Rite de passage

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Initiation rituelle au Malawi, chez l'ethnie Yao.

Un rite de passage est un rite marquant le changement de statut social ou sexuel d'un individu, le plus généralement la puberté sociale mais aussi pour d'autres événements comme la naissance ou la ménopause. Le rituel se matérialise le plus souvent par une cérémonie ou des épreuves diverses.

Le « rite de passage » se distingue du « rite initiatique » en cela qu'il marque une étape dans la vie d'un individu, tandis que le rite d'initiation marque l'incorporation d'un individu dans un groupe social ou religieux : le premier touche indistinctement tous les individus d'un même sexe tandis que le second les sélectionne[1].

Les rites de passage permettent de lier l'individu à un groupe mais aussi de structurer sa vie en étapes précises qui lui permettent d'avoir une perception apaisante de la condition mortelle de l'homme.

Ce phénomène est donc un enjeu important pour l'individu, pour la relation entre l'individu et le groupe et pour la cohésion du groupe.

Étude[modifier | modifier le code]

Schéma d'un rite d'initiation type

Le premier à étudier le phénomène est l’ethnologue-folkloriste Arnold van Gennep (Les Rites de Passage, 1909). D’autres théories furent développées dans les années 1960 par Mary Douglas et Victor Turner.

Selon Arnold van Gennep[2], le rite de passage se déroule le plus souvent en trois étapes :

  • la séparation (l’individu est isolé du groupe) ;
  • la marge appelée aussi phase de marginalisation, liminaire ou encore liminarité (moment où s’effectue l’efficacité du rituel, à l’écart du groupe, avec souvent des rites d'inversion) ;
  • l’agrégation appelée aussi phase de réintégration ou postliminaire (retour dans le groupe).

Turner mettra pour sa part l’accent sur le fonctionnalisme des rites de passage en matière de cohésion sociale. En transformant les statuts sociaux de façon prédéfinie, les rites de passage permettent d’éviter les conflits (d’influence).

Les auteurs Geoffrey Miller, Ian Steward et Jack Cohen, indiquent aussi que les rites initiatiques servent également à détecter ceux qui ne sont pas suffisamment soumis au groupe pour les subir. Ces derniers sont alors conduits à chercher la protection d’un autre groupe (qui ne les pratique pas, ou sous une forme moins contraignante), épurant ainsi le groupe initial de ses éléments jugés peu sûrs. La circoncision est considérée par eux comme une forme socialement très importante de rite, car elle teste et met en exergue la soumission des parents plus encore que celle des enfants.

Exemples de rites[modifier | modifier le code]

La scarification fait partie des rites de passage dans certaines tribus de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
  • La Grèce ancienne se caractérise par l'importance des rites de passage à l'adolescence, notamment la cryptie à Sparte, le rapt de l'éromène par l'éraste dans les cités crétoises, ou l'éphébie à Athènes.
  • Dans beaucoup de sociétés traditionnelles la circoncision, qui s'effectue à la puberté ou juste avant, marque le passage du statut de garçon à celui d'homme. Dans certaines sociétés où la vie communautaire est la règle, le jeune déménage par la même occasion du quartier des femmes dans lequel il vivait depuis sa naissance vers le quartier des hommes.
  • Chez les juifs, pour les garçons c'est la Brith milah (circoncision) puis la Bar Mitsva à l'âge de la puberté, pour les filles le Zeved habat, la Bat Mitsva puis le mariage.
  • Chez les amish il y a un rite de transition appelé Rumspringa par lequel le jeune amish est amené à quitter sa communauté pendant quelques mois et à aller vivre de façon moderne. À l'issue de cette période, le jeune doit choisir entre rester dans le monde moderne ou revenir vivre dans sa communauté (seul un faible pourcentage décide de ne pas revenir parmi les siens).
  • Chez les hindous la première cérémonie est l'Upanayanam (ou cérémonie du cordon) par laquelle l'enfant de 7 à 8 ans est investi par le cordon brahmanique qu'il doit porter et par laquelle il est initié au mantra.
  • Au Japon il y a le genpuku pour les adolescents de 12 à 16 ans et le Seijin shiki, cérémonie qui a lieu à 20 ans.
  • Chez les amérindiens le rite était la Quête de vision, généralement précédée d'un jeûne et par l'absorption d'enthéogènes.
  • Dans certaines sociétés traditionnelles, l'adolescent doit accomplir certaines épreuves telles que courir nu à travers un troupeau, participer à des combats de groupe ou sauter de la cime d'un arbre. Dans d'autres sociétés, le rite est effectué par un marquage corporel, des tatouages ou des scarifications.
  • En Basse-Casamance (Sénégal), le boukout n'a lieu que tous les vingt ans environ, voire davantage, comme à Baïla où la cérémonie de 2007 était la première depuis 1971.
  • Chez les chrétiens, si un sacrement est caractérisé extérieurement par des gestes ritualisés, il est une " réalité invisible destinée à la sanctification des hommes" [3] pour l'aider à gagner la vie éternelle, il n'est donc justement pas un rituel de passage d'une période de la vie terrestre à une autre. C'est un moyen spirituel dont seule la réception est marquée extérieurement par un rituel qui n'a aucune valeur en lui-même, un sacrement pouvant d'ailleurs être reçu en cas d'impossibilité, "par désir". Éventuellement, la "profession de Foi" (qui n'est pas un sacrement) peut être assimilée à un rite de passage puisqu'en renouvelant les engagements pris en son nom lors de son baptême par ses parrains et marraine, le jeune fidèle marque qu'il a atteint l'âge de dire lui-même qu'il croit ce qui est contenu dans le Symbole des Apôtres.

Dans le monde occidental il existe un grand nombre de rites plus ou moins solennels et codifiés comme les remises de diplômes, le service militaire, le bizutage, la totémisation scoute... La différence entre ces rites et les rites de passage se situe dans la systématicité du rite dans la société donnée. De manière générale, on observe une diminution des rites de passage solennels (de type religieux notamment) et l'apparition de rites moins codifiés en remplacement.
Les comportements ordaliques peuvent aussi être considérés comme des rites de passage de remplacement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michèle Cros et Daniel Dory (dirs.), Terrains de passage : Rites de jeunesse, éd. L'Harmattan, 1996, p.
  2. voir notamment Thierry Goguel d'Allondans, Rites de Passage, rites d'initiation : Lecture d'Arnold Van Gennep, éd. Presses universitaires de Laval, 2002
  3. http://www.eglise.catholique.fr/ressources-annuaires/lexique/definition.html?lexiqueID=110

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Arnold Van Gennep, Les rites de passage : étude systématique des rites de la porte et du seuil, de l'hospitalité, de l'adoption, de la grossesse et de l'accouchement, de la naissance, de l'enfance, de la puberté, de l'initiation, de l'ordination, du couronnement, des fiançailles et du mariage, des funérailles, des saisons, etc., Paris, 1909. Réédition augmentée, 1969, 1981, 315 p.
  • Victor W. Turner, Le phénomène rituel : structure et contre-structure : le rituel et le symbole : une clé pour comprendre la structure sociale et les phénomènes sociaux, Paris, Presses universitaires de France, 1990 [trad. de : The ritual process: structure and anti-structure, Chicago, 1969].
  • Michèle Fellous, À la recherche de nouveaux rites : rites de passage et modernité avancée, Paris, L'Harmattan, 2001.

Articles[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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