Black Panther Party

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Black Panther Party
Présentation
Fondateurs Huey P. Newton
Bobby Seale
Fondation 1966
Disparition 1982
Idéologie Nationalisme noir, antiracisme, anticapitalisme, anti-impérialisme, maoïsme
Couleurs noir
Site web www.blackpanther.org

Le Black Panther Party (à l'origine le Black Panther Party for Self-Defense) est un mouvement révolutionnaire afro-américain formé en Californie en 1966 par Bobby Seale et Huey P. Newton. Il a atteint une échelle nationale avant de s'effondrer à cause de tensions internes et des actions menées par l'État, en particulier par le FBI (arrestations et agitation de factions rivales via des infiltrés)[réf. nécessaire]. L'organisation est connue pour son programme « Free Breakfast for Children », l'utilisation du terme « pigs » (cochons) pour décrire les agents de police corrompus ainsi que pour avoir apporté des armes à feu à l'assemblée législative californienne.

Naissance de l’organisation[modifier | modifier le code]

Le Black Panther Party est le fruit de la rencontre de deux jeunes militants de la cause noire, Huey P. Newton et Bobby Seale, à Oakland dans la région de la baie de San Francisco en Californie. Selon les sources, les deux hommes se seraient rencontrés en 1962[1] au Merritt College d’Oakland auquel Newton s'était inscrit en droit[2] ou lors de conférences organisées par l’Afro-American Association (AAA), une association née sur le campus de Berkeley en 1961 dont l’audience était importante dans le sud de la Californie. Son leader, Donald Warden, était l'une des figures locales de la communauté noire[3].

Newton, plus radical que Seale, est alors attiré par le nationalisme noir prôné par Malcolm X. Celui-là est à l’origine plus proche de la position intégrationniste et non-violente du NAACP (National Association for Advancement of Colored People), dont il commence à se détacher[4]. Les deux hommes se détachent rapidement de l’AAA pour rejoindre le Revolutionary Action Movement (RAM) qu’ils quittent aussi bientôt, critiquant sa démarche trop tournée vers la réflexion théorique et son incapacité à porter son action sur le terrain pour résoudre les problèmes concrets rencontrés par les plus pauvres des Afro-Américains[5].

Newton s’inscrit parallèlement à la San Francisco Law School. Il purge en 1964 une peine de prison de six mois, consécutive à une agression à l’arme blanche[6]. À sa sortie de prison, en 1965, les deux hommes se retrouvent au Merritt College où ils adhèrent au Soul Student Advisory Council, une structure émanant du RAM. Ils y participent à une mobilisation pour mettre en place un cycle de cours sur l'histoire des Noirs[7]. Seale travaille alors au centre de lutte contre la pauvreté d'Oakland Nord (North Oakland Neighborhood Anti-Poverty Center) où il est confronté quotidiennement aux problèmes économiques et sociaux qui touchent la population noire.

Cette situation sociale s’accompagne d’un accroissement des tensions entre la police et la population noire dans la ville d’Oakland, notamment depuis les émeutes de Watts (1965) dans la ville de Los Angeles. L’insatisfaction qu’ils éprouvent devant les réponses offertes face à cette situation par les différentes organisations auxquelles ils ont successivement adhéré les persuade de créer leur propre structure et de prôner l'action directe. D'autres groupes les avaient précédé dans l'utilisation de la violence à des fins politiques et d'autodéfense, dont la section du NAACP dirigée en Caroline du Nord par Robert F. Williams (en) dans les années 1950 et les Deacons for Defense (en) au début des années 1960[8].

Dans la première quinzaine d’octobre 1966, ils rédigent un programme en dix points - le Ten-Point Program (en), véritable plateforme de démonstration idéologique propre au Black Panther Party - qui s'inspire directement des préoccupations de la population et vise à être aisément compréhensible par les moins instruits[9]. Il s’agit de l’acte de naissance du Black Panther Party pour l'Autodéfense. Seale en devient le président, Newton le « ministre de la défense ».

