Les Aventures de Tom Sawyer

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Les Aventures de Tom Sawyer
Image illustrative de l'article Les Aventures de Tom Sawyer

Auteur Mark Twain
Genre Roman
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Éditeur Chatto and Windus, puis American Publishing Company
Date de parution 1876
Dessinateur True Williams
Série Tom Sawyer

Les Aventures de Tom Sawyer (The Adventures of Tom Sawyer) est le premier roman[1] de Mark Twain, publié en 1876, d'abord en Angleterre en juin puis aux États-Unis en décembre.

Mark Twain y raconte les péripéties d'un garçon du sud des États-Unis, Tom Sawyer, avant la guerre civile, dans la ville fictive de St. Petersburg, Missouri. Pour une part autobiographique, lieux, personnages et aventures sont inspirés de la vie de l'auteur, de sa famille et de ses camarades d'enfance.

Ce roman est le plus célèbre de Twain, et il est également son plus grand succès de librairie, de son vivant et jusqu'à aujourd'hui. Considéré comme un classique de la littérature de jeunesse, il serait plus exact, en suivant le jugement de l'auteur, de le qualifier de « roman pour enfants pour adultes »[2],[3]. Ce roman, avec d'autres de ses œuvres à caractère humoristique, a contribué à reléguer l'auteur dans des genres littéraires jugés mineurs et à négliger ses qualités et ses innovations littéraires. C'est seulement plusieurs décennies après sa mort que Twain a commencé à être lu comme un écrivain américain majeur, et même comme un des fondateurs de la littérature américaine[4].

L'histoire[modifier | modifier le code]

Synopsis[modifier | modifier le code]

Tom crânant devant la petite Becky.

Les Aventures de Tom Sawyer raconte les péripéties de Tom Sawyer, garnement malicieux et superstitieux, accompagné de plusieurs de ses camarades, au premier rang desquels Huckleberry Finn et Joe Harper. La ville de Saint Petersburg, sur le Mississippi, est le théâtre de ces aventures. Tom est élevé par sa tante Polly à la suite de la mort de ses parents alors que son ami Huck vit dans des tonneaux. L'œuvre est composée de 35 chapitres et de cinq lignes narratives distinctes mais qui s'entremêlent tout au long du roman[5].

La première ligne narrative ouvre le roman et occupe les premiers chapitres ; on découvre les relations de Tom avec sa famille et avec l'école et ses camarades. Cette partie montre le caractère manipulateur de Tom, sa capacité à duper son entourage. Ses duperies sont souvent réalisées au moyen de tractations qui lui permettent de faire travailler les autres pour lui ou de récolter des honneurs immérités.

Une deuxième ligne narrative apparaît au sein de la première, s'en distingue tout en restant dans le contexte familial et scolaire : c'est la rencontre au chapitre 3 et le début de la relation de Tom avec Becky Thatcher. L'histoire se poursuit plus tard en se développant dans de complexes intrigues où se mêlent déceptions amoureuses et jalousie. Elle culmine dans les derniers chapitres où elle se trouve mêlée à l'histoire de Joe l'Indien et à la chasse au trésor.

Dans les chapitres 13 à 17, Tom, Huck Finn et Joe Harper jouent aux pirates sur une île ; cette partie du roman, qui apparaît relativement isolée dans le roman, met des enfants en rupture de société au contact de la nature. Ils se construisent une vie idéale de jeux, de baignades, de pêche, avant d'être vaincus par l'ennui et le mauvais temps.

Au chapitre 9, Tom et Huck assistent à un meurtre, commis par Joe l'indien ; cette partie du roman culmine au chapitre 23 avec le procès de Muff Potter.

La recherche de Joe l'Indien, la quête d'un trésor par Huck et les aventures de Tom et Becky dans une grotte forment l'histoire finale du roman et sa partie la plus élaborée.

Résumé[modifier | modifier le code]

Chapitre I[modifier | modifier le code]

Tom prend la fuite.

Le roman commence un vendredi. Tante Polly est à la recherche de Tom et le trouve barbouillé de confiture. Alors qu'elle s'apprête à le fouetter, Tom détourne son attention et en profite pour s'enfuir. L'après-midi, Tom fait l'école buissonnière, et, une fois rentré pour souper, subit l'inspection de sa tante qui le soupçonne d'être allé se baigner. Alors que Tom est sur le point de réussir à la duper encore une fois, son demi-frère, Sid, remarque que le fil utilisé pour coudre le col de sa chemise a changé de couleur, preuve qu'il s'est dévêtu pour aller nager. Tom prend à nouveau la fuite, non sans avoir menacé son demi-frère. Une fois sorti, alors qu'il marche en s'entraînant à siffler, il fait la rencontre d'un nouvel arrivant à Saint Petersburg, un jeune garçon de son âge, bien habillé, et dont on apprendra le nom plus tard (il s'agit d'Alfred Temple). Les deux garçons rivalisent de menaces et une bagarre finit par éclater ; Tom a le dessus, et contraint son rival à lui demander d'arrêter. Le vaincu s'en va en pleurant de rage, avant de lancer une pierre dans le dos de Tom qui se met à le poursuivre jusque chez lui. La mère de la victime s'en mêle et demande à Tom de partir. Rentré chez lui fort tard, il est surpris par sa tante qui, voyant les vêtements déchirés de Tom, prend la ferme résolution de le punir pour de bon.

Chapitre II[modifier | modifier le code]

Jim, propulsé par la pantoufle de tante Polly.

Le samedi matin, Tom est puni et doit passer plusieurs couches de lait de chaux sur une clôture immense. Arrive Jim, le jeune esclave, qu'il tente de convaincre de faire le travail à sa place. Mais Jim réplique que Tante Polly l'a prévenu que Tom essaierait de le soudoyer, et refuse donc par peur d'être puni. Tom insiste et marchande, propose à Jim de lui montrer son gros orteil qu'il s'est écorché la veille. Jim est tenté et finit par accepter le marché. Mais tante Polly veille et :

« L’instant d’après, Jim déguerpissait à toute allure, le seau à la main et le derrière en feu ; Tom badigeonnait la palissade avec ardeur : tante Polly regagnait la maison, la pantoufle sous le bras et la mine triomphante. »
Un trésor gagné en faisant travailler les autres.

Tom ne se résigne pas, et songe avec tristesse à ses camarades libres de s'amuser et qui se moqueront de lui. Il fait l'inventaire des biens, billes et débris de jouets, qu'il pourrait échanger contre son travail. Mais il a tout à coup un nouveau plan. Alors que survient Ben Rogers, Tom fait semblant d'être absorbé par sa tâche, ce qui intrigue son camarade. Tom le persuade qu'il s'agit d'une tâche plaisante et difficile que lui seul peut accomplir. Convoitant à présent la punition de Tom, Ben lui demande de le laisser badigeonner un peu la clôture, mais Tom refuse, et Ben commence à marchander, proposant de le payer d'une pomme pour faire le travail. Tom finit par accepter, après avoir fait semblant d'hésiter, recommence le même jeu avec tous les autres garçons qui passent, et récolte tout un butin, morceau de craie, pétards, bouton de porte, chat borgne, soldat de plomb, en faisant faire le travail par d'autres :

« Tom se dit qu’après tout l’existence n’était pas si mauvaise. Il avait découvert à son insu l’une des grandes lois qui font agir les hommes, à savoir qu’il suffit de leur faire croire qu’une chose est difficile à obtenir pour allumer leur convoitise. Si Tom avait été un philosophe aussi grand et aussi profond que l’auteur de ce livre, il aurait compris une fois pour toutes que travailler c’est faire tout ce qui nous est imposé, et s’amuser exactement l’inverse. »

Chapitre III[modifier | modifier le code]

Tom et Joe, généraux, font combattre leurs armées.

Une fois la punition terminée, Tom se présente devant sa tante, qui, étonnée, le soupçonne de mentir. Ébahie en voyant les trois couches de lait de chaux, elle récompense Tom en lui donnant une pomme. Tom sort s'amuser, non sans se venger de Sid en lui jetant de la terre au passage. Il rejoint son ami Joe Harper, et chacun prend le commandement d'une armée de gamins pour se livrer bataille. Tom remporte la victoire et s'en retourne chez sa tante. Chemin faisant, il passe devant la maison de Jeff Thatcher et aperçoit une petite fille blonde aux yeux bleus, nouvelle dans le village, et tombe immédiatement sous son charme, oubliant sur le coup sa précédente amoureuse. Il commence à frimer devant elle, entreprenant d'accomplir toutes sortes d'excentricités. À la grande déception de Tom, la petite fille fait mine de rentrer chez elle, mais elle s'arrête soudain sur le seuil et lui jette une fleur par dessus la haie. Tom passe la fleur à sa boutonnière et recommence son manège toute la soirée devant la grille de la maison de la petite fille, mais sans la revoir.

