Cause

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On entend généralement par « cause » d’un fait ce qui le produit ou du moins qui participe à sa production. Donner les causes d'un fait revient à le rendre intelligible en répondant à la question : « Pourquoi ce fait a-t-il lieu ? ». La donnée des causes peut donc être conçue comme l'« explication » du fait par excellence.

Il faut distinguer causalité, cause, déterminisme.

  • La causalité, c'est le rapport de cause à effet : par exemple, il y a causalité entre le ruissellement des eaux et la constitution des cours d'eau. C'est aussi un principe, philosophique, d'après lequel «tout phénomène a une cause et, dans les mêmes conditions, la même cause est suivie du même effet.»
  • La cause est une notion, universelle, désignant ce qui produit l'effet, une force productive engendrant un effet et se prolongeant en lui.
  • Le déterminisme est soit un principe, soit une notion. Le principe de déterminisme dit que tous les phénomènes naturels sont liés les uns aux autres par des relations invariables appelées lois sans qu'il faille chercher la cause : il suffit de parler de relations fonctionnelles, au lieu de forces productrices. La notion de déterminisme désigne l'ensemble des conditions nécessaires pour un phénomène. Par exemple, on connaît le déterminisme du scorbut : l'absence ou l'insuffisance, dans l'alimentation, des vitamines C (quant à la cause, ce peut être la misère, l'ignorance...).

Qu'est ce qu'une cause ?[modifier | modifier le code]

Différence entre implication et causalité[modifier | modifier le code]

En logique, quand « A implique B », on dit que « A est une condition suffisante pour B ». Mais B pourrait être vraie sans que A le soit. A n'est donc pas une condition nécessaire pour B.

En revanche, quand « A implique B », B est une conséquence nécessaire pour A.

Dans l'implication logique il n'y a, à strictement parler, aucune relation causale.

La « cause » en sciences physiques[modifier | modifier le code]

On peut poser la question de la cause d'un fait physique expérimental, dès lors qu'on peut dire clairement si ce fait a eu lieu ou non. À la question « pourquoi tel fait est-t-il observé ? » la réponse est toujours un ensemble de conditions initiales du système étudié et de lois physiques. Ces conditions sont-elles nécessaires ? Il est souvent difficile de le savoir car le fait pourrait certainement être produit autrement. Sont–elles suffisantes ? Oui, mais prises ensemble : tout le dispositif expérimental suffit à produire le résultat, ce qui exclut de pouvoir répondre à la question « pourquoi ? » de manière simple. L’explication scientifique se ramène donc à la donnée d’un dispositif expérimental qui suffit à produire le fait observé, sans que ce dispositif soit nécessaire.

Pour affiner la compréhension du phénomène, le physicien va donc dépouiller son dispositif pour le réduire au minimum nécessaire à produire le fait, c'est dans ce minimum qu'il va trouver ce qu'il appellera les causes du phénomènes. On en revient à l'exigence du suffisant et nécessaire qui satisfait la demande d'explication, comme en mathématiques.

La « cause » au quotidien[modifier | modifier le code]

Il faut souligner que les faits dont il est question dans notre expérience quotidienne ne sont souvent pas aussi simples à expliquer qu'une expérience en physique. Ainsi, la simple affirmation «Le fait a eu lieu.» peut soulever des difficultés insurmontables. Par exemple, on peut dire : « Il fait beau » pour tout une gamme de conditions météorologiques qui dépendent du lieu, de la saison et de l'humeur de celui qui produit le jugement.

Mais, comme en physique, l’ensemble explicatif auquel nous avons recours en guise de « cause » est un agglomérat de conditions qui ne sont pas toutes nécessaires, mais qui sont suffisantes (puisque le fait s’est produit). Mais cet agglomérat peut être totalement insatisfaisant pour l’esprit (on se doutait bien que l’état du monde avait produit le fait) s'il n'est pas suffisamment restreint. Nous sommes alors contraints de sélectionner dans cet ensemble une « cause principale », une « explication » qui sera suffisamment particulière pour satisfaire notre curiosité. Souvent, cette cause ne sera ni nécessaire, ni suffisante. Pourtant elle nous semblera une explication satisfaisante.

