Consistoire central israélite de France

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Consistoire central israélite de France
1806 : Napoléon rétablit le culte israélite
1806 : Napoléon rétablit le culte israélite

Création 1808
Siège Drapeau de la France 17 r St-Georges 75009 Paris
Membres 18 Consistoires Régionaux[1]
Président Joël Mergui
Site web http://www.consistoirecentral.fr


Le Consistoire central israélite de France est l'institution créée en 1808 par Napoléon Ier pour administrer le culte israélite en France, sur le modèle des deux autres religions officielles (catholique et protestante). Il nomme le grand rabbin de France.

Il demeure l'institution officiellement représentative de la religion juive de France. Il ne faut pas le confondre avec le Conseil représentatif des institutions juives de France qui est une association dont la vocation est de représenter toutes les tendances de la communauté juive française auprès des pouvoirs publics.

Son président est Joël Mergui.

Institution[modifier | modifier le code]

En février-mars 1807, l'empereur Napoléon Ier suscite la création d'un Grand Sanhédrin réunissant soixante-et-onze rabbins dans le but de définir les principes du culte israélite et de lui donner une institution officielle en France.

Le Consistoire central fut institué par le décret impérial du 15 mars 1808 portant statut, pris en application de la loi sur l'organisation des cultes, qui établit aussi sept consistoires départementaux. Les sept consistoires régionaux sont à l'origine situés à Paris, Marseille, Bordeaux, Metz, Nancy, Strasbourg et Wintzenheim. Les Consistoires sont composés de laïcs qui nomment les rabbins et administrent le culte. Le Consistoire central est installé officiellement le 10 novembre 1808 par le préfet de la Seine. Les premiers grands-rabbins du Consistoire Central sont David Sintzheim de Bischheim, Segré et Cologna tous deux italiens de Verceil et de Mantoue tandis que Michel Seligmann était le premier grand rabbin de Paris. Les laïcs sont Jacob Lazard et Baruch Cerfberr, le fils de Cerf Berr.

C'est une institution officielle dont l'organisation centralisée, publique et unitaire est calquée sur celle de l'Église catholique de France, sur celle du consistoire protestant, et plus généralement sur les autres grands corps de l'État dans la tradition du droit public français. Il adopta pour devise Religion et Patrie.

À partir de 1831, les rabbins sont salariés par l'État.

Les consistoires israélites sont réorganisés par l'ordonnance du 25 mai 1844, puis constitués définitivement par les décrets du 29 août 1862 et du 12 septembre 1872.

Selon Hubert de Beaufort, "le Consistoire central est à la fois le parlement et l'organe exécutif de la communauté juive : il transmet ses directives aux consistoires régionaux et reçoit, par leur intermédiaire, compte rendus ou informations sur les problèmes de la communauté"[2].

Troisième République[modifier | modifier le code]

À la suite de la séparation des Églises et de l'État en 1905, l'institution publique officielle du Consistoire cesse d'exister : les différentes communautés juives de France se sont constituées en associations cultuelles israélites et se sont regroupées au sein de l'Union des communautés juives de France, en gardant cependant la dénomination de Consistoire central.

Deuxième guerre mondiale et occupation allemande[modifier | modifier le code]

Pendant l'occupation, le maréchal Pétain et le gouvernement de Vichy continuent à maintenir et protéger le Consistoire central, même si le statut des Juifs, très défavorable pour eux, est publié par les autorités de Vichy dès octobre 1940. Le baron Édouard de Rothschild, président du consistoire central, parvient à obtenir un sauf-conduit pour franchir la frontière espagnole le 23 juin 1940 et se réfugier avec son cousin Robert de Rothschild, président du consistoire de Paris, aux États-Unis. Jacques Helbronner (1873-1943), ancien conseiller d'État, devient président du Consistoire central.

