Lyon pendant la Seconde Guerre mondiale

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Lyon durant la Seconde Guerre mondiale, est située en zone libre jusqu'en 1942. Très proche de la ligne de démarcation, la ville accueille de nombreux réfugiés et devient un foyer de résistance. Particulièrement marquée par la répression, Lyon est finalement libérée le 3 septembre 1944.

Lyon sous l'occupation[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative des victimes des nazis enfermés à la prison Montluc

Durant la « drôle de guerre », Lyon, comme l'ensemble de la France, ne change pas particulièrement ses habitudes, les seuls signes tangibles de la guerre sont des distributions de masques à gaz et la préparation d'abris. Le 10 mai 1940, l'offensive allemande avec le bombardement de l'aéroport de Bron réveille brusquement les consciences. Le 15 juin, alors que Paris est prise, l'évacuation des plus jeunes est décidée, et trois jours plus tard, la ville a perdu la moitié de sa population. Ce même jour, le maréchal Pétain accorde le statut de ville ouverte à Lyon, pour lui éviter les combats, à la demande d'Herriot qui avait été contacté par le préfet Émile Bollaert estimant que toute résistance serait inutile[1]. Le lendemain, la ville est occupée[2].

Après le retrait des Allemands, Lyon est, avec Marseille, la principale ville de la zone libre. Un grand nombre de Parisiens et d'institutions viennent s'y réfugier. Mais le nouveau régime ne la choisit pas comme capitale, l'orientation politique de sa population ne correspondant pas à l'esprit des dirigeants du pays. Cette méfiance se manifeste rapidement. Le 20 septembre, le conseil municipal est supprimé par décret et remplacé par une délégation nommée par le ministre de l'intérieur. La ville est étroitement surveillée par le nouveau préfet, Angéli[N 1],[a 1].

En 1940, la grande majorité de la population lyonnaise est fidèle sinon au régime de Vichy, au moins à son chef le maréchal Pétain. Une grande foule se masse pour l'accueillir lors de sa visite de novembre 1940. Le journal le Nouvelliste devient un inconditionnel du maréchal et de son régime, et le suivra jusqu'au bout. Quant au Progrès, il salue l'homme mais ne veut pas abandonner son soutien aux valeurs démocratiques. Il s'éloigne donc très vite de la politique pour se cantonner au quotidien, jonglant le plus longtemps possible avec les impératifs de la censure.

Dès 1941, les rapports du commissaire spécial montrent une érosion dans la confiance que porte la population au gouvernement. De plus en plus considéré comme inféodé aux allemands, le régime déçoit de nombreux lyonnais, les deux grands tournants étant la grande rafle des juifs étrangers du 20 août 1942[3] et surtout l'invasion de la zone sud en novembre 1942[a 2]. Le Progrès décide d'arrêter sa parution, refusant davantage de compromission, et plusieurs de ses employés se tournent vers le soutien à la Résistance.

En 1943, la population lyonnaise, dans sa grande majorité, ne croit plus en Vichy et est persuadée que l'Allemagne va perdre la guerre. Le soutien à la Résistance se développe fortement et en face, la répression nazie devient de plus en plus arbitraire, avec les fusillés de Montluc[N 2]. En tout, plus de 2 000 personnes sont exécutées pendant la guerre[a 3]. Les actions contre les Juifs continuent, comme lors de la rafle des Villeurbannais, le 1er mars 1943.

Pendant l'été 1944, les conflits entre les forces de police ou les allemands et les résistants deviennent quotidiens, certains souhaitant que Lyon se libère d'elle-même. Après l'échec de plusieurs jours de lutte entre le 24 et le 27 août à Villeurbanne, l'armée allemande se retire le 3 septembre devant l'avancée des alliés. Le jour même, des FFI prennent possession de la préfecture et de l'hôtel de ville. Le 2 septembre, en effet, une patrouille de la 45e division d'infanterie américaine fait une incursion dans la ville. Le lendemain, Lyon est officiellement libérée par la 1re division blindée française[p 1].