Tom, injustement châtié.

Il rentre alors chez sa tante, très excité. Pendant le diner, alors que tante Polly s'est absentée, Sid casse le sucrier ; quand la vieille femme revient, voyant la bêtise commise, elle envoie d'une gifle Tom à terre. Ce dernier se défend d'avoir rien fait et va ruminer son chagrin dans un coin. Ce passage du roman rappelle l'ironie de L'Histoire du bon petit garçon et préfigure l'une des aventures de Tom :

« Il savait qu’au fond d’elle-même, sa tante regrettait son geste, mais il était fermement décidé à repousser toutes ses avances. [...] Il se représentait sur son lit de mort. Sa tante, penchée sur lui, implorait un mot de pardon, mais lui, inflexible, se tournait vers le mur et rendait l’âme sans prononcer une parole. [...] Puis il imaginait un homme ramenant son cadavre à la maison. On l’avait repêché dans la rivière. Ses boucles étaient collées à son front et ses pauvres mains immobiles pour toujours. Son cœur si meurtri avait cessé de battre. Tante Polly se jetterait sur lui. Ses larmes ruisselleraient comme des gouttes de pluie. Elle demanderait au Seigneur de lui rendre son petit garçon et promettrait de ne plus jamais le punir à tort. Mais il resterait là, raide et froid devant elle... »

Alors que sa cousine Marie revient de la campagne, Tom s'en va bouder, et retourne le soir vers la maison de Jeff Thatcher. Alors qu'il a pénétré dans le jardin, il s'allonge et s'imagine mourant, suscitant la pitié de sa bien-aimée, avant de se prendre un déluge d'eau glacée jeté par la fenêtre de la maison. Déconfit, il rentre se coucher.

Chapitre IV[modifier | modifier le code]

Le lendemain matin, Tom s'efforce d'apprendre des versets de la Bible pour l'école du dimanche. Marie lui apporte son aide, et tente de le motiver en lui faisant miroiter la récompense d'un canif. À l'entrée de l'école du dimanche, Tom échange diverses bricoles contre des bons points qui sont remis aux enfants qui ont bien mémorisé les versets de la Bible. Il parvient à en obtenir suffisamment pour prétendre au prix décerné par ceux qui ont appris par cœur 2000 versets : une Bible reliée.

L'intendant de l'école du dimanche dirige la séance de récitations, puis présente plusieurs visiteurs, dont le juge Thatcher, oncle de Jeff Thatcher. Le juge est accompagné de sa femme et de sa fille, cette dernière n'étant autre que Becky. Walters est si soucieux d'impressionner ses visiteurs que, lorsque Tom vient présenter « ses » points et réclamer le prix, il fait taire son étonnement et ses soupçons. Les camarades de Tom comprennent quant à eux qu'ils se sont fait berner et qu'ils ont contribué à leurs dépens au moment de gloire de Tom, gloire d'autant plus grande par la présence d'invités importants. Cette gloire va être de courte durée ; Tom, ayant reçu sa Bible, se voit demandé par le juge une démonstration de son savoir. Celui-ci lui demande quels sont les deux premiers apôtres ; réponse de Tom : « DAVID ET GOLIATH ! » Sur ce, écrit l'auteur :

« La charité nous force à tirer le rideau sur le reste de cette scène. »

Chapitre V[modifier | modifier le code]

...le malheureux poussa un hurlement de douleur et détala...

Plus tard, dans la matinée, Tom est assis à l'Église près de Sid, Mary et tante Polly pendant le sermon du révérend Sprague. Tom s'ennuie et s'amuse avec un scarabée. Ce dernier le pince et s'enfuit, se retrouve au milieu de la nef où un chien le rejoint et lui tourne autour, essaie de le saisir à coup de dents, avant de se lasser et de chercher d'autres distractions. Puis, fatigué, il « bâilla, soupira et alla s’asseoir juste sur le scarabée qu’il avait complètement oublié ! Aussitôt le malheureux poussa un hurlement de douleur et détala comme s’il avait eu tous les diables de l’enfer à ses trousses. » L'assistance garde tant bien que mal son sérieux, mais des éclats de rire fusent à chaque mot que prononce le pasteur qui poursuit courageusement son sermon. La fin de l'office est un soulagement pour tout le monde.

Chapitre VI[modifier | modifier le code]

« – Dis donc, à quoi est-ce que ça sert, les chats morts, Huck ?
– Ça sert à soigner les verrues. »

Le lundi matin arrive. Tom cherche quelle maladie il pourrait simuler pour rester à la maison et ne pas aller à l'école. Il prétend finalement avoir une dent branlante, mais tante Polly la lui arrache et il doit aller à l'école. Sur le chemin, il rencontre Huckleberry Finn qui se promène avec un chat mort. Twain donne une assez longue description du « petit paria » :

« Les vêtements de Huckleberry, trop grands pour lui, frémissaient de toutes leurs loques comme un printemps perpétuel rempli d’ailes d’oiseaux. Un large croissant manquait à la bordure de son chapeau qui n’était qu’une vaste ruine, sa veste, lorsqu’il en avait une, lui battait les talons et les boutons de sa martingale lui arrivaient très bas dans le dos. Une seule bretelle retenait son pantalon dont le fond pendait comme une poche basse et vide, et dont les jambes, tout effrangées, traînaient dans la poussière, quand elles n’étaient point roulées à mi-mollet. »

Ils discutent des méthodes pour guérir les verrues, et ils tombent d'accord pour essayer une cure avec le chat mort, et se donnent rendez-vous au cimetière, à minuit, pour l'essayer. Tom arrive en retard en classe, et, alors qu'il est sur le point de mentir à l'instituteur Dobbins, il aperçoit la petite Becky. Il décide de dire la vérité pour que Mr Dobbins l'envoie s'assoir avec les filles, ce que ce dernier s'empresse de faire quand Tom lui dit avec arrogance qu'il « causait » avec Huck. Tom se retrouve alors à côté de Becky, et cherche à attirer son attention. Il dessine quelque chose sur son ardoise, et la petite fille, dont la curiosité est piquée, lui demande de regarder. Tom lui montre la maison qu'il a dessinée, et la petite fille est impressionnée par son talent. Il se met alors à écrire quelque chose en cachette ; Becky veut regarder, mais Tom fait semblant de refuser, et cède peu à peu, dévoilant finalement les mots : « Je t'aime ». À ce moment, l'instituteur intervient en saisissant Tom par l'oreille, le tirant à travers la classe, et le ramène à sa place habituelle, près de Joe Harper.

Chapitre VII[modifier | modifier le code]

Tom s'ennuie et propose à Joe de s'amuser avec un grillon qu'il gardait dans une boîte dans sa poche. Pendant qu'ils se passionnent à leur jeu, Dobbins s'approche sur la pointe des pieds et leur administre à chacun un coup de férule qui soulève la poussière de leur veste.

« Les grands yeux de Becky apprirent à Tom qu’il venait de faire une gaffe. »

Après midi, Tom et Becky se retrouvent dans la salle de classe vide et Tom lui apprend à dessiner. Puis ils discutent, partagent un chewing-gum et enfin Tom demande à Becky si elle a déjà été fiancée, et il lui explique ce que cela veut dire. Ils se déclarent leur amour et s'embrassent, mais Tom commet un impair :

« – [...] Et quand tu rentreras chez toi ou que tu iras à l’école, tu marcheras toujours à côté de moi, à condition que personne ne puisse nous voir... Et puis dans les réunions, tu me choisiras comme cavalier et moi je te choisirai comme cavalière. C’est toujours comme ça que ça se passe quand on est fiancé.
– Oh ! c’est si gentil ! je n’avais jamais entendu parler de cela.
– Je t’assure qu’on s’amuse bien. Quand moi et Amy Lawrence... »
Les grands yeux de Becky apprirent à Tom qu’il venait de faire une gaffe. Il s’arrêta, tout confus.
« Oh ! Tom ! Alors je ne suis donc pas ta première fiancée ? »
La petite se mit à pleurer.

Cherchant à se faire pardonner, il lui offre un anneau de cuivre, mais Becky le jette à terre. Tom sort alors de l'école, bien décidé à ne pas y retourner l'après-midi, et Becky cherche à le retrouver en vain.