On le voit, la donnée des causes d'un fait au quotidien revient presque toujours à isoler dans l'incroyable complexité du monde un fait antérieur notable qui semble être suffisant à produire le fait à expliquer, le reste du monde fonctionnant comme d'habitude. Alors survient le vécu de compréhension.

La cause en philosophie et en épistémologie[modifier | modifier le code]

Platon et la causalité[modifier | modifier le code]

Platon énonce le principe de la causalité : «Sans l'intervention d'une cause, rien ne peut être engendré» (Timée, 28a). Dans sa cosmologie (Timée, 29-50), Platon fait intervenir cinq facteurs : le démiurge (qui symbolise le pouvoir causal, le principe organisateur de l'univers), les Idées (à imiter), la matière (khora), l'Âme du monde, le corps du monde. Plus tôt, dans la République, il emploie le même schéma, avec en tête la Cause, « l'Idée de Bien » (508d, 509b), Père du visible (509b), puis les Idées (les Formes intelligibles), puis les êtres mathématiques(510b), enfin, en bas les êtres visibles (les réalités sensibles), sans parler des simulacres (509e).

Les quatre causes aristotéliciennes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Quatre causes.

Pour Aristote, causes (αἰτία, transcrit aitia) et effets sont simultanés. Il distingue quatre causes pour tout phénomène, qui agissent ensemble.

Par exemple, pour une maison :

  • Cause matérielle : le bois et les pierres ou les briques ;
  • Cause formelle : la disposition particulière de ces matériaux, le plan ;
  • Cause efficiente (motrice) : l'architecte et les ouvriers qui l'ont construite ;
  • Cause finale : la fonction que cette maison est destinée à remplir.

Dans l'Éthique à Nicomaque et dans La Physique, Aristote met l'accent sur la cause finale, et montre comment toutes les autres s'y ramènent : la finalité est d'atteindre son essence propre (sa forme) et les causes efficientes servent à rendre réel ce dessein. Seule la cause matérielle ne peut se réduire à la finalité. On reproche souvent à Aristote d'avoir confondu la « cause » au sens physique (que ne recouvre que partiellement la notion de cause efficiente) avec la « raison », au sens éthique et métaphysique, qui correspond à la cause finale.

« On appelle cause, en un premier sens, la matière immanente [la cause matérielle] dont une chose est faite : l'airain est la cause de la statue... Dans un autre sens, la cause, c'est la forme et le paradigme [la cause formelle], c'est-à-dire la définition de la quiddité [l'essence qui se devait d'être réalisée]... La cause est encore le principe premier du changement ou du repos [la cause efficiente ou encore la cause motrice] : l'auteur d'une décision est cause de l'action, et le père est la cause de l'enfant... La cause est aussi la fin, c'est-à-dire la cause finale ; par exemple, la santé est la cause de la promenade » (Aristote, Métaphysique, Delta, 2, 1013a24).

Les modernes expliqueront la stagnation des sciences physiques au Moyen Âge par la contrainte qu'excerçait la philosophie aristotélicienne adoptée par la théologie scolastique.

La remise en question de la notion de cause physique coïncidera avec la constitution des sciences physiques en tant que science indépendante de la métaphysique, et avec la révolution copernicienne.