Origine du nom[modifier | modifier le code]

L’emblème et le nom de l’organisation s’inspirent directement de la Lowndes County Freedom Organization, un parti né dans le sillage de la Marche de Selma de 1965, organisée par une coalition d’organisation luttant pour les droits civiques[10]. Lors de leur passage dans le comté de Lowndes (Alabama), composé à une écrasante majorité de Noirs mais dirigé par des démocrates blancs, les membres du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), parmi lesquels Stokely Carmichael, entreprennent de créer un parti dont la vocation est de représenter les intérêts des Noirs. Une démarche similaire a eu lieu en 1964 dans l’État du Mississippi où le Mississippi Freedom Democratic Party avait avec succès contesté la « légitimité du Parti démocrate local »[11].

Affiche des Black Panthers appelant à la convention des Black Panthers à Washington D.C
Affiche appelant à la convention de 1970 à Washington D.C

La loi de l'Alabama oblige tous les partis à présenter une identification visuelle pour les votants analphabètes. Un concepteur d'Atlanta, contacté par Courtland Cox, présente d'abord un pigeon mais les acteurs du SNCC refusent cet emblème jugé trop doux. La deuxième proposition est une panthère noire, la mascotte du Clark College d'Atlanta. L’adoption de ce symbole, qui coïncide avec le développement de l’usage du slogan « Black Power », est une des manifestations du tournant opéré par une partie du mouvement des droits civiques. La rupture entre la South Christian League Conference (SCLC) de Martin Luther King et d’autres organisations plus radicales, telles que le SNCC, est en passe d’être consommée. Le positionnement vis-à-vis de la violence est l’un des points de discorde entre les deux associations. La violence dont ils sont régulièrement victimes lors de leurs actions dans le Sud du pays amène progressivement les militants du SNCC à rompre avec la doctrine non violente de King. Dans l’esprit de John Hullet, un des leaders du SNCC, la panthère noire est « un animal sauvage qui, si on l’attaque, ne reculera pas. Cela voulait dire que nous riposterions si nous le devions […] »[12].

Ce symbole et le nom de « Black Panther » sont rapidement repris par d’autres organisations dans le pays qui n’entretiennent pas de lien avec le SNCC. Le Black Panther Party for Self-Defense n'était lui-même à l’origine lié ni au SNCC, ni avec aucun de ces partis.

Modalités d'action[modifier | modifier le code]

Les patrouilles de surveillance de la police[modifier | modifier le code]

Convention des Black Panthers en 1970

En janvier 1967, le parti ouvre officiellement son premier bureau à Oakland. Il entreprend quelques mois après sa création une campagne de patrouilles visant à surveiller les agissements de la police de la ville. L’action est censée répondre au septième point de son programme : « Nous exigeons la fin immédiate des brutalités policières et des assassinats de Noirs ». Les Black Panthers s’inspirent d’actions équivalentes menées l’été précédent dans le quartier de Watts en Californie. Des « Patrouilles d'alerte des citoyens noirs » (Negro Citizen Alert Patrols) s’étaient organisées en équipant des véhicules de scanners destinés à écouter et suivre les voitures de la police de Los Angeles. Munies de livres de droit et de magnétophones, les patrouilles s'assuraient de la légalité de chacune des interventions des forces de l’ordre. L’opération avait cependant dû être interrompue après que la police a eu détruit les appareils d’enregistrement et dispersé les patrouilles par la force[13].

Les Black Panthers ajoutent un élément à la panoplie initiale du groupe de Los Angeles, en armant les participants des rondes de surveillance de la ville d’Oakland. L’objectif du groupe est toutefois de rester dans le strict cadre de la légalité. Il s'appuie sur le Deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique et la législation de l’État de Californie pour justifier le port d'armes non dissimulées de ses membres[14]. Ces derniers reçoivent une formation sur les droits constitutionnels fondamentaux en matière d'arrestation et de port d'armes.