Chapitre VIII[modifier | modifier le code]

Tom se rend au sommet du coteau de Cardiff, et, assis au pied d'un chêne, rumine son malheur et s'apitoie sur son sort, tout en restant soucieux de son image :

La mort de Robin des Bois.
« Comme cela devait être reposant de mourir et de rêver pour l’éternité à l’abri des arbres du cimetière caressés par le vent, sous l’herbe et les fleurettes ! Sommeiller ainsi, ne plus jamais avoir de soucis ! Si seulement il avait pu laisser derrière lui le souvenir d’un bon élève, il serait parti sans regret. [...] Ah ! si seulement il pouvait mourir, ne fût-ce que pour quelque temps !  »

Mais son esprit est volatil, et, rêvant de partir, il commence à s'imaginer une carrière de clown, de soldat et finalement de pirate : il sera le Vengeur noir de la mer des Antilles. Ainsi décidé à quitter sa maison dès le lendemain, il essaie, pour réunir toutes ses ressources, un sort pour retrouver ses billes perdues, mais le sort échoue. Une sorcière avait dû lui jouer un tour. Soudain une trompette résonne, et Joe Harper apparaît. Les deux enfants jouent alors à Robin des Bois le reste de l'après-midi. Après la mort de Robin,

« [l]es deux garçons se rhabillèrent, dissimulèrent leurs armes sous les broussailles et s’éloignèrent en regrettant amèrement de ne plus être des hors-la-loi et en se demandant ce que la civilisation moderne pourrait bien leur apporter quant à elle. »

Chapitre IX[modifier | modifier le code]

Muff Potter, manipulé par Joe, croit être le meurtrier.

À la nuit tombée, alors que Tom et Huck se rendent en cachette dans un cimetière pour utiliser un sort avec le cadavre d'un chat, ils assistent à une scène violente et sanglante : trois hommes, le docteur Robinson, qui est docteur du village, Joe l'Indien et Muff Potter (qui est ivre) déterrent un homme. Une bagarre éclate soudain entre le docteur et Joe : le docteur frappe Joe, puis est saisi par Muff avec qui il commence à lutter ; Joe en profite pour ramasser le couteau de Muff, et quand le docteur eut assommé ce dernier, il le lui plante dans la poitrine. Le docteur s'effondre ; voyant cela, Huck et Tom détalent aussi vite qu'ils le peuvent. Pendant ce temps, le docteur meurt sous le regard de Joe. Puis, ce dernier glisse l’arme du crime dans la main de Potter. Quand Muff reprend ses esprits, Joe le persuade que c'est lui qui a tué le docteur et il lui promet de ne rien dire. Le lendemain, Potter est arrêté et accusé du meurtre.

Lors du procès, Potter risque d’être condamné à la pendaison. Par peur de Joe l'Indien, Tom et Huck se sont jurés de ne rien révéler de ce qu'ils ont vu, mais ils sont tourmentés par leur conscience, et Tom dénonce Joe l’Indien, mais ce dernier réussit à s'enfuir.

Un jour, alors qu'ils partiront au hasard à la recherche d'un trésor, Tom pense que celui-ci pourrait se trouver dans les alentours d'une maison dite hantée. Ils vont assister, alors, à une conversation entre Joe l'Indien et une autre personne venant de découvrir par chance un coffre empli de richesses.

L'ayant caché au fond d'une grotte du nom de Mac Dougal, Joe l'Indien mourra en raison de la fermeture de sa seule issue. Tom et Huck, après avoir trouvé le trésor tant rêvé dans la grotte, seront considérés comme des héros dans leur village.

Genèse[modifier | modifier le code]

Sources du personnage principal[modifier | modifier le code]

Le bon petit garçon, mal récompensé.

Tom Sawyer est le premier essai que Twain fit pour écrire un roman seul, mais ce n'est pas pour cela l'œuvre d'un écrivain débutant. Auparavant, il avait écrit des récits autobiographiques contemporains (Le Voyage des Innocents, À la dure); avec Tom Sawyer, il puise encore une fois dans sa propre vie, mais remonte dans le passé, jusqu'à son enfance. Tom est ainsi dépeint d'après lui-même, mais également d'après plusieurs de ses camarades : c'est un personnage composite :

« La plupart des aventures relatées dans ce livre sont vécues ; une ou deux me sont personnelles, les autres sont arrivées à mes camarades d’écoles. Huck Finn est décrit d’après nature ; Tom Sawyer aussi ; les traits de ce dernier personnage sont toutefois empruntés à trois garçons de ma connaissance : il appartient par conséquent à ce que les architectes nomment l’ordre composite. » Préface de Tom Sawyer

Outre ces textes autobiographiques, Twain a déjà mis en scène des enfants, dans de courts textes appelés esquisses (sketches, croquis) qui parodient la littérature de jeunesse de l'époque, qu'il s'agisse de péripéties enfantines destinées à édifier les petits garçons et les petites filles ou de conseils de conduite à leur usage[6].

Les textes antérieurs qui se rapprochent le plus de Tom Sawyer sont L'Histoire du bon petit garçon et L'Histoire du méchant petit garçon[7], deux textes satiriques de quelques pages. Dans le premier, un enfant modèle n'est jamais récompensé et finit par mourir avant d'avoir pu déclamer ses dernières paroles qu'il avait soigneusement préparées :

« Ainsi périt le bon petit garçon, après avoir fait tous ses efforts pour vivre selon les histoires, sans pouvoir y parvenir. Tous ceux qui vécurent comme lui prospèrent, excepté lui. Son cas est vraiment remarquable. Il est probable qu’on n’en pourra pas donner d’explication. »

À l'inverse, dans la seconde histoire, le méchant petit garçon vole et ment, comme Tom Sawyer, et finit riche député :

« Et il grandit et se maria, et eut de nombreux enfants. Et il fendit la tête à tous, une nuit, à coup de hache, et s’enrichit par toutes sortes de fourberies et de malhonnêtetés. Et à l’heure actuelle, c’est le plus infernal damné chenapan de son village natal, il est universellement respecté, et fait partie du parlement. »

Cette chute rappelle le mot de Twain à propos de Tom : selon lui, Tom finirait homme politique ou au bout d'une corde. Le personnage de Tom Sawyer a donc des antécédents, et il est inspiré des précédentes satires de Twain sur l'éducation et l'école du dimanche. Tom apparaît comme un mélange de ces petits garçons, puisqu'il est à la fois un chenapan et un garçon doué d'une certaine générosité ; il est à ce titre une illustration du « bad boy » américain, tempéré par un bon caractère. Ces traits de caractère se limitent en effet réciproquement : les tours qu'il joue ne vont pas jusqu'à la pure et simple méchanceté, et sa générosité trouve des limites dans son désir de gloire[8].

Ces deux textes parodiques adoptent en outre une confiance faussement naïve et ironique en l'autorité des livres, pour mieux faire ressortir le décalage entre ce qui est écrit dans les ouvrages de l'époque et la réalité :

« Eh bien ! Vous pouvez consulter et consulter d’un bout jusqu’à l’autre, et d’ici au prochain Christmas, tous les livres de l’école du dimanche, sans rencontrer chose pareille. »

Et l'auteur de feindre l'étonnement lorsque le méchant petit garçon n'est jamais puni comme dans les livres :

« Comment Jim toujours échappa demeure pour moi un mystère. »

Dans Tom Sawyer, ce n'est plus le narrateur, mais le personnage principal, Tom, qui croit, mais cette fois de manière très sérieuse, en la vérité des livres, qui sont dans ce cas romans d'aventures.

Antécédents et genèse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Le Mississippi, source d'inspiration de Twain.

On ne peut dater avec exactitude la période où Twain commença à travailler à ce projet, sans doute au début de l'année 1872. Auparavant, pendant les années où il fut journaliste, Twain écrivit sur les événements et les sujets qu'il allait reprendre dans Tom Sawyer. Parmi ces sujets, on trouve l'école du dimanche et les amourettes de l'enfance. Vers 1868, il achève une nouvelle que l'on désigne, à titre posthume, du nom de Boy's Manuscript, et qui raconte la vie d'un garçon sur le Mississippi. En 1870, il écrit à un ami d'enfance, Will Bowen, et évoque leurs souvenirs communs qu'il utilisera dans le roman.

Vers 1873, Twain a écrit environ 400 pages. Il en abandonne l'écriture, et rédige l'Âge doré, avec Charles Dudley Warner, roman publié en 1874. Il reprend Tom Sawyer la même année, travaillant également à une œuvre comme L'Ancien Temps sur le Mississippi[9], et, en 1875, annonce à W. D. Howells que le roman est terminé.

