La Tempête (Shakespeare)

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Miranda dans l'orage, peinture de John William Waterhouse (1916) -
Les pièces de Shakespeare sont une source d'inspiration fréquente chez les peintres préraphaélites.

La Tempête (The Tempest) est une tragicomédie en cinq actes écrite par William Shakespeare et créée en 1611.

Le duc de Milan, Prospero, après avoir été déchu et exilé par son frère, se retrouve avec sa fille Miranda sur une île déserte. Grâce à la magie que lui confèrent ses livres, il maîtrise les éléments naturels et les esprits ; notamment Ariel, esprit positif de l'air et du souffle de vie ainsi que Caliban, être négatif symbolisant la terre, la violence et la mort.

La scène s'ouvre sur le naufrage, provoqué par Ariel, d'un navire portant le roi de Naples, son fils Ferdinand ainsi que le frère parjure de Prospero, Antonio. Usant de sa magie et de l'illusion, Prospero fait subir aux trois personnages échoués sur l'île diverses épreuves destinées à les punir de leur traîtrise, mais qui ont également un caractère initiatique. En fin de compte, Prospero se réconciliera avec son frère et le roi, mariera sa fille avec Ferdinand, libérera Ariel et Caliban puis renoncera à la magie pour retrouver son duché.

Les personnages de La Tempête se sont élevés aujourd'hui à un rang presque mythique : représentés, cités, repris, mis en scène par nombre d'artistes dans leurs œuvres, ils incarnent et symbolisent avec une grande richesse des comportements et sentiments humains. Caliban et Ariel ont souvent servi à symboliser les peuples primitifs des colonies, esclaves et jouets des puissances coloniales, ballottés dans les querelles des colons auxquelles ils ne comprennent rien.

Les sources[modifier | modifier le code]

Shakespeare a utilisé une scène du récit de Pigafetta, jeune chevalier de Rhodes, idéaliste, recommandé par Charles Quint à Magellan et qui l'accompagnera lors de son expédition vers la route des épices en 1519 au départ de Séville. Il sera aux cotés de Magellan lors de la bataille sur l'ile Mactan contre le radjah Silapulapu. Des différentes descriptions parvenues de ce combat qui verra la mort de Magellan, la plus exacte est probablement celle de Pigafetta[1].

Certains éléments de la pièce semblent provenir du récit que fit William Strachey du naufrage du Sea Venture, qui eut lieu en 1609 dans l'archipel des Bermudes. Écrit en 1610, ce récit ne fut pas imprimé avant 1925, mais de nombreux manuscrits circulèrent, et Shakespeare aurait pu s'en inspirer pour décrire le naufrage du navire du roi de Naples[2]. En outre, une tirade de Gonzalo est inspirée de l'essai de Montaigne Des Cannibales, qui fait l'éloge des peuples indigènes des Caraïbes ; et le discours de Prospero renonçant à ses pouvoirs est une transcription quasi littérale des paroles de Médée dans les Métamorphoses d'Ovide. On peut penser aussi à la pièce de Sophocle, Philoctète, dont la trame générale est identique : l'exil sur une île, le naufrage, le Prince déchu, la réconciliation.

Résumé[modifier | modifier le code]

The Tempest, gravure inspirée d'une peinture de George Romney, illustrant la 1re scène de l'acte I.

Acte I[modifier | modifier le code]

La tempête qui se déchaîne dès la première scène de la pièce est une vengeance de l'ancien duc de Milan, Prospero, miraculeusement échoué dans une île magique douze ans auparavant avec sa fille Miranda, après avoir été exilé par son frère usurpateur, Antonio. L'île réunit les naufragés de la tempête, « trois hommes de péché », Alonso, le roi de Naples et son frère Sébastien, complices du cruel Antonio, ainsi que Ferdinand, le fils d'Alonso, et le fidèle Gonzalo. Tous sont dans cette île pour y découvrir la vérité. Même Miranda doit apprendre à distinguer le bien du mal : elle rejette Caliban, le fils monstrueux de la sorcière Sycorax, dont la nature ne lui permet pas de devenir un être civilisé ; elle apprend à aimer Ferdinand, qui dans l'épreuve et le travail atteint la vérité.

Acte II[modifier | modifier le code]

L'île est le lieu où se rejoue l'ancien drame de l'usurpation. Sébastien et Antonio cherchent à tuer Alonso.

Acte III[modifier | modifier le code]

Caliban et ses nouveaux maîtres, les clowns ivrognes Trinculo et Stéphano, préparent un complot pour s'approprier le pouvoir de Prospero et créer un monde nouveau. Même le bon Gonzalo cède à la tentation de la nouveauté et rêve d'un monde utopique où il serait roi. Ferdinand, croyant son père mort parce qu'il a perdu sa foi en la Providence, se prend aussi pour le roi. Mais Prospero veille et, avec l'aide d'Ariel, cherche à faire triompher la vérité. Ariel déguisé en harpie dévore un banquet destiné aux visiteurs, tandis que des bruits mystérieux ou une douce musique troublent les sens des personnages jusqu'à ce qu'ils pensent avoir perdu la raison dans l'île-labyrinthe. Ferdinand demande la main de Miranda.

Acte IV[modifier | modifier le code]

Le masque, le spectacle, offert par Prospero exprime un idéal de nature civilisée fondé sur le mariage et le travail, en opposition aux rêves utopistes des actes précédents. Mais le masque est interrompu par le complot de Caliban : Shakespeare montre ainsi qu'aucune vision harmonieuse ne doit exclure le mal, dont la présence doit être reconnue pour être maîtrisée.