Le mécanisme[modifier | modifier le code]

Le mécanisme au XVIIe siècle vise à réduire tous les phénomènes physiques à des chocs entre particules ayant des propriétés mécaniques très simples telles que l'élasticité parfaite, la sphéricité,... Ainsi, la température d'un système correspond à la vitesse moyenne des particules qui le composent, la pression au choc de ces particules contre la frontière du système, ... L'explication mécaniste ne laisse ainsi aucun mystère sur les relations cause-effet : il s'agit de chocs dont les lois sont parfaitement connues et expriment la conservation de la quantité de mouvement. Ayant suscité l'espoir de comprendre la nature de la connexion causale, ce mécanisme constitue un modèle « indépassable » d'explication scientifique satisfaisante pour l'esprit. Malheureusement, le mécanisme ne viendra jamais à bout des phénomènes de gravitation, contrairement à la théorie newtonienne qui, elle, admet l'idée (un peu mystérieuse) d'action à distance.

La « cause » empiriste : l'analyse de David Hume[modifier | modifier le code]

Quand un événement en cause un autre, on pense bien souvent savoir ce qu'il en est de la connexion entre les deux termes de la causalité, connexion censée faire suivre le premier terme du second. Or, David Hume remarque que nous ne percevons rien d'autre dans une série d'événements que les événements qui la constituent ; autrement dit, notre connaissance d'une connexion nécessaire n'est pas totalement empirique. Mais alors d'où, hormis de la perception, pourrions nous tenir cette connaissance ? Hume nie que nous puissions avoir une idée de la causalité autrement que par le fait que deux événements se sont toujours succédé : nous formons alors une sorte d'anticipation, qui nous représente que le second terme doit se produire, quand le premier se produit. Cette conjonction constante de deux événements et l'attente ou anticipation qui en résulte pour nous est tout ce que nous pouvons connaître de la causalité, i.e. nos idées ne peuvent pénétrer plus avant dans la nature de la relation de la cause à effet.

La difficulté présentée par Hume est telle que des « humiens » comme Bertrand Russell ont entièrement rejeté l'idée de causalité, cette idée relevant, selon eux d'une sorte de « superstition populaire ». Mais, quoi qu'il en soit, le problème demeure de savoir ce qui justifie notre croyance en la connexion causale et en quoi cette connexion consiste. Pour Hume, cette croyance est une sorte d'instinct, fondé sur le développement de nos habitudes et de notre système nerveux. Cette croyance est donc inéliminable, mais elle ne peut être prouvée par aucune sorte d'argument (déductif ou inductif).

La « cause » comme concept pur de l'entendement chez Kant[modifier | modifier le code]

Kant n'est pas satisfait par la conception de Hume : pour lui, l'idée de causalité ne peut venir de l'expérience et de l'habitude. Elle fait partie des concepts a priori qui sont eux-mêmes le fondement de l’expérience.

Le déterminisme scientifique[modifier | modifier le code]

La cause en philosophie des sciences : même si, on l’a vu, la causalité en physique est à manier avec précaution, elle tient une place importante en philosophie de la physique. Car si on peut lire des livres entiers de théories physiques sans qu’il n’y soit jamais fait mention de « cause », l’épistémologie est au contraire « obsédée » par la causalité. L’idée fondamentale de toute science véritable est que les faits n’arrivent pas par hasard, que leur production est la conséquence de faits qui l’ont précédés. La science refuse de croire que les faits se produisent sans causes, spontanément. Poussé à l’extrême, cette position s’exprime dans le déterminisme : étant donné un état du monde à un instant donné, alors son état dans un instant ultérieur est alors entièrement déterminé (sans qu’il soit forcément possible de le connaître, ce qui nécessiterait des moyens dépassant les capacités humaines, et qui seraient même peut-être théoriquement impossibles). « Déterminé » signifie qu’aucun autre état ne serait possible étant donné l’état antérieur.

Cause dans la langue Française (expressions)[modifier | modifier le code]

En français il existe beaucoup d'expressions retenant le mot "cause" quelques exemples :

- À cause de... (pour exprimer un sujet parfois péjorativement, l'inverse de "grâce à...") - En cause de... (pour exprimer un sujet parfois péjorativement, l'inverse de "grâce à...") - C'est à cause...(de ; du...) ... (pour remplacer "c'est la faute (de ; du...) - Cause (à ; au...) (peu employé en langue française, toujours dans le sens d'exprimer un sujet parfois péjorativement, l'inverse de "grâce à...")