À propos de l'écriture du roman, Twain déclara, dans son autobiographie, que Les Aventures de Tom Sawyer est la première œuvre à avoir été écrite avec une machine à écrire :

« I will now claim - until dispossess -that I was the first person in the world to apply the type-machine to literature. That book must have been The Adventures of Tom Sawyer. I wrote the first half of it in '72, the rest of it in '74. My machinist type-copied a book for me in '74, so I concluded it was that one. »

L'historien Darryl Rehr a cependant montré que le premier texte était en réalité La Vie sur le Mississippi, écrit avec une Remington No. 2[10].

Circonstances de publication[modifier | modifier le code]

Incertitude sur le public visé[modifier | modifier le code]

Illustration, sans doute de Twain lui-même[11].

Twain envoya le manuscrit à Howells, en lui écrivant :

«  Ce n'est pas un livre pour garçons. Il ne doit être lu que par des adultes. Il n'a été écrit que pour les adultes. »[12]

Or, Howells, tout en exprimant un jugement très positif sur le roman, conseilla à Twain de le publier en tant que livre pour les garçons :

« Je suis resté debout jusqu'à une heure du matin pour le terminer, parce que je ne pouvais pas le lâcher ! C'est vraiment une formidable histoire d'enfants. [...] Mais je pense que vous devriez en faire très explicitement une histoire pour la jeunesse[13]. »

Twain fut d'abord irrité ; il finit néanmoins par admettre l'idée quand sa femme, Olivia (Livy), lui donna le même conseil. Une légende veut que Twain fut contraint d'adapter substantiellement le texte à un lectorat plus jeune, à la suite des avis de Howells et de Livy ; de fait, Mark Twain atténua certaines grossièretés et des passages jugés vulgaires par ses deux lecteurs[14]. Mais aucun manuscrit ne permet d'affirmer que Twain n'apporta autre chose que quelques corrections mineures au roman.

Deux éditions[modifier | modifier le code]

Édition américaine de 1876.

En novembre 1875, Twain donna le manuscrit à l'American Publishing Company, en la personne d'Elisha Bliss, qui l'envoya à True Williams pour en faire les illustrations. Pour des raisons non élucidées, l'œuvre ne parut qu'un an plus tard chez cet éditeur ; dans le même temps, Twain fit publier le texte chez Chatto and Windus, à Londres, en juin 1876, sans illustration. Des éditions pirates parurent très vite au Canada et en Allemagne. L'American Publishing Company publia finalement son édition en décembre 1876, édition qui fut la première édition illustrée de Tom Sawyer.

Ces deux éditions diffèrent légèrement. Après avoir achevé son manuscrit, Twain en fit faire une copie. C'est cette copie que lit et annote Howells, et Twain y apporta ses propres corrections qu'il reporta ensuite sur le manuscrit original, mais certaines corrections lui échappèrent. L'édition anglaise fut établie d'après cette copie, tandis que l'édition américaine fut établie sur le manuscrit original. De plus, Twain s'occupa personnellement de la révision des épreuves de l'édition américaine, ce qu'il ne fit pas pour l'édition anglaise. L'édition américaine est donc considérée comme l'édition faisant autorité.

Situation de Twain en 1876[modifier | modifier le code]

Mark Twain est un écrivain déjà célèbre avant de publier Tom Sawyer : ses récits de voyages et ses conférences sont connus, et il est considéré comme l'un des meilleurs humoristes américains[15].

Au moment de la publication du roman, Twain est marié avec Olivia depuis six ans, a deux filles, Susy et Clara, et s'est installé à Hartford, Connecticut, dans une vaste et couteuse demeure. Le train de vie qu'il y mène est pour lui une source de soucis économiques et il espère que Tom Sawyer sera un aussi grand succès de librairie que The Innocents Abroad.

L'accueil critique[modifier | modifier le code]

Mais, publiée au moment du centenaire des États-Unis, Les Aventures de Tom Sawyer n'eut tout d'abord qu'un faible succès en termes de vente[16]. À sa sortie, le livre se vendit peu, bien moins que Le Voyage des innocents, à peine 20 000 exemplaires, ce que Twain considéra comme un échec. Il reçut toutefois dans l'ensemble de bonnes critiques[17].

William Howells, dans le numéro 37 de l’Atlantic Monthly (mai 1876), parle d'une « merveilleuse étude de l'esprit du garçon qui vit dans un monde totalement différent de celui dans lequel il est corporellement présent au côté des adultes », mais il évoque surtout la moralité du roman et des personnages (« Tom ne jure presque pas » et Huck, selon lui, est sur une bonne voie, puisqu'il commence à vivre une « vie décente » à la fin du roman). L'Edinburgh Scotsman (23 juin 1876) parle d'un délicieux roman pour les gamins, malgré sa « forte saveur américaine », que les parents pourront sans crainte mettre dans les mains de leurs enfants. Richard Littledale (Academy, 24 juin 1876) voit dans le livre, qu'il juge amusant, un intéressant témoignage sur le « genre d'animal qu'est l'écolier américain » (ou du moins qu'il était quelques décennies plus tôt), avec son imagination bizarre et ses superstitions. L'article du London Standard (7 juillet 1876) juge qu'il s'agit d'une œuvre capitale dans le domaine de la littérature pour garçons ; ce compte-rendu a ceci de remarquable qu'il met en valeur une identité propre de la littérature américaine, dont Tom Sawyer est une illustration exemplaire : la langue y est extraordinaire, et, bien que fondée sur l'anglais, c'est une langue différente, qui s'est développée aux États-Unis, avec une grammaire différente, un argot différent. Le Saturday review (8 juillet 1876), dans un compte-rendu court et lapidaire, regrette l'humour trop souvent extravagant et vulgaire qui serait habituel à l'auteur. Le San Francisco Chronicle (7 janvier 1877) parle de l'un des meilleurs livres du « génial Mark Twain ». Le San Francisco Evening Bulletin (20 janvier 1877) enchérit sur ce jugement, et estime que nulle part ailleurs les dons de Mark Twain n'ont été plus évidents, son imagination débridée plus libre et son humour plus authentique. Le personnage de Tom ne peut qu'avoir été profondément vécu et senti, et pour être peint avec autant de vivacité, il a dû jaillir de la conscience la plus intime de son créateur. Ce compte-rendu, à l'opposé de celui de Howells, souligne également que Tom, débordant de perversité enfantine, ment, trompe, vole, et va ainsi de mal en pis. Le New-York Evening Post (1er février 1877) est plus critique, et juge que, si la première moitié de l'œuvre est caractéristique du meilleur Twain, le reste perd tout charme du fait du caractère grotesque du récit. Le compte-rendu estime que la prétention de Twain à considérer le roman comme une œuvre pour la jeunesse est l'une de ses grosses plaisanteries, et il est bien clair qu'il est on ne peut plus risqué de mettre un tel livre dans les mains d'un garçon qui pourrait vouloir imiter Tom Sawyer.

Tom Sawyer est finalement devenu le plus grand succès de Twain : le livre fut sans cesse réédité de son vivant. Il a depuis connu des centaines d'éditions et a été traduit dans des dizaines de langues[16].

Éléments d'analyse[modifier | modifier le code]

Mark Twain livre dans la préface le double projet des Aventures de Tom Sawyer, marquant au passage l'ambiguïté du statut du livre :

« Bien que mon livre ait surtout pour but de divertir garçons et filles, j’espère qu’il ne sera pas boudé pour cette raison par les hommes et les femmes, car je me suis également proposé de remémorer agréablement aux adultes ce qu’ils ont jadis été eux-mêmes, leurs sentiments, leurs pensées et leurs paroles, et dans quelles étranges entreprises ils s’engageaient parfois. »

Le roman est ainsi supposé être une œuvre pour la jeunesse, mais il s'agit en même temps d'un livre de souvenirs pour les adultes. Cette courte préface donne également une brève analyse du contenu du texte : il sera composé de sentiments, de pensées, de paroles et d'entreprises enfantins. L'enfant s'en amusera, y trouvant peut-être sa propre description, et l'adulte se remettra à l'esprit des sentiments, des pensées, des paroles déjà vécus, mais oubliés. Cette dualité est présente tout au long du livre : c'est un livre sur les enfants, dans lequel on trouve le point de vue de l'adulte qui se remémore avoir été enfant, qui s'efforce de rappeler les sentiments qu'il a ressentis en les présentant avec empathie, tout en ayant un recul inévitable, et parfois de l'ironie, dû à son âge. Cette dualité se retrouvera dans les Aventures de Huckleberry Finn, mais cette fois Twain mêlera le point de vue de l'enfant et de l'adulte en adoptant la forme du récit en première personne.