Acte V[modifier | modifier le code]

Ferdinand et Miranda sont réunis autour de l'échiquier, symbole d'harmonie. C'est alors que Prospero décide d'abjurer la magie, qui n'a plus sa place face à une foi parfaite en la Providence. L'île peut être abandonnée — n'était-elle pas d'ailleurs qu'une vision fugitive ? — dès lors que les scélérats sont pardonnés et que les forces du mal sont neutralisées.

Extrait (Acte V, Scène 1)[modifier | modifier le code]

Ferdinand et Miranda (Acte V) par Edward Reginald Frampton (1870-1923).
O, Wonder!
How many goodly creatures are there here!
How beauteous mankind is! O brave New World[3]!
That has such people in't!
« O, merveille !
Combien de belles créatures vois-je ici réunies !
Que l'humanité est admirable !
O splendide Nouveau Monde
Qui compte de pareils habitants ! »
Traduction de Pierre Leyris :
" Ô merveille !
Que de superbe créatures !
Quelle insigne beauté pare le genre humain !
Ô fier monde nouveau que hantent de pareils êtres ! " [4]

Postérité et adaptations[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

L'œuvre a inspiré une sonate pour piano à Ludwig van Beethoven (n° 17), un pasticcio intitulé The Enchanted Island qui sera créé au Metropolitan Opera sur un livret de Jeremy Sams, une fantaisie symphonique à Piotr Ilitch Tchaïkovski (1873), des musiques de scène à Ernest Chausson (1888), Arthur Honegger (1923-1929) et Sibelius (1926). Une fantaisie sur la Tempête dans Lélio d'Hector Berlioz

Opéra[modifier | modifier le code]

On recense également un semi-opéra de Henry Purcell (1695) et un opéra de Jacques Fromental Halevy (1850) créé à Londres sur un livret italien.

Littérature[modifier | modifier le code]

La Tempête a inspiré Huxley pour Le Meilleur des mondes. Lawrence Durrell a intitulé Prospero's Cell (traduit en français sous le titre de L'Île de Prospero) son récit de voyage et de séjour à l'île grecque de Corfou. Les personnages de la pièce constituent une partie de la trame de fond des romans de science-fiction, Illium (2004) et Olympos (2005), de Dan Simmons.

Une secte anthropophage se nomme Caliban dans In Tenebris de Maxime Chattam.

La nouvelle Tempêtes de Karen Blixen s'inspire fortement de la pièce, citant même de larges passages, déplaçant la tempête au Kvåsefjorden et mêlant la vie d'une troupe de théâtre au destin des personnages de La Tempête.

Aimé Césaire revisitera la pièce de Shakespeare qu'il rebaptisera "Une Tempête", mais cette fois sous le prisme de l’esclave Caliban. « Une Tempête » de Césaire est ainsi une critique ouverte des méfaits de l'esclavage colonial. Le Caliban réhabilité en tant que véritable humaniste deviendra le symbole de l'esclave opprimé qui se dressera fièrement face à la tyrannie du colonialisme incarné par Prospéro.

Frank Herbert lui aussi utilisera le mot Caliban, au pluriel, dans un roman de science-fiction, Whiping Star, 1970 (L'Étoile et le Fouet, éd. Robert Laffont, coll. « Ailleurs et Demain », 1973, trad. Guy Abadia), où ces Calibans sont des créatures énigmatiques, à la puissance quasi-divine, et avec lesquelles les humains et autres espèces conscientes ont le plus grand mal à communiquer, alors même que, dans le roman, il est impératif que l'on y parvienne.

Arts plastiques[modifier | modifier le code]

Ferdinand, Prospero, Miranda et Caliban (William Hogarth).

Au XVIIIe siècle, les artistes peintres et graveurs trouvèrent dans le corpus shakespearien une source d’inspiration qui allait être exploitée jusqu’au XIXe siècle[5].

Vers 1735, William Hogarth peint un tableau inspiré d’une scène de La Tempête, « fantaisie costumée baroque et sentimentale dans le style de Van Dyck et Rembrandt »[5]. Le tableau s’inspire directement du texte et non d’une mise en scène contemporaine, et le point de vue n’est pas frontal comme c’est le cas des gravures illustrant l’édition des œuvres complètes, par exemple celle de Davenant et Dryden[6].

Un peu plus tard, Henry Fuseli exécute un portrait de Prospero, inspiré d’un autoportrait de Léonard de Vinci, qui lui a été commandé par John Boydell et qui devait être exposé à la Boydell Shakespeare Gallery (1789)[7]. Les deux tableaux suggèrent que Prospero était alors considéré comme l’autorité morale de la pièce[8].

Ferdinand séduit par Ariel (1851) est un tableau pré-raphaélite de Millais.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Une tempête d'Aimé Césaire, 1969, Editions du Seuil, Paris, France
  • A Tempest d'Aimé Césaire, traduction de Richard Miller et adaptation pour A Black Theater ; première représentation aux États-Unis au Ubu Repertory Theater de New York en 1991

Autre[modifier | modifier le code]

Mises en scène[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lire Magellan de Stefan Zweig.
  2. (en) Peter Linebaugh, The Many-Headed Hydra: Sailors, Slaves, Commoners, and the Hidden History of the Revolutionary Atlantic, Boston, Beacon Press,‎ 2000 (ISBN 0-8070-5007-5)
  3. Aldous Huxley en a fait le titre de son livre traduit en français par Le Meilleur des mondes.
  4. La Tempête, Shakespeare, traduit par Pierre Leyris, édition Garnier-Flammarion
  5. a et b Orgel (2007: 72).
  6. Orgel (2007: 72–73).
  7. Orgel (2007: 76); Vaughan and Vaughan (1999: 83-85).
  8. Vaughan and Vaughan (1999: 83–84).
  9. Voir sur russie.net.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]