Marche sur l’Assemblée de Californie[modifier | modifier le code]

Pour répondre à l’initiative des Black Panthers, le député républicain Dom Mulford présente un projet de loi visant à réglementer le port d'armes dans l’État de Californie. En guise de protestation, trente membres des Black Panthers se réunissent le 2 mai 1967 devant le capitole de Californie et pénètrent armés dans la galerie des visiteurs[15]. Plusieurs membres du groupe, dont Bobby Seale sont arrêtés puis condamnés à six mois de prison. L'image de la milice armée pénétrant dans l'Assemblée fait le tour du pays, contribuant à élargir l’audience, jusqu’alors très locale, de l’organisation. Plusieurs sections sont créées à l'Ouest (Los Angeles) comme à l'Est du pays (New York, Détroit)[16].

La campagne de libération de Newton[modifier | modifier le code]

Les heurts avec la police se multiplient à mesure que la notoriété du Parti progresse. Le 28 octobre 1967, une fusillade éclate suite au contrôle du véhicule de Huey Newton ; l’officier John Frey est tué, un autre officier, Herbert Heanes, blessé. Newton reçoit quatre balles dans l’abdomen. Conduit à l’hôpital par un ami, il y est arrêté par la police et accusé d’homicide volontaire[17].

Une campagne, intitulée « Libérez Huey ! » (Free Huey !), est organisée par le Black Panther Party. Orchestrée par Kathleen et Eldridge Cleaver, deux nouveaux venus dans l’organisation, elle atteint rapidement une dimension nationale et permet le rapprochement avec des organisations de la mouvance radicale américaine[17]. Cleaver n’est pas étranger à ce développement. Après avoir purgé neuf ans de prison pour viol et tentative de meurtre[18], il écrit dans la revue Ramparts, associée à la Nouvelle Gauche américaine. Il choisit d’adhérer au parti après avoir vu les Black Panthers organiser de manière spectaculaire l’escorte de Betty Shabbaz, la veuve de Malcolm X, depuis l’aéroport de Los Angeles jusqu’au siège du magazine[19]. Il devient « ministre de l'information » et rédacteur en chef du journal du Black Panther Party.

Travail communautaire[modifier | modifier le code]

Le parti a lancé une variété de programmes communautaires, initialement dans la région d'Oakland, incluant un programme de dépistage de la drépanocytose - et développant une analyse politique de cette maladie [20].-, des cliniques gratuites et des distributions de nourriture. Le programme qui a été de loin le plus populaire et qui a eu le plus de succès est sans doute le « Free Breakfast for Children Program », initialement d'une église de San Francisco et qui a nourri des milliers d'enfants durant l'histoire du parti[réf. nécessaire].

Les Black Panthers ont aussi offert de nombreux autres services gratuits tels que des vêtements, des cours de politique et d'économie, des cliniques médicales, des leçons d'autodéfense et de premiers soins, transports vers les prisons pour les membres de la famille des détenus, un programme de soins ambulatoires d'urgence, mesures de réhabilitation à l'alcoolisme et à la toxicomanie. Ces cliniques gratuites, qui offraient vaccination, dépistage de la drépanocytose, et autres soins de base, offraient également un cadre politique d'analyse concernant les discriminations en matière de santé[20]. Fonctionnant avec des employés à mi-temps et des bénévoles, elles plaçaient la santé dans un contexte social plus large, offrant par exemple des services d'aide juridictionnelle afin d'aider les Noirs à trouver de la nourriture ou un logement[20]. En raison du faible nombre de médecins noirs à l'époque (environ 3 % des médecins[20]), ainsi que du parti-pris multi-racial des Panthers, la plupart des médecins de ces cliniques étaient Blancs, une partie d'entre eux s'étant engagé dans le mouvement des droits civiques lors de la campagne de 1964 des Freedom Summers[20]. Les Panthers ont permis à plus de 500 000 Afro-Américains de bénéficier d'un dépistage de cette maladie, avant qu'il ne soit reconnu par les établissements médicaux qu'elle affecte presque exclusivement les membres de la communauté noire[réf. nécessaire]. Afin de sensibiliser l'opinion, les Panthers participent même à une émission du Mike Douglas Show (en) aux côtés de John Lennon et de Yoko Ono afin de demander davantage d'études sur cette maladie [21]. Selon A. Nelson, auteur de Body and Soul : The Black Panther Party and the Fight Against Medical Discrimination (2011):