Le style[modifier | modifier le code]

Mark Twain ne propose pas de portraits de ses personnages, qui ne sont presque jamais décrits, et il ne fait pas plus de descriptions détaillées des lieux où se déroule l'histoire, bien que l'on puisse remarquer que les décors naturels font l'objet de plus d'attention de sa part. Les personnages sont présentés par leurs actions et les sentiments qui les font agir (certains sentiments reviennent souvent, comme la peur, l'amour, l'amour propre et la culpabilité), et il y a peu de descriptions physiques ou d'introspections : Tom est un garçon d'un âge indéterminé qui aime à s'amuser aux dépens d'autrui et à se faire valoir, tante Polly est une vieille femme généreuse, et le lecteur n'en apprendra pas beaucoup plus au cours du roman. L'époque elle-même reste indéterminée, et la chronologie de l'œuvre est surtout marquée par les jours de la semaine, chronologie dont les repères ont tendance à s'estomper lorsque les héros sont dans la nature (épisode de l'île) ou perdus dans la grotte (un des épisodes finaux du roman).

L'époque[modifier | modifier le code]

Bien que le texte ne fournisse pas d'indications précises sur la date exacte du récit, on y trouve plusieurs indices qui permettent d'évaluer le début du roman à un vendredi 14 juin, ce qui correspondrait à l'année 1844. Cette année est plausible puisque l'auteur précise dans la préface que l'histoire se déroule à la période de son enfance, « à savoir il y a 30 ou 40 ans » ; l'action est donc censée se passer entre 1836 et 1846.

Les lieux[modifier | modifier le code]

Saint Petersburg et ses habitants[modifier | modifier le code]

Les personnages du roman vivent dans le village fictif de Saint Petersburg, sur la rive droite du Mississippi (le fleuve sépare le Missouri de l'Illinois), à 150 km en amont de St. Louis[18]. Cette ville est inspirée du village de la jeunesse de Twain, Hannibal, où il a vécu de 1839 à 1853. À cette époque, Hannibal était composée d'environ 1000 habitants, ce qui donne une idée de la taille de Saint Petersburg. Les habitants sont plutôt pauvres ; on y trouve les notables des petits villages : instituteur, juge, médecin. Telle que la vie du village est présentée par Twain, elle est surtout rythmée par les jours de la semaine (dont le dimanche, où les habitants venus à l'Église apprennent les dernières nouvelles par le révérend, avant le sermon) et par les péripéties de Tom.

La représentation sociale que fait Twain de Saint Petersburg a été perçue de manière très variée par les lecteurs de Tom Sawyer. Comme le personnage de Tom, affirme Alex Feerst[19], il y a plusieurs points de vue possibles. Bernard DeVoto y a vu une description nostalgique d'une communauté rurale et une idylle du temps passé. Mais on peut également prendre un point de vue plus sévère, et souligner le caractère parodique de ces descriptions d'une vie sociale terne et somnolente. Ainsi, plutôt qu'un havre parfait, Saint Petersburg est un village ennuyeux, ce qui fait ressortir par contraste les aventures mouvementées de Tom. Certains commentateurs vont plus loin en remarquant que la vie sociale de Saint Petersburg est faite de mauvaise foi et d'inepties[20]. L'atmosphère qui règne dans le village témoigne également d'un certain malaise de l'auteur, et l'on trouve dans le roman, selon Elizabeth Beck, des éléments sombres qui préfigurent les dernières années de Twain :

« Les adultes de Saint Petersburg sont accusés de vanité, d'hypocrisie, de fausses postures, de malhonnêteté, de tromperie, d'hystérie, d'enfantillage, d'auto-indulgence, d'avidité pour les sensations fortes et d'une ambition démesurée. »[21]
Exemple d'une ville sur le Mississippi, dans l'État du Missouri

Les traits de caractère des habitants, qui sont du Middle West conservateur, religieux et puritain que l'auteur évoque dans plusieurs de ses œuvres, ne sont donc pas très flatteurs, mais Twain peint néanmoins leurs défauts avec humour et ironie[22]. Certains sont portés sur l'alcool, comme l'instituteur, ce qui donne lieu à une scène comique où ce dernier est humilié publiquement ; si tous les habitants de Saint Petersburg, ou presque, sont ignorants et superstitieux, c'est l'occasion pour Twain de laisser libre cours à son ironie plutôt qu'à une critique sociale virulente et pessimiste. La superstition est en effet une composante importante de tous les personnages et du roman : évoquée presque à chaque page, elle influence les actions et les décisions des personnages, et donne lieu à de longues discussions casuistiques.

Maison d'enfance de Twain, à Hannibal.

Twain peint donc la communauté de Saint Petersbourg dans son ensemble sous des jours très variés, et il est possible d'adopter des points de vue tout autant variés. Parmi les exemples les plus fameux qui illustrent cette variété, on trouve l'ironie de Twain sur l'opinion publique, désireuse de voir lyncher au plus vite Muff Potter, et qui change subitement de direction, comme si elle ne l'avait jamais accusé, quand celui-ci est innocenté ; Twain fait également de l'Église un théâtre de vanité et s'en prend directement à l'enseignement tout rhétorique de la morale qu'il illustre par la prose « sublime » et « cauchemardesque » des jeunes filles qui doivent réciter leur composition à la fin de l'année scolaire[23]. En revanche, lorsque tous les villageois se mobilisent pour retrouver Tom et Becky, Twain peint un village accablé et souffrant solidairement, et lors du retour des enfants, la spontanéité des effusions de joie se traduit par des larmes qui en disent plus que les mots[24].

Une île et une caverne[modifier | modifier le code]

Grotte McDowell (Mac Dougal), aujourd'hui grotte Mark Twain.

Plusieurs chapitres ont pour théâtre l'île Jackson. Elle se trouvait à quelques kilomètres de Hannibal, et était, d'après Mark Twain dans Tom Sawyer, longue de plus de 4 kilomètres pour une largeur de 400 mètres. Elle était séparée de l'Illinois par un canal large de 200 mètres. L'île apparaîtra également dans Les Aventures de Huckleberry Finn. Cette île est évoquée par Twain comme un havre de l'enfance auquel l'adulte fatigué songe avec nostalgie. Elle correspond à Glasscock Island aujourd'hui disparue. Les cartes touristiques donnent cependant de nos jours ce nom à l'une des îles près de Hannibal.

Quant à la grotte Mac Dougal, il s'agit de la grotte McDowell, appelée aujourd'hui grotte Mark Twain.

Les personnages[modifier | modifier le code]

Tom Sawyer

Article détaillé : Tom Sawyer.

Héros du roman, Thomas Sawyer est un garçon orphelin, d'âge indéterminé[25], qui ne pense qu'à faire l'école buissonnière, à s'identifier aux personnages de ses romans d'aventures préférés et à jouer des tours à ses camarades. Amoureux de Becky, il n'a de cesse de l'impressionner, et lorsqu'il se retrouve perdu avec elle dans une grotte où ils sont bien près de mourir, il fait preuve de courage et fait tout son possible pour la consoler alors que lui-même est terrorisé. Ce sont là les aspects du personnage qui ont donné de lui une image convenue d'enfant généreux, anti-conformiste et libre.

Mais Tom est également un personnage imbu de lui-même, recherchant reconnaissance et gloire : il a le goût de la « magnificence théâtrale »[26] et il a besoin d'être admiré[27]. À travers l'histrionisme et les malhonnêtetés de Tom (mensonges, vols), c'est le théâtre hypocrite de la petite ville américaine qui est aussi visé par Twain. Ces aspects de la psychologie de Tom provoquent une impression déplaisante qui a été soulignée par les spécialistes de Twain[28] : Tom Sawyer est « un conformiste, un beau-parleur qui joue à l'homme libre »[29]. Et, pour Peter Messent[30], si Tom perturbe le quotidien des adultes, sa rébellion n'est possible que sur le fond des conventions et des valeurs sociales d'un village dans lequel il est finalement bien intégré et où il rencontre le succès.

Cette intégration de Tom dans sa communauté marque une limite du portrait qu'en trace Twain comme symbole de liberté, limite qui peut être vue comme une forme d'inauthenticité : Tom serait un rebelle socialement approuvé et il rentre finalement dans le rang[31]. De ce point de vue, Tom Sawyer est un roman de formation où le personnage joue au rebelle dans les limites permises par les adultes, puis cesse progressivement de jouer pour adhérer réellement aux valeurs du monde des grands. Ce développement aboutit à un achèvement du personnage, et cet achèvement expliquerait que l'auteur se soit détourné de Tom, lui préférant son opposé, Huckleberry Finn, qui ne s'intègre véritablement jamais et demeure indépendant. Twain a donc estimé impossible de continuer à développer Tom Sawyer et à faire l'histoire de ce héros devenu adulte :

« J'ai décidé de ne pas amener le garçon jusqu'à l'âge adulte parce qu'alors il mentirait comme tous ces héros de quatre sous de la littérature et le lecteur se mettrait à le mépriser cordialement[32]. »

Huckleberry Finn : camarade des aventures de Tom, fils d'un ivrogne, c'est un garçon vagabond, qui dort l'été à la belle étoile et l'hiver dans un tonneau. Les enfants de St Petersburg ont interdiction de le fréquenter, ce qui rend sa compagnie plus attrayante. Il apparaît comme le pendant authentique de Tom Sawyer, véritablement « a-civilisé », naturel et indépendant. Avide comme son ami d'aventures et de chasses aux trésors, il refuse cependant de sacrifier sa vie de vagabond à la gloire et aux richesses. Seules les promesses d'aventures que Tom lui a faites pourront le convaincre de revenir à la civilisation.