Lyon et la Résistance[modifier | modifier le code]

Statue commémorative de Jean Moulin à Caluire-et-Cuire

À Lyon et dans sa région, dès 1940, des personnes se regroupent, le plus souvent par connaissance, pour réfléchir aux moyens de poursuivre la lutte. Les premières actions consistent à réveiller les consciences au moyen de tracts. Pour certains, ces tracts deviennent des journaux et c'est autour des rédacteurs que naissent les premiers embryons de la Résistance. Ainsi apparaissent le Coq enchaîné, œuvre de radicaux et de socialistes (dont Louis Pradel), Franc-Tireur, qui étend progressivement son influence sur toute la zone sud et comprend Auguste Pinton, Henri Deschamps ou Elie Péju, et Combat, issu de la fusion en 1941 de deux autres feuilles[a 4]. Pour plusieurs de ces journaux, et surtout Franc-Tireur, l'aide de membres (dont Georges Altman et Yves Farge) du Progrès se révèle précieuse.

En 1942, la Résistance est très active à Lyon. Les groupes, comme les journaux, y sont nombreux et représentent toutes les tendances politiques ou intellectuelles[4]. Tous les mouvements de Résistance de la zone libre ont installé leur quartier général dans la ville[5]. « On ne pouvait pas faire dix mètres sans se heurter à un autre camarade de clandestinité qu'il fallait ignorer jusqu'à ce qu'on se précipite sur lui une heure après comme un frère. », en témoigne François Morin[a 5]. C'est à Lyon que se nouent les liens entre la Résistance intérieure et la France libre, qui aboutiront à l'unification des mouvements sous l'égide de Jean Moulin.

Parmi les croyants, bien peu réprouvent le régime et appellent à continuer la lutte contre les nazis en 1940 et 1941. Les autorités adhèrent sans beaucoup de réserves aux discours et aux actes de Vichy durant les deux premières années[b 1]. Le tournant sera, pour la majorité des catholiques ou protestants, les mesures antisémites proprement françaises de 1942[b 2]. Même si les protestations du Cardinal Gerlier lues en septembre 1942 dans toutes les églises sont moins fermes que d'autres, il couvre à partir de ce moment là les actions des résistants catholiques, que ce soit pour la diffusion de journaux, la cache de juifs ou de réfractaires du Service du travail obligatoire[a 6].

La libération de Lyon

L'année 1943 est celle de la lutte active entre la Résistance et les services de l'occupant ou de Vichy. À Lyon, le dirigeant de la Gestapo est Werner Knab, secondé par August Moritz et Klaus Barbie ; ils sont activement soutenus par la Milice, dirigée à Lyon par Paul Touvier[a 6]. Malgré quelques succès de ces derniers, tels l'arrestation de Jean Moulin en juin 1943 et une vague d'arrestations en mars 1944 parmi les dirigeants locaux des Mouvements unis de la Résistance (MUR) ; ils ne peuvent empêcher le développement du mouvement, surtout après la mise en place du STO, qui entraine de nombreux réfractaires vers la Résistance. Les attentats et sabotages sont quotidiens au cours des années 1943 et 1944[a 2].

Le pont Tilsitt détruit par les Allemands en 1944

En 1943, progressivement, les instances de direction de la Résistance passent à Paris. En mai, le Conseil national de la Résistance y commence ses réunions. À partir d'août, le comité directeur des MUR quitte Lyon pour Paris. Lyon reste toutefois une plaque tournante importante des réseaux d'opposants[a 7].

La ville est libérée le 3 septembre 1944 par la fuite de l'armée allemande qui laisse presque tous les ponts détruits. Le jour même, Yves Farge, désigné Commissaire de la République, Justin Godart, maire provisoire, et Alban Vistel (commandant militaire de la région de Lyon) proclament le rétablissement de la République. Le général de Gaulle arrive le 14 septembre, et souligne dans un discours le rôle fondamental de la ville dans la Résistance en lui décernant le jour même le titre de « capitale de la Résistance »[a 3].

