au Niger, au Mali enfin en Haute-Volta avant de revenir à Lyon en 1966 et d'y être nommé 1er juge d'instruction du palais de justice de Lyon fin 1972[2].

Il se fait rapidement connaître par son allure (vestes à carreaux, pantalons de velours grenat, chemises roses, amateur de gros cigares, fine moustache en croc qui consacre son allure de major de l'Armée des Indes), sa manière musclée et bien personnelle de mener ses instructions, ce qui lui vaut d'être surnommé « Le Shériff », mais on lui reproche rapidement son verbe cru, son adhésion au Syndicat de la magistrature dont il est un des membres fondateurs, et son goût pour les femmes avec qui il s'encanaille dans des boîtes de nuit[3].

Au gré de ses dossiers, le juge navigue aux frontières de la grande criminalité et de la politique; Les menaces de mort pleuvent sur le bureau du magistrat. En mai 1973, les mutins de la prison Saint-Paul montés sur les toits scandent « Renaud, salaud, on aura ta peau ». L'avocat lyonnais Joannès Ambre, qui a assuré la défense du gang des Lyonnais, le défie en combat singulier sur le terrain de la procédure et considère que Renaud joue avec la liberté des femmes et des maîtresses des truands, qu'il manipule les permis de visites pour faire pression sur les prévenus[2]. Un tract distribué le 17 mars 1975 par la section lyonnaise du Comité d'action des prisonniers en marge d’un procès d’assises, le met violemment en cause[1].

L'assassinat[modifier | modifier le code]

Le 3 juillet 1975, à h 30 du matin, François Renaud et son amie de l'époque Geneviève rentrent en BMW 2002 beige d'une soirée chez des amis et regagnent le domicile du juge situé sur la colline de Fourvière. Après s'être garé sur le parking de La Vigie, situé au 89 de la montée de l'Observance, dans le 9e arrondissement de Lyon, le couple remonte à pied la côte qui monte à son immeuble. Une Audi 80 GL volée avec à son bord trois hommes encagoulés s'arrête à leur hauteur, une vitre s'abaisse, le juge croyant que l'automobiliste cherche un renseignement. À la vue des cagoules et de deux armes pointées dans leur direction, François Renaud réalise brusquement le danger alors que deux coups de feu claquent[4]. Il s'enfuit avec son amie sous un feu nourri et est touché dans le dos. Le couple dévale la rue d'une cinquantaine de mètres, tandis que le conducteur de l'Audi opère une marche arrière rapide qui leur coupe le passage et les coince derrière une Volkswagen Coccinelle percutée par plusieurs projectiles[5]. Le juge s'y recroqueville et protège sa compagne. Un des passagers s'approche, tire deux balles de Geco .38 Special sur Renaud, une dans le cou et dans la nuque, le frappe d’un coup de pied dans les reins et enfin lui tire un coup de grâce dans la nuque. François Renaud est abattu à h 42 du matin, devant son immeuble[6]. C’est la première fois depuis l’Occupation qu’un magistrat est assassiné en France[1].

Roger Chaix, nouveau préfet de police de Lyon, révèle lors de la cérémonie de vœux à la préfecture, le 12 janvier 1976, que les assassins du juge Renaud auraient été identifiés mais que leur inculpation reste difficile car se basant essentiellement sur des témoignages d'indics : « La police peut connaître le nom des coupables et ne disposer d’aucun moyen de les confondre »[7].

Pour l'un de ses fils, auteur d'une biographie de son père[8] la collusion entre le Service d'action civique (SAC) et une partie du milieu, à laquelle s'intéressait Renaud, serait à l'origine de son assassinat. Francis Renaud suppose que c'est Jean Schnaebelé (caïd lyonnais lié au SAC) qui aurait commandité l'exécution, qui aurait été prise en charge par Edmond Vidal, chef du gang des Lyonnais alors en prison, et accomplie par Jean-Pierre Marin, Michel Lamouret et Robert Alfani, les trois tueurs présumés[9].

Après dix-sept ans d'enquête qui ont vu se succéder six juges d'instruction, le magistrat Georges Fenech signe une ordonnance de non-lieu le 17 septembre 1992, et la prescription est prononcée en 2004[10].
Sa tombe, située dans une concession familiale au cimetière du Père-Lachaise, a été profanée en avril 2007[11].

Louis Guillaud (dit la « Carpe » et membre du Gang des Lyonnais, arrêté le 25 février 1976 pour l'enlèvement de Christophe Mérieux) se suicide le 25 décembre 2008. Dans une confession dactylographiée post-mortem, il revendique avoir fait partie du groupe qui a tué le juge Renaud, confirme que Jean-Pierre Marin est le principal instigateur de l'assassinat qui n'a aucun lien avec le gang des Lyonnais[12].

François Renaud a eu deux fils. Une plaque commémorative apposée sur les murs de la salle des pas-perdus du Palais de justice de Lyon perpétue le souvenir du juge[13].

L’affaire irrésolue reste sensible comme le confirme le réalisateur Olivier Marchal qui justifie l'absence de toute référence au juge, dans son film de 2011 Les Lyonnais, par : « Je n’ai pas voulu remuer la merde »[14].

Quelques affaires traitées[modifier | modifier le code]

En huit ans de magistrature à Lyon, le juge Renaud a traité 1 500 affaires de droit commun[15] : braquages du gang des Lyonnais, hold-up du gang de Guy Reynaud dit « le Dingue », enlèvement d'Yves Marin-Laflèche (riche hôtelier lyonnais), plusieurs règlement de compte qui valent à Lyon à l'époque la triste appellation de « Chicago-sur-Rhône »[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Gilles Gaetner, « Énigmes criminelles : La mort du juge Renaud », sur Valeurs actuelles,‎ 21 juillet 2011
  2. a et b Guy Moyse, Mille ans de justice à Lyon, Lugd,‎ 1995, p. 101
  3. « Le juge Renaud victime d'un "assassinat politique", selon son fils », sur Le Parisien,‎ 15 novembre 2011
  4. Jacques Bacelon, La république de la fraude, J. Grancher,‎ 1986, p. 205
  5. Photo prise le 3 juillet 1975 de la voiture
  6. Le juge assassiné L'Express, 1er décembre 2005
  7. James Sarazin, Dossier M comme milieu, A. Moreau,‎ 1977, p. 393
  8. Interview de Francis Renaud dans 20 minutes, 16 novembre 2011.
  9. Nicolas Coisplet et Yvon Mézou, « Assassinat du juge Renaud : « Sacrifié parce qu'il a découvert une magouille de haut niveau » », sur 20minutes.fr,‎ 15 novembre 2011
  10. NON-LIEU DANS L'AFFAIRE DU JUGE RENAUD- l'Humanite L'Humanité, 9 octobre 1992.
  11. lyoncapitale, 8 octobre 2007
  12. Brendan Kemmet et Matthieu Suc, « Vie et mort d’une balance », sur Le Parisien,‎ 24 octobre 2012
  13. Jean-Baptiste Goin, « Fenech contre l'oubli de l'assassinat du juge Renaud », sur Tribune de Lyon,‎ 15 janvier 2013
  14. Richard Schittly, « Cinéma. Le vrai du faux », sur Le Progrès,‎ 24 septembre 2011
  15. Robert Belleret, « L'assassinat du juge Renaud : le "Shérif" tué à Chicago-sur-Rhône », sur Le Monde,‎ 24 juillet 2006
  16. Roland Passevant, Les flammes de l'exclusion : insécurité urbaine, Temps des cerises,‎ 1999, p. 184

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaire télévisé[modifier | modifier le code]

Émission de radio[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]