Becky (Rebecca) Thatcher : petite fille d'environ 9 ans, blonde aux yeux bleu, inspirée de Laura Hawkins. Elle apparaît au chapitre 3. Tom lui déclare son amour et se fait punir à sa place. Becky est dépeinte selon une stricte représentation de la différence des sexes, caractéristique de l'époque : timide, faible et dépendante, son rôle est essentiellement d'être courtisée par Tom[33] et de réagir par rapport à lui. Bien qu'elle soit le personnage féminin le plus célèbre de Twain, son rôle se réduit à peu de choses dans le roman, et Twain ne se souvenait plus de son nom quand il rédigea Les Aventures de Huckleberry Finn[34].

Tante Polly : sœur de la mère décédée de Tom, elle veille sur ce dernier. Ses liens de parenté avec Mary et Sid sont inconnus, et il ne semble pas qu'elle ait été mariée ou ait eu des enfants. Elle est décrite comme une vieille femme au grand cœur, qui a les plus grandes difficultés à punir Tom sans ressentir de remords, et qui ressent tout autant de remords lorsqu'elle ne le punit pas. Elle apparaît dans les autres histoires du cycle de Tom et Huck. Dans son Autobiographie, Twain indique que le personnage est inspirée de sa mère[35].

Sid Sawyer : demi-frère de Tom, ils ont vraisemblablement le même père. Sid est décrit comme un petit garçon modèle, sans histoire et qui dénonce à plusieurs reprises Tom à tante Polly. Alors que cette dernière est facilement dupée par Tom, Sid soupçonne souvent la vérité qui se cache derrière les mensonges de son demi-frère. Il est inspiré du frère de Twain, Henry[36].

Mary (Sawyer ?) : cousine de Tom, son âge et sa situation dans la famille Sawyer sont indéterminés. Une scène la montre aidant Tom à faire ses devoirs, et elle semble la seule personne capable de le motiver un peu ; d'autres passages montrent qu'elle a une grande influence sur lui et que Tom lui obéit, même à contre-cœur. Elle est inspirée de la sœur de Twain, Pamela.

Joe Harper : ami de Tom Sawyer, inspiré principalement de John B. Briggs.

Muff Potter : l'un des personnages importants de l'histoire principale du roman, il est accusé du meurtre du Dr. Robinson.

Jim : garçon noir qui travaille pour Tante Polly, il est sans doute inspiré de Sandy, esclave de la famille de l'auteur qui chantait sans cesse.

Veuve Douglas : riche habitante de Saint Petersburg, c'est une belle femme d'une quarantaine d'année vivant avec sa sœur célibataire, miss Watson, dans une grande demeure située à Cardiff Hill. Elle est inspirée de Melicent Holliday. Elle apparaît au chapitre 5, et elle passe au premier plan de l'histoire au chapitre 29, alors que Joe l'Indien projette de la mutiler pour se venger. Huck la sauve et, en récompense, la veuve le prend sous son toit, et se propose de le « civilizer » (sic).

Injun Joe

Joe l'Indien (Injun Joe ; le mot injun est un terme méprisant pour désigner l'Indien) : métis, c'est-à-dire symbole du paria dans la société américaine de l'époque. Il est le seul méchant du roman et représente le seul danger réel du monde enfantin de Tom. À ce titre, il est une figure centrale du roman et l'adulte qui a le rôle le plus important dans l'histoire. Mark Twain fait preuve de ce racisme anti-indien (également présent dans À la dure) qui attribue aux Indiens les traits les plus vicieux et les plus cruels : Joe tue facilement, se parjure, projette de se venger de la veuve Douglas en lui mutilant le visage. Il meurt finalement de faim dans la grotte Mac Dougal. Joe l'Indien a réellement existé ; il s'appelait Joe Douglas, était un indien Osage, scalpé par des Pawnees et il vécut à Hannibal. C'était un individu considéré comme un bon travailleur et respecté en tant que tel. Dans son Autobiographie, Mark Twain affirme que le Joe réel a réellement dû manger des chauves-souris alors qu'il était perdu dans la grotte. Contrairement au personnage, il a survécu et est mort en 1925.

Les thèmes[modifier | modifier le code]

La mort[modifier | modifier le code]

La mort est omniprésente dans le roman, réelle, mise en scène ou comme menace. Tom est un orphelin, la mort de ses parents n'est pas expliquée ; il assiste, avec Huck, au meurtre du Dr. Robinson. Il est considéré comme mort noyé par les habitants de Hannibal lorsqu'il part jouer aux pirates sur l'île Jackson, avec Huck et Joe. Il fait de ses funérailles le théâtre de son retour surprise. Il doit lutter avec sa conscience pour savoir s'il sauvera Muff Potter de la pendaison. Avec Huck, il craint d'être tué par Joe l'Indien. Tom et Becky sont près de mourir lorsqu'ils se perdent dans la grotte où Joe l'Indien meurt peu après.

La morale[modifier | modifier le code]

La morale est présentée de plusieurs manières dans le roman, généralement négatives. À travers le personnage de Huck et de l'adhésion de Tom à une association pour l'interdiction du tabac et de l'alcool, c'est le désir de l'interdit qui est souligné, ce qui montre aux yeux de Twain que la morale est la source principale de l'immoralité. Plus tard, dans un essai comme Qu'est-ce que l'homme ?, Twain développera cette même idée en estimant que c'est la liberté morale attribuée à l'homme qui le rend capable de faire le mal. À l'Église, c'est l'hypocrisie et la vanité du révérend que Twain ridiculise à travers l'épisode des bons points échangés par Tom avec ses camarades. Cette hypocrisie est également directement critiquée par Twain lorsqu'il évoque les devoirs des jeunes filles, et les absurdes contraintes moralisatrices qu'elles sont tenues de respecter :

« Mais ce qui faisait la particularité unique de ces travaux, ce qui les marquait et les défigurait irrémédiablement, c’était l’inévitable, l’intolérable sermon qui terminait chacun d’eux à la façon d’un appendice monstrueux. Peu importait le sujet. On était tenu de se livrer à une gymnastique intellectuelle inouïe pour le faire entrer coûte que coûte dans le petit couplet d’usage où tout esprit moral et religieux pouvait trouver matière à édification personnelle. L’hypocrisie flagrante de ces sermons n’a jamais suffi à faire bannir cet usage des écoles. Aujourd’hui encore, il n’y en a pas une seule dans tout notre pays, où l’on n’oblige les jeunes filles à terminer ainsi leurs compositions. Et vous découvrirez que le sermon de la jeune fille la plus frivole et la moins pieuse de l’école est toujours le plus long et le plus impitoyablement dévot. »

Bien que Twain se défende de tout romantisme, le fait est que les conduites ou sentiments moraux qui ne font pas l'objet de son ironie ou de sa critique sont ceux qui, de manière spontanée, sont issus du sentiment ou du naturel des personnages : tante Polly est une vieille femme d'un naturel généreux, ce qui l'empêche de punir Tom comme elle le voudrait : ce défaut demeure pourtant un trait sympathique du personnage. Tom évite à Becky une punition humiliante par un acte de noblesse spontané dont il est le premier à s'étonner ; la bonté des habitants de Saint Petersburg, par ailleurs si critiqués par Twain, s'exprime particulièrement par les sentiments qu'ils expriment lors de la disparition des enfants.

Les techniques humoristiques[modifier | modifier le code]

Twain utilise des formes d'humour qu'il a déjà abondamment utilisées dans ces œuvres précédentes. Un exemple caractéristique est la practical joke, qui consiste à placer une personne dans une situation de victime, comme lorsque Tom se fait passer pour mort et qu'il est pleuré par tout le village. Ce type d'humour ne va pas sans cruauté, comme l'illustre Twain avec le retour incognito de Tom dans son village, hésitant à prévenir sa tante qu'il est toujours en vie pour lui épargner son chagrin, avant d'y renoncer pour ne pas gâcher l'effet de surprise de ce type de plaisanteries. L'originalité de la mise en scène des funérailles de Tom et de ses amis est qu'elle se termine par la joie partagée du manipulateur et de ses victimes.