Le 21 novembre 1941, un décret prononce la dissolution de toutes les organisations juives, à l'exception des Institutions consistoriales, et attribue leurs biens à l'Union générale des Israélites de France (UGIF), crée le 29 novembre pour promouvoir et défendre les intérêts matériels et moraux des Français de confession ou d'origine israélite. L'UGIF absorba les diverses organisations d'aide sociale juive avec leur personnel. Au niveau interne, son fonctionnement se révéla très difficile, d'abord à cause de la guerre, ensuite à cause des rivalités entre le président Lévy et le directeur général Raoul Lambert. En outre, il fallait administrer et diriger deux sections différentes : le Nord (zone occupée) et le Sud (zone libre). Sur le plan politique, Helbronner et le Consistoire considéraient l'UGIF comme un simple exécutant devant assurer les questions d'intendances. Les choses se compliquèrent encore plus lorsque, le 17 décembre 1941, le Militärbefehlshaber exigea de l'UGIF une amende d'un milliard de francs, somme impossible à rassembler. En effet, le gouvernement français refusait d'autoriser un prélèvement obligatoire sur chaque Juif, et l'UGIF dut attendre 1943 pour mettre en place une taxe individuelle et annuelle, allant de 120 à 320 Francs. En attendant, l'UGIF dût recourir à des prêts et les Allemands se contenter du quart de la somme exigée. En 1942, l’UGIF possédait des bureaux dans quatorze villes de la zone nord, dont Paris, et dans vingt-sept villes de la zone sud, dont Vichy. Il faut ajouter, à Paris et en banlieue, quelques dizaines d’établissements à caractère social (cantines, ouvroirs, dispensaires, écoles, patronages, etc.) et, en zone sud, de nombreux homes d’enfants et des fermes-écoles, particulièrement dans le département de la Creuse. Les fonds, considérables, provenaient, pour la zone nord, principalement des biens confisqués aux juifs en exécution de la loi allemande et, pour la zone sud, de l’argent distribué par le 'Join (American Jewish Joint Distribution Committee[3]) pour compléter les dotations insuffisantes du gouvernement de Vichy. À la date du 9 février 1943, l’effectif de l’UGIF-Nord comptait neuf cent dix-neuf employés, parmi lesquels se trouvaient vingt huissiers. Les présidents de l'UGIF furent Albert Lévy, puis Raoul Lambert. Et à Paris Georges Edinger pour la zone occupée. Le vice-président fut André Bauer (arrêté et déporté en 1943). Les administrateurs délégué étaient : Marcel Stora (arrêté et déporté en 1943), remplacé par Albert Weil[2].

Jacques Helbronner est parti prenante du programme de redressement de la France consécutif à la défaite, et sa politique est d'assurer le plus possible la protection des Français juifs, aussi bien civils que militaires et prisonniers. Pour cela, il a de fréquents contacts avec le gouvernement de Vichy : il rencontre lui-même dix-sept fois le maréchal Pétain dans les années 1940-1942. Il se rend chaque année à Vichy, avec le grand rabbin de France, Isaïe Schwartz (1876-1952), qui est réfugié comme lui en zone libre à Limoges, pour présenter, comme chef d'un corps constitué, ses vœux au Maréchal Pétain avec le nouveau calendrier juif pour l'année à venir.

Le reproche qui a été fait à Helbronner et plus généralement à la politique du régime de Vichy, est d'avoir voulu assurer la protection et la sauvegarde des Juifs français, au détriment des Juifs étrangers originaires des pays d'Europe centrale, qui étaient très nombreux à s'être réfugiés en France avant et pendant la guerre.

En 1942, la zone libre est envahie par les Allemands et les Juifs y sont persécutés et arrêtés comme, déjà, ils l'étaient en zone occupée. Jacques Helbronner qui était à la tête du Consistoire central est arrêté le 28 octobre 1943 et meurt en déportation. Le grand rabbin de France Isaïe Schwartz doit se réfugier dans la clandestinité. Léon Meiss prend la succession de Jacques Helbronner[4].

Une nouvelle institution, le « Comité général de défense juive » est créé dans la clandestinité en juillet 1943. Selon la première charte élaborée, son objectif est le sauvetage des Juifs réfugiés en France, alors gravement menacés par l'occupation par l'Allemagne nazie et la faiblesse du gouvernement de Vichy. Cette nouvelle institution, qui va devenir le « Conseil représentatif des israélites de France » (CRIF), rassemble la plupart des divers mouvements activistes juifs athées de l'époque (communistes, bundistes et sionistes), avec la participation du Consistoire central. Les divers mouvements rédigent une nouvelle charte commune, qui sera le programme politique juif français pour l’après guerre[5].