« On comptait entre douze et quinze cliniques. Suite à la fondation du Parti émergèrent des cellules locales auxquelles le siège cherchait à faire adopter les directives nationales. Ces cellules étaient censées ouvrir une clinique, lancer un programme de distribution de petits-déjeuners et vendre des journaux. Si, en 1966, le manifeste en dix points des Panthers ne comportait qu’une vague référence à la santé, toutes les cellules locales étaient censées avoir ouvert leur clinique dès 1969, de sorte qu’en 1972 le nouvel article 6 du manifeste révisé en dix points traitait uniquement des soins médicaux, accordant ainsi à la santé beaucoup plus d’importance dans l’œuvre politique du Parti[20]. »

Au moins l'une de ces cliniques, le Carolyn Downs Medical Center à Seattle, existe toujours [21]. La clinique Common Ground, fondée à La Nouvelle-Orléans après l'ouragan Katrina de 2005, l'a été par un ex-Black Panther, Malik Rahim [21],[20].

Le parti a aussi combattu l'usage de drogues dans la communauté Afro-Américaine en arrêtant des opérations des trafiquants de drogue et en menant des campagnes d'information contre la drogue.

Activités électorales et rapports avec le SNCC[modifier | modifier le code]

Le Black Panther Party conclut une alliance électorale avec le Peace and Freedom Party (Parti Paix et Liberté), une coalition d’organisations de gauche qui se distingue alors par son opposition à l’intervention américaine au Viêt Nam. Malgré son jeune âge, Eldridge Cleaver qui a alors 34 ans devient le candidat du PPL pour l'élection présidentielle de 1968[22].

L'alliance des Panthers avec des organisations à majorité blanche est pour beaucoup dans l'échec du rapprochement avec le Student Nonviolent Coordinating Committee amorcé au cours de l'année 1967. Les principaux leaders du SNCC, Stokely Carmichael, James Forman et H. Rap Brown sont nommés à des postes clés de l'organisation en février 1968. La jonction ne dure cependant que quelques mois avant d’éclater, butant sur l’intransigeance du nationalisme noir prôné par le SNCC[23].

COINTELPRO et la répression du mouvement[modifier | modifier le code]

Le 8 septembre 1968, le directeur du FBI, Edgar Hoover, qualifia le BPP de « menace la plus sérieuse à la sécurité interne du pays » [24]. Les Black Panthers furent ainsi particulièrement ciblé par le programme de contre-insurrection COINTELPRO du FBI, qui tentait systématiquement d'interrompre les activités et de dissoudre le parti. COINTELPRO y arrivait par infiltration, propagande publique et la provocation de rivalités entre factions et ce principalement par l'envoi de lettres anonymes ou falsifiées. La police retenait le groupe par des poursuites interminables, des fusillades, des assassinats, des enquêtes, de la surveillance et des dirty tricks. Selon l'historien Ward Churchill, 27 Black Panthers furent ainsi assassinés entre 1968 et 1976[25]. En 1969, la police avait conduit plus de 13 raids sur des locaux du parti, et à la fin de l'année, on estimait que 30 Black Panthers risquaient la peine de mort; 40 la perpétuité; 55 des peines de prison allant jusqu'à 30 ans; et encore 155 étaient soit incarcérés, soit recherchés[24].

En avril 1969, 21 cadres de la section de la Côte Est (en particulier de New York), dont Kuwasi Balagoon, Sundiata Acoli, Sekou Odinga ou Afeni Shakur, la mère du rappeur Tupac Shakur, sont arrêtés et inculpés d'« association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes ». Les Panther 21 feront l'objet d'une intense campagne de soutien populaire, à laquelle participeront par exemple des membres de l'agence cinématographique Newsreel, le chef d'orchestre Leonard Bernstein ou encore le Weather Underground, avant d'être tous acquittés en mai 1971. Suite à une lettre critique envers la direction du BPP, ils seront exclus du parti par Huey Newton. Peu de temps après l'arrestation des 21 Panthères, l'organe de presse des Black Panthers annonce en juin 1969 la création de la Rainbow Coalition avec les Young Lords (chicanos), la Young Patriots Organization (en) (groupe blanc des Appalaches), Rising Up Angry, et d'autres collectifs.