« Peter avait l’air ravi. »

Une autre technique est l'attribution de traits humains à un animal. Au chapitre XII, la scène de Tom donnant son « médicament » à Peter, le chat de tante Polly, illustre cette technique :

« N’en demande pas, si tu n’en veux pas, Peter », fit Tom.
Peter fit comprendre qu’il avait bel et bien envie de goûter au breuvage.
« Tu es bien sûr que ça te plaira ? »
Peter dut répondre par l’affirmative.
« Bon, déclara Tom. Je vais t’en donner puisque tu y tiens. Mais, si tu n’aimes pas ça, tu ne t’en prendras qu’à toi-même. »
Peter avait l’air ravi.

Les suites : cycle de Tom et Huck[modifier | modifier le code]

Mark Twain donna plusieurs suites à Tom Sawyer qui apportent un éclairage rétrospectif sur le premier roman de la série et qui ont, surtout pour ce qui concerne Huck Finn, influencé la perception des lecteurs sur le statut et le propos de l'œuvre. Mis à part Huck Finn, les œuvres du cycle de Tom et Huck sont considérées comme des échecs littéraires.

Les Aventures de Huckleberry Finn[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les Aventures de Huckleberry Finn.

Les Aventures de Huckleberry Finn commencent immédiatement après Les Aventures de Tom Sawyer, et l'on retrouve les mêmes personnages. Les deux romans ont été très souvent comparés, ce qui a donné lieu à plusieurs types de remarques. Cette comparaison entre le deux romans a souvent eu pour résultats, selon les commentateurs, de dévaloriser l'étude de Tom Sawyer pour elle-même et de conforter une vision enfantine du livre.

En premier lieu, le second roman est jugé littérairement très largement supérieur au premier : Tom Sawyer demeure un texte d'un style classique qui ne possède pas la profondeur morale de Huckleberry Finn : c'est un roman construit de manière erratique autour de petites scènes qui rappellent les Esquisses anciennes et nouvelles, alors que Huck Finn est doté d'une narration solidement structurée et brillante. C'est pourquoi, Tom Sawyer pâtit généralement de la comparaison, et n'est parfois considéré que comme une préparation au grand chef-d'œuvre de Mark Twain, Huck Finn : Tom Sawyer est, de ce point de vue, le roman secondaire dans lequel est né le héros de l'un des plus grands romans américains[37].

Un autre type de remarques concerne le contraste de ton qui existe entre les deux romans. Tandis que Huck Finn est un roman sombre et violent, Tom Sawyer serait une « idylle comique de l'enfance », composées de souvenirs idéalisés, une œuvre fondamentalement légère et fantaisiste. Selon Cynthia Griffin Wolff[38], cette comparaison des deux romans diminue la complexité morale de Tom Sawyer, et tend à reléguer le roman dans une catégorie simpliste de roman sur l'enfance américaine.

Huckleberry Finn accentue les côtés déplaisants du personnage de Tom, et les premiers chapitres apparaissent comme une manière de le congédier, parce que son histoire ne présente plus aucun intérêt aux yeux de l'auteur[39]. Rétrospectivement, Les Aventures de Tom Sawyer épuisent les possibilités du personnage, tandis que Les Aventures de Huckleberry Finn commencent un récit d'aventures qui peut être considéré comme toujours ouvert, inépuisable. Cette différence, pour certains commentateurs, est marquée par Twain par une différence de titre qui n'est pas reproduite en français : Les Aventures de Tom Sawyer (The Adventures of Tom Sawyer), mais Aventures de Huckleberry Finn (Adventures of Huckleberry Finn), sans l'article défini[40].

Tom Sawyer en voyage[modifier | modifier le code]

Tom Sawyer en voyage, court roman publié en 1894, souligne d'emblée deux traits de caractère de Tom qui sont le point de départ du récit et qui étaient déjà présents dans Les Aventures de Tom Sawyer : son désir de se faire un nom et la croyance aveugle qu'il place dans l'autorité indiscutable des romans d'aventures qui le rend méprisant à l'égard de Huck et Jim, deux ignorants à ses yeux :

« Vous figurez-vous que Tom Sawyer fut satisfait après toutes ses aventures ? [...] Non, il ne le fut pas. Le succès lui mit tout juste le poison dans le sang, et il en souffrait davantage du mal de l’aventure. Voilà tout le résultat qu’eut son succès. »[41]

Tom Sawyer détective[modifier | modifier le code]

Huckleberry Finn et Tom Sawyer chez les Indiens[modifier | modifier le code]

Huckleberry Finn et Tom Sawyer chez les Indiens est une œuvre que Twain a subitement abandonnée et laissée inachevée, peut-être à cause de la tournure particulièrement sombre et brutale que l'histoire avait prise. Elle confirme la vision que l'auteur se faisait des Indiens, illustrée par le personnage de Joe l'Indien dans Les Aventures de Tom Sawyer : dans ce texte, en effet, les Indiens enlèvent et violent des femmes[42], ce qui fait écho au traitement que Joe l'Indien se propose de faire subir à la veuve Douglas au chapitre XXX :

« Quand on veut se venger d’une femme, on ne la tue pas, on la défigure. On lui fend les narines, on lui coupe les oreilles. [...] Je l’attacherai à son lit. Si elle saigne trop et qu’elle en meurt, tant pis pour elle. Je ne verserai pas une larme sur son cadavre. »

La postérité : Tom Sawyer, un mythe[modifier | modifier le code]

Tom Sawyer est devenu un personnage populaire et familier. Témoin de ce succès, le roman est adapté pour le cinéma du vivant de Twain. Mais cette popularité ne va pas sans une appropriation du personnage par le public qui laisse de côté les aspects les plus rudes du texte ainsi que ses charges critiques.

Éditions et bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

Les éditions de Tom Sawyer sont innombrables ; on ne citera donc que les éditions notables (premières éditions) et celles qui reposent sur les manuscrits. On peut signaler à cet égard que le site du Mark Twain Project, qui est considéré comme la meilleure autorité en la matière, prépare une nouvelle édition de l'œuvre.

Le manuscrit original, composé de 876 feuilles manuscrites est conservé à l'université Georgetown, Washington, D.C.

  • The Adventures of Tom Sawyer, Chatto and Windus, 1876, première édition de l'œuvre, à Londres.
  • The Adventures of Tom Sawyer, American Publishing Company, 1876, édition américaine, illustrée par True Williams.
  • The Adventures of Tom Sawyer; Tom Sawyer Abroad; Tom Sawyer, Detective, edited by John C. Gerber, Paul Baender, and Terry Firkins, The Works of Mark Twain, volume 4, University of California Press, 1980, ISBN 978-0-520-03353-5. Première édition d'après les corrections apportées au manuscrit et l'édition américaine.
  • The Adventures of Tom Sawyer, Collectors Reprints Inc., 1991, facsimilé
  • The Adventures of Tom Sawyer, The Oxford Mark Twain, 1996, ISBN 978-0-19-510136-2. Facsimilé de l'édition américaine.

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

La traduction de Twain est un sujet d'étude à part entière, et, avec Les Aventures de Huckleberry Finn, Les Aventures de Tom Sawyer posent au moins deux problèmes aux traducteurs : d'une part, c'est un livre que l'on a l'habitude de ranger dans la catégorie littérature de jeunesse ; d'autre part, Twain fait entrer dans la littérature le parler des populations du sud des États-Unis. Ce dernier point est surtout vrai de Huckleberry Finn.

Il en résulte que les premières traductions, tenues de respecter un certain niveau littéraire et certaines idées sur la littérature pour les enfants, réécrivent, adaptent, suppriment ou ajoutent. On peut ainsi noter la suppression presque systématique du chapitre XXII dans lequel l'instituteur, ivre en public, se fait humilier par des élèves. Jusque dans les années 60 il n'existe pas de réelle traduction en français de Tom Sawyer[43].

  • Les Aventures de Tom Sawyer, traduction de William-L. Hughes, 1884
    La première mise en français du texte, « traduit avec l'autorisation de l'auteur », c'est en fait une réécriture du livre. Le traducteur, employé du ministère de l'Intérieur, « scolarise » le texte[43].
  • Les Aventures de Tom Sawyer, traduction de François de Gaïl, Paris, Mercure de France, 1904
    Le traducteur a eu un réel souci d'intégralité, mais la traduction reste par endroit une adaptation[43].
  • Les Aventures de Tom Sawyer, traduction de B. Hoepffner, Tristram, 2008
    Le traducteur a eu comme objectif de traduire le texte en entier en respectant le parler des personnages[44]. Il utilise également des néologismes qui ont été diversement appréciés[45].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les études en français sont à peu près inexistantes.