Le Consistoire central depuis 1945[modifier | modifier le code]

En 1945, le Consistoire central, qui compte environ 75 associations cultuelles en métropole et en Algérie, cherche à atténuer les plaies du judaïsme. Il lutte contre l'indifférence religieuse, réintègre les israélites convertis pendant l'Occupation et apporte son aide aux petites communautés marquées par la guerre[6].

Lors de la décolonisation, il se trouve fortement mobilisé, en particulier avec l'arrivée dès 1962 de 120 000 Juifs algériens.

Rallié à l'État d'Israël depuis sa création, le Consistoire marque sa divergence avec le CRIF en s'en retirant en 2004, à la suite d'un désaccord au sujet de l'Initiative de Genève[7]

Rapprochement du Consistoire central et du Consistoire de Paris[modifier | modifier le code]

Le 11 mars 2014, le Consistoire central annonce dans un communiqué[8] le « rapprochement » entre le Consistoire central et le Consistoire de Paris[9], déjà présidés par la même personne Joël Mergui.

Sièges[modifier | modifier le code]

Les consistoires israélites français se composent d'un consistoire central dont le siège est à Paris, et de consistoires départementaux dont les sièges respectifs se situaient, à l'origine, dans les villes de Paris, Strasbourg, Wintzenheim (Haut-Rhin), Metz, Mayence, Nancy, Bordeaux et Marseille. Puis furent créés au cours du XIXe siècle les consistoires de Bayonne, de Besançon, de Vesoul, de Lille et de Lyon. Aujourd'hui, les consistoires de Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin sont toujours concordataires.

Organisation[modifier | modifier le code]

Chaque consistoire départemental se compose d'un grand rabbin et de quatre membres laïcs choisis dans l'assemblée des notables israélites locaux.

Le consistoire central, à Paris, réunit le grand rabbin de France et huit membres laïcs élus par les notables israélites des différents départements.

Le secrétaire général du Consistoire central de 1914 à 1958 fut le rabbin Marcel Sachs.

Présidents[modifier | modifier le code]

Joël Mergui, président depuis 2008.

Fonctions[modifier | modifier le code]

Chaque consistoire départemental administre les bâtiments[11] et les associations religieuses locales. Il délivre aux rabbins agréés les diplômes du premier degré.

Le consistoire central se charge de la haute surveillance des intérêts et du culte israélites, et délivre aux rabbins agréés les diplômes du second degré. Il donne aussi son avis en vue de la nomination des rabbins départementaux. Il lui est accordé droit de censure sur tous les rabbins des différentes classes.

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire biographique des rabbins et autres ministres du culte israélite. France et Algérie, du Grand Sanhédrin (1807) à la loi de Séparation(1905) . Berg International Éditeurs, Paris 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]

Joëlle Allouche-Benayoun et Laurence Podselver « Les mutations de la fonction rabbinique », éd .Observatoire du monde juif, Paris, 2003 (179 pages).

  1. Consistoire de France : Consistoires Régionaux
  2. a et b Hubert de Beaufort, Le Livre blanc. Une étude exhaustive de l'histoire de l'occupation de Bordeaux, chapitre 4.
  3. Fondé en 1914 par Felix Warburg
  4. Roger Berg, « Léon Meiss », sur le site du judaïsme d'Alsace et de Lorraine,‎ 18 mars 1966
  5. Samuel Ghiles-Meilhac, « De la discorde au fragile compromis », sur Bulletin du Centre de recherche français de Jérusalem,‎ 2009
  6. Consistoire de France : Historique
  7. Marc Hecker, La défense des intérêts de l’Etat d’Israël en France, Ed. L’harmattan, 2005.
  8. « Déclaration à l'issue du Conseil du Consistoire central », sur le site du Consistoire de Paris,‎ 11 mars 2014
  9. « L'élection du prochain Grand rabbin de France prévue le 22 juin », sur Le Figaro,‎ 11 mars 2014
  10. « Une histoire des communautés juives de France », sur site du Consistoire central
  11. synagogues et autres établissements religieux.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]