Lors de l'une des plus notoires de ces actions, le FBI et la police de Chicago ont pris d'assaut le 4 décembre 1969 le domicile de l'organisateur talentueux et charismatique des Panthers Fred Hampton, qui avait participé à la mise en place de la Rainbow Coalition et négociait une alliance avec le gang de Chicago Black P. Stones. Les personnes dans la maison, endormies lors de l'assaut, avaient été préalablement droguées par l'informateur du FBI William O'Neal. Hampton fut tué par balles ainsi qu'un autre cadre du BPP, Mark Clark. D'autres furent blessés, et les survivants battus puis accusés de tentatives de meurtre. Les charges furent abandonnées en 1972 à la suite d'un règlement à l'amiable, au cours duquel les charges contre des policiers pour obstruction d'enquête furent également abandonnées. En 1982, les familles des victimes reçurent plus d'un million de dollars en réparations.

Quatre jours après ce raid meurtrier, une opération analogue fut menée à Los Angeles contre Geronimo Pratt (en), mais échoua. Cette fois-ci éveillés, les Panthères se défendirent arme à la main, avant d'être arrêtées et mis en détention provisoire. Les opérations supervisées par le FBI se multiplièrent dans le pays, à tel point qu'en 1970, le maire de Seattle Wesley Uhlman (en) refusa tout raid de ce genre en déclarant que « nous n'aurons aucun raid du style de la Gestapo contre quiconque »[26].

Le meurtre de Hampton et Clark suscita d'immédiates protestations des Weathermen, qui incendièrent plusieurs voitures, et marqua un tournant dans leur stratégie concrétisé lors du Conseil de guerre de Flint (en) de fin décembre 1969, lors duquel ils décidèrent d'entrer dans la clandestinité afin de lutter aux côtés des Black Panthers. Outre les Weathermen, d'autres groupes blancs furent constitués pour lutter aux côtés des Black Panthers, dont le White Panther Party (en). Le slogan Black Power ne signifiait en effet, pas, à l'origine, pour le Black Panther Party un séparatisme racial complet, mais plutôt l'organisation non-mixte afin d'éviter toute domination insidieuse des Blancs sur les Noirs, qui allait de pair avec la création d'autres groupes organisés selon le même principe (Weathermen et White Panthers, mais aussi American Indian Movement qui fut lui aussi particulièrement touché par les assassinats menés dans le cadre de COINTELPRO, etc.). Kathleen Cleaver, ex-militante du SNCC et première femme du comité central du Black Panther Party, affirmait ainsi :

« [Nous] considérions que nous n'avions pas le même rapport à l'Etat [que les Blancs] et que nous n'avions donc pas à appartenir aux mêmes organisations. [Nous plaidions cependant pour] une relation de coalition, de collaboration : œuvrer ensemble, partager nos ressources, s'appuyer mutuellement lors de projets spécifiques mais ne pas faire partie de la même organisation. (...) Nous imaginions que si des Blancs faisaient partie des mêmes groupes que nous, ils en prendraient la direction (...) Or, comment faire pour se libérer de ce genre de domination, lorsque l'on fait partie de ceux qui ont été asservis, de ceux qui ont été exclus, opprimés, colonisés tout au long de l'histoire[27] »

Les membres Bunchy Carter et John Huggins furent tués sur le campus de l'UCLA en 1969 lors d'un autre incident. Bien qu'ils aient été tués par un groupe rival nommé US (United Slaves) créé par Maulana Karenga, le directeur local du COINTELPRO a revendiqué les meurtres dans des notes internes du FBI, y affirmant qu'une série de documents falsifiés provenant de son bureau avaient mené directement à la fusillade : le FBI avait écrit des fausses lettres au nom des Black Panther et des United Slaves afin d'envenimer l'atmosphère [28].