  • (en) Cynthia Griffin Wolff, « The Adventures of Tom Sawyer: A Nightmare Vision of American Boyhood », in The Massachusetts Review, Vol. 21, No. 4 (Winter, 1980), pp. 637-652.
  • (en) Charles A. Norton, Writing “Tom Sawyer”: The Adventures of a Classic, Jefferson, N.C., McFarland, 1983
  • (en) Gary Scharnhorst, Critical Essays on the Adventures of Tom Sawyer, New York: G. K. Hall, 1993
  • (fr) Claude Grimal, « Introduction », in Les Aventures de Tom Sawyer, GF, 1996
  • (en) Hutchinson, Stuart, Mark Twain: Tom Sawyer and Huckleberry Finn, ed., New York: Columbia University Press, 1998
  • (en) Louis J. Budd, Mark Twain: The Contemporary Reviews, Cambridge University Press, 1999
  • (fr) Ronald Jenn, « Les Aventures de Tom Sawyer, traductions et adaptations », in De la lettre à l'esprit, Christine Raguet, Christine Bouvart, Presses Sorbonne Nouvelle, 2004
  • (en) Stephen Railton, “Going Home: Tom Sawyer”, in Mark Twain: A Short Introduction, Mass Malden, Blackwell, 2004
  • (en) A Companion to Mark Twain, édité par Peter Messent et Louis J. Budd, Blackwell, 2005
  • (en) R. Kent Rasmussen, article Tom Sawyer, Critical companion to Mark Twain: A Literary Reference to His Life, Facts on File, 2007
  • (en) Peter Messent The Cambridge Introduction to Mark Twain, Cambridge University Press, 2007

Adaptations[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Jeu vidéo :
    • The Adventures of Tom Sawyer est un jeu vidéo sorti en 1989 sur Nintendo Entertainment System.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son premier roman écrit seul ; à peu près à la même période, il avait publié l'Âge doré, avec Charles Dudley Warner.
  2. La préface de l'auteur souligne que le livre est aussi destiné aux adultes ; mais Twain est en d'autres occasions plus catégorique : Tom Sawyer n'est pas un livre pour les enfants. « J'écris pour des adultes qui ont été des petits garçons. » Note de 1902 citée par Claude Grimal, « Introduction », in Les Aventures de Tom Sawyer, p. 15, GF, 1996. Voir aussi la lettre à Howells du 5 juillet 1875 : «  Ce n'est pas un livre pour garçons. Il ne doit être lu que par des adultes. »
  3. En 1877, le New-York Evening Post qualifie de grosse plaisanterie de l'auteur l'idée que ce roman serait pour les enfants.
  4. Cf. le jugement d'Hemingway, Green Hills of Africa, p. 22, New York: Scribners, 1935.
  5. Voir Claude Grimal, « Introduction », in Les Aventures de Tom Sawyer, p. 7, GF, 1996.
  6. Les conseils sont parodiés dans Conseils aux petites filles.
  7. Cette parenté a été remarqué dès la parution de Tom Sawyer.
  8. Voir l'épisode de l'île (chapitres 13 à 17), où Tom se fait passer pour mort. Revenu incognito dans son village, il a l'intention de prévenir secrètement sa tante qu'il est toujours en vie, afin d'atténuer le chagrin de la vieille femme. Mais il renonce au dernier moment, séduit par la perspective d'une mise en scène de son retour à sa propre oraison funèbre.
  9. Publiée dans The Atlantic Monthly, et reprise dans La Vie sur le Mississippi.
  10. (en) Mark Twain and the Typewriter
  11. D'après Stephen Railton, “Going Home: Tom Sawyer”, in Mark Twain: A Short Introduction, Blackwell, 2004
  12. Letter to Howells, 5 July 1875; Selected Twain-Howells Letters: 48. Citée par Stephen Railton, “Going Home: Tom Sawyer”, p. 38, in Mark Twain: A Short Introduction, Blackwell, 2004.
  13. Lettre du 21 novembre 1875.
  14. Lettre de Twain du 18 janvier 1876 à Howells
  15. James Russell Lowell avait qualifié La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Calaveras de « plus beau morceau d'humour écrit en Amérique ». Cf. Albert Bigelow Paine, The Writings of Mark Twain, vol. VII, « Introduction », p. xii.
  16. a et b Critical companion to Mark Twain, p. 477.
  17. Voir les comptes-rendus publiés par Louis J. Budd, dans Mark Twain: The Contemporary Reviews, Cambridge University Press, 1999. Tous les comptes-rendus cités ci-dessous sont tirés et traduits de ce livre.
  18. D'après la carte dessinée par l'auteur dans les versions américaines.
  19. Critical companion to Mark Twain, p. 489.
  20. C'est l'avis de Forrest Robinson, cité par Alex Feers.
  21. Elizabeth Beck, in Critical Essays on the Adventures of Tom Sawyer, New York: G. K. Hall, 1993, citée par Alex Feerst.
  22. Le traducteur B. Hoepffner évoque ce rapport de Twain à une population que l'on qualifie aujourd'hui vulgairement, selon lui, de « connards qui votent pour Bush ». Voir l'interview, sur le site Bibliobs.
  23. Twain en donne des exemples au chapitre XXI.
  24. Chapitre XXXII : Twain décrit l'émotion qui submerge ceux qui viennent voir les enfants : « Beaucoup de gens étaient tellement émus qu'ils ne pouvaient même plus parler ; ils pleuraient de joie. »
  25. Mark Twain ne paraît pas s'être soucié de ce point : dans un chapitre, Tom perd une dent, alors que son amour pour Becky le situe plutôt au début de l'adolescence.
  26. Chapitre XV.
  27. Twain souligne la « vicieuse vanité de Tom ». Chapitre XVIII.
  28. Dès 1877, le San Francisco Evening Bulletin parle d'un personnage « débordant de perversité enfantine », sans que cette qualification soit à proprement parler péjorative. Le compte-rendu a été républié dans Mark Twain: The Contemporary Reviews, Cambridge University Press, 1999.
  29. Claude Grimal, « Introduction », in Les Aventures de Tom Sawyer, GF, 1996.
  30. The Cambridge Introduction to Mark Twain, p. 66 et suivantes.
  31. Judith Fetterly, ‘The sanctioned rebel’, Studies in the Novel, Vol. 3 (Fall 1971) pp. 293–304.
  32. Lettre à Howells du 5 juillet 1875.
  33. Linda A. Morris, « The Adventures of Tom Sawyer and The Prince and the Pauper as Juvenile Literature », in A Companion to Mark Twain, édité par Peter Messent et Louis J. Budd, Blackwell,2005.
  34. R. Kent Rasmussen, article « Tom Sawyer », in Critical companion to Mark Twain: A Literary Reference to His Life, Facts on File, 2007.
  35. « She has come handy to me several times in my books, where she figures as Tom Sawyer's Aunt Polly. » Mark Twain's Autobiography, première édition, 1924, Volume 1, Chapters begun in Vienna, Written 1897-8, Early Days.
  36. « He is Sid in Tom Sawyer. But Sid was not Henry. Henry was a very much finer and better boy than ever Sid was. » Mark Twain's Autobiography, première édition, 1924, Volume 2..
  37. Voir, pour tous ces points, H. Daniel Peck, « introduction », in The Adventures of Tom Sawyer, Barnes & Noble Classics Series, Spark Educational Publishing, 2005.
  38. « The Adventures of Tom Sawyer: A Nightmare Vision of American Boyhood », in The Massachusetts Review, Vol. 21, No. 4 (Winter, 1980), pp. 637-652.
  39. Voir Claude Grimal, « Introduction », in Les Aventures de Tom Sawyer, GF, 1996.
  40. Philip Young, Ernest Hemingway: A Reconsideration, Penn State Press, pp. 212.
  41. Tom Sawyer à travers le monde, chapitre I, traduction Albert Savine, Albin Michel.
  42. Linda A. Morris, « The Adventures of Tom Sawyer and The Prince and the Pauper as Juvenile Literature », in A Companion to Mark Twain, édité par Peter Messent et Louis J. Budd, Blackwell, 2005.
  43. a, b et c Cf. Ronald Jenn, « Les Aventures de Tom Sawyer, traductions et adaptations », in De la lettre à l'esprit, Christine Raguet, Christine Bouvart.
  44. Voir entretien sur le site Bibliobs.
  45. Bien reçue par la presse, la traduction propose de « jolis » néologismes, mais « [d]’autres inventions nous semblent moins heureuses ». Cf. Centre national du livre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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