Cause et raison en philosophie[modifier | modifier le code]

L'acausalité[modifier | modifier le code]

Hubert Reeves[1] cite quatre expériences de physique qui semblent mettre à mal la notion de cause, faire entrer "dans le monde acausal".

  • La désintégration des atomes.

Le fait que les atomes se désintègrent spontanément (ou radioactivité), passant d'une vie à une demie-vie puis à de moins en moins de protons, est perçu comme une preuve d'acausalité.

« Jusqu'ici nous sommes en pleine causalité. Une cause : la charge excessive, un effet : la cassure [de l'atome]. Mais si nous demandons pourquoi tel atome se casse en premier et tel atome ensuite, il semble bien que nous plongions dans l'acausalité. La très grande majorité des physiciens s'accordent aujourd'hui pour dire qu'il n'y a là aucune raison de quelque nature qu'elle soit (…) Nous savons pourquoi les atomes éclatent, mais pas pourquoi ils éclatent à un instant donné. »
  • Le paradoxe d'Einstein-Podolsky-Rosen.

L'expérience E.P.R. (pour Einstein-Podolski-Rosen) dans lequel deux particules se comportent de manière coordonnée entre elles mais cependant aléatoire par rapport aux conditions initiales, alors que leurs positions leur interdisent de s'échanger des signaux (ou alors des signaux supraluminiques voire rétrochrones, selon les variantes de l'exfdfrtérience) démontre en physique moderne l'incapacité de penser le monde de manière causale. Reeves pense ainsi que cette expérience montre l'existence d'un plan d'informations consistant en « une présence continuelle de toutes les particules dans tout le système, qui ne s'interrompt pas une fois qu'elle a été établie. (…) Ce paradoxe trouve sa solution quand on reconnaît que la notion de localisation des propriétés n'est pas applicable à l'échelle atomique ».

  • La lueur fossile.

"Les atomes qui, il y a quinze milliards d'années, ont émis ce rayonnement étaient tous à la même température. (Pourtant), ces atomes n'avaient pas et n'avaient jamais eu de relations causales."

  • Le pendule de Foucault.

"Si je lance le pendule dans la direction d'une galaxie lointaine bien déterminée, il gardera, par la suite, cette orientation. Plus précisément, si une galaxie lointaine se trouve au départ dans le plan d'oscillation, elle y restera. Tout se passe comme si le pendule en mouvement choisissait d'ignorer la présence, près de lui, de notre planète, pour orienter sa course sur les galaxies lointaines. Quelle est la force mystérieuse qui véhicule cette influence ? Le physicien Mach a proposé d'y voir une sorte d'action du 'global' de l'univers sur le 'local' du pendule."

Michel Cazenave ajoute des phénomènes psychologiques.

  • Les expériences extra-sensorielles.

Les expériences parapsychologiques comme la télékinésie ou la télépathie, étudiées statistiquement par Joseph Rhine (1934) sous le nom de perception extra-sensorielle, forment une classe de phénomènes prouvant l'acausaité. Jung explique à leur sujet : « Ne devrions-nous pas quitter tout à fait les catégories spatio-temporelles quand il s'agit de la psyché? Peut être devrions-nous définir la psyché comme une intensité sans étendue et non point comme un corps qui se meut dans le temps ».

  • La relation corps-esprit.

Michel Cazenave a été le premier à lancer l'idée que la synchronicité serait à l'origine de la somatisation, et plus généralement de la symbiose corps-esprit, visible lors de certains états maladifs ou pathologiques. Le Docteur Bernard Long[2] y voit ainsi la loi de l'homéopathie.

  • La notion de synchronicité chez Carl Gustav Jung (1952) donne cette définition : "relations acausales".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hubert Reeves, "Incursion dans le monde acausal", apud La synchronicité, l'âme et la science (1984), Albin Michel, 1995, p. 11-19.
  2. [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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