Pendant qu'une partie de l'organisation participait ou était proche des services sociaux des gouvernements locaux, un autre groupe avait constamment des démêlés avec la police. La séparation entre l'action politique, l'activité illégale, les services sociaux, l'accès au pouvoir et la recherche d'identité est devenue floue et bizarrement contradictoire.

Déclin et désintégration[modifier | modifier le code]

La destruction du Parti est due aux dépenses légales et aux dissensions internes accentuées par COINTELPRO. En 1971, la direction nationale, avec Huey Newton à sa tête, exclut la section internationale du parti, dirigée par Eldridge Cleaver, ainsi que les sections de New York et de Los Angeles[24]. Les exclus étaient en faveur d'une voie révolutionnaire, et plusieurs d'entre eux rejoignirent la Black Liberation Army[24], tandis que d'autres (par exemple Eldridge Cleaver) ont repris une politique plus modérée, pacifique. Divers membres sont restés plusieurs années en prison à la suite des dossiers du COINTELPRO, dont certains demeurent incarcérés aujourd'hui (outre Mumia Abu-Jamal, toujours dans le couloir de la mort, on peut citer Mondo we Langwa et Ed Poindexter, condamné dans les mêmes circonstances que Geronimo Pratt (en) - voir l'affaire Rice/Poindexter (en), Sundiata Acoli, l'un des Panther 21 condamné en même temps qu'Assata Shakur, etc.).

Un groupe s'appelant le New Black Panther Party a émergé de la Nation of Islam plusieurs décennies après la chute des Black Panthers originaux. Des membres du Black Panther Party original les ont publiquement et durement critiqués. Par exemple, la Dr Huey P. Newton Foundation insiste sur le fait qu'il « n'y a pas de nouveau Black Panther Party »[réf. nécessaire]. Une nouvelle National Alliance of Black Panthers a été formée le 31 juillet 2004, inspirée par l'activisme de l'organisation initiale, mais non autrement reliée. Leur présidente est Shazza Nzingha.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tom Van Eersel, Panthères noires. Histoire du Black Panther Party, Éditions l’Echappée, 2006, p. 33.
  2. Jeffrey Ogbonna Green Ogbar, Black Power : Radical Politics and African American Identity, JHU Press, 2005, p. 96.
  3. Ogbar (2005), p. 126.
  4. Van Eersel (2006, p. 33 et s.
  5. Van Ersel (2006), p. 34.
  6. Van Eersel (2006), p. 34.
  7. Van Eersel (2006), p. 43.
  8. Dan Berger, Weather Underground. Histoire explosive du plus célèbre groupe radical américain, éd. L'Échappée, 2010, p. 106
  9. Philip F. Soner, « Introduction » à Les Panthères noires parlent, François Maspero, 1971, p. 16.
  10. Nicole Bacharan, Histoire des Noirs américains au XXe siècle, Éditions Complexe, Paris, 1994, p. 187.
  11. Nicole Bacharan (1994), p. 187.
  12. Henry Hampton et Steve Fayer, Voices of freedom. An oral history of the civil rights movement from the 1950s to the 1980s, New York : Bantam Books, 1990, p. 277. Cité dans Nicole Bacharan (1994), p. 188.
  13. Van Eersel (2006), p. 51.
  14. Nicole Bacharan (1994), p. 196.
  15. Van Eersel (2006), p. 58.
  16. Soner, p. 23.
  17. a et b Ogbar, p. 88.
  18. Bacharan (1994), p. 197
  19. Bacharan (1994), p. 197.
  20. a, b, c, d, e, f et g P. Peretz, Race et santé dans l’Amérique contemporaine - Entretien avec Alondra Nelson, La Vie des idées, 21 février 2012 (autour de l'ouvrage de Nelson, Body and Soul : The Black Panther Party and the Fight Against Medical Discrimination, University of Minnesota Press, 2011).
  21. a, b et c Alessandra Nelson, Black Berets, White Coats : The Black Panther Party for Medical Self-Defense, blog de l'auteur, 31 octobre 2011
  22. Soner (1971), op. cit., p.  25.
  23. Soner (1971), op. cit., p.  26.
  24. a, b, c et d Akinyele Omowale Umoja, « Repression Breeds Resistance. The Black Liberation Army and the Legacy of the Black Panther Party », in Liberation, imagination, and the Black Panther Party: a new look at the Panthers and their legacy, ed. Kathleen Cleaver, George N. Katsiaficas, Routledge, 2001, p. 3-20 [lire en ligne]
  25. Cité p. 107 (chap. III) in Dan Berger, Weather Underground. Histoire explosive du plus célèbre groupe radical américain, éd. L'Echappée, 2010
  26. Ward Churchill, Jim Vander Wall, The COINTELPRO Papers: Documents from the FBI's Secret Wars Against Dissent in the United States, South End Press, 2002, p. 143
  27. Kathleen Cleaver, entretien avec Sam Green et Bill Siegel (auteurs du documentaire The Weather Underground), cité par Dan Berger, Weather Underground. Histoire explosive du plus célèbre groupe radical américain, éd. L'Echappée, 2010, chap. I, p. 60
  28. Dan Berger, Weather Underground. Histoire explosive du plus célèbre groupe radical américain, éd. L'Echappée, 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications du Black Panther Party[modifier | modifier le code]