L'épuration est menée initialement par des combattants de l'ombre sous forme d'exécutions sommaires, mais Yves Farge s'attache à mettre en place et faire fonctionner correctement les organes officiels de la Justice : Cours martiales puis Cours de justice et Chambres civiques. L'épuration comprend au total 272 exécutions et environ 2600 condamnations diverses pour le département du Rhône. La presse est entièrement supprimée pour collaboration, à l'exception du Progrès[a 8].

Le rabbin David Feuerwerker, devient grand-rabbin de Lyon à la libération de la ville en septembre 1944, à laquelle il participe en tant que Capitaine-Aumônier des Forces françaises de l'intérieur. Ill est également Capitaine-Aumônier de la Place de Lyon et de la Division Alpine (27e brigade d’infanterie de montagne). Il intervient à la cérémonie commémorant la Libération de Lyon, sur la place Bellecour[6].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Alexandre Angéli est condamné à mort lors d'un premier procès à la libération, puis voit sa peine être réduite à quatre ans de prison lors d'un second.
  2. À partir d'avril 1944, les Allemands exécutent des groupes de prisonniers, de plus en plus nombreux. On peut citer les 115 abattus à l'aérodrome de Bron, les 120 dans une boucherie de Saint-Genis-Laval ou les cinq résistants tués sur la Place Bellecour, et dont les corps sont laissés visibles plusieurs heures.

Références[modifier | modifier le code]

Sont présentées ici les références servant de sources directes à l'article.

  • André Pelletier, Jacques Rossiaud, Françoise Bayard et Pierre Cayez, Histoire de Lyon : des origines à nos jours, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, Lyon, 2007, 955 p. (ISBN 978-2-84147-190-4), présentation en ligne
  1. page 840
  2. a et b page 844
  3. a et b page 849
  4. page 842
  5. page 843
  6. a et b page 847
  7. page 845
  8. page 875
  • Jacques Gadille, René Fédou, Henri Hours, Bernard de Vregille (s.j.), « Le diocèse de Lyon », dans Histoire des diocèses de France, tome 16, Beauchesne, 1983, 350 p., (ISBN 2-7010-1066-7)
  1. page 277
  2. page 279
  • Stéphane Simonnet, Atlas de la Libération de la France, éd. Autrement, Paris, 1994, réimp. 2004 (ISBN 2-7467-0495-1)
  1. page 32

Autre références[modifier | modifier le code]

  1. Lyon et sa région en juin 1940, Musée d'histoire militaire de Lyon
  2. L'ouvrage de Gérard Chauvy : Lyon 1940-1947 - L’Occupation. La Libération. L'épuration, Perrin, 2004, Paris, 395 p., (ISBN 2-262-01998-3) est une solide référence de cette période.
  3. Sur la répression antisémite à Lyon, consulter, entre autres, Laurent Douzou dir., Bénédicte Gavand, Anne-Claire Janier-Malnoury, Voler les juifs ; Lyon, 1940-1945, hachette, 2003, Paris, 341 p., (ISBN 2-0123-5613-3)
  4. Un inventaire très complet de tous les hommes et les femmes engagés dans la résistance à Lyon et sa région est fait par Bruno Permezel dans : Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours - 2824 engagements, BGA Permezel, 2003, Lyon, 740p., (ISBN 2-909992-91-8)
  5. Une synthèse très riche des mouvements de résistance lyonnais peut être consulté dans : Marcel Ruby, Résistance et Contre-Résistance à Lyon et en Rhône-Alpes, Horvath, 1995, Lyon, 731 p., (ISBN 2-7171-0882-3)
  6. Le Grand-Rabbin de Lyon Richard Wertenschlag rappelle que son père lui parlait toujours de cette occasion.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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