  • Michael « Cetewayo » Tabor, « Capitalisme plus came égale génocide », revue Gruppen n°9, GRUPPEN Éditions, Paris, 2014.

Sur le Black Panther Party[modifier | modifier le code]

  • (en) Curtis J. Austin, Up against the wall : violence in the making and unmaking of the Black Panther Party, Fayetteville : University of Arkansas press, 2006, (ISBN 978-1-55728-827-1)
  • Eldridge Cleaver, Panthère noire (Soul on Ice), Paris, Éditions du Seuil, 1970, coll. « Combats », 219 p.
  • (en) Kathleen Cleaver and George Katsiaficas (dir.), Liberation, imagination and the Black Panther party : a new look at the Panthers and their legacy, New York, Routlege, 2001
  • (en) Jeffrey Ogbonna Green Ogbar, Black Power : Radical politics and African American identity, JHU Press, 2005, (ISBN 978-0801882753)
  • (en) Murray Kempton, The Briar Patch : the trial of the Black Panther 21, Da Capo Press, New York, 1997
  • (en) Jama Lazerow et Yohuru Williams, In search of the Black Panther Party : new perspectives on a revolutionary movement, Durham : Duke University Press, 2006, (ISBN 9780822338901)
  • (en) Jane Rhodes, Framing the Black Panthers : the spectacular rise of a Black power icon, New York : New Press, 2007
  • Bobby Seale, A l’affût. Histoire du parti des Panthères noires et de Huey Newton, Paris, Gallimard, 1972, 369 p.
  • Stephen Shames et Charles E. Jones, Black Panthers, La Martinière, 2006
    Ouvrage de photographies prises entre 1967 et 1973, préfacé par Bobby Seale
  • Tom Van Eersel, Les Panthères Noires, L'Echappée, 2006

Témoignages[modifier | modifier le code]

  • Les Panthères noires parlent. Documents rassemblés et présentés par Philip. S. Foner, F. Maspero, Paris, 1971
  • Earl Anthony, Prenons les armes !, Présence africaine, 1971.
  • George Jackson, Les Frères de Soledad, Gallimard, 1971.
  • Bobby Seale, Seize the time, Black Classic Press, 1968 (Réimpression 1997)
  • John Lewis, Walking with the wind : : a memoir of the movement, Simon and Schuster, 1998 (ISBN 0684810654), 353 p.

Panther - Mario van Peebles (1995)

  • Eldridge Cleaver, Black Panther, Klein William, Alger, ONCIC, 35 mm, couleur, 75 min, 1970.
  • All power to the People: The Black Panther Party and Beyond, Lew-Lee Lee, États-Unis, 1996, 1 h 56 min.
  • Black Panthers, Case Georges, États-Unis, 1991, 80 min.

Liens externes[modifier | modifier le code]